Dark Hope - T2 - Never in my heart
-Chapitre 26- · Dareios
♪ Hate Myself -NF ♫
Los Angeles
Je sais qu’elle ne dormait pas hier soir quand je me suis couché à ses côtés. J’ai vu qu’il y avait un malaise entre elle et moi après la venue des gars, mais je n’ai pas eu envie de la brusquer. Par contre, ce matin je ne compte pas la lâcher d’une semelle.
Après deux heures à patienter sur une chaise au pied du lit, les mouvements du drap m'indiquent que mon Amazone est sur le point de se réveiller. Je croise les jambes en jouant avec ma chevalière lorsqu’elle se retourne pour scruter la place défaite que j’occupais plus tôt. À son soupir, je jubile. Elle pense certainement que je suis parti mais au moment où elle s'assoit, nos regards se croisent.
— Oh, vous m’a…bégaye-t-elle. Enfin, tu m’as fait peur.
J’arque un sourcil sans lui répondre puis me relève pour m'installer à ses pieds.
— Je vais me brosser les dents, tente-t-elle en voulant sortir du lit.
Mais j’encercle son poignet entre mes doigts, ce qui l’arrête instantanément. Ses joues prennent une teinte rouge et je sais que ce n’est pas la timidité qui en est la cause. Une colère émane de son corps quand je sens ses membres trembler.
— Dareios, vraiment…
— Tu es vraiment mauvaise quand il s’agit de simuler, l’interrompé-je en basculant sur elle.
Son corps retombe sur le matelas, mes cuisses emprisonnant ses hanches.
— Quelle connerie d’être venue, gronde-t-elle comme si ses paroles s’adressaient à elle-même.
Sous ses mouvements que j’immobilise sans ciller, Amber expulse un souffle lourd de sens, me faisant sourire. Quelques mèches brunes lui barrent les yeux jusqu’à ce que je les lui retire.
— Tu ne m’échapperas pas encore une fois, glissé-je à son oreille.
Un râle rauque sort d’entre ses lèvres, que je désire plus que tout. Enfin, elle arrête de gesticuler, s’armant de courage en fixant mon visage imperturbable.
— Je t’écoute à condition que tu libères mes mains, exige-t-elle, me poussant à refermer plus durement mes phalanges sur sa peau.
— Bien essayé, ricané-je froidement. J’aurais pu te faire confiance avant ton accident, mais plus maintenant.
Son étonnement se lit sur ses traits mais je les ignore en reprenant :
— Côme t’a révélé une bonne partie de ce qu'il t'es arrivé et je voulais t’expliquer ce qui s’est passé lorsque tu vivais chez moi, à la demeure Petridis.
J’arrive à capter les battements de son cœur à l’élocution de notre relation.
— Tu étais à la vente sur le marché des prostituées d’Alpha, et un soir où je me suis pointé au Hangar je t’ai reconnue. Je me suis souvenu de cette cicatrice qui m’avait marqué lors de notre première rencontre, lui confié-je, sentant l’agitation naître en moi.
Son regard se pose sur mes lèvres et son corps se tend alors que je poursuis :
— Je ne pouvais pas te laisser là-bas, car j’avais mis des années à tenter de te sortir de cette putain de maison close. Mon père ne cessait de dire que tu n’en valais pas la peine, mais il ne savait pas que plus il insistait, plus il te dénigrait, plus je devenais accro. Tu étais devenue une obsession depuis que j’avais goûté ta peau, embrassé tes lèvres.
Ce que je lui livre semble la faire douter. Amber fronce les sourcils en clignant des paupières à plusieurs reprises. Elle cherche un point d’ancrage, évitant ma présence comme si je n’étais pas digne de son attention. Je l’ai perdue. Elle s’isole dans ses pensées comme si elle cherchait à retrouver une miette de ce qu’elle a vécu auprès de moi.
— Comment nous sommes nous rencontrés ? demande-t-elle alors que je desserre ma poigne.
— La maison close pour laquelle tu travaillais avait mis en scène le dépucelage des plus jeunes filles, avoué-je en rabattant mes bras sur mon corps. Je suis celui avec qui tu as couché pour la première fois…
Sa main vole d’une puissance si inattendue que je n’ai pas le temps de la stopper. Le bruit strident dans mon oreille et l’élancement sur ma joue me figent un instant.
— Tu m’as violée ? s’insurge-t-elle en se redressant.
Malheureusement pour elle, je suis toujours à califourchon sur ses jambes et elle ne peut pas bouger davantage.
— Jamais ! hurlé-je sans reconnaître le son de ma voix. Je n’avais pas le choix non plus tu sais ? Mon père avait dépensé une fortune pour que je couche avec une fille de la maison close et c’est toi que j’ai choisi ce jour-là. Je ne voyais que toi et tes foutus yeux paumés dans la foule.
Je galère à déglutir, pris par l’émotion.
— Je t’ai mise en confiance, parce que tu tremblais comme une feuille en pleine tempête. Nous avons partagé ce moment ensemble. Tu t’es donnée à moi, et je te l’ai rendu au centuple…
Amber inspire longuement en posant sa paume au creux de sa poitrine.
— Pourquoi me dire tout ça ? me questionne-t-elle d’une voix faible. C’est parce que tu veux me faire du mal ?
— Tu dois savoir qui je suis pour toi, réponds-je en plaçant mes doigts sur les siens. J’ai tout fait pour toi, même si notre cohabitation n’a pas été simple au départ. Seulement, depuis mon accident, j’ai réalisé que tu étais plus importante que cette putain de mafia à laquelle je suis affilié contre mon gré. Mon père était le grand patron, et il fallait bien que quelqu’un reprenne ses rênes lorsqu’il est entré en taule. Impossible que mon frère Ulysse, plus jeune que moi, entre dans ce cercle vicieux et dangereux, alors je me suis imposé comme étant le seul apte pour ce rôle.
Je crochète mes phalanges entre les siennes et la surprise est telle qu’Amber resserre notre lien.
— Tout ce que tu racontes à l’air si vrai, soupire-t-elle, affligée. Pourtant j’ai l’impression que ce n’est pas de moi que tu parles… Pourquoi je ne me souviens de rien ?
Le sanglot qu’elle lâche à la fin de sa phrase me laisse comprendre qu’elle est désespérément perdue et pas prête de recouvrer la mémoire. Alors je me redresse en quittant le lit, lui offrant la possibilité de se lever à son tour. Cependant, quand je me retourne pour la sonder, son corps est paralysé.
— Tu devrais aller te préparer maintenant, lui conseillé-je en prenant la sortie.
Il va falloir que je prenne mon mal en patience avant d’obtenir ne serait-ce qu’une reconnaissance de sa part. Seulement maintenant, j’ai besoin d’avancer.
*
Phoenix
Ces quelques heures de route ont été longues et lourdement silencieuses. Angela dans les bras de l'Amazone sont montées à l’arrière en compagnie de Suzie, alors que Liam est parti avec João et Manson. Ils ont beaucoup hésité à venir, mais je leur ai promis de leur rembourser la perte de chiffre d’affaires. La vieille dame a avoué ne plus avoir pris de congé depuis très longtemps alors Liam a sauté sur l’occasion pour accepter. Quant au détective, il a exigé le montant total de ce que nous avions convenu pour la mission, donc après lui avoir fait le paiement en direct il a pris le premier avion pour New-York.
Le chalet est suffisamment grand et peut accueillir une bonne dizaine de personnes, mais je n’aurais pas pensé qu’en l’espace de trois jours Amber soit devenue aussi distante. Mes amis et l’Indien en ont profité pour sortir dans les clubs de la ville pendant qu’Amber et Suzie passaient leur temps à pouponner.
J’observe discrètement l’Amazone dans le salon, qui tente d’endormir Angela en la berçant dans ses bras. Suzie qui ne se sentait pas bien a décidé de déserter la pièce à vivre après avoir tapoté tendrement la tête d’Amber. À cause de cette vieille peau, je me retrouve à patienter comme un tocard que ma femme daigne bien vouloir me prêter attention. J’avale mon café et manque de m’étouffer lorsqu’elle capte enfin mon regard. Ça fait soixante-douze heures qu’elle n’a pas levé le nez de la petite, comme si elle me fuyait volontairement. Elle finit par me tourner le dos en m’ignorant et c’est à cet instant que je prends mon courage à deux mains et m’avance vers elles.
— Amber… soufflé-je doucement.
Elle fait volte-face et son visage se déforme en une grimace immonde.
— Je suis fatiguée Dareios. Ce n’est pas le moment ! me crache-t-elle à la figure.
Eh bien, elle a l’air sur les nerfs…
— Du calme, que se passe-t-il ?
— Angela ne dort pas bien depuis que nous sommes partis de l’appartement. On lui bouleverse ses habitudes et elle a besoin de rituels. Lors de notre nuit à l’hôtel, elle n’était pas avec moi et je crois qu’elle m’en fait baver, car elle a dû penser que j’allais l’abandonner, sanglote-t-elle tout à coup.
Elle lâche les vannes en s’affalant sur le canapé, resserrant la prise autour de la petite. L’image est troublante, car Amber ne parlait que très peu, ses émotions étaient enfermées au fond d’elle et aujourd’hui cette même femme est tout son contraire. Pourtant, je l’aime profondément malgré son changement de personnalité.
— Donne-moi la petite, lui dis-je en tendant les bras.
Son menton se relève et les larmes sur ses joues brillent. Je meurs pour elle. Étonnée, elle reste un instant la bouche ouverte sans qu’aucun son ne veuille en sortir, alors je m’accroupis à sa hauteur et pose mes paumes contre ses cuisses en les malaxant délicatement.
— Va te reposer pendant que je m’en occupe, lui annoncé-je, me surprenant moi-même.
— Tu t’es déjà occupé d’un enfant Dareios ?
— Euh… Ulysse quand il était petit, enfin quand sa mère me laissait l’approcher…
— C’est non ! s’énerve-t-elle. Je ne peux pas te laisser Angela et prendre le risque que tu fasses une bêtise. Je dormirai quand elle voudra bien me laisser faire une nuit de huit heures…
Je soupire en plissant les yeux et la menace silencieusement. Ça ne peut pas continuer ainsi alors je me redresse, j’attrape la petite dans mes bras sans qu’Amber ne réalise ce que je viens de faire, puis me dirige vers la terrasse. Mes acolytes sont partis plus tôt pour se promener dans la forêt alors je m’installe sur un fauteuil, Angela blottie contre mon buste. L’Amazone déboule furieuse en me hurlant dessus.
— Arrête de faire n’importe quoi, Angela n’est pas un objet avec lequel on peut s’amuser cinq minutes. Elle est fragile et a besoin de moi.
Amber tente de la récupérer, mais je refuse de la lui rendre.
— Va te coucher sur le canapé ou dans ton lit. Repose-toi ! lui ordonné-je le ton grave. Si j’ai un souci je viendrai te réveiller, ne t’inquiète pas.
Son visage est toujours empli de larmes, ce qui me brise le cœur, seulement je tiens tête même si je ne suis pas dans mon élément un bébé dans les bras.
— D’accord… mais promets-moi que s’il y a quoi que ce soit tu viendras me chercher…
Je lui lance un regard noir en lui soufflant :
— Je te le jure, murmuré-je, l'air menaçant sur le visage.
Aussitôt dit, aussitôt fait. Amber déguerpit sans se retourner. Les poches sous ses yeux sont tellement foncées qu’elle ne pouvait pas faire autrement qu’accepter mes directives. Je souffle une fois qu’elle disparaît de mon champ de vision et me met à contempler la beauté que je cajole, comme je le ferais avec le plus beau cadeau de la terre.
Mon cœur s’emplit d’émotion quand Angela gazouille et gesticule contre moi. Ses mains attrapent mon index et la chevalière en or semble lui plaire. Elle resserre ses doigts autour du mien puis le ramène à sa bouche pour le téter. Le bruit de succion m’apaise et à cet instant je la découvre détendue, les yeux clos. Le chant d’un oiseau caché dans un sapin pour seule mélodie, je continue de la bercer. Je ne sais à quel moment je m’endors, mais je suis plongé dans un tel bien être qu’il était impossible pour moi de lutter.
∞
— Chut… regarde, entends-je soudainement.
— Trop mignon, ajoute une voix familière me tirant du sommeil.
— Il est quelle heure ? demandé-je en ouvrant les yeux.
Liam et João sont postés aux pieds du transat, me dévisageant la bouche en cœur. Le soleil couchant m’indique que j’ai dû dormir une bonne partie de l’après-midi.
— Vous avez de vraies têtes de cul les mecs, lancé-je en me redressant.
La petite dort profondément, mon index toujours dans sa bouche.
— Et toi tu as vraiment l’air d’avoir raté ta vocation mon ami, raille Jo.
Nous entrons dans le chalet et découvrons Amber étendue sur le canapé une jambe tombant au sol. Sa joue est écrasée contre le coussin, la bouche ouverte comme si cela faisait un siècle qu’elle n’avait pas réussi à fermer l’œil. Ses sourcils froncent lorsqu’on s’approche doucement d’elle alors j’invite les gars à me suivre dans la cuisine. Liam ouvre le réfrigérateur en attrapant des bières qu’il nous tend à Jo et moi. Paralysé par le poids plume que je porte encore, je refuse d’un hochement de tête. Après nous être installés à table, j’écoute le récit de leur aventure dans la forêt. Ces deux-là se sont bien trouvés, car en l’espace de trois jours je n’ai fait qu’entendre leur rire.
— Il est où Manson ? demandé-je à Jo.
— Je crois qu’il est allé rejoindre sa dulcinée à l’hôtel. Nous avons rencontré quelques nanas sympas dans un bar, un groupe de copines, mais Liam et moi n’avons pas eu de crush alors que Manson lui, a passé la soirée à dévorer une blondinette des yeux.
J’éclate de rire, reconnaissant mon bras droit dans la description que me fait Jo. Liam et l’entraîneur stoppent leur échange en regardant au-dessus de mon épaule. Le point qu’ils fixent semble être un danger à tout rompre alors je me tends et retire délicatement mon doigt de la bouche d’Angela. Je tourne simplement le visage et découvre une Amber debout juste derrière moi. Ses cheveux habituellement raides sont coiffés en broussaille. J’étouffe un rire pour ne pas la vexer, mais l’image est hilarante. Ses yeux à demi clos ne regardent qu’Angela, lovée contre mon torse et je souris comprenant qu’elle est rassurée et reposée.
— Tout s’est bien passé ? me questionne-t-elle étonnée.
— Nous avons dormi tous les deux sur la terrasse. Elle a pris en otage mon doigt pour le sucer ce qui l’a aussitôt endormie, lui dis-je en montrant mon doigt fripé par la bave de la petite.
— Elle ne dort jamais avec une tétine d’habitude. J’ai dû jeter celles que j’avais achetées à sa naissance, car elle n’en voulait pas.
Amber s’avance et récupère la petite qui se réveille avec difficulté de sa longue sieste.
— Merci Dareios. Je reconnais qu’il faut parfois me secouer pour que je réalise qu’il me faut du temps pour moi. Il me manque énormément d’heures de sommeil, avoue-t-elle doucement dans mon oreille. Je dois déléguer un peu Angela, car sinon je vais finir par m’écrouler.
Je n’ai pas conscience de ce que c’est d’avoir un enfant, mais je ne demande qu’à être le père dont a besoin Angela, et s’il faut que je prenne le relais, je le ferai.
— Ce soir si mamie se porte mieux, accepterais-tu de sortir loin d’ici pour passer un moment ensemble, car je pense que nous devons avoir cette conversation que l’on attend tous les deux avec impatience…
J’acquiesce d’un simple mouvement de la tête. Je ne sais pas ce que nous allons devenir, ni quel sera le point final de ce nouveau départ. Jamais je n’aurais imaginé à quel point sa présence me porte vers le haut et encore plus depuis qu’Angela est arrivée dans ma vie. Ce petit être, aussi fragile soit-il, comble une partie de moi qui était profondément cachée, enfouie bien plus loin que mon âme laissait paraître. Est-il possible que mon cœur se soit agrandi depuis la découverte d’Angela ? Car l’amour que j’ai pour Amber est déjà important, il prenait déjà tout l’espace inanimé, mais je n’arrive pas à concevoir le fait que mon organe vital soit divisible. Non ! Il grossit d’amour pour ces deux êtres qui ne le savent pas encore.
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