Attirance interdite - Un risque à prendre
Chapitre 8
8
Dès qu’elle entra dans son appartement, Rachel vit clignoter le témoin lumineux de sa messagerie. C’était la secrétaire du Dr Metzger, l’informant du fait qu’il souhaitait la recevoir le lendemain dans son bureau à 16 heures.
Elle considéra fixement le téléphone.
Depuis son arrivée à la clinique des Prairies, elle avait croisé l’éminent neurologue à deux, peut-être trois occasions, sans jamais avoir le privilège de s’entretenir personnellement avec lui.
Or, depuis que Caleb l’avait séquestrée, le Dr Metzger semblait soudain pressé de la rencontrer.
Pourquoi ? Voulait-il lui faire dire à tout prix ce que lui avait confié Caleb ?
Elle ne pouvait croire que son idole — l’homme dont elle admirait si fervemment les thèses révolutionnaires, celui dont elle avait lu avec avidité tous les écrits — puisse être animé par des intentions malfaisantes.
Comme elle vidait ses poches, Rachel remarqua également la présence d’un SMS de Natasha, sur le téléphone portable confié à ses soins par le FBI.
« N. Rudolph à Dr Harper. Besoin org r-v pour rem plans. Zone non id s-s — abri ati-bbes remt 1960 ? Poss lab scrt. »
Rachel n’y comprenait rien, mais imaginant qu’Eric saurait interpréter ce charabia, elle activa son transmetteur.
— Eric ? murmura-t-elle.
Seul un silence lui répondit.
— Eric, bon sang, répondez !
Il lui avait ordonné de conserver son appareil allumé, mais avait éteint le sien ! Elle eut envie de hurler sa frustration, lorsqu’une pensée effrayante la percuta.
Avait-il été pris sur le fait ? Alors qu’il tentait de regagner sa chambre ?
— Eric, répondez-moi ! répéta encore Rachel tout en sachant que c’était vain.
Elle consulta sa montre. Il était plus d’une heure du matin. Elle songea à retourner dans le bâtiment principal afin de s’assurer qu’Eric était en sécurité. Mais si Grace l’avait surpris hors de sa chambre, elle avait pu mettre son absence sur le compte du somnambulisme de Caleb. Sa soudaine apparition, imagina Rachel, ne ferait alors qu’éveiller la suspicion de l’infirmière. Elle ne pouvait prendre ce risque.
Rongée par l’inquiétude, elle se doucha rapidement et grimpa dans son lit. Il était tard. Elle allait être épuisée le lendemain matin. Il fallait qu’elle dorme.
Oppressée par le silence du récepteur, Rachel fixa le plafond, étreinte par un sentiment de solitude qu’elle n’avait jamais éprouvé. Elle serra les mâchoires, se força à fermer les yeux et se tourna sur le côté.
Elle ne pouvait se rendre à ce point dépendante d’Eric, songea-t-elle, car dès que le FBI aurait trouvé la preuve qu’ils cherchaient, il disparaîtrait de son existence.
* * *
Tard, la nuit suivante, accroupie dans l’herbe haute, les nerfs à vif, Rachel attendait que le garde et son chien passent l’angle ouest de la clinique. L’entière journée s’était écoulée avec une lenteur angoissante, exacerbée par la perspective de son rendez-vous de 16 heures avec le Dr Metzger. Au quart de chaque heure, elle avait allumé son transmetteur et tenté d’entrer en contact avec Eric. Sans succès.
A mesure que les heures s’égrenaient, ses nerfs s’étaient tendus au point qu’elle avait eu du mal à se concentrer sur les deux thérapies de groupe qu’elle avait dirigées, ainsi que sur l’examen de la nouvelle patiente admise dans la clinique le matin même.
Plus tard, à l’instant où sa secrétaire l’informait du fait que le Dr Metzger, appelé d’urgence auprès d’un malade, ne pourrait pas la recevoir, son micro transmetteur était revenu à la vie. Elle était parvenue de justesse à dissimuler son soulagement, le temps de ressortir de la salle d’attente.
Eric lui avait alors demandé de se cacher à vingt-trois heures, munie du téléphone portable du FBI, dans les fourrés faisant face à la porte du sous-sol, et d’y attendre son signal. Après quoi il avait aussitôt coupé la communication.
Rachel attendait donc, étreinte par l’inquiétude. Car la la voix d’Eric lui avait paru étrange — tendue, fatiguée.
— Rachel ? Vous êtes là ?
La jeune femme sursauta et vit la porte du sous-sol s’entrouvrir, puis la pâle silhouette d’Eric apparaître dans l’ombre.
Elle sentit la brûlure des larmes sous ses paupières. Il était là, sain et sauf.
— Je vous vois, souffla-t-elle.
Il éleva un bras dans sa direction.
— Venez vite. La voie est libre.
Après avoir néanmoins vérifié d’un coup d’œil que le garde ne rôdait pas dans les parages, Rachel traversa la pelouse au pas de course pour atterrir dans les bras d’Eric.
— Je suis content de vous voir, murmura-t-il en l’attirant vivement à l’intérieur de la cave.
Eric referma la porte et elle pressa son visage contre son torse, juste le temps que son envie de pleurer se dissipe.
Il se dégageait de lui une chaleur anormale, remarqua-t-elle, et des tremblements imperceptibles agitaient ses muscles. S’écartant de lui, Rachel examina Eric dans la pénombre. Son regard, comme hanté, était cave.
— Eric, que se passe-t-il ?
Il secoua la tête et éluda sa question :
— Avez-vous apporté le téléphone portable ?
— Bien sûr.
Elle avait répliqué sèchement, car elle lui en voulait d’avoir autant tardé à l’appeler aujourd’hui.
— Pourquoi m’avez-vous laissée sans nouvelles pendant près de vingt-quatre heures ? C’est pourtant vous qui aviez insisté pour que nous entrions régulièrement en contact.
— J’ai été assez occupé, aujourd’hui, dit Eric. Passez-moi le téléphone. Nous n’avons pas beaucoup de temps.
Sa voix était tendue, ses mouvements imprécis et saccadés — presque gauches. Il lui était arrivé quelque chose. Quelque chose de grave, songea Rachel, inquiète, tout en extirpant le téléphone de la poche de son jean.
— Natasha a laissé un message incompréhensible, que je voulais absolument vous demander de décrypter.
Elle regarda les longs doigts d’Eric manipuler vivement le clavier de l’appareil. Ils tremblaient légèrement.
— Besoin d’organiser un rendez-vous afin de vous remettre les plans, lut-il. Périmètre non identifié au sous-sol — peut-être un abri anti-bombes remontant aux années soixante. Possibilité d’abriter un laboratoire secret.
Eric éleva son regard vers elle.
— Voilà qui est intéressant, dit-il. Vous devez récupérer ces plans au plus vite. Fixez-lui un rendez-vous.
Son ton sec et abrupt, comme s’il prenait sur lui pour ne pas s’effondrer, déconcerta Rachel.
— Avez-vous apporté la torche ?
— Oui.
— Nous devons trouver les anciens dossiers de Caleb au plus vite, décréta Eric en se tournant et en se dirigeant directement vers la porte de la salle des archives.
Une fois là, il sortit la lime à ongles de l’ourlet de sa ceinture, força la serrure, puis tendit l’oreille un instant avant de se glisser à l’intérieur de la pièce.
Rachel le suivit, le cœur bloqué dans sa gorge à l’idée que quelqu’un puisse s’y trouver, comme la veille au soir.
— Décrivez-moi l’aménagement général de la salle, demanda Eric dans un murmure.
— Les étagères que vous apercevez abritent les dossiers médicaux des patients. Plus loin, se trouvent un comptoir d’accueil, puis des postes de travail munis d’ordinateurs, de Dictaphones et de téléphones.
— Le contenu des dossiers est-il également informatisé ?
— Oui. La clinique conserve une sauvegarde informatique de tous les documents.
— Et ce code d’accès, dont vous m’avez parlé hier soir ?
— Les deux premiers chiffres représentent la première lettre du nom du malade.
Elle lui détailla brièvement la suite de la combinaison.
— D’accord, j’ai compris. Concernant Caleb, je peux vous fournir la plupart de ces informations.
— Vraiment ?
Eric sourit avec amertume.
— Nous avons la même date de naissance et son numéro de sécurité sociale doit également être proche du mien.
— Bien sûr. Ce serait donc 02, et puis…?
Eric récita une série de nombres. Rachel les répéta à voix basse et il hocha la tête.
— C’est cela. Je vais faire le guet pendant que vous cherchez son dossier. Mais nous ne prendrons pas le risque de consulter l’ordinateur. Natasha s’y introduira à distance si nécessaire.
Rachel alluma la torche et commença ses recherches le long des étagères, tandis qu’Eric s’éloignait.
Elle entendit des bips discrets indiquant qu’il composait un numéro sur le téléphone portable.
— Mitch ?
Interrompant sa tâche, elle épia honteusement ses propos.
— Oui, répondait Eric à une question de son supérieur. Plutôt dur. Surtout aujourd’hui. Non, elle est extraordinaire et pleine de ressources. Elle s’implique à fond et tient réellement sa promesse de nous aider.
Elle est extraordinaire. A ces mots, Rachel sentit une vague de chaleur l’envahir. Car s’il avait pensé le contraire, elle ne doutait pas un instant qu’Eric l’aurait exprimé.
Elle ramena le faisceau de la lampe sur la tranche des dossiers jusqu’à dénicher les codes commençant par un 2, à l’autre extrémité de l’étagère, contre le mur du fond.
— Non, reprit la voix d’Eric. Je tiendrai le coup. Comment va Caleb ? Il n’a toujours pas repris conscience ?
Une pointe de découragement perça dans sa question, comme s’il en connaissait déjà la réponse.
— Je m’en doutais, affirma-t-il. J’ai néanmoins le sentiment de recevoir une forme d’aide… qui me permet de m’orienter à travers la clinique. Une mystérieuse intuition, m’indiquant comment réagir aux situations. Il s’agit d’impressions vagues, bien sûr, mais…
Eric s’interrompit pour écouter son interlocuteur.
A quoi faisait-il donc allusion ? s’interrogea Rachel.
Sentant la même peur et la même méfiance la submerger que celles qui l’étreignaient lorsqu’elle rendait visite à sa mère, elle frissonna.
— Je sais, répondit Eric. Nous sommes justement dans la salle des archives, où nous cherchons son dossier. Metzger semble utiliser un groupe de patients spécifique pour ses expériences. Natasha devra prendre contact avec Rachel afin que nous récupérions les plans. Parfait. Je vous rappellerai dès que possible. En attendant, prévenez Rachel sur le portable s’il y a du nouveau pour Caleb. Merci.
Rachel considéra tous les codes des dossiers débutant par le chiffre 2, et dont les noms des patients commençaient par la lettre B, sans trouver celui de Caleb. Il existait bien une certaine Anne Baldwyn. Elle ouvrit son dossier et le feuilleta rapidement, au cas où.
— Avez-vous trouvé quelque chose ? s’enquit Eric.
— Non. Manifestement, le dossier de Caleb n’est pas là.
— Vous en êtes sûre ?
Il revint vers elle et elle perçut de nouveau le léger tremblement qui agitait ses membres.
— Ne peut-il avoir été mal rangé ?
— Caleb étant sur le point de comparaître en justice, j’imagine plutôt que son dossier a été remis au médecin chef de la clinique, supposa Rachel. Voire à la police.
— Bon sang ! Il doit bien y avoir quelque chose susceptible de nous être utile, ici. Cherchez encore, ordonna Eric avec dureté.
— Eric, que vous arrive-t-il, ce soir ? Que vous a dit Mitch ? L’état de santé de Caleb ne s’est-il pas amélioré ?
Pour seule réponse, Eric secoua la tête.
— Je suis navrée, fit Rachel. Je voudrais pouvoir vous être plus utile. Je ne comprends pas que nous ne trouvions rien dans cette pièce.
Voyant Eric passer une main tremblante sur son visage, elle agrippa son poignet.
— Maintenant, exigea-t-elle, vous allez me dire ce qui vous est arrivé aujourd’hui.
— Rien. Dépêchez-vous, Rachel. Le temps presse.
— J’ai le droit de savoir pourquoi vous ne m’avez pas contactée de la journée.
Il lui prit la torche des mains et fit mine d’examiner l’étagère qu’elle venait d’inspecter, mais Rachel savait qu’il cherchait à éviter son regard.
— Ce matin, expliqua-t-il enfin, un infirmier prénommé Thomas, qui semble avoir une sérieuse dent contre Caleb, est venu avec un aide-soignant m’administrer mon traitement.
Eric s’interrompit pour passer une main sur sa face.
— Puis il m’a annoncé que j’allais subir un « protocole », et l’aide-soignant m’a tenu, pendant que Thomas me faisait une seconde injection. Un puissant sédatif, cette fois.
Eric prit une inspiration tremblante.
— Qu’aviez-vous fait ? demanda vivement Rachel.
Il lui lança un regard irrité.
— Je n’avais rien fait, figurez-vous. Bref, cinq minutes plus tard, Thomas est revenu avec un autre infirmier. Ils m’ont attaché à un chariot et m’ont emmené… je ne sais trop où.
Eric se frotta les yeux avant de continuer :
— J’ai cherché à me repérer, mais j’étais trop groggy.
Rachel repensa à ce qu’elle l’avait entendu dire à Mitch.
Une forme d’aide, qui me permet de m’orienter… une mystérieuse intuition, m’indiquant comment réagir…
— Je sais que nous avons pris un ascenseur. Je perdais régulièrement conscience, tout en continuant à prétendre que je dormais lorsque je revenais soudain à moi. L’antidote qui m’a été administré à l’hôpital Walter Reed doit commencer à agir. Bref, je me souviens d’une seringue…
Il s’interrompit pour émettre un soupir tremblant.
— Puis d’une atroce brûlure à la base du crâne, suite à laquelle j’ai dû lutter pour conserver mon immobilité.
Eric croisa brièvement son regard avant de dire :
— Metzger était présent.
Rachel lut sa panique dans ses yeux.
— Rachel, je crois qu’il a aspiré quelque chose de mon cerveau. Vous vous souvenez des accusations de Caleb ?
Elle se les rappelait, mais son instinct lui dictait de protéger le Dr Metzger qui, en sa qualité de médecin, avait prêté le même serment qu’elle.
— La priorité du Dr Metzger est de soigner ses patients, et non de leur nuire. Vous savez très bien que Caleb est sujet à des divagations.
Rachel vit la colère assombrir le visage d’Eric.
— Et vous pensez que je divague, moi aussi.
— Le traitement anti-psychotique que vous recevez à la place de votre frère doit fortement vous affecter. Il s’agissait sans doute d’une simple procédure de routine.
— Je vous dis que non. Je pense que Metzger a utilisé une substance extraite de mon cerveau pour fabriquer le produit qu’on m’injecte quotidiennement. Vous dites vous-même qu’il a élaboré une thèse basée sur l’auto-immunité des patients aux substances chimiques produites par leur cerveau.
— Vous étiez dans les vapes. Vous avez dû rêver…
— Je n’ai pas rêvé ! rétorqua Eric. Bon sang, Rachel…
Un bruit, derrière eux, les fit se figer et un rai de lumière s’agrandit soudain sur le sol carrelé de la salle.
Eric l’entraîna alors furtivement à l’arrière des étagères, où il la força à s’allonger à même le sol contre lui.
— Chut ! Ne bougez pas et personne ne nous trouvera.
Les lumières de la salle s’allumèrent. Rachel se recroquevilla sur elle-même et sentit Eric se figer. Le recoin où ils se dissimulaient était plongé dans la pénombre, mais si quelqu’un contournait l’étagère, ils seraient découverts.
Elle entendit grincer les tourniquets de la barrière.
— Il s’approche, souffla-t-elle.
Eric hocha silencieusement la tête. Elle sentait la chaleur de son souffle contre sa joue, l’étreinte de ses muscles d’acier autour d’elle, son torse ferme, pressé contre sa poitrine… et la dureté grandissante de son sexe contre son ventre.
Rachel sentit les pointes de ses seins se durcir. Elle avala sa salive, s’efforçant d’ignorer l’effet que lui faisait Eric.
Un bruit de pas se fit entendre près de l’angle de l’étagère. Elle perçut un son de papier froissé et retint son souffle.
Si on la surprenait dans cette posture compromettante en compagnie d’un patient, elle serait renvoyée. Elle serait même définitivement radiée de l’ordre des médecins !
La poitrine d’Eric se souleva contre la sienne.
La barrière grinça de nouveau. Les pas s’éloignèrent paisiblement. Puis la lumière s’éteignit et le déclic électronique de la porte résonna dans le silence.
Durant plusieurs secondes, ni l’un ni l’autre ne bougea.
Puis, après ce qui lui sembla une éternité, Eric releva la tête.
L’obscurité était si totale, par contraste avec la lumière crue des néons, que sans le pouvoir rassurant de son corps viril contre le sien, Rachel aurait hurlé de terreur.
Elle émit un soupir tremblant.
— J’ai bien cru qu’on allait se faire pincer.
— Moi aussi.
— Eric…
Comme elle remuait légèrement, un gémissement de désir franchit la gorge d’Eric, qui se dégagea vivement.
— Pardon, murmura-t-il.
— Je vous en prie, ne vous excusez pas… balbutia Rachel.
Afin d’apaiser la fièvre incontrôlable qui l’étreignait, Eric se força à songer au danger qu’ils avaient frôlé, mais cette pensée ne fit que fouetter son désir.
Jamais il n’avait réagi ainsi. C’était certainement le péril de la situation qui exacerbait à ce point ses sens.
A cet instant, Rachel glissa ses mains autour de son torse puis les fit remonter le long de son dos avant de murmurer :
— Ne vous écartez pas. Il fait si noir. J’ai peur.
Avec l’impression d’être englouti par sa caresse, Eric frissonna.
— Votre cœur bat si vite, s’étonna Rachel. Auriez-vous peur, vous aussi ?
Après une hésitation, il hocha la tête.
— Oui, mais pas de l’obscurité.
C’était d’elle, dont il avait peur. Du pouvoir qu’exerçait son corps délicat sur lui, et de sa capacité à lui faire aspirer à mener une vie normale. C’était de la part de son être qu’il n’avait jamais dévoilée à quiconque.
— De quoi avez-vous peur, dans ce cas ?
La question de Rachel résonna dans sa tête. Pouvait-il, serré contre elle dans le noir, lui avouer la vérité ?
— De vous, s’entendit-il répondre.
Il sentit Rachel se raidir contre lui.
— De ça.
Il ferma les yeux, la serra contre lui et pressa sa joue contre la sienne.
— J’éprouve une grande difficulté à m’ouvrir aux autres.
Les lèvres de Rachel frôlèrent son oreille et un barrage céda à l’intérieur de lui, libérant le flot de la passion qu’il contenait depuis toujours.
Les mâchoires serrées, Eric rassembla son sang-froid afin d’endiguer cette folie avant qu’il ne soit trop tard, mais Rachel murmura à son oreille :
— Ne me laissez pas encore.
Ils tournèrent la tête au même moment et leurs bouches se rencontrèrent, échangeant un lent et prudent baiser. S’accrochant désespérément à sa volonté, Eric ne bougea pas d’un millimètre.
Mais Rachel se pressa contre lui, se faisant plus insistante, et il se surprit à lui offrir ce qu’elle désirait. De sa langue, il explora délicatement sa bouche. Le gémissement qu’il lui arracha s’insinua en lui tel un puissant aphrodisiaque.
Il l’emprisonna entièrement dans ses bras et l’embrassa avec un abandon dépassant l’imagination. Ses précédentes expériences amoureuses se réduisirent soudain à de lointains souvenirs, tandis qu’il s’imprégnait tout entier du contact du corps de Rachel, aussi souple et doux que du satin, contre le sien.
Et il devinait, il savait ce qu’elle ressentait. Elle était aussi surprise, aussi submergée par le désir qu’il pouvait l’être.
Il glissa sa main sous son pull-over, sentit sa peau nue sous ses doigts.
— N’est-ce pas trop risqué ? murmura Rachel en faisant remonter ses mains le long de ses biceps jusqu’à ses épaules.
Sa question lui fit l’effet d’un seau d’eau glacé qui l’aida à reprendre ses esprits. Eric prit une vive inspiration et roula loin d’elle.
— Qu’y a-t-il ? s’alarma Rachel.
— Je dois retourner dans ma chambre.
Rassemblant tout son sang-froid pour éteindre l’incendie qui avait failli le consumer, il grogna et s’assit sur son séant, étreint par un désir douloureux.
— Ils ne me surveillent plus que toutes les deux heures, mais cela fait un moment que je suis parti.
Les jambes flageolantes, il se leva, puis il offrit sa main à Rachel pour l’aider à se relever.
Elle l’accepta et se redressa à son tour tout en réajustant hâtivement son pull-over.
— Rachel, il faut que nous parlions. Accompagnez-moi jusqu’à ma chambre.
La jeune femme le dévisagea avec stupeur.
— Et une fois là, que voulez-vous que je fasse ? Que je me cache sous votre lit ?
Eric haussa les épaules avec indifférence.
— Il y a certains points dont nous devons discuter.
Il la sentit se raidir à son côté.
— Passez-moi la torche, dit-elle.
Obtempérant, Eric la suivit ensuite vers la porte par laquelle ils s’étaient introduits dans la salle.
— Nous pouvons nous parler par l’intermédiaire de nos transmetteurs, lui fit remarquer Rachel avec froideur. Je dois rester ici. J’ai repéré un bac contenant des dossiers en attente de classement. Je connais déjà approximativement le code identifiant de Caleb, et n’aurai qu’à rechercher parmi ceux débutant par le chiffre 2, ce qui en éliminera un bon nombre.
— Non, dit Eric.
— Si.
Rachel plaqua ses poings sur ses hanches.
— Nous n’avons pas de temps à perdre, Eric. L’état de Caleb ne s’améliore pas et plus longtemps il demeurera inconscient, plus il risquera de contracter une infection ou de sombrer dans le coma. Si nous voulons le sauver et s’il est vrai qu’il reçoit un traitement expérimental, nous devons déterminer la nature de ce produit au plus vite.
Sachant qu’elle avait raison, Eric comprit qu’il ne restait qu’une seule option : compter sur la seule prudence de Rachel.
— D’accord, concéda-t-il à contrecœur. Mais à la condition que vous demeuriez en contact constant avec moi. Et si j’éteins mon transmetteur, ce sera parce que quelqu’un est entré dans ma chambre. Dans ce cas, je le rallumerai dès que possible.
Il enroula un bras autour du cou de Rachel — qui résista à son étreinte — et approcha sa bouche de son oreille.
— Promettez-moi de garder le vôtre allumé.
Elle redressa le menton avec défi, mais opina du chef.
— Je vous le promets.
— Je tâcherai de me faufiler jusque dans le solarium et de surveiller le parc afin de vous avertir lorsque le garde contournera le bâtiment.
Avant de la quitter, il frôla sa joue d’une caresse. Il détestait l’idée de la laisser seule ici.
— Soyez prudente, murmura Eric.
Après quoi il se détourna et se dirigea vers l’escalier de service.
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