Dark Hope - T2 - Never in my heart

Mayiah K. · Chapitre 12 sur 31

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Dark Hope - T2 - Never in my heart

-Chapitre 14- · Dareios

 

 

♪ It's You -Ali Gatie ♫

 

Los Angeles.

 

Mon corps s’immobilise sur le palier en comprenant une chose et pas des moindres : je suis père. Amber pourra me dire ou faire tout ce qu’elle veut, je suis bel et bien certain que cet enfant est également le mien. Mon pied frappe la rambarde des escaliers en faisant résonner le coup dans le couloir.

— Quel con ! juré-je à moi-même.

Mes phalanges glissent sur mes cheveux et frictionnent les racines violemment pour tenter de me réveiller de ce cauchemar. Car c’est indéniable, je nage en plein délire. Je suis père ! Moi, Dareios Petridis, fils d’un trafiquant d'armes sur la côte Est et également mafieux par héritage… suis père. Je découvre qu’en plus d’avoir perdu l’être le plus important de ma vie, un enfant est né de notre union charnelle. Amber ne m’avait aucunement parlé de sa grossesse alors peut-être qu’elle n’était pas au courant ? Ce qui est sûr, c’est que ce bébé n’a pu être conçu que par moi quand on voit à peu près l’âge qu’il doit avoir, puis il ne faut pas être idiot pour le comprendre. Je ne sais même pas si c’est une fille ou un garçon tant j’ai été subjugué par la couleur de ses iris. Celle que mon père m’a également léguée et qui m’écœure chaque matin lorsque je la croise dans la glace de la salle de bain. À cette heure-ci je commence à l’apprécier, car mon enfant porte ce regard froid sur le visage typé que possède sa mère.

Je cours dans les escaliers et saute les dernières marches de l’immeuble pour sortir rapidement. Il faut que je parte avant de faire une connerie à nouveau. Je retrouve la rue dans laquelle j’ai clairement agressé Amber et je m’en veux d’avoir agi de la sorte. Je ne remercie pas ma conscience d’avoir foutu ce magnifique bordel contre ma volonté. Depuis plusieurs mois j’ai commencé à partager mon corps avec un être démoniaque qui a tendance à prendre possession de moi à sa guise. Ce qui a le don de pomper le peu d’énergie que j’ai…

Mes pieds s’avancent dans la rue, mais ma tête est restée dans cet immeuble où loge Amber et notre enfant. Je me retiens de ne pas retourner là-bas et les embarquer sous mes bras. Je suis père putain ! En longeant les bâtiments de son quartier, je croise un homme, mains dans les poches et tête baissée.

Côme.

L’homme qui vit avec Amber vient de passer à quelques centimètres à peine de moi et je me retiens de le suivre pour l’encastrer dans un mur. Mes pas s’interrompent et le diable en moi me hurle de le faire.

Fais-le, sinon tu vas le regretter…

J’ai suffisamment commis d'erreurs ce soir pour réagir sans réfléchir, pourtant je tressaille à l’idée qu’il retrouve Amber parce que sa place n’est pas avec elle. C’est moi qui devrais être auprès de celle que j’aime, à prendre soin d’elle et de ce bébé…

Ce petit être ne peut être le sien, il est impossible que ce Côme soit le père de cet enfant. Je l’ai su à l’instant où mon regard s’est posé sur le sien, dans le couloir, lorsque je l’ai croisé avec cette femme. Ce bébé est le fruit de mon amour pour Amber, le point final de notre passé tortueux et le départ d’une vie sans encombre. Mais encore faut-il qu’elle retrouve la mémoire.

Elle parlait de cauchemars, mais qu’en sont-ils vraiment ? J’espère qu’elle ne gardera que le meilleur de moi et que ses souvenirs reviendront, laissant derrière elle les dures réalités.

Je dois trouver une manière de la récupérer et qu’elle me suive de son plein gré. Il est impossible pour moi de songer à partir sans elle. Désormais, je sais qu’Amber ne faisait pas semblant de ne pas m’avoir reconnu ce jour-là et j’ai déjà pas mal de réponses à mes questions suite à notre altercation. Quand elle a pris ses jambes à son cou et m’a laissé face à ce type dans la ruelle, il m’a demandé des explications. J’ai débité un récit à la vitesse de la lumière, passant par le meurtre de mon père à son enlèvement chez moi puis mon coma de plusieurs mois. Au départ il était très perplexe, puis j’ai remarqué son regard brun perdu. Liam semble tenir à Amber, cependant il reste le seul présent aujourd’hui à me donner une chance de me rattraper. Je voyais bien qu’il réfléchissait et vivait chaque moment que je lui racontais en voyant sa tête hocher lentement, comme s’il réalisait qui j’étais vraiment.

« Mec, tu es la pièce manquante au puzzle de Naya ! » a-t-il annoncé en fonçant dans la rue pour rejoindre l’appartement d’Amber. Je suis resté quelques minutes devant l’entrée, comme un sombre con qui attendait qu’elle daigne bien lui ouvrir la porte. Puis Liam est revenu et m’a forcé à monter les étages pour me laisser une chance de m’expliquer avec elle. Je n’aurais jamais pensé vivre une seule fois de ma vie ce genre de situation.

La femme que j’aime était complètement indifférente à mon sujet. Elle hurlait la haine qui était depuis trop longtemps logée dans son corps. Ses yeux, devenus noir charbon, me mitraillaient, embrumés par l’alcool qu’elle venait d’ingurgiter. Sale habitude qu’elle avait lorsqu’elle ne savait plus contrôler son corps, l’aidant à noyer son chagrin. Je me souviens l’avoir plusieurs fois prise sur le fait accompli, elle s’enivrait pour ne rien ressentir en balayant chaque instant passé à mes côtés. Elle avait besoin de se saouler pour oublier les terreurs qu’elle vivait à l’Odyssée et dans mon lit…

Quand elle m’a demandé mon nom, j’ai cru mourir. Comment pouvait-elle ne pas se souvenir de ça ? Mon cœur s’est brisé une seconde fois lorsqu’elle m’a réclamé de partir de chez elle. Et une dernière fois quand mon attention s’est posée sur ce bébé gracieux qui me souriait à pleines gencives.

Je réalise que mon corps n’a pas bougé depuis que Côme est passé à côté de moi. Mes mains tâtonnent fermement mes poches et finissent par trouver un paquet de clopes. Je crache mon chewing-gum et m’empresse d’en allumer une, c’est à cet instant que mes jambes décident de continuer leur route. Je pèse le pour et le contre en croisant les doigts pour que cette nuit lui porte conseil et que demain à la première heure elle me rejoigne au café en face de chez elle.

Tu veux des preuves Amber ? Je vais déjà te prouver que je peux être bon pour toi, mais surtout pour ce petit être que tu m’as caché.

∞

Après une courte nuit de sommeil, je rejoins Carter dans sa chambre. Je sais que je vais me faire passer un savon, car n’ayant plus de portable, personne n’a su où je me trouvais la nuit dernière. Mais il me doit une explication…

Je frappe trois coups à la porte de sa chambre et un bruit sourd retentit à l’intérieur. Je colle mon oreille au battant et ralentis mon souffle pour me concentrer sur ma tâche. Carter râle, ce qui est bon signe. La porte s’ouvre sur cet homme ravagé par la vie. Ses yeux encore à moitié fermés menacent de me tuer et s’il avait des supers pouvoirs, le détective me dézinguerait à coup de laser. La fatigue de ces derniers jours ne nous réussit pas et je comprends qu’il est à bout.

— Bonjour Carter ! lancé-je d’un ton qui ne me ressemble pas. Belle soirée à ce que je vois.

J’entre en le bousculant, mais il ne répond pas, se laissant pousser jusqu’au centre de la chambre.

Un bazar sans nom me brûle les rétines. Des vêtements dans tous les sens, les draps du lit froissés et un ricanement aigu dans la salle de bain éveillent ma curiosité. Je pénètre dans la pièce sans son accord en découvrant deux poupées blondes peroxydées et gonflées outrageusement. Seulement vêtues de leurs lingeries à dentelles, elles me dévorent littéralement des yeux. L’une d’elles ose carrément mordiller sa lèvre inférieure.

Je serais elle, j’aurais peur qu’elle explose tellement elle est farcie d’acide hyaluronique.

— Mais c’est qu’on s’éclate le vieux, ricané-je en frappant du plat de la main le torse de Carter. Bon maintenant, on passe aux choses sérieuses.

— Mesdemoiselles, lance le détective vers les deux femmes. Au plaisir !

Mes doigts massent l’arête de mon nez et j’étouffe un rire. Je débarrasse la chaise de son contenu du bout de l’index puis la retourne pour m’asseoir dessus à califourchon. Mes bras se croisent sur le dossier tandis que Carter tente de ranger le foutoir en cherchant certainement l’endroit où il aurait posé sa dignité la veille au soir. La chambre est sous serre, silencieuse. Une fois terminé, le détective me sonde longuement en s’installant face à moi. Le matelas grince lorsqu’il se pose dessus et j’ai une folle envie de rire à gorge déployée, seulement je me méfie de lui, de son comportement et de son ancien rôle au sein de la S.W.A.T. Il pourrait certainement me tuer sur place rien qu’avec un coup bien placé.

— Alors, bonne soirée ? demandé-je pour entamer la conversation en pointant du pouce la porte d’où se sont échappées les deux blondes.

— Ça suffit Dareios ! crie-t-il d’un coup, rouge de colère. Tu te fous de ma gueule ? Tu étais où hier soir ?

Je me redresse, étonné de son manque d’humour et réponds.

— J’avais besoin de sortir alors je me suis promené par-ci par-là… oh, mais on passe au tutoiement désormais ?

— Cesse ton baratin bon sang ! Je suis au courant de ce que tu faisais, je me suis retenu de venir te chercher par la peau des fesses. Mais j’aurais grillé ma couverture !

— Quelle couverture Carter ? Sans déconner, on va arrêter les frais, répliqué-je exténué. Tu sais quoi ? Dis-moi combien je te dois et tu pourras vaquer à tes occupations.

Ahuri, Carter se lève et me saisit par le col de ma chemise impeccablement repassée.

— Lâche-moi avant que je te pète la gueule. Tu n’as certainement pas envie de découvrir le diable en moi, Carter !

Toutefois, le détective continue de resserrer sa prise sur mon buste. Mes lèvres s’élèvent, montrant mes dents dans un sourire taquin.

— C’est ce que tu veux alors ? le questionné-je avant de reprendre. Tu veux que je te pète l’arcade sourcilière et les genoux simultanément ? Oh… et ne fais pas cette grimace, s’il te plaît détend ton visage qui est déjà assez disgracieux à mon goût.

— Mais qu’est-ce que tu racontes putain ? C’est quoi cette scène Dareios ! rage-t-il en me relâchant.

Le détective recule en levant les mains au ciel. Il a l’air dépassé par la situation. Dans son œil valide, je détecte une incompréhension complète alors que je sais pertinemment qu’il me cache encore des choses.

— N’aurais-tu pas oublié de me communiquer une petite information ? De trois fois rien ?

Il hausse les sourcils, abasourdi, sans jamais lâcher notre contact visuel. Pendant qu’il gratte le revers de sa main sur la barbe naissante de son menton, je me positionne devant lui, si près qu’il termine son chemin contre la cloison tapissée. Je sens son souffle saccadé contre mon torse et je sais maintenant qu’il est en train de paniquer… je veux ma réponse.

Je retire mon flingue de ma ceinture et le cloue contre la tempe de Carter. Le canon tremblote en suivant le rythme cardiaque qui pulse contre sa peau. De fines gouttelettes naissent sur son front au moment où j’active le loquet de sécurité.

— Alors toujours rien ? rugis-je en sortant de mes gonds.

— Rien… répond-il simplement. Je ne vois pas ce que j’aurais pu te cacher. Tu sais tout sur Amber et cette affaire. Comme je te l’avais dit, il y a beaucoup d’informations qui me sont inconnues sur cet enlèvement. Ce type est…

— Côme ! le coupé-je. Il s’appelle Côme Taylor.

Carter hoquette de surprise.

— Pardon ?

— Tu devrais sincèrement te faire à l’idée de prendre ta retraite Carter. Car en plus d’être un vieil incapable, tu deviens sourd, lui annoncé-je d’un ton froid.

— Côme Taylor ? répète-t-il d’une voix faible. Comment connais-tu son nom ? Es-tu sûr que nous parlons du même homme ?

— Amber me l’a dit elle-même alors oui j’en suis plus que sûr, mais là n’est pas la question Carter.

— Je ne sais rien Dareios, donc finis-en si c’est ce que tu veux.

J’enfonce plus durement la pointe de mon arme contre la tête du détective — enfin, ce qu’il se dit être — puis abaisse mon visage à son niveau en collant mon nez au sien.

— Un enfant peut-être ?

Carter ouvre les yeux qu’il avait fermés quelques secondes plus tôt pour anticiper le tir. Il scrute mon attention lorsque je penche la tête sur le côté. Une moue interrogative se dessine sur mon visage tandis que le sien se liquéfie, encore et encore.

— Comment ça un enfant ? Je n’ai jamais vu d’enfant avec eux Dareios !

— Ne me mens pas Carter ! finis-je par crier sauvagement. Je n’ai plus la tête à déconner là tu vois ?

— Je ne comprends vraiment pas, mais attends… laisse-moi respirer, je t’en prie.

Ses mains me repoussent délicatement et je m’éloigne de lui seulement d’un pas, en continuant de le dévisager. Sa tête se plaque contre le mur pendant qu’il inspire longuement.

— Crois-tu que ce bébé serait de toi ?

— C’est une certitude, je le sais !

La ressemblance est frappante.

— Et penses-tu que cet enfant mériterait d’être caché aux yeux du monde ?

Que raconte-t-il ! Bute-le qu’on en finisse et retourne la chercher ! vocifère ma conscience.

— Dis-moi directement le fond de ta pensée avant que mes fusibles ne se touchent là-haut, murmuré-je en tapotant mon crâne avec le manche du flingue. Ma patience arrive à sa fin, ton temps est compté.

Tic … Tac … Tic … Tac, chantonne mon démon prêt à bondir.

— Tu te souviens qu’avant notre arrivée ici je t’avais fait part d’un secret qu’ils devaient cacher. Ils ne sortent jamais en même temps, mais je sais qu’ils vivent ensemble, car je les ai observés par leurs fenêtres quand je me planquais sur le toit de l’hôtel. Dans leur immeuble il y a seulement deux appartements, donc ta petite amie et ce Côme vivent ensemble. Cependant, maintenant que tu en parles, la dame qui vit au premier étage sort environ une heure après leur départ avec un bambin et le promène en poussette jusqu’à midi. Je ne me suis jamais posé de question à propos de cette femme, car je pensais que le bébé était le sien.

— Elle ressemble à quoi cette voisine Carter ?

— Pas très grande, type hispanique et souvent vêtue de longues robes colorées.

Je ne me suis pas longtemps attardé sur la femme qui tenait le bébé à mon départ, mais ce qui est certain c’est qu’elle était en effet typée. J’implose quand je comprends que le détective n’en savait rien et m’en veux instantanément de l’avoir menacé. Tout s’effondre autour de moi, car je ne réalise toujours pas dans quelle merde je suis. Mon cœur s’attendrit bien trop vite comparé à avant… l’effet que l’Amazone a sur mon âme est bien plus fort que je ne le pensais.

— Penses-tu que je puisse amadouer Amber avec cet enfant ?

— Qu’as-tu en tête Dareios ?

— Je veux qu’elle comprenne que je suis son homme et qu’elle était à moi avant que tout parte en fumée.

— Demande à faire un test de paternité ! lâche Carter en s’approchant de moi.

Il presse sa main sur mon épaule, comme le seul signe de soutien qu’il peut m’accorder. Ma tête s’imbrique dans mes paumes et chiffonne ma peau avec l’espoir de me réveiller.

 

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