Attirance interdite - Un risque à prendre

Dana Marton · Chapitre 9 sur 28

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Attirance interdite - Un risque à prendre

Chapitre 8

8

 

 

Soyons amis…

Ces deux mots la poignardèrent en plein cœur. Il s’était donc déjà lassé d’elle ! Elle qui espérait tant de leur relation, il lui demandait son amitié. Quelle déception !

— D’accord, soyons amis, répondit-elle.

Et elle se détourna.

Après s’être conduite comme une idiote, elle n’allait pas, en plus, lui offrir le spectacle navrant de la fille qui pleure devant un garçon.

— Je rentre, dit-elle en essayant de contrôler sa voix. On doit se lever tôt, demain.

Amis !

Le cœur en berne, elle enfila ses chaussures et, sans se retourner, s’en alla.

Après tout, puisque ce qui s’était passé entre eux comptait si peu pour lui, il fallait qu’il sache que cela ne comptait pas davantage pour elle. Elle l’aimait, certes, mais c’était son problème. A elle de se débrouiller avec ses sentiments. En y mettant de la bonne volonté, elle finirait bien par l’oublier.

Peut-être…

* * *

Les yeux rivés sur la circulation, Raphaël appuya sur l’accélérateur, mais ses pensées étaient tournées vers Isabelle. Assise à côté de lui, silencieuse, elle regardait défiler le paysage. Maisons, touristes, vendeurs à la sauvette, mendiants.

Il l’avait brutalisée. Il avait tout détruit.

Pourquoi avait-il fait ça ? Quelle mouche l’avait donc piqué ?

Isabelle Rush n’était pas une femme comme les autres. Il aurait dû éviter de se comporter avec elle comme avec n’importe quelle femme. Il s’était montré au-dessous de tout.

— J’aime bien ta famille, dit-elle soudainement, sans lui jeter un regard.

— Ah bon…

C’était mal parti ! Elle allait bientôt lui parler de la pluie et du beau temps !

— Je les ai tous trouvés très gentils.

— Tant mieux…

Il eut envie de lui prendre la main, pensa que ce n’était pas opportun, et attendit qu’elle relance la conversation. Mais elle ne dit rien. Il sombra alors de nouveau dans ses pensées.

Elle avait dormi sur le canapé convertible, avec ses nièces, pendant qu’il avait passé la nuit dans le hamac qu’Eduardo avait accroché pour lui dans la véranda. A dire vrai, il n’avait pas dormi. Elle lui manquait terriblement. Son souffle, ses rondeurs, sa chaleur. Son parfum d’agrume. Tout ce qui était Isabelle lui manquait.

Mieux valait qu’il s’habitue à ce manque. Pendant cette mission, ils passaient quasiment vingt-quatre heures sur vingt-quatre ensemble, mais cette intimité n’était pas appelée à durer : de retour à Miami, chacun d’eux reprendrait la vie qu’il menait avant.

— Quand devons-nous faire le prochain point avec Katherine ?

— On n’a pas fixé de rendez-vous précis. On l’appellera après avoir parlé avec Maggie.

Isabelle cessa de regarder dehors pour étudier la carte qu’elle avait sur les genoux.

— On est presque arrivés. Prends la prochaine à droite et on y sera.

Il était venu à Malani à plusieurs reprises, mais cela faisait très longtemps, et l’endroit avait changé. Il y avait de nouveaux axes, de nouveaux immeubles à la place des maisons délabrées, et beaucoup plus de circulation qu’autrefois.

— C’est là, dit-elle en repliant sa carte.

Ils ne s’étaient pas trompés une seule fois d’itinéraire. Décidément, ils formaient une bonne équipe.

Raphaël gara la voiture le long du trottoir, devant un immeuble récent. Cinq étages, de nombreuses fenêtres, le bâtiment était séparé de la rue par une haie de verdure qui contrastait avec l’austérité de la construction.

— Impressionnant, dit-il.

La voiture à peine arrêtée, Isabelle mit pied à terre.

Des barreaux protégeaient les fenêtres. A y regarder de plus près, l’immeuble n’était pas aussi récent qu’il y paraissait, et la peinture ocre qui se détachait par lambeaux à certains endroits laissait apparaître la pierre.

Hospital de los Problemas Innocentes, disait le panneau au-dessus de la porte.

— Doux euphémisme pour asile d’aliénés, murmura Isabelle à Raphaël.

Ils avaient déjà visionné une vidéo de cette institution psychiatrique. Ethan Whitehawk, autre agent spécial de Miami Confidential, l’avait tournée lors d’une précédente visite. Se faisant passer pour un médecin de « Psy sans Frontières », il avait interrogé Maggie, mais n’avait pas appris grand-chose. Sinon qu’elle connaissait le Dr Ramon, l’homme qui avait essayé de tuer le chauffeur de la limousine de Sonya et s’était suicidé quand Raphaël et Julia, autre agent spécial de Miami Confidential, l’avaient arrêté.

Depuis ce suicide, Raphaël ne cessait de culpabiliser. Il se sentait responsable de ce drame. Pas une seconde il n’avait imaginé que le Dr Ramon, acculé, attenterait à ses jours. Non, jamais il n’aurait pensé qu’un médecin commettrait un acte pareil.

Maggie connaissait le Dr Ramon. Il la soignait avant qu’il ne décide de s’installer à Miami. Pour Isabelle, Maggie en savait davantage qu’elle ne voulait bien l’avouer. Mais elle saurait la cuisiner jusqu’à ce qu’elle craque.

— J’ai du mal à imaginer que quelqu’un ait pu organiser un rapt à Miami en étant enfermée ici, dit Raphaël. Quand on pense au nombre de personnes qui étaient impliquées, et dont il a fallu coordonner les actions ! Un endroit comme ici…

Il haussa les épaules.

— Je pense, en plus, qu’elle doit être étroitement surveillée. Je ne vois pas comment elle aurait pu faire ça.

— Parce que tu sous-estimes les femmes, Raphaël ! lança Isabelle avec une pointe de moquerie.

Il la regarda et soutint son regard.

— Toi, en tout cas, je ne t’ai jamais sous estimée.

Il perçut une émotion dans ses yeux, un éclat fugitif qu’il ne put identifier, car elle se détourna très vite et partit devant lui. Elle avait de belles jambes, et un balancement des hanches suggestif sans être provocant. Elle était terriblement féminine.

— J’espère que Katherine ne s’est pas trompée, et que nous n’aurons pas de problème pour voir Maggie… dit-il en la rattrapant.

— Nous avons eu de la chance qu’elle soit justement avec Ronaldino quand j’ai téléphoné, répondit-elle. C’est lui-même qui a proposé d’appeler ici pour annoncer notre venue.

Ronaldino était persona grata, ici. C’est lui qui avait fait interner Maggie dans l’établissement, et lui qui payait tous les frais. L’hôpital le considérait comme son tuteur, malgré leur divorce. Et s’il prévenait que des amis allaient passer rendre visite à son ex-femme, l’institution n’y voyait rien à redire.

Raphaël poussa la porte et reconnut d’emblée l’endroit qu’il avait vu sur la vidéo d’Ethan. L’établissement avait une certaine tenue. Il était réservé à une clientèle fortunée. Des infirmiers allaient et venaient dans leurs uniformes verts.

— Buenos dias, lança le garde stationné à l’entrée.

Ils tendirent leurs passeports, signèrent le cahier des visites et entrèrent.

Un malade, la robe de chambre ouverte sur un pyjama de soie à rayures, errait dans le couloir, le regard vide.

— Je n’aime pas cet endroit, dit Isabelle. Si quelqu’un de ma famille était enfermé ici, je m’arrangerais pour le faire sortir.

— Pourtant, c’est une institution pour des malades qui ont de l’argent. Que dirais-tu si tu visitais un asile où on entasse les déshérités ?

Isabelle haussa les épaules.

— Ce que je veux dire, c’est que je ne comprends pas que Maggie soit ici. Son père a de l’argent. S’il est aussi riche et aussi puissant qu’on le dit, pourquoi ne la fait-il pas soigner chez elle ? Il doit avoir les moyens de lui offrir des soins à domicile, non ?

C’était clair, elle avait quelque chose en tête. Mais elle se tut.

Raphaël regarda les barreaux aux fenêtres. L’hôpital n’était peut-être pas une prison, mais il en offrait toutes les caractéristiques, à commencer par la privation de liberté.

Subitement, il éprouva de la pitié pour la pauvre Maggie. L’endroit avait beau être cossu, comparé à d’autres institutions du même genre, y être confiné à longueur d’années, avec pour seule compagnie de mauvais souvenirs, devait être un enfer.

— Qu’y a-t-il ? lui demanda Isabelle, remarquant son air contrarié.

— J’ai mauvaise conscience à venir la torturer, répondit Raphaël. Je trouve qu’elle a déjà son lot.

— Alors, laisse-moi jouer le sale flic, répondit-elle sans état d’âme apparent.

— Je t’en prie. Je te cède volontiers ma place.

Une porte s’ouvrit devant eux, cédant le passage à une femme d’âge moyen, vêtue de bleu marine. Elle avait un casque de cheveux noirs, coupés courts, et des yeux très doux.

— Bienvenidos, señor y señorita, soy Rita Marquez. Je suis la directrice du pavillon de la señora DeLeon. Je vous attendais.

Elle leur adressa un vague sourire et fit demi-tour.

— Si vous voulez bien me suivre…

Elle sortit une clé de sa poche et ouvrit une porte capitonnée qui donnait sur un autre couloir.

Il y avait des portes des deux côtés de la galerie, une douzaine environ et, au bout, une salle commune avec des tables et des chaises. C’était propre, joliment décoré de reproductions d’œuvres célèbres aux murs. Dans des cadres sans verres, remarqua Raphaël.

— La señora DeLeon a-t-elle beaucoup de visites ? s’enquit Raphaël. Sa famille vient-elle toujours la voir chaque week-end ?

Dans la vidéo qu’ils avaient visionnée, Maggie disait à Ethan que sa famille lui rendait régulièrement visite.

— Oui, monsieur. Sa nièce vient tous les dimanches. La jeune fille se destine aux ordres. Elle prononcera bientôt ses vœux et deviendra religieuse dans la communauté de Sainte Marguerite. Je pense qu’elle considère ses visites à la señora DeLeon comme une mission qu’elle doit remplir sur cette terre pour atteindre Dieu.

Elle frappa à une porte et ouvrit sans attendre de réponse. Au passage, Raphaël regarda la poignée et nota qu’on ne pouvait fermer à clé que de l’extérieur.

Maggie était assise dans un fauteuil de velours près de la fenêtre et les regarda à peine entrer. Elle avait des cernes violets sous les yeux que Raphaël n’avait pas remarqués sur la cassette.

— Buenos dias, señora DeLeon, lança Isabelle d’une voix joyeuse et ferme. Comment allez-vous ? Je suis Isabelle Rush. Mon ami Raphaël Montoya et moi-même venons vous voir de la part de Ronaldino DeLeon.

— Ah ? Il se souvient enfin de moi ?

Elle se décida à les regarder.

Elle avait les cheveux longs, remontés en chignon, les ongles faits, et elle était parfumée. Maggie DeLeon était soignée même en captivité.

Si Ronaldino payait les factures de l’institution psychiatrique, en dehors de ces dépenses, il ne lui donnait rien. C’était donc un membre de sa famille qui l’entretenait ? Qui donc ?

— Voulez-vous que je reste avec vous ? demanda la directrice.

Maggie regarda Raphaël et fronça les sourcils.

— Ce n’est pas nécessaire, répondit-il.

La directrice s’en alla et referma derrière elle.

Une fois seuls, il s’assirent en face de Maggie.

— Señora DeLeon…

Elle les interrompit tout de suite.

— Alors, vous travaillez pour Ronaldino ? Vous avez fait toute cette route pour venir me voir ?

Elle sortit un paquet de cigarettes de sa poche et en alluma une.

— Vous avez parfois des nouvelles de votre ex-mari, señora ? demanda Isabelle.

Maggie tira sur sa cigarette.

— Je le vois quelquefois à la télévision.

— Vous devez savoir, dans ce cas, que sa fiancée a été enlevée ?

Elle haussa les épaules.

— On m’a déjà interrogée là-dessus, répondit-elle. Mais je n’ai rien à dire de nouveau.

— Nous, nous avons du nouveau pour vous, señora DeLeon. Votre cousin a été tué lors d’une fusillade liée à l’enlèvement de Sonya Botero. Votre nièce vous l’avait peut-être appris ? enchaîna Isabelle.

Maggie ne dit rien mais Raphaël vit un muscle de sa mâchoire se contracter.

— C’est bizarre, tous ces gens qui finissent mal. Le Dr Ramon a préféré mettre fin à ses jours, plutôt que d’affronter la justice pour tentative de meurtre sur la personne du chauffeur de Sonya Botero. Quelle coïncidence, vous ne trouvez pas, tous ces gens que vous connaissez et qui sont liés d’une façon ou d’une autre à cette affaire de kidnapping ?

Maggie pâlit. Elle regarda Raphaël, puis détourna les yeux. Elle avait empoigné les bras de son fauteuil et les serrait aussi fort qu’elle serrait les mâchoires.

— Ce serait regrettable qu’il arrive quelque chose à Sonya Botero, insista Isabelle, décidée à ne pas lâcher leur interlocutrice. Si elle est retrouvée saine et sauve, tout ira bien. En revanche, si nous arrivons trop tard… Les autorités américaines extraderont toutes les personnes qui auront été impliquées de près ou de loin.

Crispée, Maggie tira sur sa cigarette. Elle refusait ostensiblement de regarder Isabelle mais fixait Raphaël. Attendait-elle de lui qu’il l’aide ?

Elle avait dû être très belle et séduire plus d’un homme. Le Dr Ramon comptait peut-être parmi ses ex-chevaliers servants ? Maggie avait été une de ses patientes et, en tant que telle, elle avait été à sa merci.

— Aidez-nous, et nous vous aiderons, reprit Raphaël. Dites-nous où retrouver Sonya avant qu’il ne soit trop tard. Les prisons américaines ne sont pas comme les hôpitaux du Ladéra. Là-bas, on n’achète pas le personnel. Vous n’obtiendrez aucune faveur des gardiens. Si vous voulez fumer, vous devrez vous montrer très gentille envers de très méchantes détenues. Enlèvement et assassinat…

Isabelle énuméra alors la liste des charges qui seraient retenues contre elle.

— On n’a pas le droit de me mettre ça sur le dos ! rétorqua Maggie, tentant de garder une voix mesurée.

— C’est déjà retenu contre vous, señora DeLeon. Vous avez une nièce qui est certainement très gentille avec vous, mais elle est également très naïve. Elle n’avait pas mesuré les risques qu’elle courait à faire passer vos messages à vos hommes de main. Maintenant, elle est au courant des peines dont elle serait passible, et elle ne tient pas à payer à votre place. Vous l’avez compris : elle serait condamnée pour complicité de crime.

C’était du bluff, mais il n’y avait rien de tel que prêcher le faux pour savoir le vrai.

Maggie abaissa sa cigarette. Elle semblait ébranlée.

— C’est mal de tuer, reprit Isabelle d’une voix posée. La police est très dure avec les assassins. Vous serez transférée et jugée à Miami où Sonya est une personnalité très en vue. Ce sera un procès très médiatisé.

Elle se leva et s’approcha de Maggie.

— Ne vous y trompez pas. Vous ne corromprez pas un juge américain.

— Taisez-vous ! cria Maggie.

Elle s’était redressée dans son fauteuil, mais se laissa retomber contre le dossier et se frotta le front. Elle donnait des signes évidents de fatigue. Elle lança alors un regard à Raphaël qu’il interpréta comme un appel au secours. Mais il ne bougea pas.

Les bras croisés, le visage fermé, il laissait faire Isabelle.

— Où est-elle ? reprit cette dernière en se penchant sur Maggie.

— Je ne sais pas…

— Dommage. Ça irait mieux pour vous si vous nous le disiez. Nous savons que vous êtes impliquée dans l’enlèvement. Aujourd’hui, la question n’est pas de savoir qui a fait le coup, mais si Sonya est toujours vivante.

Isabelle se tut pour appuyer son effet.

— Evidemment, il vaudrait mieux pour tous ceux qui ont trempé dans l’affaire qu’elle soit toujours vivante, reprit-elle. Cela va de soi.

Maggie hocha la tête et se remit à fumer.

— Nous savons que votre famille la détenait près de la base militaire. Où l’ont-ils emmenée ?

Maggie pâlit de nouveau.

— Je ne sais pas.

— Je ne vous crois pas. Et le juge ne vous croira pas non plus.

Soudainement, mue par une rage qu’Isabelle n’avait pas anticipée, Maggie attrapa le cendrier et le lui lança à la figure. Isabelle n’eut que le temps de pencher la tête sur le côté. Le cendrier passa à quelques millimètres de son crâne.

Blême, Raphaël se jeta sur Maggie et la ceintura. Elle se débattit en hurlant.

— Puisque je vous dis que je ne sais pas où est cette putain ! Vous ne comprenez donc pas que je me fiche pas mal de ce qui peut m’arriver ? Depuis que vous avez tué Ramon, pas une journée ne passe sans que j’aie envie de le suivre dans la mort.

La pâleur avait cédé la place à une rougeur inquiétante. Elle ne se débattait plus. Elle était effondrée contre la poitrine de Raphaël, et elle pleurait.

Il la cala contre le dossier de son fauteuil mais resta près d’elle.

— Qui surveillait Sonya dans la cabane, près de la base militaire ? Où est-elle, maintenant ?

Maggie se sécha les yeux.

— Je vous dis que je ne sais pas où ils l’ont emmenée. Je ne peux pas vous aider. Vous ne pouvez pas me faire dire quelque chose que je ne sais pas. Tant pis, elle n’a qu’à mourir !

— Qui ça, « ils » ? De qui s’agit-il ?

— Des hommes qui travaillent pour mon cousin. Je ne les connais pas. Je n’ai jamais su qui ils étaient. Quand… quand les gens de chez vous l’ont descendu, ses amis ont décidé de réclamer la rançon.

Elle les fixait maintenant à tour de rôle. Le regard impitoyable et plein de haine.

— J’espère qu’ils ne toucheront pas un sou, mais je souhaite qu’ils fassent bien souffrir cette bruja avant de la tuer ! Et Ronaldino aussi, j’espère qu’il souffrira.

Elle se leva brusquement et alla à la fenêtre. Anticipant une éventuelle crise de colère contre Isabelle, Raphaël la suivit.

— Mon bébé est mort. J’étais malade et j’ai perdu mon bébé… Ronaldino a voulu me punir, et il m’a fait enfermer. J’aurais voulu mourir. J’aurais voulu sortir d’ici. J’aurais voulu le revoir mais il ne m’a pas rendu visite une seule fois.

Hagarde, elle se mit à arpenter sa chambre.

— Certaines personnes de ma famille, celles qu’il aimait bien parce qu’elles finançaient ses campagnes électorales, ont proposé de me faire sortir d’ici. J’ai d’abord dit oui, et puis j’ai refusé. J’allais rester dans cet enfer où il m’avait jetée et lui en faire voir de toutes les couleurs. Personne ne soupçonnerait jamais que je puisse tirer les ficelles depuis un asile. Avec ma famille, ceux dont il avait honte et qu’il faisait semblant de ne pas connaître en public, on a mis au point un plan.

— Pourquoi avoir tant attendu ? demanda Isabelle.

Elle se rapprocha de Raphaël, le prenant par la manche.

— Je voulais le détruire comme il m’a détruite.

— Mais il ne vous pas détruite, déclara Raphaël.

— Il souffre, lui ? Il est devenu fou ?

Elle s’énervait de nouveau. Mieux valait la laisser, maintenant. Ils avaient ce qu’ils voulaient : cela suffisait pour l’instant.

Raphaël détacha les doigts de Maggie de sa manche et la ramena à son fauteuil.

— Merci, señora DeLeon. Reposez-vous, maintenant.

Sur ces mots, ils quittèrent la chambre, la laissant seule avec sa rage et ses fantômes.

— Tu crois qu’ils vont l’extrader ? demanda Raphaël à Isabelle.

Ils pressaient le pas pour sortir de l’établissement dont l’atmosphère commençait à les oppresser. Ils étaient, d’autre part, impatients d’appeler Katherine pour lui révéler les informations qu’ils venaient de recueillir.

— Ça n’en vaut pas la peine. C’est une malade mentale. Personne ne la condamnera jamais. Je ne sais pas ce que tu en penses, mais personnellement, je trouve que c’est très triste.

Le visage d’Isabelle avait perdu de sa dureté.

Il la prit par les épaules et elle ne chercha pas à se dégager. Il fallait maintenant qu’ils appellent Katherine. Elle devait attendre leur coup de téléphone.

Isabelle sortit son portable de sa poche et composa un numéro.

— Salut, Katherine. C’est moi. Tu as du nouveau ?

Elle écouta et reprit.

— Sonya est entre les mains d’un cousin de Maggie, José Fuentes. Ou, plutôt, entre les mains de ses amis.

Puisque Fuentes était mort et ne pouvait donc être interrogé, cette information ne pouvait mener à rien.

— Peux-tu demander à Ronaldino s’il sait quelque chose de plus sur Fuentes ? Les rares fois où il l’a vu, était-il avec des amis dont il se rappellerait le nom ?

Elle écouta la réponse et reprit.

— D’accord. Ne t’inquiète pas. On fait attention. Sois prudente, toi aussi.

— Katherine va s’informer, dit-elle à Raphaël en raccrochant. A part ça, rien de neuf. Le père de Sonya ne va pas bien et Ronaldino est fou d’inquiétude.

Ils étaient arrivés à la voiture et s’y installèrent. Mais Raphaël ne mit pas le contact.

— Tu avais raison, pour Maggie, dit-il.

Elle le regarda, haussant les épaules.

— Notre visite n’a servi à rien. Elle ne nous a rien appris. Nous ne savons toujours pas où chercher Sonya.

Il mit le moteur en marche.

— Non, répondit-il, mais je reconnais que tu avais raison. Et je voulais que tu le saches.

Flattée, elle sourit.

— C’est gentil.

Elle s’adossa à son siège et ferma les yeux, puis se tourna vers lui.

— Tu crois qu’on va obtenir quelque chose de Ronaldino ?

— J’en doute. Sean Majors l’a déjà interrogé après la mort de Fuentes.

Il avait détesté partager son enquête avec un type de la sécurité de Botero, mais il n’avait pas eu le choix. Heureusement, ce Majors lui avait fait bonne impression, et il avait certainement posé les bonnes questions.

Katherine avait vérifié tous les dossiers de la police et découvert que Fuentes avait eu, une fois, maille à partir avec la justice. Mais apparemment, il avait agi en solo, car lui seul avait été arrêté. Malgré tous leurs efforts, les agents de Miami Confidential n’étaient jamais parvenus à lui trouver de complices.

Isabelle boucla sa ceinture de sécurité et Raphaël démarra.

— Tu as une autre idée pour retrouver les amis de Fuentes ? demanda-t-elle.

Des idées, il n’en manquait pas, mais il n’était pas certain qu’elles soient exemptes de danger. Il fallait tout de même essayer et, pour cela, s’infiltrer dans la faune ladéraise, un monde de drogue, de crime et de parrains.

— J’ai quelques liens dans le milieu, dit-il. D’anciennes accointances avec la pègre.

C’était un univers glauque dans lequel il ne souhaitait pas entraîner Isabelle. Des voyous, barons de la drogue et seigneurs du jeu, des réseaux de prostitution, de la racaille de tout acabit, qui ne lui voulaient sans doute pas de bien. Certains, prêts à régler des comptes avec lui, devaient toujours être dans le circuit. Mais y avait-il d’autres moyens pour parvenir à leurs fins ?

Ils allaient devoir agir avec prudence. La nouvelle piste pouvait les conduire à Sonya, mais elle pouvait aussi bien les mener à leur mort.

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