Bille en tête

Alexandre Jardin · Chapitre 8 sur 38

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Bille en tête

La semaine au collège fut longue. Je…

La semaine au collège fut longue. Je ne vivais plus, j’attendais. Tant et si bien que lorsque le vendredi vint, je craignis d’avoir pris mes rêves pour des réalités. Après tout, l’absence de claque ne signifiait pas forcément que Clara serait au rendez-vous.

Etais-je épris ? Je le supposais mais n’en étais pas tout à fait sûr. Un jeune qui débute a toujours du mal à reconnaître la nature de ses émois. J’étais d’ailleurs excusable ; la passion n’a jamais été bien identifiée. En tout cas, si je n’étais pas amoureux, Clara me donnait envie de l’être.

J’étais follement intrigué. Ce monde féminin aux seins lourds et aux hanches délicieusement marquées me fascinait. Clara n’était pas comme les filles de mon âge. C’était une femme pour les grands, une vraie.

A la sortie du collège, j’attendais au milieu de la cohue des gosses qui rentraient chez eux pour le week-end. Les femmes qui venaient chercher leur enfant se transformaient en mères à vue d’œil. Elles prenaient un air responsable, leurs gestes se faisaient maternels ou feignaient de l’être. Une bourgeoise aussi digne que ridicule me fit sourire. Son petit garçon accroché à ses jupes prouvait qu’un monsieur avait déjà dû faire un sort à sa fleur. Je pris un malin plaisir à l’imaginer à l’œuvre, basculée sur un lit, haletante et hurlant : « Encore ! »

Clara n’était toujours pas là. Je cachais mon anxiété sous des airs de rien, saluant quelques amis. Puis les enfants se dispersèrent à tous vents.

Je devais me rendre à l’évidence : elle ne viendrait pas. Les oiseaux avaient beau chanter dans les arbres, mon cœur battait de l’aile.

Soudain, un bruit de moteur me sortit de ma langueur honteuse. Une Rolls Royce s’avançait dans l’allée qui mène au collège. La voiture s’arrêta. Clara en sortit, comme ça, comme si c’était vrai. Alors j’ai ri ; quand la vie vous fait un clin d’œil, il faut rire. Il y a des instants magiques qui semblent avoir été faits exprès pour être vécus. On se sent drôle. On est si mal élevé pour le bonheur que quand il vient on est maladroit, avec des gestes de novice.

Clara s’est avancée vers moi. Elle m’a regardé. Je lui ai pris la main. Nous étions seuls. Les oiseaux chantaient pour nous. Le soleil aussi brillait pour nous. Dieu qu’elle était belle dans sa robe qui laissait voir ses jolies jambes.

La voiture roula longtemps. Le chauffeur Albert était concentré sur la route. Clara me regardait. Moi je ne voyais que du bonheur. Un panneau surgit au bord de la route. Il était inscrit : Deauville. J’entrais dans une ville de riches à bord d’une Rolls : tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes.

 

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