Attirance interdite - Un risque à prendre
Chapitre 3
3
— Je ne peux pas faire ça.
Etreinte par un sentiment d’impuissance, Rachel se tenait dans la suite d’hôtel où elle était censée informer Eric Baldwyn de ce qu’elle savait sur la clinique des Prairies et le Dr Metzger.
Elle jeta un regard en direction d’Eric, qui arpentait la pièce devant la large fenêtre panoramique, l’air profondément perturbé.
Comment aurait-elle pu l’en blâmer, après le choc qui avait dû l’ébranler en retrouvant le frère qu’il pensait mort ?
Le cœur serré, elle l’imagina, s’efforçant de s’accommoder dès son jeune âge de la maladie de Caleb. D’après le peu qu’il lui en avait dit, son enfance semblait avoir été aussi pénible que la sienne. Rachel avait peine à imaginer la cruauté qui avait pu pousser la grand-mère d’Eric à lui arracher si tôt son frère jumeau, et à lui mentir si odieusement jusqu’à son dernier souffle.
Malgré ces multiples épreuves, Eric semblait normal et parfaitement adapté. S’ils s’étaient rencontrés en d’autres circonstances, Rachel aurait sans doute cédé au féroce désir d’en apprendre davantage sur cet homme séduisant, à la personnalité complexe.
Mais pas de cette manière.
Elle se tourna vers l’agent Decker, qui s’apprêtait à partir.
— Je ne peux pas m’impliquer dans une opération secrète avec le FBI. Si on découvre ma collaboration avec vous, ce sera la fin de ma carrière.
Une opération secrète avec le FBI. Cette seule phrase lui paraissait insensée.
— Bien sûr, je serai sans doute renvoyée de toute façon.
Elle imaginait mal le Dr Patel, si soucieux de l’image de son établissement, la garder parmi son équipe alors qu’elle avait été incapable de contenir un incident qui aurait dû demeurer mineur.
Rachel ne comprenait pas encore très bien comment elle avait pu perdre si rapidement le contrôle de la situation. Sans parler de celui de son existence.
Il lui semblait maintenant bien loin, le jour où elle avait été engagée dans une paisible institution privée, sans autre problème en tête que celui de rattraper un peu de sommeil après une longue nuit de garde…
Depuis lors, elle avait vu deux hommes tomber sous ses yeux. Elle avait été kidnappée et s’apprêtait à s’embarquer dans une aventure qui, au mieux, ruinerait sa crédibilité en tant que psychiatre, et au pire — si les divagations de Caleb étaient fondées — lui ferait risquer sa vie.
— Cette opération peut encore être annulée, expliqua Decker d’un ton rassurant. Des enquêteurs fédéraux passent au peigne fin les informations réunies par Natasha. D’ici à demain matin, nous pourrions avoir découvert que rien de suspect ne se déroule dans cette clinique. Vous retrouverez alors tranquillement votre travail. Mais nous devons être prêts, au cas où Eric serait contraint de remplacer son frère.
— Etre prêts ?
Rachel avait presque envie de rire, mais la perspective de passer la nuit à enseigner à Eric Baldwyn une manière convaincante de jouer un malade mental n’avait rien de comique.
En tout cas, elle obtenait aujourd’hui la preuve concrète que les agences gouvernementales pouvaient intervenir très vite et avec la plus grande efficacité lorsqu’elles le voulaient.
Car dès l’instant où le FBI avait eu connaissance du suicide du Dr Green, un hélicoptère était venu chercher Caleb, avec à son bord un médecin auquel elle avait expliqué ses symptômes et la nature de son traitement, afin qu’il les communique à ses confrères de l’hôpital Walter Reed de Washington.
— Nous avons déjà informé le directeur de la clinique des Prairies du fait que Caleb et vous aviez été admis en observation à l’hôpital Walter Reed, expliqua Decker. L’homologue du Dr Patel est prêt à l’instruire de l’état de santé de son patient.
Il consulta brièvement sa montre.
— Si nos enquêteurs ne décèlent rien de suspect, Caleb et vous serez raccompagnés à la clinique des Prairies dès qu’il sera en état d’être transféré. Dans le cas contraire, Eric prendra sa place.
— Mais je suis incapable de participer à cette opération de couverture ! protesta Rachel. Je ne sais rien et je n’ai pas les compétences nécessaires pour endosser le rôle d’agent secret.
— Ce n’est pas ce qu’on vous demande, rassurez-vous. En revanche, vous pouvez nous être utile car vous connaissez l’agencement général de l’hôpital, ainsi que la plupart de ses patients et des membres de son personnel.
Decker sourit à Rachel et la jeune femme sentit la tranquille assurance qui se dégageait de lui se communiquer à elle contre son gré.
— Comme l’a fait remarquer Eric, insista-t-elle mollement, je n’ai travaillé que deux mois dans cette clinique.
— Tout ce que nous attendons de vous, c’est que vous aidiez Eric à jouer le rôle de son frère et à faire illusion. Ce faisant, vous aiderez également Caleb et l’ensemble des malades soignés dans cet établissement.
Rachel fronça les sourcils, partagée entre son engagement envers le bien-être de ses patients et sa loyauté envers l’institution qui l’avait engagée.
— L’idée d’espionner mes collègues me déplaît.
Decker pinça la bouche.
— Si vous refusez de coopérer, nous serons contraints de vous mettre au secret dans certains de nos locaux jusqu’à la résolution de cette affaire.
Rachel fixa Decker.
— Vous voulez dire que vous m’enfermeriez ?
— Comment vous protéger autrement, si nous ne pouvons pas nous fier à vous ? A moins d’avoir votre entière collaboration, je ne peux pas vous renvoyer là-bas en vous faisant risquer votre vie, ainsi que celle de mon agent.
Rachel jeta un regard en direction d’Eric, qui n’avait pas ouvert la bouche depuis leur arrivée dans ce luxueux hôtel de Washington dont le FBI se réservait certaines suites.
Il paraissait ne pas pouvoir tenir en place et passait souvent une main dans ses cheveux, trahissant ainsi sa nervosité.
Tout à coup, il s’immobilisa.
— Avez-vous eu des nouvelles de mon frère ?
Decker secoua la tête.
— Pas encore, mais je vous informerai dès que j’en saurai plus. Je suis sûr que Caleb va très bien s’en sortir.
Eric glissa un regard en direction de Rachel, comme pour lui communiquer qu’il n’était pas dupe de ces paroles rassurantes.
Elle y lut en même temps une suspicion manifeste à son égard. Son attitude, ses expressions, montraient qu’il ne se fiait pas plus à sa personne qu’à ses compétences.
De son côté, Rachel avait une meilleure impression de l’agent du FBI suite au portrait que lui en avait brossé Decker dans la voiture qui les avait conduits jusqu’à cet hôtel.
Profiler pour le FBI, Eric Baldwyn détenait un Master en psychologie et avait contribué à une thèse sur les pathologies criminelles publiée par l’un des hôpitaux américains les plus réputés. Dès lors, il n’y avait rien d’étonnant à ce que cet homme soit si bien renseigné sur les traitements anti-psychotiques, songea Rachel. Elle avait également remarqué l’admiration et l’affection que Mitch vouait à son jeune agent.
A cet instant, le téléphone portable de Decker sonna. Eric se figea et Rachel retint son souffle.
Après avoir brièvement répondu à l’appel, Decker raccrocha et hocha la tête en direction d’Eric.
— Je dois y aller. Il faut que je prépare la déclaration que je dois faire tôt demain matin devant le Sénat. J’en ai pour la nuit.
— Mitch… fit Eric en passant une main lasse sur son visage. Je suis désolé de vous avoir entraîné dans cette affaire. Merci de votre aide.
Decker lui serra la main.
— Je vous tiendrai au courant dès que j’aurai du nouveau. Rachel, que décidez-vous ?
La jeune femme sentit le regard d’Eric se river sur elle. Au plus profond de son être, elle savait sa résolution prise. Elle s’humecta les lèvres et, voyant les yeux d’Eric s’y poser, elle ressentit comme une bouffée de chaleur au plus profond d’elle-même.
Elle détourna le regard et s’éclaircit la gorge avant d’affirmer :
— Si la vie de certains patients est réellement mise en péril, je ne vois aucun problème à coopérer avec vous. De toute façon, il n’est pas question que j’abandonne mon travail et mes malades.
— Dans ce cas, vous avez sept heures pour briefer Eric sur l’agencement de la clinique, le nom du personnel soignant et des patients qu’il sera censé connaître, ainsi que sur les réactions habituelles de son frère à divers types de situations et à son traitement.
Rien que ça ?
Rachel émit un soupir.
— Je ferai de mon mieux.
Decker opina du chef.
— Eric vous expliquera le fonctionnement de notre équipement de surveillance et de communication.
Il désigna un sac noir sur la table, déposé quelques instants plus tôt par un de leurs agents.
Après leur avoir enjoint de ne quitter leur suite sous aucun prétexte et de faire appel à l’agent posté dans l’appartement contigu en cas de besoin, Decker serra la main de Rachel, la remercia pour son aide, puis s’éclipsa.
La porte se referma sur lui, laissant la jeune femme seule avec Eric. Le dos tourné, il regardait par la fenêtre, les bras croisés.
La tension qui émanait de lui révélait l’étendue de sa détresse. Rachel fit un pas dans sa direction mais, ne sachant comment lui venir en aide, elle se retrancha derrière un sujet anodin.
— Votre patron est un homme vraiment sympathique.
Eric toussota, puis, enfouissant ses mains dans les poches arrière de son jean, il lui fit face.
Ses yeux noirs étaient embués de larmes.
Il lui répondit par un « oui » laconique, renifla vivement et vint s’asseoir à la petite table de conférence sur laquelle était posé le sac noir.
— Nous ferions mieux de nous y mettre, dit-il en saisissant une mince pile de documents laissée par Decker.
Rachel eut alors l’impression de jouer dans une pièce de théâtre où tout le monde à part elle aurait connu son rôle.
— C’est pire qu’une mauvaise série policière ! s’exclama-t-elle avec un petit rire. Vous comptez réellement vous infiltrer dans un établissement privé, sans preuves préalables ?
Eric examina brièvement l’ensemble des documents rassemblés devant lui avant de répondre :
— Natasha et plusieurs autres agents y travaillent en ce moment. S’il le faut, ils passeront la nuit à éplucher les informations dont ils disposent pour dénicher des éléments concrets.
Il retourna une feuille dont il étudia plus longuement le contenu, puis riva son regard au sien.
— De plus, Mitch a contacté la police locale. Ils réclament notre aide afin élucider l’affaire qu’ils n’avaient pas pu classer, relative au mystérieux décès de votre prédécesseur.
— La police et le FBI pensent donc qu’il pourrait s’agir d’un meurtre ?
Eric haussa les épaules.
— Il serait en tout cas utile de connaître l’avis des collègues de Green à ce sujet.
— Aucun d’eux n’y a jamais fait allusion en ma présence, déclara Rachel d’une voix où perça une pointe d’étonnement.
N’était-il pas étrange, en effet, que personne n’ait pris la peine de l’informer de la disparition de son prédécesseur ?
— Et vous ne vous êtes pas étonnée du fait qu’un poste aussi prisé soit soudain disponible ?
Lorsque Eric la dévisageait ainsi, elle avait l’impression qu’il devinait ses plus sombres secrets.
Rachel se frotta nerveusement les mains et secoua la tête.
— J’avoue avoir été sidérée de décrocher cet emploi dans une des plus prestigieuses institutions psychiatriques de la région.
Mais craignant de mettre en péril ses chances de réaliser son rêve, elle n’avait pas souhaité se montrer trop curieuse.
— J’étais si heureuse de travailler avec le Dr Metzger…
— Ce Metzger, lança Eric avec un mépris manifeste, il est neurologue, n’est-ce pas ? Alors en quoi une collaboration avec lui peut-elle vous intéresser, puisque vous êtes psychiatre ?
— La thèse du Dr Metzger sur la maladie mentale est tout à fait exceptionnelle. Il pense que les pathologies les plus lourdes peuvent être guéries en corrigeant les déséquilibres cérébraux au niveau des chromosomes, expliqua Rachel avec enthousiasme. Les travaux menés par Metzger et son mentor, James Former, sont aussi fascinants que prometteurs.
Eric la considéra avec un regard intense.
— Nous n’aurions peut-être pas dû vous impliquer dans cette enquête, déclara-t-il. Etant donné votre admiration éperdue pour cet homme, qu’est-ce qui me prouve que vous ne me trahirez pas ?
— Je ne ferai jamais une chose pareille.
Tout en disant cela, Rachel comprit que c’était vrai. Car malgré son profond désir de voir les théories du Dr Metzger s’avérer, elle ne pouvait tolérer l’idée que quiconque mette en péril la vie d’innocents patients. Elle était médecin et avait la déontologie de son métier à cœur.
— Qu’est-ce qui vous en empêcherait ?
Rachel repensa aux nuits qu’elle avait passées, terrée dans sa chambre d’enfant, à supplier le ciel que sa mère recouvre la raison.
Combattre la maladie psychique, protéger les autres des terreurs qui l’avaient hantée, était devenu sa croisade personnelle. Elle comprenait mieux que quiconque le besoin d’Eric de vouloir protéger son frère.
— Si j’accepte de vous aider, dit-elle, c’est par souci professionnel. Pour m’assurer qu’aucun mal ne sera fait à quiconque. Pas plus à vous qu’à mes patients.
Comme s’il avait deviné qu’une raison plus profonde l’animait, Eric la scruta de son regard insondable avant de contempler ses mains.
— Qu’est-ce que…? s’exclama-t-il soudain.
D’un geste vif, il enserra ses poignets et les retourna afin d’y examiner les marques rouges laissées par le ruban adhésif.
— Pourquoi n’avez-vous pas signalé cela au personnel médical ? Ils vous auraient soignée.
Se penchant vers Rachel, il se mit à frotter doucement les particules de colle pour les désincruster de sa peau. Le contraste entre la douleur qu’elle avait presque oubliée et la caresse d’Eric la fit frissonner.
Aussi loin qu’elle s’en souvienne, personne ne l’avait jamais traitée avec pareille douceur. Personne n’avait ainsi cherché à soulager ses maux.
— Vous tremblez, fit remarquer Eric d’une voix rauque.
Il éleva lentement son regard vers le sien, le laissant au passage s’attarder sur sa bouche.
Subitement muette, Rachel était tout entière absorbée par le contact de ses mains, le son rocailleux de sa voix.
Eric se redressa et fit glisser ses doigts jusqu’au bout des siens avant de les lâcher comme à contrecœur.
— Il faut désinfecter ces plaies.
Sa voix était redevenue professionnelle, son regard dur.
Rachel dissimula ses mains entre ses genoux.
— C’est… inutile. Je n’ai presque plus mal.
Elle repoussa sa chaise.
— Veuillez m’excuser une minute. Je…
D’un geste vague, elle désigna la salle de bains.
Eric hocha la tête avec raideur, soulagé à l’idée de pouvoir remettre ses idées en place en son absence.
Tandis que Rachel s’éloignait, il ne put s’empêcher de considérer sa silhouette élancée, vêtue d’un simple jean et d’un T-shirt, son long cou gracieux, révélé par la main fine qui releva ses cheveux.
Lorsque ses doigts s’étaient posés sur la peau délicate de ses poignets, il avait ressenti la même sensation électrique que lorsqu’il l’avait vue pour la première fois.
Quelque chose en elle l’attirait intensément et cette idée lui déplaisait. Personne n’avait jamais éveillé dans son être une aussi puissante réaction — une sensualité mêlée d’une profonde empathie, jusqu’alors inconnues de lui.
Eric serra les mâchoires. S’il voulait mener cette mission à bien, il lui faudrait se défier de ce sentiment, capable de l’en distraire.
Une fois Rachel dans la salle de bains, il massa ses tempes douloureuses. La migraine qui avait démarré lorsque Caleb avait fait cet arrêt respiratoire, loin de s’apaiser, s’était intensifiée.
La gorge serrée par l’émotion, Eric comprenait enfin que les rêves et les pensées étranges qui l’avaient hanté toutes ces années étaient le fruit non pas de son esprit, mais de celui de son frère. Vingt années durant, il avait vécu terrifié à l’idée que les voix qu’il entendait dans sa tête étaient les signes annonciateurs de la schizophrénie.
Or, c’était la maladie de Caleb dont il percevait, encore aujourd’hui, les échos angoissants.
Vingt ans. Il sentit la brûlure des larmes sous ses paupières. Il aurait voulu que sa grand-mère soit toujours en vie. Il l’aurait alors confrontée à Caleb, il lui aurait montré… Quoi donc ? Qu’aurait-il pu lui faire comprendre ?
Car si elle s’était souciée d’autre chose que d’elle-même, jamais elle ne les aurait séparés, jamais elle n’aurait ainsi dissimulé son frère aux yeux du monde.
Il serra ses poings contre ses tempes. Son aïeule avait bien fait de mourir. Ainsi, il n’aurait pas à s’opposer à elle concernant l’avenir Caleb.
Comme Rachel revenait à la table, Eric renouvela en silence le serment fait à son frère.
Je te protégerai, frérot. Tout ira bien maintenant.
Il prit une profonde inspiration et rassembla ses pensées avant d’élever son regard vers la jeune femme.
— Regardez, dit-il en lui présentant un premier document. Voici un plan schématique de la clinique, ainsi qu’un rapport télécopié par Natasha concernant les cinq décès qui y sont survenus, plus la liste des anciens patients et — Eric poussa la copie d’une coupure de journal devant elle — un article relatant le décès du psychiatre que vous avez remplacé.
De son regard indéchiffrable, il la mit au défi de le lire.
Rachel en considéra le titre.
— « Un psychiatre succombe à une overdose » lut-elle à voix haute.
Sa voix trembla, si bien qu’elle parcourut le reste du texte en silence.
« Le cadavre de Charles Green, psychiatre à la clinique les Prairies, à Longview, a été retrouvé dans son appartement de Breckenbridge. “Le Dr Green était un excellent praticien, a déclaré le Dr Rajid Patel, directeur et médecin chef de l’établissement. Malgré les problèmes personnels qu’il rencontrait, personne ici ne s’attendait à pareille tragédie”. »
La bouche sèche, Rachel leva les yeux pour rencontrer le regard insistant d’Eric.
— Le Dr Patel semble faire allusion à un suicide, dit-elle.
Sans la quitter des yeux, Eric lui tendit un second article, qu’elle saisit entre ses doigts engourdis par l’anxiété.
« L’enquête concernant le mystérieux décès du psychiatre de Longview demeure irrésolue au yeux de la justice. »
Rachel fut contrainte de prendre une profonde inspiration afin de pouvoir poursuivre sa lecture.
« Suite à l’autopsie révélant une absorption importante de morphine et d’alcool, le juge a conclu à une overdose par ingestion volontaire, ou provoquée par un tiers. Notons au passage que le témoignage d’un journaliste affirmant que le Dr Green l’avait informé de l’existence “d’agissements suspects” au sein de la clinique a été déclaré irrecevable, faute de témoignage écrit. »
Rachel s’attarda sur cette dernière phrase.
— Le journaliste n’avait donc pas rédigé les confidences du Dr Green ? murmura-t-elle.
Elle tourna son regard vers Eric, qui haussa un sourcil pensif.
— Peut-être Green ne l’a-t-il pas autorisé à le faire, par peur de perdre son emploi… ou la vie.
— La vie ?
Rachel sursauta en entendant sonner le téléphone portable d’Eric, qu’il extirpa vivement de sa poche.
— Mitch, dit-il en se levant et en lui tournant le dos. Comment va Caleb ?
Tenaillée par la même inquiétude que celle qui perçait dans la voix de son compagnon, la jeune femme retint son souffle, priant le ciel pour que le mystérieux arrêt respiratoire dont Caleb avait été victime n’ait pas occasionné de lésion cérébrale.
— Très bien, repartit Eric après un long silence.
Il avait parlé d’un ton égal, mais elle vit ses doigts se crisper autour de l’appareil.
— Nous serons prêts, ajouta-t-il avec la raideur d’un soldat aux ordres.
Lorsqu’il se tourna vers elle, la douleur sourde qu’elle lut dans son regard la fit frissonner. Caleb était-il mort ? Tous leurs efforts pour le sauver s’étaient-ils révélés vains ?
Comme il rempochait silencieusement son téléphone, elle se leva et s’approcha de lui.
— Eric ? Il est arrivé quelque chose à Caleb ?
Elle posa sa main sur son bras et sentit la tension de ses muscles sous ses doigts.
Il braqua un regard sombre et enfiévré dans le sien.
— Il faut nous mettre au travail, docteur Harper. Vous avez une foule d’informations à me communiquer d’ici 5 heures du matin.
Rachel le considéra avec stupeur, devinant à son expression qu’une tragédie était survenue.
— Et Caleb ?
— Un véhicule banalisé nous emmènera dès l’aube à l’hôpital Walter Reed, à partir d’où Caleb et vous serez transportés en ambulance jusqu’à la clinique des Prairies.
— Caleb et moi ? murmura Rachel, une lueur d’espoir au cœur.
Eric secoua gravement la tête.
— Vous et moi.
Elle le vit passer une main sur son visage comme pour contrôler ses émotions.
— Caleb ne peut pas retourner là bas.
Rachel retint de nouveau son souffle.
— Les examens pratiqués n’ont révélé aucune présence de Fenpiprazole dans son sang, déclara Eric.
— Mais, c’est impossible ! Les traces en sont détectables plus d’un mois durant…
Soudain saisie par la portée de cette révélation, Rachel s’interrompit avant de murmurer, en état de choc :
— Caleb disait donc la vérité. C’est le sevrage à un produit de substitution qui a causé son arrêt respiratoire.
— Je vous avais dit que mon frère ne mentait jamais.
— Ont-ils pu déterminer ce qui s’était passé ?
— Non, répliqua Eric. Les analyses de sang ont révélé les traces d’une substance chimique non identifiable.
D’après sa pâleur et ses traits tirés par l’anxiété, Rachel craignait de deviner la réponse à sa prochaine question.
— Et comment va Caleb ?
Eric frotta ses tempes visiblement douloureuses.
— Il a été placé en soins intensifs. Le pronostic des médecins est pessimiste.
— Oh ! Eric, je suis désolée !
Rachel mordit sa lèvre inférieure, dans une vaine tentative pour réprimer les larmes qui lui montaient aux yeux.
— Pauvre Caleb.
— Ce n’est pas tout. Mais vous feriez peut-être mieux de vous asseoir pour entendre ce que j’ai à ajouter, l’avertit Eric d’une voix tendue.
Son cœur tambourinant dans sa poitrine, Rachel redressa le menton et demeura debout.
— Je vous écoute.
— Notre expert en police scientifique, Laurel Gillepsie, qui vient d’étudier le rapport d’autopsie du Dr Green, a conclu qu’il ne pouvait s’agir ni d’un accident ni d’un suicide.
A ces mots, Rachel sentit la pièce se mettre à tourner autour d’elle.
— Ni d’un accident ni d’un suicide ?
L’air grave, Eric hocha la tête.
— Il semblerait que votre prédécesseur ait été assassiné.
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