Attirance interdite - Un risque à prendre

Dana Marton · Chapitre 24 sur 28

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Attirance interdite - Un risque à prendre

Chapitre 11

11

 

A l’instant où elle mettait la main sur ce qu’elle cherchait, une feuille de papier pliée en deux, glissée dans l’un des carnets de Metzger, Rachel entendit un son inarticulé en provenance de l’émetteur d’Eric.

— Ça y est ! s’écria-t-elle. Eric, j’ai trouvé la formule !

Oubliant tout le reste, elle parcourut en hâte l’écriture anguleuse de Metzger qui, alliée à l’encre épaisse de son stylo, rendait ses notes pratiquement illisibles. Les sourcils froncés, elle concentra sa vision sur les caractères.

Rachel découvrit que, ainsi qu’elle l’avait soupçonné, après avoir prélevé un fluide du cerveau de certains patients, le neurologue le stérilisait, le filtrait afin d’en éliminer les contaminants, le raffinait et y ajoutait un anesthésique local, avant de le leur réinjecter par voie intraveineuse. A mesure qu’elle déchiffrait la formule chimique du produit administré, elle l’enregistrait sur son téléphone portable dans le but de l’envoyer à Mitch.

Une horreur grandissante lui nouait l’estomac. Avec une certaine naïveté, elle avait cru que la théorie du Dr Metzger, associant la schizophrénie à une maladie auto-immunitaire était justement purement… théorique.

Elle l’avait imaginé, préparant des composés chimiques dans un laboratoire et en testant innocemment les résultats sur des souris.

Mais à la lecture du procédé qu’il employait pour obtenir ces substances, elle se sentit épouvantée.

Caleb avait dit la vérité. Metzger menait réellement dans ces murs des expériences d’une violence inimaginable. Son stratagème était digne d’un de ces vieux films d’horreur en noir et blanc, et FrankenMetzger, le surnom dont Caleb affublait le neurologue, se révélait étonnamment approprié.

La feuille glissa de ses doigts engourdis par la stupeur et Rachel considéra le rectangle de papier, tandis que son esprit mesurait la portée de ce qu’elle venait de découvrir.

Comme elle se baissait pour le ramasser, son regard fut de nouveau attiré par les étiquettes d’expédition sur les cartons.

Pourquoi Metzger prévoyait-il d’expédier en Allemagne tous les dossiers relatifs à ses expériences ?

Rachel se redressa et balaya la pièce du regard. Il prévoyait de s’en aller, comprit-elle. Metzger ne se contenterait pas de faire transférer ces cartons à l’étranger. Il allait partir lui aussi. Or, étant donnée l’imminence de la comparution en justice de Caleb, elle pariait que ce serait pour bientôt.

Ils n’avaient décidément pas de temps à perdre. Il fallait envoyer la formule au FBI au plus vite. Non seulement afin de sauver Caleb, mais pour que la police détienne au plus vite la preuve des monstrueux agissements de Metzger.

— Eric.

Rachel se releva et, sa feuille à la main, se précipita jusqu’à la pièce attenante.

— Eric, que faites-vous ? Regardez. J’ai trouvé la formule.

Le spectacle qui l’y accueillit la fit se figer sur place.

Les bras tendus devant lui tel un aveugle, Eric se dressait avec raideur devant la table d’opération, les traits vidés de toute couleur, les yeux révulsés.

Il renversa violemment sa tête en arrière, grimaça, sa mâchoire se crispant jusqu’à faire saillir les tendons de son cou, et une plainte étranglée déchira sa gorge.

Puis, voyant Eric vaciller sur ses jambes jusqu’au sol, où il se recroquevilla sur lui-même, Rachel enfouit la formule dans sa poche et courut vers lui.

La tête serrée entre ses poings fermés, il murmurait inlassablement :

— Non… non… non…

Figée par la frayeur, elle abaissa son regard sur l’homme qui, moins d’une heure plus tôt, l’avait tenue dans ses bras, l’avait embrassée, lui avait fait l’amour.

A présent, ainsi prostré à ses pieds, Eric ressemblait en tout point à son frère. Il manifestait tous les symptômes psychotiques de Caleb.

Rachel fit un pas en arrière, submergée par des sensations qu’elle n’avait plus éprouvées depuis l’enfance. L’impuissance, la peur et un amer sentiment de trahison et d’abandon. La conscience que, malgré ses prières et même si elle se tenait aussi tranquille que possible, la folie serait la plus forte.

Elle recula d’un autre pas, l’enfant en elle ne désirant qu’une chose, s’enfuir, jusqu’à ce qu’Eric s’épuise et s’assoupisse… comme sa mère finissait toujours par le faire.

Mais elle se força à réfléchir calmement. Elle n’était plus une enfant et Eric n’était pas sa malheureuse mère.

Elle était une adulte. Psychiatre, qui plus est. Et contrairement à cette fillette apeurée, elle savait que faire.

Si Eric avait soudain sombré, comme son frère, dans une pathologie schizophrène, et qu’il était en crise, il lui fallait un sédatif avant tout.

Rachel jeta un coup d’œil en direction du chariot rouge. Il s’y trouvait forcément une seringue de sédatif.

Se forçant à écarter l’image angoissante d’un masque à deux visages qui flottait devant ses yeux, elle contourna Eric et se dirigea vers le chariot.

A cet instant, Eric entendit un mouvement derrière lui. Il cligna des yeux pour chasser les larmes qui brouillaient sa vision et se découvrit, recroquevillé au sol, les poings serrés jusqu’à la douleur.

Détendant prudemment ses doigts, il accueillit l’odieuse crampe qui les engourdissait avec bonheur. Elle signifiait qu’il était toujours vivant.

Mais Caleb, lui, était mort.

A cette pensée, il eut l’impression que la main d’un géant lui arrachait le cœur et un gémissement étouffé s’échappa de sa gorge.

— Je suis désolé, frérot, murmura-t-il d’une voix brisée.

Le son d’un objet métallique heurtant le sol derrière lui l’arracha tout à fait à sa stupeur.

Il comprit qu’il était dans le laboratoire de Metzger, jusqu’où Caleb l’avait guidé. Des larmes de rage, cette fois, lui brûlèrent les yeux. S’il ne pouvait plus aider Caleb, il pouvait en tout cas empêcher ce meurtrier de tuer d’autres innocents.

Eric se releva, se tourna et découvrit Rachel, dressée derrière lui.

Durant les brefs et affreux instants où il avait compris que Caleb l’avait quitté, que pour la première fois de sa vie, il était seul, il avait oublié l’existence de la jeune femme.

Le simple fait de la voir atténua son chagrin. Se forçant à se souvenir de ce qu’ils faisaient ici, il passa ses mains sur son visage.

— Rachel, murmura-t-il dans un grognement rauque.

Il avala sa salive, demanda :

— Rachel, vous avez trouvé quelque chose ?

Elle éleva son regard vers lui et ce qu’il y vit fit vaciller son être. Ses yeux bleus, habituellement si pétillants, étaient tristes, comme éteints, et elle le dévisageait avec une méfiance qui fut près de briser le peu qui restait de son cœur ravagé.

Rachel éleva sa main droite et Eric aperçut une seringue.

Aussitôt en alerte, il demanda :

— Bon sang, qu’est-ce que vous faites ?

— Eric…

La vérité le percuta tandis qu’il repassait dans sa tête la scène à laquelle Rachel avait dû assister.

L’indescriptible sensation de vide qui l’avait étreint au moment où Caleb l’avait quitté l’avait plongé dans un abîme si profond qu’elle avait alors dû penser qu’il devenait fou.

Eric prit une longue inspiration, avant de dire :

— Je ne suis pas fou, Rachel.

La jeune femme cligna des yeux et se mordit la lèvre.

— Vous rappelez-vous ce qui vient de se passer ?

Il fit un pas vers elle et la vit se raidir.

— Bien sûr que je m’en souviens. Posez cette seringue et laissez-moi vous l’expliquer.

— Laissez-moi plutôt vous injecter un peu de ce calmant, puis nous retournerons tranquillement dans votre chambre.

— Rachel, bon sang ! Cessez de vous adresser à moi comme si j’étais un de vos patients. Je ne suis pas cinglé, vous dis-je.

Elle hocha doucement la tête et sourit, d’un éblouissant sourire, qui, à coup sûr, rassurait ses malades.

Mais il la connaissait assez pour savoir que ce sourire était forcé.

— Bien sûr que non, assura Rachel. Vous avez simplement été confronté à un stress colossal ces derniers jours. Vous avez besoin d’une bonne nuit de sommeil.

Eric s’approcha un peu plus et décela la lueur d’appréhension dans son regard.

— Rachel, je vous en supplie, n’ayez pas peur de moi. Il faut que je vous parle, or je ne peux pas le faire tant que vous brandirez cette seringue entre nous.

Comme il faisait un pas de plus dans sa direction, Rachel recula et heurta le chariot dans un fracas métallique qui résonna à l’infini contre les parois en acier.

— Enfin, Rachel, arrêtez de vous comporter comme si j’étais un monstre ! implora Eric en tendant une main vers elle.

Il lisait ses pensées dans son regard. Elle l’avait jusqu’alors cru sain d’esprit, lui avait offert son corps, dévoilé ses émotions. Or, maintenant, à ses yeux, il était un fou.

Il savait qu’il ne pourrait jamais effacer la scène qu’elle venait de voir, mais il savait également que, même s’il ne pouvait pas — ou ne voulait pas — le nommer, un sentiment profond existait entre eux.

La question était de savoir si le lien qui les unissait résisterait à cette épreuve. Dans le cas contraire, il aurait perdu aujourd’hui non seulement son frère, mais plus encore. Le chagrin qui avait failli le tuer un instant plus tôt redoubla d’intensité et Eric rassembla toutes ses forces pour ne pas s’effondrer.

En désespoir de cause, il opta pour une nouvelle stratégie et murmura :

— Avez-vous oublié comme nous étions bien ensemble ? Faire l’amour avec vous a été la plus extraordinaire expérience de mon existence. Vous le savez, n’est-ce pas ?

Rachel secoua la tête, mais il comprit qu’il avait réussi à l’atteindre. Voyant des larmes embuer ses yeux bleus, Eric réprima un frisson de dégoût pour lui-même et poursuivit :

— Avec vous, pour la première fois de ma vie, je me suis senti suffisamment en sécurité pour être moi-même. Pour ne rien retenir.

— Je vous en prie, l’implora Rachel, taisez-vous. Je sais ce que vous essayez de faire. Vous jouez avec mes émotions.

Elle cligna des yeux, délogeant une larme qui roula le long de sa joue.

Eric secoua la tête.

— Je vous dis la vérité, Rachel. Vous êtes la femme la plus merveilleuse que j’aie jamais rencontrée.

Les larmes de Rachel laissaient maintenant des sillons brillants sur ses joues.

— Cessez de vouloir m’émouvoir. Ça ne marche pas.

Oh si ! cela marchait, au contraire.

Fort de cette certitude, Eric s’élança en avant, agrippa l’avant-bras de Rachel et enfonça son pouce sur un point à l’intérieur de son poignet, ce qui fit que la jeune femme lâcha prise. A l’instant où la seringue atterrit sur le sol, Eric enserra prestement Rachel entre ses bras.

Soudain immobilisée par les muscles puissants de son compagnon, elle paniqua et se débattit, aussitôt submergée par une effroyable impression de déjà-vu.

— Non ! Lâchez-moi !

Les choses se déroulaient comme lorsque Caleb s’était attaqué à elle.

Sauf qu’il ne s’agissait pas de Caleb, mais d’Eric.

Et qu’aucune violence ne se dégageait de son emprise, qui évoquait plutôt une étreinte amoureuse.

Il abaissa son visage vers le sien, pressa sa bouche contre sa tempe et murmura :

— Tout va bien, Rachel. Il faut que vous vous calmiez, afin que je puisse m’expliquer. Je sais que ce vous avez vu vous a effrayée. Moi aussi, j’ai peur.

Elle le sentit frissonner.

— J’ai tellement peur que j’ai besoin de vous. Si je ne peux pas compter sur vous, je suis perdu.

La voix d’Eric trembla.

— Je vous en supplie. N’ayez pas peur de moi. Je ne le supporterai pas.

— Que…

Rachel avala sa salive.

Elle inspira profondément, sentit ses seins se presser contre le torse d’Eric, leurs extrémité se durcir malgré l’angoisse qui l’étreignait.

— Dites-moi ce qui s’est passé, Eric.

Il relâcha légèrement l’étreinte de ses bras autour d’elle et pressa sa joue contre la sienne.

— Plus de seringues ? Plus de cris ?

La voix d’Eric à son oreille, aussi douce et aussi rassurante que toujours, apaisa sa panique.

Il avait traversé tant d’épreuves… Les injections quotidiennes. Le fait d’être sous observation constante. Son inquiétude pour Caleb.

Il méritait qu’elle lui offre une chance de s’expliquer. Repoussant l’image angoissante de ce qui venait de se dérouler sous ses yeux, Rachel prit une longue inspiration.

— Je vous écoute, dit-elle, l’anticipation faisant battre son pouls à ses tempes.

Eric la lâcha doucement et elle considéra son visage pâle.

— J’ai perdu Caleb, déclara-t-il en la regardant droit dans les yeux.

Rachel le dévisagea avec fixité. Elle vit des larmes se former dans ses yeux et sa pomme d’Adam se soulever péniblement.

— Je ne comprends pas.

Une larme demeura en équilibre sur les longs cils noirs d’Eric avant de glisser le long de sa joue.

Il l’écrasa à l’aide de son pouce et ferma les yeux.

— Vous avez sans doute lu ou entendu parler de certains phénomènes de télépathie entre jumeaux. Eh bien, quelque chose de similaire existe entre Caleb et moi depuis toujours. Chez lui, sans doute à cause de son hyper sensibilité, c’était plus puissant. Il pouvait…

Eric prit une inspiration tremblante.

— Par exemple, lorsque nous jouions à cache-cache, il devinait toujours où je me dissimulais. Il pouvait même, s’il le voulait, me faire savoir où il se trouvait.

Il s’interrompit, émit un rire bref.

— Cela semble fou. Il faut l’avoir vécu pour le croire.

Rachel l’écoutait en silence, abasourdie.

— Après… après que grand-mère m’a dit qu’il était mort, même après qu’elle m’a emmené sur sa tombe, j’ai continué à ressentir ces étranges sensations. Vingt années durant, je les ai combattues, en me disant…

Eric sourit, haussa les épaules et tourna son regard vers le sol.

— En me disant que je devenais fou à mon tour. C’est seulement à la suite de votre kidnapping que j’ai découvert que Caleb était vivant.

Eric poussa un soupir étranglé.

— Je l’ai appris par les nouvelles télévisées, mais j’avais déjà rêvé la scène où Caleb vous prenait en otage. Je vous avais vue en songe, sans vous connaître, comme je vous vois aujourd’hui.

— Vous aviez rêvé de moi, sans même…

Rachel sentit son sang se glacer. Elle se souvint des propos de Caleb, dans la demeure de leur grand-mère.

J’ai appelé mon frère. Il est agent secret.

Croisant ses bras sur sa poitrine, elle fit un léger pas en arrière.

— Est-ce ainsi que vous êtes parvenu à retrouver Caleb, chez votre grand-mère ?

Une appréhension inédite assombrit le regard d’Eric, qui sembla rassembler tout son courage pour lui répondre :

— Oui.

Cet acquiescement résonna contre les parois métalliques de la pièce en même temps qu’à l’intérieur de son crâne.

— Et c’est de cette même manière qu’il a deviné que vous arriviez, et aussi que vous étiez agent secret ?

— Je le suppose. Il a toujours su ce que je ne lui disais pas.

— Je ne peux y croire. Comment est-ce possible…?

— Ecoutez, Rachel, si j’ai réussi à m’orienter dans cette clinique, si j’ai trouvé la porte de ce laboratoire, c’est parce que Caleb m’y a aidé.

— Il vous a aidé…

Rachel répétait ses paroles car elle avait du mal à assimiler ce qu’il lui disait.

— Caleb est inconscient, objecta Rachel. Il est sous assistance médicale constante. C’est impossible…

La bouche d’Eric se serra, et un terrible chagrin assombrit son regard.

— Mon frère est mort il y a quelques minutes, annonça-t-il.

— Oh ! Eric.

Rachel sentit l’horreur et la peine lui serrer en même temps la gorge.

— Comment…

— Comment je le sais ? Je le sais parce que, pour la première fois de ma vie, je suis complètement seul.

Il frotta ses tempes douloureuses.

— Caleb n’est plus avec moi.

Elle avait du mal à croire à ce que racontait Eric. Bien sûr, elle avait entendu des histoires de jumeaux qui, séparés à la naissance, menaient des existences étrangement similaires. Qui ressentaient la douleur de l’autre, ou devinaient à distance l’instant où leur double mourait. Mais jamais elle n’avait côtoyé de personnes ayant connu, de près ou de loin, de telles expériences.

Elle étudia attentivement Eric. Il venait seulement de retrouver son frère après vingt années de séparation. Si ce qu’il affirmait était vrai, le fait qu’il l’ait de nouveau perdu lui parut affreusement injuste. Rachel sentit son cœur se briser à cette pensée. Eric était bon, courageux, loyal, intègre et, de toute évidence, il croyait sincèrement en ce qu’il lui disait.

Il était prêt à mourir pour Caleb. Elle avait le sentiment qu’il était peut-être même prêt à périr pour elle. Mais était-il sain d’esprit ?

En toute honnêteté, elle l’ignorait.

A cet instant, une sonnerie stridente résonna dans la pièce.

— Oh ! mon Dieu ! souffla Rachel.

Eric tressaillit.

— Bon sang, qu’est-ce que c’est que ça ?

Elle allait répondre lorsque la voix calme d’un opérateur se fit entendre dans les hauts parleurs.

— Code D, Neurologie. Code D, Neurologie. Veuillez inspecter les zones auxquelles vous êtes assignés.

— Vous devez partir. C’est le code indiquant qu’un patient a disparu. Vous êtes resté trop longtemps absent de votre chambre.

Elle jeta un coup d’œil à sa montre.

— Il est 3 h 48. Cela fait plus d’une demi-heure que l’infirmière a effectué sa ronde.

Eric jura entre ses dents.

— Je ne peux pas y retourner maintenant. Qui sait ce qu’ils me feraient ?

Rachel se mordit la lèvre avec angoisse.

— Vous devez y aller. Prenez l’ascenseur principal jusqu’à votre chambre et feignez d’être somnambule, comme votre frère.

— Somnambule ?

— Oui. Lorsqu’ils vous trouveront, raidissez-vous et faites semblant de vous réveiller, d’être étonné de vous trouver là.

— Et vous, qu’allez-vous faire ?

— Je resterai ici jusqu’à ce que l’affolement s’apaise, puis je regagnerai discrètement mon appartement.

Eric lui prit les épaules. Des flammes étincelaient dans son regard.

— Non. Vous ne pouvez pas rester ici. Metzger risque de venir, ou d’envoyer un de ses sbires inspecter son précieux laboratoire. Je vous raccompagne jusqu’à la porte de derrière.

— Vous n’avez pas le temps. S’ils ne vous trouvent pas dans la demi-heure qui suit, ils alerteront la police.

— Cela me laisse parfaitement de quoi…

— Non, Eric. Vous devez me faire confiance.

— Je ne peux pas vous laisser seule ici.

— Vous le devez. Plus longtemps vous manquerez à l’appel, pire ce sera.

Une pointe de panique traversa les traits d’Eric. Il prit une longue inspiration.

— Ils vont m’administrer un nouveau sédatif, n’est-ce pas ?

Rachel se força à soutenir son regard.

— Oui. Une dose très forte, sans doute. Et ils vont également vous enfermer.

Eric pressa son poing fermé contre sa bouche, tout en fixant le sol.

— Eric ?

Il paraissait vulnérable, ployant sous le poids de tout ce qu’il avait traversé et de tout ce qui l’attendait.

— Dans ce cas, non, décréta-t-il.

Lorsqu’il redressa la tête, Rachel fut sidérée par la transformation qui s’était opérée en lui. Le profond chagrin qui brillait un instant plus tôt dans son regard avait fait place à une détermination farouche.

— Il n’est pas question que j’accepte d’être drogué au fond d’un lit d’hôpital pendant que vous mettez votre vie en danger. Nous allons nous cacher ici. Ensemble.

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