Attirance interdite - Un risque à prendre

Dana Marton · Chapitre 12 sur 28

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Attirance interdite - Un risque à prendre

Chapitre 11

11

 

 

— J’adore les grands mariages avec tout le tralala, dit Isabelle, les yeux rivés sur Julia.

La somptueuse Julia, agent spécial comme Isabelle, et meilleure amie de Sonya, épousait Luke.

Luke avait trente-huit ans, le look du baroudeur et quelque chose du mercenaire dans la silhouette. En tout cas, une belle tête d’aventurier burinée par le temps. Ses cheveux, qui commençaient juste à grisonner, étaient si épais et si drus que même rejetés en arrière, ils semblaient pousser en brosse. Comme Raphaël, Luke avait un charme fou.

Il faisait une journée superbe, inondée de soleil, et une brise de mer très légère soufflait. La mariée était rayonnante et le marié radieux.

De tous les célibataires présents, Raphaël était certainement le plus séduisant.

Sonya et Ronaldino assistaient à la cérémonie. Sonya avait complètement récupéré, à présent, et Ronaldino la couvait du regard.

L’amour éclatant qui liait ces deux êtres fit monter les larmes aux yeux d’Isabelle, qui renifla doucement.

— Tu ne vas pas pleurer ? lui dit Raphaël.

— Non, mais je suis émue… Je n’y peux rien. Je suis tellement heureuse pour eux !

Elle jeta un coup d’œil en coin à Raphaël.

Depuis leur retour du Ladéra, ils sortaient souvent ensemble, faisaient l’amour comme des dieux dès que l’occasion se présentait, passaient de grands moments à bavarder, à se promener le long de la plage, et refaisaient l’amour sur le bateau de Raphaël.

Tout cela était formidable, mais elle redoutait le jour où il lui annoncerait qu’il la quittait. Car leur aventure finirait sans doute par une rupture. D’ailleurs, depuis quelque temps, elle le trouvait plus secret, presque distant et renfermé. Il changeait de sujet quand elle lui posait des questions sur ce qu’il avait fait, quand elle entrait dans une pièce où il téléphonait.

Cela n’était pas fait pour la rassurer.

Elle commençait à se sentir de trop dans sa vie. Alors qu’il avait pris une telle place dans la sienne… Mais ce qu’elle éprouvait n’avait pas d’importance, et ne regardait qu’elle.

Mal à l’aise dans cette situation, il lui arrivait d’agir comme une sotte, tantôt boudeuse, tantôt distante, tantôt exubérante… Par moments, elle avait l’impression d’avoir seize ans et de se comporter comme une adolescente qui a le béguin pour un copain de lycée.

Il fallait qu’ils parlent. Qu’ils s’expliquent, qu’ils mettent enfin les choses au clair.

Le jeune prêtre adressa ses vœux de bonheur au jeune couple, et mit un terme à la cérémonie en invitant les nouveaux mariés à s’embrasser. L’orgue entama alors les premières notes de la marche nuptiale, et toute l’assistance applaudit.

C’étaient peut-être tous ces mariages et toutes les fiançailles auxquels elle était conviée qui la rendaient malheureuse. A force de voir les autres s’engager… Mais Raphaël Montoya n’était pas un homme fait pour fonder une famille. Ainsi en avait-il décidé.

— Il faut que j’aille jeter un coup d’œil au yacht des Botero, lui chuchota-t-il à l’oreille. Tu viens avec moi ?

— Pourquoi pas ?

Il jeta un dernier regard alentour. Toute la sécurité étant en place, il n’avait normalement pas de souci à se faire.

— Ricky est mort, dit-il soudain, l’air de rien.

— Comment le sais-tu ?

— Eduardo a appelé. C’est l’ami de l’ami d’un ami qui lui a fait passer le message.

Il marqua une pause, avant d’ajouter :

— A propos, Katherine t’a dit, pour Maggie ? La señora DeLeon a été transférée dans le quartier de haute sécurité et toutes ses visites sont étroitement surveillées. Sa famille ne peut plus demander à ce qu’elle sorte. Cela lui sera refusé.

— C’était ce qu’il fallait. On dirait que tu es soulagé qu’elle n’aille pas en prison ?

— Elle n’a pas agi seule. Et elle est dérangée. Il y avait beaucoup d’argent dans l’histoire… Elle s’est peut-être laissé influencer.

— Dis plutôt que ton passé de mauvais garçon t’inspire de l’indulgence pour elle. Quelque part au fond de toi, tu te sens une espèce de responsabilité.

Il scruta son visage, l’air extrêmement sérieux.

— Tu es incroyable ! Je crois que tu me connais mieux que je ne me connais moi-même…

Ils étaient arrivés sur le ponton, à présent, et le bateau se balançait mollement sur l’eau.

— Comment le trouves-tu ? demanda-t-il. Il est beau, n’est-ce pas ?

Elle le regarda, continua d’avancer sur le ponton pour voir l’arrière et aperçut alors, juste derrière le yacht des Botero, un autre voilier, sur le flanc duquel était peint Le Mariage à la Carte. Il était décoré de guirlandes vertes et blanches et, de toute évidence, était prêt pour un événement.

— Je ne savais pas qu’on avait autre chose, aujourd’hui, dit Isabelle.

— Si. Des fiançailles aux chandelles sur la baie.

— Personne ne m’avait rien dit.

— C’est une petite cérémonie très privée. Ils ont loué le bateau pour la soirée, c’est tout. Je pense que lorsqu’ils auront fixé la date du mariage, on te demandera d’intervenir pour assurer les relations publiques de l’événement.

Il était normal qu’elle n’ait pas été informée. A ce stade, Katherine n’avait eu aucune raison de lui en parler. D’autant qu’elle avait déjà fort à faire avec la préparation du mariage Botero.

— Veux-tu monter à bord avec moi ? J’ai un détail à vérifier.

— Je peux t’aider ?

— Inspecte les cabines, si tu veux. Tout doit être parfaitement en ordre.

Elle descendit dans le carré où tout était prêt pour le couple, qui n’allait sans doute plus tarder. Les lumières étaient allumées, les haut-parleurs diffusaient une musique romantique. La table avait été dressée avec des couverts en argent, une très fine porcelaine, des verres en cristal et des chandeliers. Le champagne avait été mis à rafraîchir dans un seau en argent.

« J’aimerais tellement être la fiancée… » songea Isabelle.

Mais cela ne risquait pas de lui arriver de si tôt. Et, de toute façon, elle n’aurait certainement pas la chance de célébrer ses fiançailles dans un tel faste. Il devait s’agir des fiançailles de la fille du patron d’une grosse société, ou de celles de la fille d’un homme politique en vue. En tout cas, ce n’était pas elle.

Elle remonta sur le pont.

— Tout est parfait, en bas, dit-elle.

— En haut aussi, apparemment, mais je préférerais lui faire faire un petit tour dans la baie, pour être sûr. A moins que tu ne sois pressée ?

— Non, pas de problème.

Il leva l’ancre. Pendant ce temps, elle redescendit. Il était très flatteur de se trouver à bord de ce somptueux bateau, même si ce n’était que pour quelques minutes. Derrière le carré, une des cabines avait été aménagée comme dans un conte de fées. Du champagne et deux flûtes, des bougies, un jeté de lit de soie blanche, recouvert de pétales de roses d’un blanc nacré. C’était romantique à souhait.

Elle sortit, referma derrière elle et, les yeux brillant encore du spectacle insensé qu’elle venait de découvrir, remonta.

— Tout va bien, en bas ? demanda-t-il par-dessus son épaule.

— C’est un rêve.

— Parfait, dit-il lançant le moteur pour décoller du quai.

Il se retourna alors et s’approcha d’elle. Ses yeux noirs brillaient d’un feu étrange : c’était sûrement cette virée en mer qui l’excitait.

Il posa les mains sur ses bras et remarqua qu’elle avait la chair de poule.

— Tu as froid…

Il avait une voix caressante à souhait.

Elle hocha la tête et, happée par l’éclat de ses yeux, ne put en détacher les siens.

Comme il se penchait sur elle, elle leva la tête, prête à lui offrir ses lèvres, mais il posa sa bouche sur son front et l’effleura pudiquement.

— Je n’ai jamais rencontré quelqu’un comme toi, dit-il en lui caressant les paupières de ses lèvres.

Elle ferma les yeux et se laissa aller. Ce serait éphémère, mais c’était délicieux.

Soudain, ne sentant plus la chaleur de ses lèvres sur son visage, elle rouvrit les yeux. Il avait un genou en terre et la regardait, presque fiévreux. L’émotion fut si violente qu’elle accéléra les battements de son cœur. Ses mains se mirent à trembler, le sang lui monta au visage, elle se sentit tour à tour rougir et pâlir.

Elle avait compris.

Le yacht leur était destiné. Raphaël Montoya lui déclarait sa flamme et la demandait en mariage. Elle !

— Isabelle… dit-il d’une voix solennelle. Je sais que c’est un peu soudain, mais écoute-moi tout de même. Tu connais mon passé, tu sais ce que j’ai fait, toutes ces erreurs dont je ne suis pas fier…

Il reprit son souffle pour poursuivre.

— J’espère que tu peux vivre avec ce boulet, parce que moi, je ne peux pas vivre sans toi. Je.. J’avais préparé tout un discours, mais je suis tellement ému que je ne m’en souviens pas. Ce que je veux te dire, ce qui est important, ce qu’il faut que tu saches, c’est que je t’aime. Veux-tu être ma femme ? Tu sais… amant, ami, et tout le reste.

Stupéfaite, elle resta muette pendant quelques secondes, qui parurent à Raphaël une éternité.

— Tu es sérieux ? Tu me le demandes vraiment ?

— Oui, mon amour, du fond du cœur je te le demande, veux-tu m’épouser ?

Elle se jeta dans ses bras. Il se releva alors et la fit tourner comme une toupie.

— Oui ! s’écria-t-elle. Oh oui !

Portée par le vent de la mer, sa réponse ricocha de vague en vague jusqu’aux lointains. Il fallait qu’elle crie son bonheur au monde entier. Raphaël l’aimait, Raphaël l’aimait, Raphaël l’aimait…

Il la serra contre lui, longtemps, avant de la reposer sur le pont et de l’embrasser.

Des notes de musique dansèrent autour d’eux, légères, joyeuses comme des bulles de champagne dans une flûte de cristal. Venaient-elles de la cabine, ces notes, ou étaient-ce les étoiles qui fredonnaient pour eux ?

— C’est incroyable, dit-elle, émerveillée, quand elle reprit son souffle. Le bateau, la demande en mariage, tout… Tout est magique. Et je n’avais rien deviné !

— Je pensais t’emmener sur mon bateau, lui expliqua-t-il, mais j’ai eu peur que ce ne soit pas assez luxueux pour toi. Je voulais que tout soit parfait. Nous avons tellement vu et entendu de scénarios de fiançailles, dans notre métier, plus romantiques ou extravagants les uns que les autres, que je redoutais de ne pas être à la hauteur. Pour toi, ma chérie, je veux et je voudrai toujours ce qu’il y a de mieux.

— Mais je l’ai, dit-elle, puisque je t’ai.

Et elle l’embrassa sans plus chercher à brider ses instincts.

Toutes distances abolies, elle découvrit en lui, cette nuit-là, un homme aussi voluptueux qu’insatiable, un vrai virtuose du plaisir, dont elle se plut à parcourir toute la gamme.

Sans aucune limite, sans bornes et sans frein à leurs appétits, ce fut l’explosion. Du délire. De la déraison.

* * *

Le lendemain à l’aube, bercés par une houle légère, Isabelle Rush et Raphael Montoya reprirent pied dans la réalité. Ils se sentaient comme au réveil d’une longue sieste estivale, quand le jour est encore clair et le monde plein de promesses nouvelles et de sérénité retrouvée.

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