Attirance interdite - Un risque à prendre

Dana Marton · Chapitre 28 sur 28

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Attirance interdite - Un risque à prendre

Chapitre 15

15

 

 

Rachel déposa le dernier de ses sacs dans le coffre de sa voiture et s’assura que son ordinateur portable était bien calé. Après quoi, elle rentra dans l’appartement pour en faire une dernière fois le tour. Débarrassées des effets que la jeune femme venait d’entreposer à l’arrière de son véhicule, les deux pièces meublées par l’institution avaient un air aussi impersonnelles qu’une chambre d’hôtel.

Rachel s’immobilisa dans l’encadrement de la porte et porta son regard au-delà des vastes pelouses. Le bâtiment principal de la clinique s’y dressait avec arrogance, dissimulant aux regards le mal qui avait œuvré derrière ses murs.

Le mal… et le bien, songea Rachel.

Elle prit une longue inspiration tandis que les souvenirs — bons et mauvais — se bousculaient dans sa mémoire. Cette maison avait abrité les meilleurs instants de son existence, comme les pires.

Non, pas les pires. Car toutes les tortures qu’avait pu lui infliger Gerhardt Metzger n’égalaient pas la douloureuse certitude d’avoir perdu Eric.

Un sentiment de perte accablant l’étreignait. Eric lui avait appris à s’ouvrir, à aimer. Il lui avait montré que rien ne peut être conquis sans compromis. Malgré cela, il avait été incapable de faire la seconde moitié du chemin jusqu’à elle.

Il lui avait offert un fabuleux cadeau : la capacité à accepter les autres tels qu’ils étaient, plutôt que d’essayer de les guérir. Mais il n’était pas parvenu à s’accepter lui-même. Si bien qu’elle l’avait perdu.

— Quel dommage… murmura Rachel.

Voilà qu’elle pleurait, à présent. Elle se détourna et se dirigea vers la salle de bains où elle aspergea son visage d’eau. Elle essuyait ses joues lorsqu’elle entendit un coup bref depuis la porte restée ouverte.

Il ne pouvait s’agir du Dr Patel, dont elle avait déjà pris congé la veille au soir, après lui avoir signifié son souhait de quitter son établissement.

— Une minute ! s’écria Rachel en finissant de s’essuyer.

Elle sortit de la salle de bains et se figea en reconnaissant la silhouette qui, dans une aveuglante aura lumineuse, se dressait sur le seuil de la porte.

— Eric ?

Rachel avança d’un pas.

Se soustrayant au vif halo du soleil, Eric entra. Son visage portait encore les traces de ses blessures.

— J’avais peur que vous ne soyez déjà partie.

Rachel se mordit la lèvre.

— Ce sera le cas dans une dizaine de minutes.

Sa voix était légèrement haletante, comme si elle avait couru.

Eric hocha la tête tout en scrutant ses traits.

Pouvait-il voir qu’elle avait pleuré ?

— Où allez-vous ? demanda-t-il.

— Ma mère m’a demandé de m’installer chez elle afin de lui tenir compagnie en l’absence de son mari.

Eric regarda par terre puis leva les yeux vers Rachel.

— Caleb a été innocenté aujourd’hui.

A cette nouvelle, Rachel sentit son cœur tressaillir dans sa poitrine. Elle se rapprocha d’Eric.

— C’est formidable. Il va bien ? Où va-t-il aller ?

L’ombre d’un sourire éclaira le visage d’Eric.

— Il a déjà pas mal récupéré, et j’ai trouvé un centre qui m’a l’air très bien, tout près de Washington.

— Oh ! Eric, c’est merveilleux ! Il sera près de vous. Ce sera bénéfique pour vous deux.

A son grand désarroi, elle sentit ses yeux s’emplir de larmes.

— Oui, je l’espère.

Eric se dirigea vers le comptoir de la petite cuisine, auquel il s’appuya.

— Rachel ?

Intriguée par sa gravité, elle le rejoignit.

— Eric, que vous arrive-t-il ? Y a-t-il un problème avec Caleb ?

Il secoua la tête en la considérant à travers ses cils.

— Et s’il avait raison ? demanda-t-il d’une voix rauque et tremblante.

Rachel sentit un frisson d’appréhension, mêlé d’espoir, la parcourir.

— A quel sujet ?

— A propos de ce qu’il vous a dit l’autre jour.

La tension d’Eric était palpable. Mais Rachel savait qu’il devait en passer par là. Elle ne pouvait pas faire le dernier pas pour lui. Il devait le franchir seul.

— A-t-il raison ? s’enquit-elle en soutenant son regard.

Eric demeura immobile un instant, puis il vint lentement vers elle, emprisonna son visage entre ses mains et pencha son front vers le sien jusqu’à ce qu’ils se touchent.

— Vous me connaissez mieux que je ne me connais moi-même.

— Non, Eric. Vous êtes le seul à pouvoir répondre à cette question.

Il l’embrassa doucement sur la bouche.

— Vous rêvez d’une existence saine, sécurisante. Quant à moi, je suis l’unique protecteur d’un frère schizophrène ; j’ai moi-même certains problèmes d’ordre psychique et pour parfaire le tableau, j’ai un métier stressant et dangereux. Je ne pourrai jamais vous offrir une vie normale, Rachel.

La jeune femme sentit la chaleur de son souffle sur ses lèvres.

Elle enroula ses bras autour du cou d’Eric.

— Caleb et moi avons eu une longue discussion, l’autre jour. Il m’a rappelé que nous ne pouvons pas changer radicalement. Les seuls points sur lesquels nous pouvons intervenir sont la manière dont nous nous acceptons, et le choix des personnes que nous autorisons à nous aider. J’ai déjà essayé la sécurité. Ainsi que vous me l’avez fait remarquer un jour, c’est une existence solitaire.

Elle prit une longue inspiration.

— Je peux vivre hors de la normalité. Mais pas sans amour. Peux-tu me donner de l’amour, Eric ?

Un feu étincela dans les doux yeux noirs d’Eric, comme la première fois qu’il avait posé son regard sur elle.

— Oui, pour toi, je m’en sens capable, murmura-t-il contre ses lèvres. Mais, de ton côté, es-tu prête à m’en faire pour toujours la promesse ?

Rachel éclata de rire à travers ses larmes.

— Oh, Eric. Oui, sans hésitation !

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