Attirance interdite - Un risque à prendre
Chapitre 6
6
Aux douze coups de minuit, la maisonnée ne dormait toujours pas. Raphaël et Isabelle durent attendre encore pour se lancer dans leur équipée clandestine. Ils avaient passé leurs vêtements, qui leur avaient été rapportés lavés et repassés.
— Par ici, murmura Raphaël tandis qu’ils atteignaient le bout du couloir. On va commencer par le bas.
Le fait de connaître déjà les pièces, et la lune aidant, ils pouvaient se diriger sans se cogner dans les meubles.
Soudain, il s’arrêta. Là-haut, il y avait du bruit.
— C’est quelqu’un qui ronfle, chuchota Isabelle.
Il continuèrent d’avancer dans la pénombre. Le regard de Raphaël se posa sur le tisonnier posé près de la cheminée.
Pas mal, comme arme, se dit-il.
Mais s’ils se faisaient prendre, comment pourrait-il expliquer le fait qu’il se promenait avec cet instrument ? Ils avaient prévu, si par malchance ils réveillaient quelqu’un, de raconter qu’Isabelle ayant des crampes d’estomac, ils étaient descendus dans l’espoir de trouver une domestique qui leur donnerait un médicament. Le tisonnier n’avait pas sa place dans ce mensonge.
Dans le rayon de lune qui éclairait le bureau, il vit un coupe-papier et le donna à Isabelle, qui s’empressa de le cacher sur elle. Ce n’était pas une arme de défense bien efficace, mais c’était mieux que rien.
Il fouilla dans les papiers étalés sur la table, puis dans les deux tiroirs. Ceux-ci contenaient des coupures de presse et des bilans financiers. Rien de très excitant, rien qui ait un lien avec Ronaldino DeLeon ou Sonya Botero.
Poursuivant sa fouille, il inspecta la bibliothèque, souleva quelques volumes dans des reliures de cuir posés sur les étagères. Ne trouvant rien, il continua, faillit renverser la table du téléphone en la contournant. Le récepteur sortit de sa base et il le rattrapa de justesse avant qu’il ne touche le sol. Il le porta à son oreille. La sonnerie était normale. La ligne fonctionnait. Martinez avait-il menti, ou la ligne avait-elle été rétablie depuis le dîner ?
Il composa un numéro.
— Allô, Katherine ? C’est Raphaël. Ecoute, nous sommes chez Alberto Martinez, en détention. Peux-tu voir qui est ce type ?
— Une seconde, ne quitte pas, répondit Katherine à l’autre bout du fil.
Deux minutes passèrent. Une éternité.
Pendant ce temps, Isabelle poursuivait l’inspection du bureau.
Katherine reprit enfin :
— Ça a été un allié de Ronaldino DeLeon, mais aujourd’hui c’est son pire ennemi. Si la loi de Ronaldino est votée, Martinez perd tout ce qu’il a ! Il a des liens avec des gens peu recommandables. Soyez prudents. Ici, ça bouge. On espère pouvoir vous sortir de là d’ici demain midi.
Il la remercia et raccrocha. Pendant la communication, Isabelle avait achevé l’exploration du bureau et poursuivi dans la pièce d’à côté, où elle n’avait rien vu. Dans la courette non plus. Il n’y avait que des plantes. Mais il fallait rester vigilants. Quatre fenêtres donnaient sur cette petite cour. Toutes étaient éteintes, mais cela ne voulait rien dire : l’ennemi pouvait être tapi dans le noir et guetter.
Ils se glissèrent dans la salle à manger : les placards ne recelaient aucun secret. Un couloir conduisait à trois autres pièces — une cuisine, une office et une salle d’eau. Ils les traversèrent vite. Apparemment, les seules chambres d’amis de la maison se trouvaient au premier étage, l’une occupée par eux, l’autre probablement par le conducteur de la Mercedes arrivé après le dîner.
— Où vivent les domestiques ? murmura Isabelle, refermant la porte de la cuisine, derrière elle, en prenant garde à ne pas faire de bruit.
— Sans doute dans l’une des annexes qui se trouvent derrière la maison.
C’était tant mieux pour eux. Si par mégarde, ils faisaient du bruit, le personnel n’entendrait pas.
— On monte ? demanda-t-il.
Elle fit oui de la tête et passa devant lui, soucieuse de ne pas faire craquer les marches. Il la suivait, prudent lui aussi. Il y avait des gens en haut : Martinez et son invité, pour commencer. Sans doute y avait-il aussi un serviteur, prêt à se rendre chez le maître des lieux si celui-ci l’appelait en pleine nuit. Et très certainement un homme de main, un colosse pour le défendre, au cas où… Raphaël était à peu près certain d’avoir vu deux hommes pendant qu’il se promenait dans le jardin avec Isabelle. Si Martinez éprouvait un tel besoin d’être protégé, la surveillance ne devait pas s’arrêter à la nuit tombée.
Au premier étage, le couloir se séparait en deux.
— Par où ? dit-elle.
Il aurait préféré qu’ils restent ensemble pour intervenir si nécessaire. Mais il la savait capable de se prendre en charge. Et à deux, ils risquaient de se gêner.
— Je prends cette aile, dit-il.
Et il attendit.
Si elle hésitait, ils iraient ensemble. Mais elle n’hésita pas et partit de son côté sans même se retourner. Il resta à la regarder, ahuri par son assurance, et partit à son tour. La chance lui souriant, la première porte qu’il ouvrit donnait sur un bureau. Pièce vaste, acajou et cuir, imprégnée d’une forte odeur de cigare. La lune éclairait les murs tapissés de photos du maître de céans avec des sommités de la politique et du showbiz.
Raphaël s’approcha du bureau et fouilla dans les papiers. Peu de chose, en fait : des lettres de remerciements, de félicitations, de la correspondance banale. Il chercha des yeux un ordinateur mais n’en vit pas. Dommage ! Il aurait été curieux de lire les e-mails que Martinez adressait à ses amis. Peut-être avait-il emporté son ordinateur avec lui dans sa chambre ?
Il y avait aussi des rapports financiers, des bilans de sociétés, des relevés de Bourse. Une chose était claire : Martinez perdait de l’argent.
Raphaël chercha un agenda, mais il n’y en avait pas. Martinez notait peut-être ses rendez-vous sur un agenda électronique.
Il quitta le studio et se faufila dans le hall. Logiquement, la chambre ne devait pas être loin du bureau. Il fallait à tout prix qu’il y entre pour découvrir les secrets de leur hôte.
* * *
La première porte qu’ouvrit Isabelle donnait sur une chambre d’amis vide, qui ressemblait trait pour trait à celle qu’elle occupait avec Raphaël. La deuxième chambre aussi était inoccupée.
Mais elle n’était pas totalement vide : quelqu’un y était passé récemment. Il y avait encore des vêtements sur le dossier d’une chaise et des couvertures en boule sur le lit, comme si l’occupant des lieux venait de se lever.
Le nouvel invité, peut-être ?
Elle regarda du côté de la salle de bains. La porte était ouverte, mais il n’y avait ni lumière ni mouvement.
Où était l’homme à la Mercedes ? Pourquoi avait-il quitté sa chambre à une heure aussi avancée de la nuit ? Et pour aller où ?
Sans faire de bruit, Isabelle entra dans la chambre et referma derrière elle.
Au pied du lit se trouvait une mallette qu’elle ouvrit. Elle était vide. Pas un vêtement de rechange, pas même un sous-vêtement. C’était étrange.
Une veste était accrochée au dossier de la chaise. Elle en fouilla les poches. Rien. Elle palpa de nouveau, et sentit quelque chose de dur : un holster vide, qui ne se trouvait pas dans la veste mais sous le pantalon soigneusement plié.
Elle ne savait peut-être pas qui était cet homme, mais elle savait maintenant qu’il était armé.
Méfiante, elle tâta le coupe-papier qu’elle avait glissé sous sa ceinture.
Piètre défense face à une rafale de balles, se dit-elle.
Mais Raphaël était encore moins armé qu’elle. Il fallait l’avertir. Elle fila vers la porte et tourna la poignée. Mais avant qu’elle ait mis le pied dans le couloir, la porte s’ouvrit et l’homme entra, son arme pointée sur elle.
— Qué està haciendo aquì ? Que faites-vous ici ?
— Lo siento. Estoy perdida. Je suis perdue. Je cherchais une domestique ou quelqu’un pour m’aider. Je suis une invitée. Soy una huesped aquì. J’ai mal à l’estomac, je voudrais un médicament…
Il avança, l’obligeant à reculer au milieu de la chambre.
— Tournez-vous.
Elle hésita.
Si elle se tournait, il verrait tout de suite son arme. Ce serait difficile à expliquer. Elle n’avait d’autre solution que de se battre. A la différence de Martinez, cet homme avait tout du tueur.
Tout se passa alors très vite.
Elle prit la lame dans sa ceinture, la mit sous la gorge de l’homme, tout en levant celui de ses bras qui tenait le revolver.
Elle le toucha, mais pas au bon endroit. La crosse du revolver heurta sa tempe. Déséquilibrée, elle chancela. Profitant de cette seconde de faiblesse, il la projeta sur le lit où elle tomba sur le ventre. Fichue !
Une seconde plus tard, elle avait les poignets liés derrière le dos.
Le visage dans le dessus-de-lit, elle avait du mal à respirer. Il fallait qu’elle se sorte de là. Pouvait-elle rouler du lit et lui donner un coup de pied par en dessous ? S’il laissait échapper son arme, elle pourrait peut-être s’en saisir…
Voulant voir exactement où il se trouvait, elle remua un peu.
Il était trop près.
Il s’approcha et se pencha sur elle.
— Tâche de pas recommencer, bruja, ou tu vas le regretter, lui dit-il dans l’oreille.
Une bonne claque sur la tête, et il lui enfonça un chiffon dans la bouche.
Elle recommença à se débattre, donna des coups de pied qu’il esquiva facilement. Il l’attrapa alors par le bras et la força à se lever.
Son revolver pointé dans le dos, il la fit avancer vers la porte.
— Pas de bruit.
Avec un peu de chance, elle verrait Raphaël dans le couloir. Mais tout était calme et affreusement vide.
Où était-il donc ?
Il fallait qu’elle attire son attention d’une manière ou d’une autre. Elle regarda l’escalier. Aurait-elle l’aplomb de se jeter dans les marches pour faire du bruit ? Et si Martinez et ses sbires se réveillaient ? De quel côté se rangeraient-ils ? Du côté de son agresseur ? Après tout, c’était un invité.
Mais d’abord, que voulait-il, cet homme ?
Isabelle avança aussi lentement qu’elle put. Arrivée en haut des marches, elle hésita.
Bon sang ! C’était à pic !
Et si elle se jetait et se faisait très mal ?
Non, ce n’était pas franchement une bonne idée. Et elle ne s’en sentait pas le courage. Il fallait qu’elle soit au top de sa forme physique, s’ils devaient se battre quand Raphaël la rejoindrait.
Leurs pas dans l’escalier ne faisaient pas assez de bruit pour réveiller une personne profondément endormie, mais Raphaël, qui devait être aux aguets, aurait dû entendre. Où était-il ? Que faisait-il ? Avait-il été agressé avant elle par l’intrus ?
Epouvantée à cette idée, elle trébucha, mais l’homme la retint par-derrière. Il lui fit traverser la cuisine, puis l’office, et la poussa dehors par la porte du fond. Le gravier de l’allée crissa sous ses chaussures. L’air froid de la nuit lui gifla le visage et elle se mit à trembler.
Où allaient-ils ?
A cet instant, elle aperçut au fond, derrière la grande maison, l’abri de jardin qu’elle avait inspecté tout à l’heure et elle comprit. Cela ne faisait aucun doute : il l’emmenait là pour se débarrasser d’elle.
* * *
Etendue dans le noir, Sonya luttait avec l’énergie du désespoir. Mais ses jours, ses heures peut-être, étaient comptés. Affamée, assoiffée, épuisée, elle faiblissait d’heure en heure. Ses ravisseurs la transféraient chaque nuit d’une cachette à l’autre, et eux-mêmes avaient changé. Ils en avaient assez d’elle et de cette mission qui s’éternisait. Ils étaient moins vigilants, et la surveillaient moins attentivement. N’importe qui en aurait profité pour se sauver, mais elle n’en avait plus la force.
Elle les regarda, assis en rond, qui finissaient de dîner. A la vue de leur nourriture, son estomac qui criait famine gargouilla. Parfois, ils lui jetaient leurs restes, comme à un chien.
L’un des hommes apporta un seau d’eau et les autres y plongèrent leurs tasses pour y puiser de l’eau. Cela fait, certains y plongèrent les mains pour se débarbouiller. Le plus grand de tous, Pisco — c’était le surnom que ses complices lui avaient donné parce qu’il abusait du brandy — croisa le regard de Sonya et le soutint.
Elle détourna les yeux, mais trop tard.
Du coin de l’œil, elle le vit se lever — elle se roula en boule, en position de défense —, puis prendre le seau et s’approcher.
— Agua ?
Il s’arrêta à un mètre d’elle.
— Si, señor. Por favor.
Il leva le seau et lui jeta l’eau au visage.
Les larmes lui montèrent aux yeux et se mêlèrent à l’eau qui ruisselait sur ses joues. Du bout de la langue, elle recueillit les gouttes accrochées à ses lèvres. Près d’elle, il y avait une petite cuvette creusée à même le sol. Elle s’allongea et, indifférente au goût de boue et aux quolibets des brutes qui la regardaient faire, elle se désaltéra.
* * *
Fou de rage et d’inquiétude, Raphaël les suivit dans l’ombre sans faire de bruit. Cette ordure avait les mains sur Isabelle.
Les palmiers se balançaient dans le vent et le frôlement feutré de leurs branches couvrait le bruit de ses pas.
Il n’avait pas d’arme. C’était ennuyeux. Il avait espéré en trouver une dans le bureau de Martinez, mais il n’y en avait pas.
Qui pouvait bien être l’invité surprise de Martinez ?
Il allait bientôt le savoir… Quand il fouillerait son cadavre…
Il observa la marche d’Isabelle. Etait-elle blessée, pour avancer si lentement, ou cherchait-elle à gagner du temps ? Apparemment, il n’y avait pas de taches sombres, sur ses vêtements, qui pouvaient faire penser à du sang. Mais comment en être certain ? Ils marchaient au moins cent mètres devant lui.
Enfin, ils arrivèrent à l’abri de jardin.
Raphaël vit l’invité pousser Isabelle à l’intérieur et refermer la porte derrière eux.
Sortant alors de sa cachette, il fonça vers la cabane, s’approcha de l’unique fenêtre, à laquelle manquaient des carreaux, et regarda à l’intérieur.
L’homme interrogeait Isabelle.
— Que faites-vous au Ladéra ? dit l’homme en espagnol.
Il ne la visait plus. Sans doute se sentait-il en sécurité ?
— Je suis venue donner des conférences de presse. Et vous, qui êtes-vous ?
La voix était ferme. Si elle avait peur, cela ne se voyait pas. Elle cachait bien son jeu.
— Que faisiez-vous dans ma chambre ?
— J’étais perdue, je vous l’ai déjà dit. J’espérais trouver une domestique pour me donner un médicament. Ecoutez, tout ceci est inutile, je…
— C’est Ronaldino DeLeon qui vous a envoyée ?
— Non, c’est ma direction. Je travaille pour Le Mariage à la Carte. Et indirectement pour Ronaldino DeLeon puisqu’il est notre client. Je ne comprends pas à quoi rime ce remue-ménage.
Elle jouait à merveille l’étonnement et l’exaspération. Elle était très bonne.
— Et l’autre ? Qu’est-ce qu’il fait ?
L’homme perdait son calme. Malgré les qualités de comédienne d’Isabelle, il ne semblait pas décidé à avaler ses explications.
— Je ne sais pas de qui vous parlez. Ecoutez, il y a erreur. C’est un malentendu…
Une gifle en pleine figure la coupa net dans sa phrase.
Fou de rage, Raphaël ne fit qu’un bond. Arme ou pas, il attrapa le bord du toit, fit un rétablissement avec les bras et donna un coup de pied dans le montant de la fenêtre qui céda.
Avant que l’homme ait pu comprendre ce qui se passait, Raphaël l’avait attrapé par le cou. Ils roulaient maintenant à terre et se battaient. L’invité essaya de lever la main qui tenait l’arme, mais Raphaël réussit à la rabattre sur le sol.
Voulant s’interposer, Isabelle s’approcha.
— Recule ! lui cria Raphaël, inquiet qu’une balle perdue ne la touche.
Se jetant de tout son poids contre son adversaire, Raphaël réussit à maîtriser l’homme, qui lâcha son revolver. Mais à cet instant, la lame d’un couteau brilla devant ses yeux. Raphaël sentit l’acier lui brûler la joue.
Les forces décuplées par la fureur, il réussit à se relever, serrant toujours l’agresseur contre lui. Sans le lâcher, il le poussa vers un angle de l’abri et, là, lui cogna de toutes ses forces la tête contre une poutre. Le temps de lui prendre le couteau de la main, l’homme s’écroula, à moitié assommé.
Raphaël lança le couteau à Isabelle et pointa le canon de son revolver entre les deux yeux de l’homme qui revenait à lui.
— Qui êtes-vous ?
L’homme cracha, mais manqua Raphaël.
— Je ne suis pas de bonne humeur, amigo. Ne m’oblige pas à te reposer la question.
L’homme fulminait. Cela se voyait à ses yeux, mais il ne répondit pas.
Isabelle tenta de nouveau d’intervenir, mais Raphaël lui ordonna de s’éloigner.
— Tu vas parler, bon sang !
Cette ordure n’allait pas l’emporter en paradis. Il avait frappé Isabelle — elle avait encore la marque rouge de sa main sur le visage — et il avait sûrement l’intention de l’éliminer. Il allait le payer cher.
Raphaël serra la crosse très fort. L’homme eut l’aplomb de le narguer.
— T’auras pas le cran, dit-il en espagnol.
Ah non ? Il allait voir !
Raphaël appuya sur la détente. Mais il ne se passa rien. L’air sembla se figer dans l’abri.
— Il s’est enrayé, dit-il, étonné, à l’adresse de l’homme, blême de peur. Tu crois que ça va recommencer ?
Il rapprocha l’arme du front de l’invité, qui transpirait de terreur.
— Rodrigo…
Il s’arrêta, comme si le fait de parler lui écorchait la bouche.
— San…
Il s’arrêta de nouveau, à bout de souffle, aurait-on dit.
— Santiago, poursuivit Raphaël. Rodrigo Santiago.
Le puzzle se mettait en place.
Rodrigo Santiago, l’un des pires ennemis de Ronaldino DeLeon, que tout le monde croyait mort depuis des lustres, quand Miami Confidential avait découvert des indices laissant à penser qu’il était toujours en vie.
— Où est Sonya ?
— Je ne sais pas.
— Je ne te crois pas. Tu fais quoi, ici ? Tu nous files ? Tu hais Ronaldino ! Il a détruit ta vie. Tu ferais n’importe quoi pour te venger.
A l’évocation du nom de Ronaldino, l’homme sembla retrouver de la vigueur.
— Je lui ferai la peau. Pas besoin de lui faire peur en enlevant sa femme ! Je suis un homme, moi.
— C’est toi qui étais derrière la tentative d’assassinat au Ladéra ?
— J’étais pas derrière. C’était moi, le tueur. Je veux le descendre moi-même, ce chien. La chance n’était pas avec moi ce jour-là. Et le bon Dieu non plus. J’ai fait des choses mauvaises, mais j’ai expié. Maintenant, Dieu va me livrer mon ennemi.
— Si c’est après Ronaldino DeLeon que tu en as, pourquoi nous courir après ?
— Parce qu’il vous a chargés de me serrer. Je sais qu’il y a des gens armés qui se sont fait prendre à Capunata, dans ma ville. Je sais que vous travaillez pour DeLeon. Il a trouvé l’endroit où je suis et il vous a envoyés me tuer. C’est pour ça qu’il fallait que je vous descende.
La haine de Santiago frisant le fanatisme, Raphaël jugea inutile d’expliquer.
— Appelons la police, dit Isabelle.
Raphaël fit oui de la tête. L’arme toujours pointée sur le front de l’homme, il défit la corde qui liait les poignets d’Isabelle.
— Tu n’es pas blessée, au moins ?
Elle hocha la tête.
— Non.
Il prit ses lèvres et les embrassa tendrement.
— Retournons là-bas, dit-elle en montrant la grande maison. Et appelons la police.
Il acquiesça. Ce n’était pas le moment de se livrer à des effusions.
— Je suis impatiente d’entendre les explications que notre hôte va nous donner.
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