Attirance interdite - Un risque à prendre
Chapitre 13
13
Metzger s’introduisit enfin dans le petit bureau attenant à son laboratoire secret, suivi de Thomas.
Il fallait une clé pour ouvrir la porte située à l’arrière de l’ascenseur de service par laquelle ils venaient d’entrer. Une clé dont il était le seul, avec Thomas, à détenir une copie. D’après tous les autres employés de la clinique, cette issue n’avait plus fonctionné depuis des années.
Dès qu’il alluma la lumière, Metzger comprit que ses craintes étaient justifiées.
— Ils sont venus ici.
Il désigna du doigt les cartons qu’il avait presque fini de remplir. Ses piles soigneuses de documents étaient dérangées et certaines étiquettes d’expédition, déplacées.
— Ils ont dû entrer par la porte dérobée, supposa Thomas en contournant les cartons pour gagner le laboratoire, pendant que Metzger en inspectait rapidement le contenu.
Son plus récent carnet avait disparu. Malédiction ! Si ces renseignements arrivaient entre certaines mains, il était perdu.
— Regardez ce que j’ai trouvé, annonça Thomas en réapparaissant à la porte du bureau.
Metzger éleva son regard vers lui.
— Une seringue ?
L’infirmier lui montra également une ampoule.
— Et une ampoule cassée de Lorazepam. On dirait que le Dr Harper a tenté d’administrer un sédatif à Caleb.
— Il doit réagir négativement au traitement et de plus, un de mes carnets a disparu. Il faut les retrouver.
— Ils n’iront pas loin. Deux de mes hommes surveillent la porte de derrière et deux autres sont postés à l’entrée réservée aux livraisons. Ils ne peuvent quitter la clinique sans être vus.
Thomas éleva son regard vers le plafond.
— Je parie qu’ils se cachent dans les combles, dit-il. Nous les attraperons dès qu’ils chercheront à sortir du bâtiment.
Metzger s’effondra sur la chaise de son bureau.
— Bon sang, pour quelle raison le frère de Caleb se serait-il introduit dans la clinique à la place de son jumeau ? Et surtout, par quel moyen aurait-il obtenu l’assistance du FBI ?
— Caleb est peut-être mort suite à un arrêt respiratoire, déclara Thomas. N’est-ce pas ce qui arrive lorsque les patients tardent à recevoir leur traitement ?
— Mais pourquoi l’un des plus prestigieux hôpitaux du pays jouerait-il le jeu du frère de Caleb ? Cela n’a aucun sens.
Il frappa le plateau du bureau de son poing.
— Si cet imbécile de Patel m’avait dit que Caleb avait un jumeau, jamais je ne l’aurais choisi pour mes expériences, même s’il représente le sujet idéal. Il est tellement plus facile d’utiliser des malades sans famille, ni lien affectif.
Metzger secoua la tête. Ce contretemps mettait un coup d’arrêt à ses projets. Il s’était tellement réjoui à l’idée de pouvoir continuer ses expériences sur Caleb en Allemagne, dans son laboratoire personnel ! Il aurait alors été libre d’augmenter à loisir les doses du traitement afin d’en observer les effets sans devoir se cacher.
— Par chance, j’ai déjà transféré les fichiers informatiques en Allemagne. Trouvez-moi ces deux fugitifs, Thomas. Prenez un des aides-soignants pour vous aider. Le temps presse. Si le frère de Caleb est en contact avec le FBI, ce que je suspecte, il les aura avertis du fait qu’il tente de s’échapper de la clinique. De mon côté, je vais détruire toutes les substances chimiques que j’utilise, afin qu’ils ne trouvent rien ici. Et, Thomas…
L’infirmier s’immobilisa dans l’encadrement de la porte.
— Où en est le sevrage des trois autres patients ?
— J’ai dilué trois fois le contenu de leurs injections. Deux dilutions supplémentaires la semaine prochaine devraient suffire à endiguer tout problème respiratoire.
— Et les ampoules contenant leur traitement ?
— Je ne les laisse jamais dans les locaux de la clinique. Celles qui se trouvent là-haut sont toutes des ampoules de Fenpiprazole.
— Vous vous montrez brillant, Thomas, comme toujours. De toute façon, quelle que soit la réaction des trois patients sous sevrage, nous serons loin avant que leurs symptômes ne s’aggravent.
Animé par une lueur d’espoir, Metzger ordonna :
— Trouvez Baldwyn et Harper, et ramenez-les-moi.
Il pointa son stylo plume en direction de l’infirmier.
— Par tous les moyens, vous m’entendez ? Nous les enfermerons ici et condamnerons les portes. Avant qu’on les retrouve, nous serons à des milliers de kilomètres.
* * *
Eric aida Rachel à redescendre le long de la cloison du local des poubelles. Leurs vêtements étaient couverts de poussière et Rachel avait des toiles d’araignées dans les cheveux. Il en ôta une, collée à sa tempe.
— Eric, je vous en prie, ne me forcez pas à partir sans vous. Qu’est-ce que je vais dire à Mitch ?
— Il comprendra.
— Il comprendra que vous ayez désobéi à ses ordres ?
Eric abaissa son regard sur son pantalon de pyjama, qu’il épousseta du plat de la main.
— Mitch est bien placé pour savoir que nous devons parfois faire ce que nous jugeons juste, envers et contre tout.
Rachel lui lança un regard furibond.
— C’est ridicule ! Nous détenons suffisamment de preuves pour faire arrêter Metzger, d’autant que nous disposons du témoignage de Caleb. Vous êtes en train de monter une vendetta personnelle. Afin de soulager votre culpabilité.
— Cessez de me psychanalyser. Ce que je fais ne vous regarde en rien, de toute façon. Je vais vous sortir d’ici et je vous promets que vous serez en sécurité.
— Vous n’avez pas le droit de décider de ce qui me regarde ou non. Je me suis sentie liée au sort de Caleb depuis l’instant où il m’a kidnappée. Et au vôtre, depuis que vous m’avez entraînée dans cette enquête.
— C’est exact, je vous y ai entraînée. Et à présent, j’estime qu’elle devient trop dangereuse pour vous.
Sur ces mots, il empoigna son bras et l’entraîna à sa suite dans le couloir menant à la sortie. Le faible éclairage des veilleuses s’espaçait à mesure qu’ils avançaient vers l’arrière du sous-sol.
— De plus, votre raisonnement ne tient pas la route, affirma Eric. Car nous ne disposons pas du témoignage de Caleb. Il est dans le coma. Et à moins que vos collègues n’accomplissent un miracle grâce à la formule que vous leur avez fait parvenir, il me faut trouver une ampoule de la préparation de Metzger, afin de l’administrer à mon frère, sinon il ne se réveillera jamais.
Eric passa une main tremblante sur son front.
— S’il se réveille jamais.
— Dans ce cas, je viens avec vous, décréta Rachel.
— Il n’en est pas question. Quittez cet endroit tout de suite. Attendez tranquillement que les agents du FBI viennent vous chercher. Quant à moi, je m’en sortirai.
Il serra les mâchoires.
— Je suis en mesure d’affronter Metzger.
— En un combat loyal, peut-être, repartit Rachel. Mais votre organisme est saturé de médicaments. Et auriez-vous oublié Thomas ? Ses aides seront peut-être même plus nombreux. Vous ignorez le nombre de sbires dont dispose Metzger.
— Je m’en sortirai, répéta Eric.
Il s’immobilisa et attira Rachel à lui. Ils se trouvaient à l’extrémité du long couloir accédant à la porte de derrière.
— Nous y sommes, dit-il. Dès que vous aurez traversé la pelouse, cachez-vous dans les fourrés et appelez Mitch. Dites-lui de se dépêcher d’apporter ce mandat d’arrêt.
— Je n’aime pas ça, Eric. Vous agissez pour les mauvaises raisons. Vous risquez votre vie inutilement.
Eric essuya une trace de poussière sur la joue de Rachel, s’efforçant d’ignorer l’expression bouleversée de son regard.
Peut-être éprouvait-elle quelque sentiment à son égard. Dieu savait à quel point lui, tenait à elle. Mais au bout du compte, ils n’étaient pas faits l’un pour l’autre ; ils étaient trop différents.
Malgré cela, il fut incapable de résister à un dernier instant de complicité. La prochaine fois qu’ils se verraient, en effet, ce serait en leur unique qualité de témoins d’une affaire criminelle.
— Vous avez de la poussière sur les cils et des toiles d’araignée dans les cheveux, docteur Harper. Vous ai-je jamais dit que vous étiez la plus jolie femme que j’aie jamais vue ?
Rachel secoua la tête et ses lèvres tremblèrent.
Eric se pencha alors vers elle et posa ses lèvres sur les siennes. La jeune femme les entrouvrit et il rencontra sa langue hésitante. Son baiser s’approfondit un instant avec une ardeur désespérée, puis il redressa vivement la tête.
— L’idée de vous laisser seul m’est insupportable, murmura Rachel.
— Je sais, répondit Eric dans un souffle. Vous êtes, là, dans mon cœur.
Il appliqua une main sur sa poitrine.
— Merci, Rachel.
— De quoi ?
Rachel leva vers lui son magnifique regard bleu.
— Non ! s’exclama-t-elle, les yeux soudain agrandis par la frayeur.
Sentant trop tard une présence dans son dos, Eric se retourna d’un bond. Une douleur fulgurante explosa alors dans sa tête, puis tout devint noir.
Horrifiée, Rachel vit Eric s’effondrer au sol. Elle reconnut les deux aides-soignants qui se dressaient derrière lui, dont l’un, prénommé Bob, tenait un gros morceau de bois dans sa main.
Son pouls cognant à ses tempes, Rachel réunit tout son courage pour adopter un ton professionnel.
— L’assommer n’était pas nécessaire, dit-elle en espérant que les deux aides-soignants ne percevraient pas son léger tremblement. Je contrôlais la situation.
Elle enfouit sa main dans sa poche et saisit discrètement son téléphone portable.
— Vous en aviez tout l’air, en effet, rétorqua le plus petit des deux hommes avec sarcasme. Eh, Bob, ajouta-t-il en donnant un coup de coude à son collègue, n’est-ce pas ce qu’on appelle « sympathiser à l’excès avec un patient » ?
Bob fronça les sourcils avec sévérité.
— Allons, docteur Harper, cela fait plus de deux heures que vous vous cachez en compagnie de Baldwyn. Suivez-nous. Nous avons pour ordre de vous ramener au Dr Metzger.
Rachel fit un pas en arrière. Elle n’osait pas quitter Bob des yeux pour regarder Eric qui gisant, toujours au sol, avait dû perdre conscience. Etait-il gravement blessé ?
— Ne m’approchez pas, gronda-t-elle à l’adresse de l’aide-soignant.
Ce dernier jeta le morceau de bois qu’il tenait à la main, enjamba le corps inanimé d’Eric et l’empoigna par le bras.
Rachel eut un vif mouvement de recul, mais à cet instant, elle vit Bob s’écrouler dans un bruit mat.
Eric l’avait fait chuter d’un coup de pied dans les jambes.
L’aide-soignant roula sur lui-même et se redressa. Le second se prépara à attaquer.
Rachel recula de plusieurs pas et regarda autour d’elle. Elle ne voyait pas le morceau de bois que Bob avait abandonné, mais elle aperçut une barre métallique à quelques centimètres d’elle.
Dieu merci, Eric s’était redressé, lui aussi.
Campé sur ses pieds, il attendait que l’un des deux hommes bouge. Il n’était vraiment pas en position de force.
Non seulement il était coincé entre les deux aides-soignants et le mur, mais sa vision était entravée par un filet de sang qui coulait de sa tempe. Eric décocha un autre coup de pied à Bob, qui l’évita, mais il utilisa cette diversion pour écraser son poing sur la figure de son collègue.
Tremblant littéralement de peur, Rachel jeta un regard en direction de la barre métallique, toujours trop loin d’elle, puis par-dessus son épaule, en direction de la porte. Elle n’aurait aucune chance de s’en sortir en tentant de se battre. Même le plus léger des deux hommes pesait au moins quarante kilos de plus qu’elle.
Mieux valait prendre la fuite. Tout en évaluant ses chances d’atteindre la sortie avant d’être vue, Rachel tira discrètement de sa poche le téléphone portable, qui faillit lui échapper tant sa main tremblait.
A cet instant, Bob fondit sur Eric, qui le repoussa d’un coup de poing, lui arrachant un hurlement.
Rachel jeta un bref regard à l’écran du téléphone. Il affichait toujours le mode SMS. Elle grinça des dents. Elle parvenait à peine à distinguer les touches, mais elle força ses doigts tremblants à enfoncer les trois lettres nécessaires pour former un SOS.
— Attrape-la ! gronda Bob à l’adresse de son collègue.
Rachel recula d’un pas supplémentaire et pressa la touche d’envoi, en priant pour que la charge de l’appareil suffise à transmettre ce signal de détresse à Mitch. Puis, pivotant vivement sur ses talons, elle courut jusqu’à la porte.
A l’instant où ses doigts se refermaient sur la poignée, une main l’agrippa par le col de son T-shirt, la faisant se retourner brutalement. Elle perdit l’équilibre, mais le bras puissant qui vint écraser sa gorge la maintint sur ses pieds.
Elle prit une inspiration haletante, tentant de dégager son cou, mais l’homme ne lâcha pas prise. Etranglée, luttant pour retrouver son souffle, Rachel utilisa alors ses dernières forces pour jeter le téléphone le plus loin possible.
Puis soudain, tout devint noir.
* * *
Aveuglée par une lumière agressive, Rachel tenta de se redresser, mais quelque chose l’en empêcha. Elle toussa et eut une grimace de douleur. Le dernier souvenir qui surgit de sa mémoire fut celui du bras de l’aide-soignant écrasant sa trachée.
La lumière lui faisait mal aux yeux. Les fermer n’arrangea rien. Elle continuait à voir de grands cercles bleus sous ses paupières.
Soudain, avec une clarté alarmante, Rachel comprit où elle se trouvait. Elle était étendue sur la table d’opération du laboratoire secret de Metzger. Elle tenta de s’asseoir une seconde fois, mais sentit l’entrave des bandes Velcro autour de ses poignets et de son torse.
Une ombre vint masquer la clarté agressive des lampes, et elle reconnut le visage de Gerhardt Metzger, penché sur elle.
— Docteur Metzger ! s’écria-t-elle d’une voix rauque. Qu’êtes-vous en train de faire ?
— Bonjour, Rachel. J’aurais aimé tout vous expliquer, mais nous disposons hélas ! de peu de temps. Regardez par là.
Il prit son menton dans sa main et la força à tourner la tête vers la droite.
Rachel vit une tache rouge et cligna des yeux afin de distinguer clairement ce que lui montrait le neurologue.
— Oh ! mon Dieu !
La tête courbée vers sa poitrine, le cou et le visage maculés de sang, il était tenu par deux aides-soignants, dont chacun lui tordait un bras derrière le dos. Thomas se trouvait non loin d’eux.
Lorsque Rachel cria son nom, Eric leva la tête.
Elle constata alors l’étendue des dégâts. Les aides-soignants avaient dû se mettre à deux pour le maîtriser. Son œil droit était horriblement enflé et du sang coulait de son front. Sa lèvre saignait et une grande marque rouge zébrait sa joue gauche.
Malgré cela, les yeux noirs d’Eric soutirent son regard avec leur habituelle intensité.
Ne leur dites rien ! crut-elle l’entendre murmurer dans son récepteur.
A cet instant, Metzger ramena de force son visage vers lui.
— A présent, je vais vous faire une injection de Midazolam et vous allez répondre à mes questions. Si vous ne fournissez pas les bonnes réponses, c’est Baldwyn qui prendra. Vous comprenez ?
Il serra son menton entre ses doigts et Rachel tenta de hocher la tête en signe d’acquiescement.
— Parfait.
Metzger la lâcha et éleva une ampoule de verre dans sa main, y introduisit l’aiguille d’une seringue, puis en aspira le contenu.
— Vous savez certainement ce qu’est le Midazolam, docteur Harper. Vous allez non seulement me raconter tout ce que je vous demanderai de me dire, mais, grâce à son effet amnésique, il y a de fortes chances pour que vous l’oubliiez par la suite.
Rachel connaissait ce produit, utilisé lors de procédures chirurgicales, mais qui avait en fait toutes les propriétés d’un sérum de vérité.
Elle lança un regard désespéré en direction d’Eric. Il avait de nouveau la tête baissée, mais elle sentit ses yeux sur elle et elle entendit sa voix dans sa tête.
Ne parlez pas du FBI. Soyez courageuse, partenaire.
— D’accord, murmura Rachel.
L’aiguille s’enfonça dans son bras gauche et le liquide brûla sa veine.
— Qu’avez-vous dit ? s’enquit Metzger.
— Rien.
Rachel sentit aussitôt l’effet du produit qui se répandait dans son sang. Pour le combattre, elle serra les poings et, enfonçant ses ongles dans ses paumes, se concentra sur la douleur.
— A présent, Rachel, faisons un petit essai.
Les dents serrées, elle repoussa son envie de fermer ses paupières soudain alourdies et tourna son visage vers Eric.
Elle sentit alors la main de Metzger enserrer sa mâchoire.
— Regardez-moi quand je vous parle. Comment vous appelez-vous ?
— Rachel Harper.
La jeune femme mordit ses lèvres engourdies par le produit. La douleur l’aidait à se concentrer.
— Bien. Qui est l’homme qui se tient entre ces deux aides-soignants ?
Eric. Non. Ils ne connaissaient pas l’existence d’Eric. Elle crispa ses paupières afin de combattre la confusion de son esprit. Qui était-ce ? Ce n’était pas Eric.
— C’est Caleb Baldwyn, répondit-elle avec prudence.
Metzger lui sourit.
— Je suis désolé, Rachel. Cette réponse est incorrecte. Peut-être vous faut-il une autre dose. Nous savons que Caleb a un frère jumeau. Or, après votre kidnapping, j’ai remarqué des différences notables chez mon patient favori.
Il jeta un regard à son assistant.
— Thomas, la réponse du Dr Harper est erronée.
— Non, supplia Rachel.
Tournant la tête, elle vit Thomas pivoter en direction d’Eric et lui donner un coup de poing dans l’estomac. Eric grogna et se plia en avant, retenu par les deux hommes qui le tenaient.
Ce spectacle intolérable éclaircit momentanément l’épais brouillard qui régnait dans l’esprit de Rachel.
— Non, arrêtez ! s’écria-t-elle. Je vais tout vous dire. C’est le frère de Caleb. Il s’appelle Eric.
Ce dernier eut une toux étranglée, se redressa avec peine et se rebella faiblement contre l’étreinte de ses bourreaux.
— Eric. Le frère de Caleb, donc, conclut Metzger. Bien, très bien, ma chère, la félicita-t-il. A présent, puisque vous nous dites que c’est Eric que nous avons là, où se trouve Caleb ?
Caleb est mort, murmura la voix d’Eric. Caleb est mort.
Rachel sentit des larmes couler sur ses joues. Le contrôle qu’elle exerçait sur ses pensées était si ténu que réfléchir lui prenait une éternité.
— Caleb est…
Elle s’interrompit, la respiration coupée par un sanglot.
— Caleb est mort.
Rapprochant vivement son visage du sien, Metzger produisit un grognement effrayant.
— Hélas ! Rachel, ce n’est pas la bonne réponse, une fois de plus.
Il hocha la tête en direction de Thomas.
— Non ! hurla Rachel. Non ! C’est la vérité.
Elle ne parvenait pas à arrêter ses larmes. S’ils frappaient Eric une nouvelle fois, elle ne le supporterait pas.
— Il est mort, mort.
Elle répéta inlassablement ce mot dans sa tête. C’était tout ce à quoi elle pouvait s’accrocher, avec la certitude que si elle perdait le contrôle de ses propos, ils tueraient Eric.
Metzger éleva une main.
— Ecoutez, Rachel, il est clair que votre implication auprès d’Eric dépasse le cadre professionnel, mais j’ai besoin de réponses exactes. Il est très probable que Caleb soit mort. Toutefois, sans pouvoir me l’expliquer, je ne vous crois pas. Thomas, voyons si Eric répondra mieux à nos interrogations… Il sera peut-être davantage disposé à parler, si le Dr Harper prend les coups à sa place.
A ces mots, Eric sentit une terreur inconnue s’emparer de lui. Il ne pouvait pas les laisser faire du mal à Rachel.
La regarder se débattre contre ses entraves était suffisamment dur. Il voyait déjà, à travers le brouillard rouge qui obstruait sa vision, de sombres hématomes se former sur sa peau délicate.
— Combien de temps comptez-vous vous amuser avec ces deux-là ? s’enquit Thomas avec inquiétude. Nous devons filer d’ici.
Eric releva juste assez la tête pour observer Metzger.
— Il faut à tout prix que je sache s’ils ont transmis la formule à quelqu’un, décréta le neurologue. Si les autorités mettent la main dessus, je perdrai toute crédibilité, et mes mérites ne seront jamais reconnus.
Rachel murmura quelque chose. Eric aurait voulu pouvoir l’entendre, mais il avait perdu son micro émetteur. Il ne pouvait donc plus communiquer avec elle.
— Que dites-vous, Rachel ? demanda Metzger. Je n’ai pas entendu.
Eric vit les paupières de la jeune femme se fermer. Elle était sur le point de succomber à l’effet de la drogue.
Ne leur dites rien, supplia-t-il silencieusement. Ne leur dites pas la vérité. Il aurait voulu lui jurer qu’il la sauverait, mais, même en étant prêt à donner sa vie pour elle, il n’était pas certain de pouvoir honorer cette promesse. Bon sang, comme il l’aimait ! Il aurait voulu qu’elle le sache…
Tenez bon, Rachel. Distrayez-les encore un peu.
Il était salement amoché par les coups répétés qu’il avait reçus, et le sang qu’il perdait l’affaiblissait. Il lui restait une dernière chance, mais il lui faudrait soigneusement choisir son moment.
— La formule est… dans ma poche, dit alors Rachel d’une voix épaisse. Je n’ai pas eu le temps…
Bravo ! songea Eric, qui l’avait vue transmettre la formule à Mitch avant de se débarrasser du téléphone portable. Il restait à espérer que Metzger et ses sbires ne mettraient pas la main sur l’appareil.
Thomas s’approcha de Rachel et palpa les poches de son jean.
— Ne la touchez pas, bredouilla Eric, la bouche emplie de sang.
Thomas lui décocha un sourire avant de reprendre sa fouille.
— Quelle poche, docteur Harper ? s’enquit l’infirmier en lorgnant Rachel d’un œil concupiscent.
— Celle de devant, espèce de cochon, lança-t-elle.
La fierté gonfla le cœur d’Eric. Rachel était si courageuse !
— Vous m’avez traité de cochon, hein ? s’écria Thomas.
Il la gifla avec violence.
A cet instant, Eric sentit une explosion de fureur dans sa tête. Elle lui donna la force qu’il avait douté pouvoir rassembler.
Ecartant simultanément ses coudes, il les enfonça dans les côtes des deux aides-soignants. Il ne parvint pas à les neutraliser, mais grâce à l’effet de surprise, il s’arracha à leur étreinte, les saisit par les cheveux et cogna leurs deux têtes l’une contre l’autre.
Thomas fondit alors sur lui avec un rugissement rageur.
Eric opéra un léger pas de côté, le fit trébucher d’un croc en jambe et, de son pied, lui maintint la tête face au sol.
Il ne disposait que de quelques secondes avant que les trois hommes ne récupèrent. Son instinct lui soufflant que Metzger n’était pas du genre bagarreur, Eric profita de ce laps de temps pour plonger en direction de la table d’opération et arracher les bandes Velcro des poignets et des bras de Rachel.
— Courez jusqu’aux interrupteurs, murmura-t-il à son oreille.
Espérant que la jeune femme était suffisamment consciente pour défaire seule le reste de ses entraves et atteindre la porte, il se détourna d’elle, s’empara du chariot rouge et le poussa en direction de Thomas, qui se relevait. Puis il pivota sur ses talons dans l’espoir de s’occuper de Metzger, mais le neurologue avait déjà battu en retraite jusqu’au cabinet où étaient stockés les médicaments, et se trouvait donc hors de sa portée.
Dès que Rachel sauta à bas de la table d’opération, Eric lança celle-ci sur les deux aides-soignants, qui se redressaient à leur tour. Il vit que Thomas se préparait à un nouvel assaut.
— Attrapez-la ! leur cria l’infirmier en bondissant sur lui.
A l’instant où, plongeant pour l’éviter, Eric heurtait le sol, Rachel éteignit les lumières.
Il roula sur lui-même et se releva, désorienté par la subite obscurité.
L’évier, se dit-il, devait se trouver tout droit en face de lui. S’il l’atteignait, il pourrait s’emparer du pistolet hypodermique rangé sur l’étagère qui le surplombait.
Sans perdre de temps à s’interroger sur la façon dont il parvenait à s’orienter et à deviner l’emplacement de ces différents objets, Eric s’élança en avant.
— Que quelqu’un rallume la lumière ! hurla Metzger.
Un mouvement d’air autour d’Eric lui signala la présence de Thomas, et il plongea sur le côté.
Il devait tourner à droite. Maintenant.
Il éleva la main et ses doigts frôlèrent le rebord de l’étagère avant d’attraper l’arme hypodermique.
Rachel poussa alors un cri strident. L’un des aides-soignants avait dû s’emparer d’elle.
La lumière revint, aveuglante après l’obscurité totale.
Son pouls battant à ses tympans, Eric évalua sa position et celle de ses attaquants. Il ajusta sa prise sur le pistolet, en se demandant ce qu’il contenait.
Metzger le bloquait à sa droite, Thomas avançait vers lui.
L’infirmier fondit sur lui et le plaqua contre l’évier. Eric enfonça alors le canon du revolver dans le ventre de son assaillant et appuya sur la détente.
Thomas s’effondra aussitôt à terre et Eric se tourna vers Rachel, que ceinturaient les deux aides-soignants.
Pâle, ses yeux bleus agrandis par la terreur, elle fixait un point derrière lui.
— Metzger… balbutia-t-elle. Revolver !
Eric se retourna vivement, pour voir le neurologue lever une main armée d’un semi-automatique.
— Je travaille pour le FBI, déclara Eric en lâchant le pistolet hypodermique et en levant les mains en l’air. Si vous vous rendez, nous vous proposerons un marché.
Metzger secoua la tête.
— C’est fichu. J’ai œuvré ma vie entière pour guérir la schizophrénie. Et maintenant, j’ai tout perdu. Tout.
Eric observa son expression. Il allait tirer. C’était évident. Et si Metzger le manquait, la balle atteindrait Rachel, qui se trouvait droit derrière lui.
Il lui restait une seule chose à faire.
Eric plongea en direction du revolver.
Une détonation explosa dans sa tête.
Rachel hurla.
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