Dark Hope - T2 - Never in my heart
-Chapitre 20- · Amber / Naya
♪ The other side - Ruelle ♫
Los Angeles
— Fais comme chez toi, lance Dareios en se jetant sur le lit.
Mes pieds restent plantés, cloués au sol. Je découvre ébahie la chambre d’hôtel qu’il vient de nous prendre. Tout est si blanc, si pur. Le mobilier laqué est étincelant, ce qui me donnerait presque la migraine, rien ne dépasse même pas la couette sur le lit. J’imagine les heures de travail qu’ont dû fournir les femmes de ménage pour rendre tout impeccable. J’avance d’un pas et dépose au sol mon cabas puis récupère ma fille. Une fois dans mes bras, je l’enlace en respirant le parfum de crème hydratante que j’aime tant lui tartiner après chaque bain.
— Comment s’appelle-t-elle ? s’enquiert-il en soutenant son corps allongé de ses coudes.
Sa question bloque ma respiration un instant, et je me surprends à apprécier ses interrogations. Cela me prouve qu’il s’intéresse réellement à moi.
— Angela.
— Pardon ? souffle-t-il.
Je ne peux retenir mon étonnement en rehaussant les sourcils. J’ai cette impression d’avoir dit quelque chose de mal tant sa remarque sonne comme un reproche.
— Angela… répété-je en fixant l’intensité de ses yeux bleus.
Dareios s’avance précipitamment et je recule par crainte. Je ne connais pas cet homme et ne peux donc pas savoir à l’avance ce qu’il pourrait bien me faire. Malgré le fait qu’il semble honnête, je ne peux lui faire entièrement confiance. Côme a failli à cette tâche alors je me fais la promesse de ne pas renouveler l’erreur à nouveau.
— Pourquoi Angela ? demande-t-il lorsque mon dos termine sa course contre le mur.
— En quoi ça vous regarde ? riposté-je en relevant le menton fièrement.
C’est ma fille et je refuse de me faire marcher dessus. Je compte bien la protéger de tous les prédateurs qui s’approcheront de nous. Je défendrai bec et ongles mon enfant que j’ai couvé, aimé et choyé depuis le jour où j’ai su que j’étais enceinte. Maintenant que je sais que ma mère a osé me vendre à une mafia, je redoublerai de vigilance à propos d’elle.
L’idée de son prénom m’est venue le jour de mon accouchement et je ne saurais expliquer la raison, mais il semblait être évident, comme si Angela était fait pour elle.
— C’était le nom que portait ma gouvernante, tu l’as connue, donc peut-être qu’il y a un espoir pour que tu retrouves définitivement la mémoire. Par contre, je te rappelle que cette enfant est aussi la mienne !
— Pour l’instant rien ne m’affirme qu’Angela est votre fille… soufflé-je convaincue de mes paroles.
— Je te dis que c’est mon enfant Amber puis tu n’as qu’à regarder ses iris pour le comprendre, lâche-t-il en se collant davantage à moi.
Déstabilisée, je baisse le menton sur le sol. Dareios est intimidant et le ton qu’il emploie en me parlant est très autoritaire. Côme n’était jamais comme ça avec moi. Les seules et uniques fois où il haussait le ton j’arrivais à lui répondre avec la même hargne. Pourquoi ne suis-je pas suffisamment forte pour affronter cet homme de la même façon que je le faisais avec lui ?
— Donc votre gouvernante s’appelait Angela ? changé-je de sujet en évitant son regard hypnotique.
— Arrête avec ton « vous » ! râle-t-il en poussant de son index mon front contre la cloison.
Mes bras resserrent Angela contre mon buste pendant que le grincement de mes dents se veut menaçant.
— Mais c’est…
— Mais rien du tout putain ! me coupe-t-il soudainement en reculant. À l’époque tu me parlais très peu alors c’est assez perturbant de te voir enchaîner des phrases et des réponses sans que je te mette un couteau sous la gorge.
Comment peut-il dire ça alors que ma plaie est encore rose.
— Un couteau sous la gorge ? m’étonné-je en écarquillant les yeux.
— C’est une expression bébé. Jamais je ne t’aurais fait ça, dit-il en pointant du doigt la cicatrice qui orne mon épiderme.
Angela s’agite contre moi alors je la berce délicatement en murmurant cet air qui est constamment dans ma tête. C’est aussi une chose que je ne comprendrai jamais, cette musique ne cesse d’aller et venir dans mon esprit et je ne peux arrêter de chanter lorsqu’il apparaît.
— Tu te souviens de cette mélodie ? m’interroge-t-il lorsque nos regards se croisent à nouveau.
Je suis surprise qu’il connaisse ce que je chante pour bercer ma fille. Il doit percevoir ma confusion car il reprend :
— Angela passait son temps à siffler cette chanson à la villa. Elle t’a même appris les paroles en espagnol. C’est étrange que tu la fredonnes alors que tu ne te souviens pas de moi…
J’ai beau chercher un semblant de lumière dans la boîte où je suis enfermée, ma mémoire ne veut rien savoir. Ce qu’il m’arrive depuis quelques jours me prend toute mon énergie et je suis épuisée/
— Écoute Dareios, je crois que j’ai besoin de me reposer un peu. Je vais m’allonger avec la petite pour faire la sieste, m’énervé-je. Cette matinée a été riche en émotion pour nous tous alors si cela ne te dérange pas laisse-moi tranquille avec tes questions. Il serait aussi sympa de ta part de cesser tes baratins à propos de tout ce que je fais ou dit qui semble être une succession de « hasard » entre nos deux vies. Je ne sais pas encore si je peux t’accorder ma confiance et si tout ce que tu me dis est vrai donc je préférerais arrêter la discussion maintenant.
Je dépose Angela au centre du lit et m’installe à ses côtés en fermant les yeux. Le matelas se met à bouger sous le poids de Dareios lorsqu’il se positionne de l’autre côté de ma fille. La curiosité se fait sentir, mais je conserve les paupières closes pour ne pas envenimer la situation. La petite gesticule plus que d’habitude alors ma main tente de caresser son ventre pour la détendre, seulement ma paume rencontre une succession d’acier froid.
— Ne la touche pas si tu ne veux pas finir découper en morceau ! craché-je en me redressant.
Le mafieux semble surpris par mes mots, mais j’ignore son regard en me recouchant. Je retire ses grands doigts du body d’Angela et soupire d’énervement. Comment ai-je pu supporter un homme pareil ? C’est impossible qu’il soit celui qu’il se dit être.
— Je te jure qu’avant je t’aurais fait ravaler ta langue par ce comportement, mais maintenant que nous avons un enfant je dois prendre sur moi.
— La ferme… je dors, bredouillé-je pour qu’il se taise enfin.
— Attention bébé, ne continue pas sur cette voie, car elle est sans issue.
— Dareios ! Tu vas m’écouter une bonne fois pour toutes, ce n’est ni l’heure ni le moment d’avoir cette conversation. Je ne sais pas encore ce que je compte faire, car t’avoir suivi me semble être une très mauvaise idée pour le moment. Je dois encore réfléchir sur ce que je ferai demain…
Il s’élève et son visage se place face au mien. Son corps surplombe celui d’Angela créant une palpitation en moi bien trop soutenue.
— Je pense que tu n’as rien saisi jusque-là. Tu m’accompagnes ! rage-t-il les dents serrées. Que tu le veuilles ou non, vous restez avec moi ! Tu n’as aucun choix dans cette histoire. C’est comme ça un point c’est tout.
Mes poumons s’engorgent d’air entre la panique et les nerfs. En soupirant mes yeux s’ancrent aux siens lorsque je saute du lit. Je fourre le porte-bébé dans le sac de course encore rempli de nos affaires et récupère Angela dans mes bras en me dirigeant furieusement vers la sortie.
— Qu’est-ce que tu fais ? s’inquiète Dareios en me bloquant le passage.
— J’ai suffisamment perdu du temps avec toi alors ne m’en fais pas perdre davantage. Bouge de là avant que je craque.
— Tu n’iras nulle part ! hurle-t-il brusquement d’une voix éraillée.
Angela tressaute lorsqu’il s’en prend à moi verbalement. Les traits de Dareios se tirent, laissant deviner une douleur atroce quand j’aperçois son regard s’assombrir. Le bleu envoûtant s’évapore en une fumée noire et épaisse.
— Tu me fais peur Dareios, réalisé-je en écarquillant des yeux.
— TU.RESTES.LÀ ! articule-t-il fou de rage.
Je recule prise au piège dans cette chambre d’hôtel.
— C’est… c’est illégal d’en...fermer quelqu’un contre son gré… bégayé-je difficilement.
— Car tu crois que c’est la première fois que tu vis ce genre de chose peut-être ? Enlevée pour devenir la nouvelle génération de prostituées de Boston. Enfermée dans la cave d’un hangar avant d’être mise aux enchères. Et prisonnière dans ma villa pour devenir ma promise…
Je détourne le regard à l’entente de ses mots, ils me blessent, me répugnent. Qu’est-ce qu’il m’a pris de le suivre sans savoir qui il était vraiment ? Aurais-je dû passer outre les mensonges de Côme ? Je me retourne et scrute la vaste chambre avant de comprendre que je ne peux pas sauter du cinquième étage, ma fille dans les bras…
C’est du suicide. Je suis faite comme un rat.
— Tu n’es qu’un pervers narcissique Dareios. Un vrai monstre !
— Oh non, détrompe-toi bébé… lance-t-il en s’approchant de moi. Je suis extrêmement possessif et quand quelque chose m’appartient je ne sais pas le partager.
Comment peut-on considérer une personne comme acquise ? À l’entendre, je suis une poupée de chiffon avec qui il peut jouer à sa guise.
— Alors je ne suis qu’une petite chose à tes yeux ? Un vulgaire objet que tu manipules au gré de tes envies ? l’interrogé-je en le regardant droit dans les yeux. Tu as besoin de consulter !
Soudain son regard redevient clair. Il fixe chaque partie de mon visage après s’être frictionné les tempes du bout des doigts.
— Bien sûr que non. Tu… tu es ma femme… avoue-t-il. MA FEMME. Et oui je suis malade, car tu m’appartiens. Ça a déjà été très difficile pour moi de te savoir à l’autre bout du pays sans mes hommes autour de toi pour veiller au grain, alors accepte et essaie de me comprendre.
— C’est donc ça la vie que tu me promets ? Être la femme d’un homme jaloux, excessivement amoureux, tellement obsédé par mon physique qu’il préfère me soustraire à la vie ? Tu crois que c’est ce que je souhaite, franchement ?
Les sourcils froncés, Dareios masse son front, comme s’il était incommodé.
— Mais sérieux, où est la Amber qui la fermait? Tu n’arrêtes jamais de parler ?
Non mais j’hallucine! Lui qui se dit être amoureux de moi… Comment peut-il me demander de me taire ? Je boue tel un volcan en fusion alors je lui crache:
— Tu te fous vraiment de moi Dareios ? Tu voulais discuter à ce que je sache, tu refusais il y a cinq minutes à peine de me laisser dormir avec Angela et maintenant tu montes sur tes grands chevaux ? Tu es une blague à toi tout seul ! Je ne vois vraiment pas ce que j’ai bien pu te trouver pour rester à tes côtés avant mon traumatisme crânien. Tu es détestable, voire abjecte…
Un silence apparaît entre nous, pourtant, nos souffles irréguliers prouvent à quel point la tension est à son comble. Il me sonde, l’air furieux lui déformant le visage, avant que j’ajoute:
— Puis tu sais quoi ?
Je laisse quelques secondes en suspens pour reprendre ma respiration et calmer les percussions que mon cœur fait contre ma poitrine, avant de lui avouer.
— Je refuse que tu fasses le test de paternité. Tu n’es pas le père d’Angela… et même si l’analyse de sang démontre le contraire, tu ne seras jamais l’homme qui m’accompagnera au quotidien !
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