Attirance interdite - Un risque à prendre
Chapitre 5
5
Sous le regard percutant d’Eric, Rachel déglutit avec l’impression désagréable qu’il devinait ses pensées.
Elle abaissa le sien et rectifia machinalement la position du gobelet sur la table de chevet.
— Rachel ? insista-t-il. Dites-moi de quoi sera fait mon quotidien.
Recomposant son expression, la jeune femme adopta le plus professionnel détachement.
— Vous n’êtes pas dans une prison, répondit-elle. Le matin, vous prendrez votre douche, puis vous irez déjeuner dans la salle à manger. Vous mènerez somme toute une existence assez paisible — hormis les consultations journalières que vous aurez l’après-midi avec le Dr Metzger.
— Comment ferai-je pour le convaincre que je suis Caleb ?
— Ainsi que vous avez sans doute pu le voir en côtoyant votre frère, la schizophrénie entraîne des phénomènes de dissociation de la personnalité, expliqua Rachel. Le sentiment intempestif d’être étranger aux choses, comme déconnecté de la réalité…
— Cela m’arrive tous les jours, grinça Eric, avant de se maudire aussitôt pour cet aveu à peine déguisé.
Surprenant la lueur étrange qui brillait dans son regard, Rachel scruta ses traits avec anxiété. Se pouvait-il qu’Eric souffre des mêmes symptômes que son frère, ou plaisantait-il ?
Préférant opter pour le doute, elle répondit avec sévérité :
— J’essaie de vous aider, de vous préparer à affronter la situation. Combattre les effets des sédatifs en plus de celui des injections que reçoit quotidiennement Caleb requerra toutes vos forces, ajouta-t-elle.
Elle durcit ses lèvres soudain tremblantes d’inquiétude.
Eric prit une longue inspiration.
— Ne vous inquiétez pas pour moi. Je les combattrai.
La résolution froide qui résonna dans sa voix glaça Rachel. Réprimant un frisson, elle se leva.
— Je ferais mieux de partir avant que quelqu’un ne me voie.
Eric eut une grimace de malaise trahissant son malaise.
— Quand reviendrez-vous ?
— J’ai été détachée dans le pavillon des femmes. Ils me surveillent, si bien qu’il sera difficile de revenir ici. Je vais étudier les plans et voir si je trouve une entrée non gardée. Il doit forcément exister un autre accès à cette vieille bâtisse.
— Appelez Natasha, suggéra Eric. S’il y en a un, elle le trouvera. Elle s’est déjà penchée sur les plans du bâtiment.
Il lui communiqua le numéro de Natasha Rudolph, qu’il la regarda noter sur un petit bloc. Il était inquiet pour Rachel.
En voyant Patel l’entraîner à sa suite tout à l’heure, tandis qu’on le poussait, attaché à un brancard, dans la direction opposée, il avait évalué pour la première fois — trop absorbé par le sort de Caleb pour s’en soucier auparavant — la mise en péril que représentait cette opération pour la carrière de la jeune femme.
Peu après, à l’instant où les sédatifs avaient pris possession de son cerveau, sa prétendue panique avait été réelle. Car soudain, il avait craint de ne plus jamais la revoir.
— Nous devons organiser nos futures rencontres, décréta-t-il.
L’anxiété tendit le visage de Rachel.
— Eric, je ne vois pas comment nous pourrions nous revoir. Ils nous ont délibérément séparés. Jusqu’à votre… jusqu’à la comparution de Caleb devant le juge, il… vous êtes considéré comme instable, potentiellement dangereux pour vous et pour votre entourage. Vous serez soumis à une surveillance particulière, même la nuit, où une infirmière vous visitera à intervalles horaires rapprochés.
— Même la nuit ?
Rachel hocha vivement la tête et abaissa les yeux.
— Si vous vous tenez tranquille, ils ne vous attacheront pas, mais vos privilèges n’en seront pas moins restreints.
Eric jura. Comment diable était-il supposé mener une enquête dans de pareilles conditions ? Tout compte fait, cette mission s’avérait peut-être une mauvaise idée.
Des images s’imposèrent alors avec force à son esprit. Celles de corridors sombres, de rangées d’étagères, d’un passage secret. L’effet des médicaments le faisait-il halluciner ? Ou bien… percevait-il ces sensations à travers les yeux de Caleb ?
Merci de m’avoir rappelé à l’ordre, frérot.
Il devait mener cette opération à bien, décida Eric. Il devait protéger Caleb. Et à présent, il était également responsable de la sécurité de Rachel.
Avec l’aide de son frère, il y parviendrait.
Tout en évaluant la psychiatre du regard, il considéra ses réactions depuis le moment où Caleb l’avait kidnappée. Elle s’était montrée courageuse, réfléchie, pleine de ressources.
Et ce soir, elle avait même réussi à venir le voir.
— Comment êtes-vous arrivée jusqu’ici ? s’enquit-il.
— Je suis entrée par la grande porte et j’ai marché droit jusqu’à votre chambre.
Un petit sourire de triomphe illumina le visage de Rachel.
— Le garde ne me connaît pas. Il est nouveau.
— Ce stratagème ne marchera pas chaque fois.
— Je sais. C’est pourquoi je dois dénicher un autre accès.
Elle consulta sa montre et prit une vive inspiration.
— Je suis restée trop longtemps. Comme je vous l’ai dit, Grace vous rendra visite toutes les heures, et elle prend son travail très à cœur. Je ferais mieux de m’en aller.
— Avez-vous apporté le micro émetteur ?
Rachel extirpa deux minuscules cylindres argentés de sa poche, qu’elle retourna entre ses doigts avec circonspection.
— Ces engins fonctionnent vraiment ?
Eric hocha la tête, puis il se frotta les yeux en grognant :
— Saleté de sédatif.
Il but encore un peu d’eau dans l’espoir que cela éclaircirait la brume qui enveloppait son esprit.
— Tant qu’il n’y a pas d’interférences, dit-il, ces appareils peuvent émettre dans un rayon de huit kilomètres.
Rachel lui remit les deux cylindres.
— Avez-vous l’épingle de sûreté que je vous ai demandé d’attacher en permanence à votre blouse ? demanda Eric.
— Oui. La voilà, dit-elle en s’empressant de la dégrafer.
Il l’utilisa pour régler l’un des objets microscopiques. Puis il lui rendit le premier appareil et répéta l’opération sur le sien.
— Voilà, marmonna-t-il en lui restituant l’épingle. J’ai activé les micros transmetteurs et les ai réglés sur un canal auquel la clinique ne peut avoir accès.
Il installa le premier appareil à l’intérieur de son oreille et lui indiqua de faire de même.
Rachel considéra le cylindre argenté.
— Et si je n’arrivais plus à l’enlever ?
— Ne vous inquiétez pas. Il est trop gros pour parvenir à l’oreille interne. Il ne peut pas se perdre et une pince à épiler suffit à l’enlever. Mais n’essayez pas.
Elle fixa l’objet d’un œil suspicieux, le fit glisser au creux de son oreille gauche, puis frissonna.
Un rictus amusé ourla les lèvres d’Eric.
— Vous vous y ferez. Maintenant, voici comment l’allumer.
Tout en parlant, il lui en fit la démonstration.
— Pressez une fois vos doigts à l’extérieur de votre oreille. Comme ceci, en direction du tympan. Vous me recevez ?
Les yeux agrandis par la surprise, Rachel opina du chef.
— Oui. Je vous entends. C’est… bizarre.
Réprimant un sourire, Eric poursuivit son test.
— Appuyez une deuxième fois et vous pourrez parler. Dites quelque chose.
— Essai. Essai.
Eric entendit la voix mélodieuse de Rachel résonner soudain dans sa tête.
— Parfait. Une troisième pression ouvre les canaux d’écoute et de transmission. Une quatrième éteint l’appareil.
Il compta sur ses doigts en guise de récapitulation.
— Recevoir. Envoyer. Ouvert. Fermé. Ne laissez pas votre appareil allumé trop longtemps. On pourrait finir par le détecter ou la pile pourrait se vider. A présent, établissons la cadence de nos prises de contact.
Il but la dernière goutte d’eau contenue dans le gobelet dans un bruit de succion et Rachel tendit la main afin de l’en débarrasser.
— Je vais vous resservir.
Eric posa alors sa main sur la sienne et y enroula ses doigts, sans que Rachel ne bouge.
Ces satanées médicaments, nota-t-il, entamaient décidément son flegme et sa retenue habituels. Cette femme l’attirait comme aucune autre auparavant — une réaction qu’exacerbait cruellement le suave murmure de sa voix à son oreille.
De manière ironique, le désir qu’elle éveillait en lui contrait l’effet embrumé des sédatifs. La colère et le désir. Le premier de ces sentiments, pensa amèrement Eric, pourrait lui être utile, si le second se révélait trop distrayant.
Il grinça des dents et se concentra sur sa mission.
— Où avez-vous dissimulé la caméra ?
Otant vivement ses doigts des siens, Rachel tapota sa poche.
— Dans le tube de mon stéthoscope. J’espère ne pas avoir à ausculter un patient, ajouta-t-elle avec un petit rire.
Eric aurait voulu sourire, mais cet effort était au-dessus de ses forces. Il se sentit soudain vidé de toute énergie.
Il vit les sourcils délicats de Rachel se hausser.
— Vous vous sentez mal ?
Luttant contre le brouillard qui l’encerclait, il rencontra son regard inquiet et hocha la tête.
— Je vais vous chercher de l’eau, dit-elle en lui prenant le gobelet des mains.
A l’instant où Rachel passa la porte de la salle d’eau, celle de la chambre s’ouvrit en grand. C’était l’infirmière de nuit.
Eric sentit son pouls cogner contre ses tympans. Forçant ses paupières à se fermer, il s’interdit de regarder le battant de la porte derrière laquelle Rachel s’était figée.
Si l’infirmière faisait un pas de plus, elle l’apercevrait.
Cette dernière braqua son regard sur le lit et fronça les sourcils.
Retenant son souffle, Eric pria le ciel pour qu’elle ne remarque pas l’absence du gobelet sur la table de chevet. Comme elle ne repartait pas, il marmonna un bonsoir ensommeillé et éleva une main lasse en guise de salut.
— Bonsoir, ma jolie.
L’infirmière renifla vivement.
— Endormez-vous. Si vous êtes encore réveillé la prochaine fois, je serai obligée de vous donner quelque chose.
Sur ces mots, elle s’éclipsa et referma la porte.
Eric n’osa pas bouger. Il lança un regard en direction de Rachel qui, les mains resserrées autour du gobelet et les yeux agrandis par la peur, était aussi immobile qu’une statue.
Ils se contemplèrent un long moment, le danger vibrant encore entre eux tel un fil silencieux.
— C’était moins une, chuchota Rachel d’une voix tremblante avant de revenir vers le lit d’un pas prudent.
— Vous feriez mieux de partir. C’est trop dangereux. Et puis, regardez-vous. Vous êtes épuisée. Vous avez besoin d’une bonne nuit de sommeil.
Elle secoua la tête et un peu de couleur revint à ses joues.
— Je dormirai plus tard. Ce soir, je veux m’introduire au sous-sol, jusqu’à la salle des archives. Nous n’avons pas de temps à perdre.
Cette suggestion eut sur l’esprit d’Eric l’effet éclaircissant d’un seau d’eau glacé.
— Certainement pas ! gronda-t-il en agrippant le poignet de Rachel. Rappelez-vous ce qu’a dit Decker. C’est moi, et moi seul, qui suis ici en charge de cette mission : je vous interdis de rôder seule la nuit dans cette bâtisse.
Les mâchoires serrées avec pugnacité, Rachel tenta de s’arracher à son étreinte. Plutôt que de risquer de lui faire mal, il la lâcha et demanda :
— Auriez-vous oublié ce qui est arrivé au Dr Green ?
— Non, mais rien ne prouve qu’il ait été assassiné.
— Laurel le pense et c’est l’une des meilleures expertes en police scientifique que je connaisse. Elle n’avancerait pas ce genre de conclusion sans preuve pour l’étayer.
— Quelle preuve ?
Eric secoua la tête.
— Je ne suis pas encore informé de tout. Je sais simplement que la Division s’occupe de contacter le reporter à qui s’était adressé Green. De son côté, Laurel analyse une nouvelle fois les résultats de l’autopsie. Mais rassurez-vous, au cas où ils dénicheraient une preuve irréfutable, ils n’interviendraient pas avant de nous avoir sortis d’ici sains et saufs.
— Tout cela est parfait, grinça Rachel, mais en attendant, je ne peux pas rester assise là à me tourner les pouces. Dans votre état et avec Grace qui vient vous surveiller toutes les heures, vous êtes consigné dans cette chambre. Quant à moi, je suis coincée toute la journée à l’autre extrémité de la propriété. Si je veux effectuer des recherches, ce ne peut être que la nuit. Et si je dois le faire seule, je le ferai seule. Je dois à tout prix trouver les dossiers du Dr Metzger.
La féroce détermination dans la voix de Rachel demeura comme en suspens entre eux. Eric la dévisagea, la vérité se faisant soudain jour dans son esprit.
— Si vous avez accepté de nous aider, c’était dans l’unique espoir d’innocenter Metzger, n’est-ce pas ?
Les joues de Rachel s’enflammèrent.
— J’ai accepté parce que votre patron a menacé de me boucler dans le cas contraire.
Eric la considéra fixement.
— Passez-moi le téléphone portable. Je vous retire de cette opération sur-le-champ.
— Non, implora Rachel.
Elle éleva ses deux mains, paumes offertes.
— Attendez, s’il vous plaît. Je ne vous ai pas menti. Tout ce que je veux, c’est connaître la vérité et qu’il ne soit fait de mal à personne.
A cet instant, Eric n’était plus en mesure d’évaluer la sincérité de Rachel. L’effet des sédatifs, combiné au fait qu’il n’avait pas dormi depuis près de trente-six heures, mettait à mal ses habituelles compétences.
— Vous mentez, dit-il
Il laissa tomber sa tête avec lassitude contre les oreillers.
— Toutefois, tant que vos projets n’interfèrent pas avec les miens, ça me va. Mais soyons clairs, je suis là pour démasquer quiconque aurait utilisé mon frère à des fins expérimentales, quiconque aurait tué les cinq patients mystérieusement décédés, ou assassiné le Dr Green.
Ses poings serrés contre ses cuisses, Eric ajouta :
— Et si cet individu n’est autre que votre vénéré Dr Metzger, tant pis pour lui.
* * *
Rachel se glissa dans le sas qui séparait le hall principal du couloir de service. Puis, tout en préparant une excuse au cas où elle se trouverait nez à nez avec quelqu’un, elle en poussa prudemment la porte à deux battants.
Elle n’aurait qu’à dire qu’elle se rendait dans la salle des archives afin de rédiger un rapport ou de signer des prescriptions. Les médecins avaient toujours une foule de prescriptions à viser.
Après s’être faufilée dans le hall de service, Rachel s’engouffra dans l’un des vieux ascenseurs. Elle pressa le bouton du sous-sol d’un doigt tremblant. Quelques instants plus tard, les portes de la cabine s’ouvraient sur un corridor étroit et mal éclairé. Dans cette partie non rénovée de la demeure, les murs étaient d’un vert sale et déprimant, les moulures et les encadrements des portes recouverts de couches successives de peinture grise.
Ses chaussures couinèrent sur le sol tandis que Rachel hâtait le pas en direction de l’entrée des Archives médicales.
Là, elle s’immobilisa un instant.
La serrure en acier trempé de la porte était reliée à un système d’ouverture électronique. Rachel fixa la fente par laquelle elle aurait dû introduire son badge. Elle l’avait déjà fait, durant ses heures de service, lorsqu’elle avait voulu accéder à un dossier.
Mais chaque passage était enregistré. Elle demeura figée par l’indécision. Pour finir, doutant que quiconque consulte souvent ces enregistrements et retenant son souffle, Rachel inséra la carte plastifiée dans le lecteur électronique.
Après un silence d’une longueur effrayante, elle perçut un imperceptible déclic. Elle se glissa à l’intérieur de la salle, le soulagement luttant en elle contre l’appréhension, et trouva l’interrupteur à tâtons.
Elle était dans la place. Et maintenant ?
D’un côté de la pièce, des box individuels s’alignaient pour le confort optimal des praticiens, aménagés en postes de travail pourvus d’ordinateurs, de téléphones et de Dictaphones. Au fond, derrière un comptoir où se tenait un préposé durant la journée, d’interminables rangées d’étagères accueillaient les archives de la clinique.
Rachel dépassa les box d’un pas furtif, se demandant combien de temps il lui faudrait pour trouver le dossier de Caleb dans ce labyrinthe.
Elle poussa la barrière métallique tournante accédant à l’arrière du comptoir. Un ordre parfait régnait sur ces innombrables étagères. Pas un document ne dépassait des chemises, à l’aspect si neuf et impeccable qu’on aurait dit un décor de cinéma. Comme si aucun véritable travail ne s’accomplissait ici, songea Rachel avec malaise.
Après avoir consulté un premier dossier cartonné, puis un autre, elle fit une découverte stupéfiante. Les noms des patients n’y figuraient ni à l’extérieur ni sur les prescriptions ou autres documents. Au lieu de cela, une sorte de code, composé de onze chiffres, était apposé sur le dossier.
Il faudrait faire part de cette information à Eric. Ce dernier devinerait peut-être la nature de cette mystérieuse combinaison.
La mâchoire serrée par la frustration, Rachel inspecta du regard la salle à l’ordre impeccable. Il devait bien s’y trouver quelque part quelques dossiers non classés…
Elle fouilla les tiroirs. Rien. Enfin, au fond d’un classeur de documents, derrière des dossiers suspendus, elle découvrit une liasse désordonnée de prescriptions, enfouie avant de partir ou oubliée là par l’un des employés.
Le pouls plus rapide, Rachel les fourra en hâte dans son sac à dos, dont elle referma la fermeture Eclair.
Elle consulta sa montre. Cela faisait plus de quinze minutes qu’elle était ici. Tout en se demandant si Grace avait achevé sa ronde — et dans ce cas, regagné son bureau — elle rebroussa chemin.
Elle atteignait la barrière tournante, lorsque le son d’un badge s’introduisant dans le lecteur électronique de la porte la fit soudain se figer.
Le rythme de son cœur s’affola. L’adrénaline pulsa dans ses veines. Elle allait être prise la main dans le sac.
La poignée de la porte tourna et Rachel franchit prestement la barrière pour se ruer vers le premier box. Elle s’assit, enfonça son sac sous le petit bureau et saisit la souris, soulagée de voir l’écran s’éclairer dans un bourdonnement sourd lorsqu’elle l’agita.
La porte s’ouvrit sur un homme qu’elle ne connaissait pas. Trapu, de taille moyenne, il portait une blouse bleue, maculée de sang, et un masque d’intervention pendait à son cou. Lorsqu’il l’aperçut, il s’immobilisa et balaya brièvement la pièce du regard.
Rachel lança un coup d’œil anxieux en direction de la barrière qui, par bonheur, ne tournait plus. Se rejetant contre le dossier de sa chaise, elle s’étira, bâilla avec ostentation, puis déclara d’une voix ensommeillée :
— Bonsoir. Je pensais être seule à travailler ici aussi tard.
Le médecin la dévisagea avec une franche curiosité, avant de hocher la tête.
— La nuit, cette salle est en effet aussi déserte qu’un tombeau. Mais un de mes patients s’est arraché un morceau de genou en tentant de voler. Onze points de suture.
— Oh la la.
— Comme vous dites. Donc, comme j’étais là, j’ai voulu en profiter pour me décharger de travail de paperasserie. Je ne pourrai pas dormir avant des heures, de toute façon.
— Je vous comprends.
Le médecin s’assit à quelques box du sien.
Rachel fit alors mine de taper une de ces combinaisons à onze chiffres sur son clavier. Bien sûr, comme elle ignorait ce qu’elle faisait, aucune page ne s’ouvrit.
Consciente du regard insistant de son collègue sur elle, elle bâilla une nouvelle fois.
— Je n’y vois plus clair, dit-elle. Je ferais mieux d’aller me coucher.
Comme elle repoussait sa chaise et récupérait son sac à dos, le médecin demanda :
— Ne seriez-vous pas Rachel Harper ?
Rachel émit un petit rire chagrin.
— Si. C’est bien moi. Cette affaire de kidnapping semble avoir rapidement fait ma notoriété.
Il sourit.
— Bill Dobson, du service psychiatrique. C’est en effet l’incident le plus notoire qui soit survenu dans cette clinique depuis longtemps. Enfin, depuis le suicide de Charles Green, ajouta le psychiatre.
Il secoua la tête.
— Au moins, cette fois, le garde est hors de danger.
— Darrell va s’en sortir ? C’est merveilleux. Je l’ignorais.
Un profond soulagement l’envahit à la pensée que Caleb ne serait pas accusé de meurtre.
— Depuis combien de temps travaillez-vous ici, Bill ?
— Cela fait deux ans. Mon travail me plaît. Il faut dire qu’il est rare qu’on m’appelle ainsi au milieu de la nuit
— Deux ans. Eh bien… Dans ce cas, vous pourrez peut-être m’aider. M’expliquer ce code d’accès à onze chiffres.
Dobson éclata de rire.
— Oui. Le comprendre m’a demandé un certain temps.
Il vint se poster derrière sa chaise.
— Quel dossier recherchez-vous ?
Rachel donna le nom d’un de ses malades au hasard.
Comme Bill se penchait au-dessus d’elle, elle se glissa hors de sa chaise et, prenant son sac à la main, la lui céda.
— Voilà, annonça Bill. J’ai tapé le nom de votre patient. Et voici comment fonctionne son code identifiant. Le premier chiffre correspond à la première lettre de son nom. Par exemple, 01, pour A, et ainsi de suite. Les quatre chiffres suivants sont les derniers de son numéro de sécurité sociale. Les quatre chiffres d’après représentent l’année de sa naissance. Puis vous tapez les trois premiers chiffres de sa carte de sécurité sociale et enfin, ceux du jour de sa naissance.
Rachel hocha lentement la tête tout en s’efforçant d’enregistrer ces informations.
— C’est très simple, en fait, conclut-elle avec sarcasme.
— Vous vous y habituerez, repartit Bill en riant.
— Un jour, sans doute. Merci, Bill. En attendant, je ferais mieux d’aller me coucher, je suis épuisée. A bientôt, lança-t-elle en faisant glisser la bride de son sac autour de son épaule et en se dirigeant vers la sortie.
— Bonne nuit.
Rachel sentit le regard du psychiatre dans son dos jusqu’à ce qu’elle ait passé la porte électronique. Une fois là, elle émit le long soupir qu’elle retenait depuis l’instant où son collègue était entré dans la salle.
Un frisson la traversa. A présent, il lui fallait ressortir du bâtiment. Repasserait-elle par l’entrée principale ? A moins qu’elle ne se cache dans le hall de service en attendant que Grace s’éloigne pour répondre à l’appel d’un malade.
Elle reprit l’ascenseur jusqu’au premier étage, tressaillant au grincement des vieux câbles qui résonnait jusque dans les couloirs de service.
Les portes de la cabine coulissèrent dans un affreux crissement et Rachel retint un cri en découvrant Grace, postée devant la cage de l’ascenseur.
L’infirmière sembla aussi surprise qu’elle.
— Que faites-vous ici ? s’enquit la nurse.
— Bonsoir, Grace. J’étais dans la salle des archives.
Tenez-vous en autant que possible à la vérité.
Le regard glacial de Grace exigea plus d’explications, mais Rachel n’ajouta rien. N’étant pas habituée à mentir, elle jugea plus sûr de se taire. Elle tenta de la contourner mais, refusant de s’effacer, l’infirmière lui fit remarquer :
— Vous n’êtes plus attachée à cette partie du bâtiment, docteur.
— C’est exact. J’interviens à présent dans le pavillon des femmes, repartit Rachel d’un ton sec.
Les lèvres de Grace se pincèrent.
— Le Dr Metzger m’a demandé de l’informer au cas où vous tenteriez de voir Caleb.
Metzger la faisait donc surveiller ? A cette pensée, Rachel sentit le pincement de la trahison lui serrer le cœur.
— Ecoutez, Grace. Je sais que je ne devrais pas me trouver là. Le Dr Patel m’a fait la leçon tout à l’heure. Mais je dois récupérer mon ordinateur, qui est resté dans mon casier.
Les sourcils froncés, sa compagne ouvrait la bouche pour répondre lorsque Rachel décida de prendre l’offensive :
— Grace…
S’approchant de l’infirmière, elle lui glissa à l’oreille :
— Avez-vous vraiment dit au Dr Patel que c’était moi, qui vous avais demandé où se trouvait Caleb, la nuit dernière ?
Elle vit Grace déglutir et une lueur de culpabilité briller dans ses yeux noirs tandis qu’elle reculait d’un pas.
— Ce n’est pas ce que j’ai rapporté. J’ai dit que je vous avais appelée après avoir découvert Caleb dans le solarium.
Rachel ne la crut pas.
— Juste avant d’avertir la sécurité — après que je vous avais demandé de ne pas le faire. Si vous m’aviez écoutée, rien de tout cela ne serait arrivé. Je contrôlais la situation.
— Vous cherchez à reporter le blâme sur moi ? s’exclama Grace, les traits soudain déformés par la colère. C’est injuste. Je n’ai fait que suivre les ordres. Caleb figure sur la liste.
— La liste ? Quelle liste ?
L’infirmière se mordit la lèvre.
— Peu importe. Je dois regagner mon poste.
— Grace, attendez…
Rachel tenta de la retenir, mais Grace chercha à s’esquiver.
— Parlez-moi de cette liste. Qui d’autre y est inscrit ?
— Oubliez ça. Je dois distribuer les remèdes.
Rachel scruta les traits fermés de l’infirmière. De toute évidence, elle ne l’intimidait pas. Dans ce cas, de qui Grace avait-elle peur ? Du Dr Patel ? De Metzger ?
— Très bien, Grace. Je vais juste chercher mes affaires.
Elle pointa un doigt en direction des casiers du personnel.
Grace consulta brièvement sa montre.
— Je vous accompagne.
— Non, fit Rachel. Vous avez du travail. J’en ai pour une minute.
Grace la suivit malgré tout le long du couloir.
Elles dépassèrent la chambre de Caleb, puis la porte à double battant du service de neurologie. Enfin, les bras croisés, l’infirmière attendit, le temps qu’elle récupère son ordinateur portable dans son casier. Dieu merci, pensa Rachel, elle s’en était tenue à la vérité à ce sujet.
La poitrine serrée par la frustration, elle glissa l’appareil sous son bras au lieu de l’enfoncer dans son sac, de peur que Grace n’y aperçoive les documents qu’elle avait subtilisés. Après quoi — l’infirmière toujours sur ses talons — elle se dirigea vers la sortie de service.
De toute évidence, tant qu’elle n’aurait pas quitté le bâtiment, Grace ne la lâcherait pas d’une semelle.
Rachel se demanda si elle oserait mentionner le nom du Dr Green. Comme elles atteignaient la porte de service, elle prit une inspiration revigorante et se tourna vers Grace.
— Dites-moi, vous connaissiez bien le Dr Green ? Mon prédécesseur ?
Elle vit la surprise agrandir le regard de son interlocutrice.
— Non… pas très bien.
— Savez-vous pourquoi il est parti ?
L’infirmière parut gênée.
— Je crois qu’il a été renvoyé.
— C’est ce que j’ai entendu dire. Mais pour quelle raison ?
— Je crois qu’il avait révélé à la presse des informations confidentielles concernant certains patients.
— Qu’est-il advenu de lui ?
— Il a eu… un accident, me semble-t-il.
— Il est mort. D’une overdose de morphine et d’alcool. Pensez-vous qu’il se soit suicidé ?
Grace arrondit les épaules et enfonça ses mains dans ses poches.
— Je n’en ai aucune idée. Nous ne sommes pas supposés parler des employés. Ça énerve les patients.
— Je ne vois aucun patient à la ronde. Qu’est-il arrivé au Dr Green, Grace ?
Les surprenant toutes deux, la sonnerie d’appel des infirmières résonna dans le corridor. Grace jeta un coup d’œil en direction du poste de garde avant de rétorquer :
— Vous devriez cesser de fouiner ainsi. C’est dangereux.
— Que voulez-vous dire ?
Grace contourna Rachel sans répondre avant d’ouvrir la porte, l’invitant silencieusement à partir.
Sans autre choix que de lui obéir, Rachel s’engagea dans l’escalier de béton, poursuivie par la voix menaçante de l’infirmière.
— Prenez garde, docteur Harper. Charles Green posait trop de questions, lui aussi, et voyez ce qui lui est arrivé.
* * *
Une fois dans son logement de fonction, Rachel prit une douche rapide, puis elle sortit de son sac les documents subtilisés dans la salle des archives, qu’elle étala sur la table de sa cuisine. Après les avoir lissés du plat de main, elle tenta d’en lire les premières pages, mais fut contrainte d’admettre qu’elle ne parvenait plus à ajuster sa vision sur les caractères. Sa douche l’avait vidée des dernières gouttes d’énergie qui lui restaient.
Cela faisait plus de vingt-quatre heures qu’elle n’avait pas dormi. Elle se lèverait tôt le lendemain afin d’étudier ces prescriptions et jeter un coup d’œil aux plans de la clinique. Il existait certainement un moyen d’entrer dans cette bâtisse sans passer devant la sécurité. Peut-être par le sous-sol.
Le corps brisé par la fatigue, Rachel se mit au lit, bâilla et poussa un imperceptible gémissement.
Elle ferma les yeux et s’efforça de se détendre, mais le visage d’Eric s’imposa à son esprit. Elle sentit la compassion lui serrer le cœur au souvenir de la lutte qu’il avait dû mener pour combattre l’effet des sédatifs. Il n’était sans doute pas habitué à se sentir aussi impuissant.
Rachel se retourna dans son lit et frappa son oreiller de son poing pour le rembourrer. Elle ne pouvait s’autoriser à se sentir responsable d’Eric. Il était entraîné pour ce genre de mission secrète. Il saurait comment se préserver. De son côté, elle devait se préoccuper de ses patients avant tout.
« Et de toi-même », murmura une petite voix dans sa tête. Même si elle ne connaissait Eric que depuis vingt-quatre heures, elle avait ressenti entre eux un lien intense, qui dépassait certainement leur intérêt mutuel pour Caleb. Elle avait perçu au premier coup d’œil l’intégrité qui était celle de l’agent du FBI, son dévouement à son travail, son côté protecteur.
— Rachel ?
Son souffle bloqué dans sa poitrine, la jeune femme se figea. Il lui fallut quelques secondes pour comprendre qu’il s’agissait de la voix d’Eric dans le micro transmetteur dont elle avait complètement oublié l’existence. Avec le sentiment subit d’être dangereusement exposée — comme si Eric avait soulevé les couvertures, et s’était glissé dans son lit pour lui parler à l’oreille — Rachel sentit un picotement parcourir sa peau et frissonna.
— Eric ? murmura-t-elle.
— Etes-vous enfin couchée ? demanda-t-il d’une voix somnolente, tendue par l’effort.
Comprenant que son émetteur avait été allumé depuis qu’ils s’étaient quittés, Rachel demeura silencieuse un instant, médusée.
— Cela fait longtemps que vous m’écoutez ? s’enquit-elle.
— Un petit moment. Mais je ne cesse de m’assoupir.
— Bon sang, pourquoi n’avez-vous rien dit ?
Il l’avait entendue se glisser au sous-sol, avait suivi son échange avec Dobson, sa confrontation avec Grace.
— Je ne voulais pas vous surprendre… en pleine action.
Sa voix glissa sur elle avec la douceur de la soie.
Il avait entendu ses larmes de frustration, les coups impuissants qu’elle avait frappés sur son volant, tandis qu’elle regagnait en voiture son logement de fonction.
Et il l’avait entendue sous sa douche. Cette pensée la troubla.
Sa main se posa sur le décolleté de sa nuisette.
— Si vous m’avez écoutée, vous devez savoir que je suis couchée.
Rachel ferma les yeux pour combattre la nouvelle vague de désir qui embrasait sa peau. Se redressant brusquement sur son séant, elle étreignit un oreiller. Elle se sentait mise à nu. Une partie d’elle-même avait envie d’extirper le minuscule appareil de son oreille et de le jeter le plus loin possible.
Mais une autre désirait se blottir sous les couvertures et laisser le murmure rauque d’Eric la rassurer et la réconforter.
— Malgré mes avertissements, vous n’avez jamais eu en tête de rentrer directement chez vous, n’est-ce pas ?
Ses reproches lui rappelèrent qu’Eric se souciait de sa sécurité dans la seule mesure où cela faisait partie de sa mission.
— C’était l’occasion rêvée d’y aller.
— Ce n’en était pas moins dangereux.
— J’ai pu ressortir avec quelques documents non classés.
— Le risque n’en valait pas la peine.
Rachel émit un soupir de frustration.
— Le dossier de Caleb ne concerne que les six derniers mois de son traitement. Le seul endroit où nous trouverons une explication à son brutal arrêt respiratoire est le bureau des archives. C’est donc là que nous devons concentrer nos recherches.
— Le mot magique est « nous », en effet. Dorénavant, vous ne bougerez plus sans que je vous l’aie demandé, est-ce clair ?
— Vous êtes coincé dans votre chambre. Pour l’instant, il n’y pas de nous qui tienne… Il n’y a que moi. A propos, m’avez-vous entendue parler avec Bill Dobson ?
— Non. J’ai dû m’assoupir un moment.
— C’est l’un des psychiatres de la clinique, qui m’a expliqué la combinaison d’un code figurant sur les dossiers médicaux.
Elle en récita les détails de mémoire.
— Oh là, s’exclama Eric, son soupir résonnant au creux de son oreille. Vous me répéterez cela lorsque j’aurai recouvré toute ma cohérence. Pour l’instant, je m’endors. Et vous avez également besoin de vous reposer.
— Eric, le temps presse. Combien de jours encore pensez-vous pouvoir les duper ? Ils vont finir par se rendre compte que vous n’êtes pas Caleb. Pendant ce temps, les médicaments vont commencer à attaquer votre organisme. Laissez-moi faire ce qui est en mon pouvoir pour vous aider.
Rachel s’interrompit, mesurant l’implication de ce à quoi elle s’engageait. De ce qu’elle avait déjà fait. S’introduire dans une zone non autorisée. Dérober des documents. A cette pensée, elle serra l’oreiller contre sa poitrine.
— Je ne me reconnais plus, dit-elle. J’ai déjà dû enfreindre une demi douzaine de lois, ce soir. Je vais sûrement perdre mon permis d’exercer la psychiatrie et je ne sais rien faire d’autre.
— Tout va bien se passer, je vous le promets. Le FBI vous soutient. Ne vous inquiétez pas pour moi. Je supporterai les médicaments et je trouverai un moyen pour que nous nous rencontrions. En attendant, votre travail consiste seulement à étudier les plans de la clinique et à appeler Natasha. Mais attention, le téléphone portable qui vous a été remis par le FBI, bien que très sûr, peut néanmoins être placé sur écoute. Utilisez le avec modération.
— Grace est-elle repassée dans votre chambre ?
— Oui. A 1 h 17. Grace, dites-vous ? C’est l’infirmière qui voulait injecter des sédatifs à Caleb ? Celle qui a averti la sécurité contre votre gré ?
— Oui. C’est elle. Avez-vous entendu ses derniers propos ?
— Non.
— Elle m’a dit : « Prenez garde. Le Dr Green posait trop de questions, lui aussi, et voyez ce qui lui est arrivé. »
Le récepteur de Rachel demeura silencieux un instant.
— Ne vous fiez pas à elle, Rachel. Ne vous fiez à personne.
— Je vous promets d’être prudente, répondit Rachel.
Elle se laissa glisser au fond de son lit et se tourna sur le côté.
— Je vous en prie, soyez-le. Ils vous soupçonnent et doivent épier chacun de vos faits et gestes.
Les yeux de Rachel se fermèrent doucement. Elle s’étira et émit un soupir.
— Rachel, vous dormez ? demanda Eric.
Sa voix rauque ramena une vague de désir en elle, une faim qui n’avait pas été comblée.
— Je suis en train de m’assoupir. Mais, Eric, je murmure à peine… Comment pouvez-vous m’entendre ?
Elle l’imagina, étendu comme elle dans son lit. Elle imagina ses épaules et son torse musclés sur les draps blancs.
— Le progrès, ma chère… repartit-il.
La pointe d’amusement qui avait percé dans sa voix grave la fit frissonner.
— Rachel, Metzger est farouchement déterminé à savoir ce que Caleb vous a dit. Méfiez-vous. Ils vous ont à l’œil.
La jeune femme poussa un soupir.
— Je doute que vous compreniez à quel point ils vous ont, vous, à l’œil.
— Je m’en sortirai. En tout cas, il est vital que nous restions en contact. A partir de 9 h 15 demain matin, ouvrez votre micro transmetteur au quart passé de chaque heure. Nous communiquerons ainsi régulièrement. Mais restez discrète. Ainsi que vous l’avez vu, un simple murmure suffit à être détecté. Je ne pourrai peut-être pas toujours vous répondre, mais je saurai que vous allez bien.
— Eric ? chuchota Rachel.
Ce dernier ne répondit pas.
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