Dark Hope - T2 - Never in my heart
-Chapitre 4- · Dareios
♪ Fever - Dua Lipa ft Angèle ♫
Los Angeles
Je suis comme un idiot, assis sur le banc d’un parc, en face du salon de tatouage où Amber est entrée il y a plus de 4 heures. La vitrine à contre-jour m’empêche de voir ce qui se passe à l’intérieur de la boutique. Quelques clients entrent et sortent depuis que j’attends ici et je ronge mon frein pour ne pas débouler dedans et la traîner jusqu’à l’hôtel avec moi.
Je subis le manque, tel un putain de toxico et je savais clairement que ce plan ne serait pas une bonne idée. Je me demande si je ne devrais pas laisser tomber l’envie de découvrir qui est l’homme qui vit avec elle et de connaître les tenants et les aboutissants de cette disparition.
Je me lève du banc et me dégourdis les jambes sur le chemin de gravier. Je donne des coups de pied dans les cailloux qui ricochent au sol, tout comme mes putains de pensées se bousculant dans la tête. Le vibreur de mon téléphone me sort de ma rêverie.
— Tu en es où ? me demande Manson.
— Je patiente dans le parc en face du tattoo shop, pourquoi ?
— As-tu d’autres informations ?
— Non, murmuré-je dépité en secouant la tête. Je ne pense pas réussir à tenir le coup encore longtemps.
— Tu veux qu’on se rejoigne pour boire un verre ? lance-t-il penaud. Je peux être là dans cinq minutes.
— Ok… soufflé-je exténué.
∞
Je me dirige vers le restaurant accolé au tattoo shop et demande une table. J’ai besoin de force, car j’ai bien peur de finir par craquer. Manson passe la porte d’entrée et s’installe en face de moi l’instant suivant.
— J’imagine que c’est dur pour toi Dareios. Mais sache que nous sommes là pour te soutenir donc ce n’est pas le moment de lâcher prise. On est proche du but, ok ?
— Comment s’est passée votre matinée ? le questionné-je pour changer de sujet.
— Écoute, on a réussi à le suivre facilement et n’avons rien à signaler pour l’instant. Carter m’a confié qu’il n’avait pas l’air d’avoir de travail et que ses déplacements ne sont jamais les mêmes. Il se demande s’il ne serait pas trafiquant de drogue et qu’il produirait directement sa marchandise de chez lui.
— Que ferait Amber avec un narcotrafiquant ? m’étonné-je.
— Je n’en sais strictement rien. Surtout qu’on essaie de trouver un lien avec toi depuis tout à l’heure, mais il n’y en a pas. Tu ne deales pas et à part chez les Gréco-Américain de Boston, tu n’as plus vraiment d’ennemi puisque tu les liquides directement dès qu’il y a un quelconque conflit.
— Tu penses qu’elle aurait fui d’elle-même, avec l’aide d’un type comme lui ?
— C’est ce que Carter pense oui... que ce type était un client de l’Odyssée et qu'il serait venu la chercher chez toi. Peut-être qu’Alpha lui a donné ton adresse et des informations, comme par exemple ta venue à la soirée des fiançailles.
— Ça ne colle pas Manson… tu m’as toi-même dit qu’Amber se serait défendue. Le sol était rempli de sang…
— Je suis du même avis que toi, mais ce que je t’annonce n’est qu’une des nombreuses suppositions qu’on essaie d’établir. Cette version reste la plus plausible.
∞
Après avoir siroté trois whiskys en trinquant pour Carter et la bienveillance de Jo, nous sortons. J’ai changé de tenue dans les toilettes du restaurant pour éviter tout soupçon. Carter m’a précisé qu’Amber devait finir vers 18h00 et qu’elle avait son cours de nuit ce soir, alors je prends les devants en y allant directement après avoir quitté Manson. Je porte désormais un jogging noir ce qui me décide à courir dans le quartier de l’école, en trottinant lentement pour ne pas m’essouffler. L’alcool qui coule dans mes veines m’a autant fait de bien que de mal. Je suis dans les nuages, les jambes en coton.
Amber traverse le passage piéton après mon troisième tour du bâtiment, alors je ralentis pour admirer les derniers rayons de soleil qui apparaissent dans son dos. Tel un ange, elle décroche son portable et le son de sa voix m’interrompt dans ma course.
Elle parle sans difficulté…
Quelque chose glisse de ma poche tandis que j’avance inconsciemment dans sa direction. Nos yeux s’accrochent un instant et je n’arrive pas à baisser le regard, mourant d’envie de la prendre dans mes bras.
— Attends chéri, dit-elle en parlant au téléphone.
Chéri ? A qui parle-t-elle ?
Elle me sourit en continuant notre échange silencieux.
— Monsieur, vous avez fait tomber votre portable.
Monsieur ?
Elle se penche, attrape l’appareil au sol et me le tend. Mon cœur se brise et la bile remontant dans ma gorge me brûle.
Elle ne me reconnait pas ?
— C’est bien le vôtre ?
Je baisse enfin le nez sur l’objet et l’attrape du bout des doigts. Nos peaux s’effleurent une seconde lorsqu’elle reprend son appel en reculant…
— Non, juste un monsieur qui avait fait tomber son téléphone par terre. Il doit être sourd, car il ne m’a pas répondu. Je rentre vers dix-neuf heures quarante-cinq, d’accord ? Oui je ferai attention, promis.
…
Elle entre dans l’école en trottinant sans se retourner, sans un dernier regard pour moi et me laisse seul, pantelant. Mon corps devient si lourd que mes jambes lâchent d’un coup et je retombe au sol, à genoux. Un frisson parcourt l’intégralité de ma peau et les vannes s’ouvrent. Je m’effondre en larmes, sur le trottoir, maintenant fermement ma poitrine douloureuse. Me suis-je trompé ? Peut-être que ce n’est pas Amber ?
Impossible ! Les cicatrices qu’elle possède sur la tempe et la gorge sont identiques à celles de ma femme. Elle ne m’a pas reconnu. Ses yeux ne semblaient ni inquiets, ni surpris comme elle aurait dû réagir. Mais non, rien, aucune interaction entre nous, seulement moi envers elle.
Le choc.
Brusquement, je me relève et balance mon portable sur la route qui explose dans un bruit fracassant, comme mon cœur à cet instant. J’évacue la rage en moi, hurlant bruyamment. Ma voix résonne dans la rue, provoquant un écho perçant dans ma tête. Je m’époumone quand mon dos se courbe du poids horrible qui pèse sur mon cœur. La panique me guette. Un début de crise se prépare, lorsqu’une pointe transperce mon thorax, une douleur aiguë freinant ma respiration. Les gouttes salées dévalent mon visage sans réussir à arrêter leurs chutes dévastatrices. Je veux rentrer dans ce bâtiment, la retourner face à moi et lui demander ce qu’elle peut bien foutre ici. Mais je ne le fais pas, préférant partir en courant dans la direction opposée, puisant dans le peu de force qui me reste pour retrouver l’hôtel.
Après de longues minutes de course, je déboule dans la chambre du détective, dégoulinant de sueur.
— On la récupère et on se barre, lancé-je entre deux respirations.
— Eh du calme ! Que vous arrive-t-il Dareios ?
— Fermez là. Je vous dis qu’il nous faut un plan. Je veux qu’on la récupère et on rentre à Boston. J’en n’ai plus rien à foutre de savoir qui est le connard qui me l’a enlevée. Je vais faire en sorte qu’il ne la trouve plus. Si on doit déménager sur un autre continent, nous le ferons, si je dois changer d’identité, je le ferai…
— Calmez-vous je vous dis et respirez, dit-il en s’avançant lentement vers moi. Expliquez-moi ce qui s’est passé Dareios.
La fièvre qui m’a possédé plus tôt n’est pas encore retombée, alors mon poing percute le miroir de son dressing. L’épiderme de ma main se déchire pendant que le sang coule de mes phalanges.
— Elle m’a regardé putain ! elle a récupéré le portable qui avait glissé de ma poche, me l’a tendu CARTER, hurlé-je du fond de mes entrailles. Elle m’a parlé, elle m’a souri, mais elle n’avait aucune émotion. J’ai bien vu qu’elle ne m’avait pas reconnu. Je n’ai pas su quoi faire, alors elle est partie…
Je suis démoli de l’intérieur, détruit comme un château de cartes durement monté qui s’écroule. Mes organes vitaux se broient lorsque je retombe au sol. Je n’arrive plus à stopper l’émotion qui me submerge. La souffrance est insoutenable.
— Je ne peux pas faire ça monsieur Petridis. Nous devons trouver les réponses aux questions qui vous rongent depuis deux mois. Soyez patient s’il vous plaît, murmure Carter en s’accroupissant à ma hauteur. Faites-moi confiance.
Manson et Jo débarquent dans la pièce, constatant les dégâts causés par mon pétage de plomb.
∞
Cinq longues journées à récupérer de ma colère. Carter m’a enfermé dans la chambre d’hôtel pour que je réfléchisse à ma vengeance, mais je veux en finir avec ces conneries. Je compte récupérer Amber malgré le fait qu’elle ne m’ait pas reconnu. Peut-être ai-je changé physiquement plus que je ne le crois…
João m’a fait évacuer la haine qui a ressurgi en moi quelques jours plus tôt, dans la salle de sport de l’hôtel. Ça m’a fait un bien fou, malgré les tiraillements de mes cicatrices à la poitrine. Nous avons utilisé tous les appareils présents dans la pièce, mais je me suis concentré sur le sac de boxe. Mes poings ont frappé violemment le cuir, rouvrant mes plaies. La douleur n’est qu’une illusion. Rien n’est comparable à la souffrance que j’ai vécue ce jour-là face à l’ignorance d’Amber.
— Allez, va à la douche et on sort boire un verre, m’annonce l’entraîneur souriant.
— Carter ne m’autorise pas à sortir, et tu le sais très bien.
Il hausse les épaules et je discerne qu’il n’en pense pas moins. Mon ami me connaît, il se doute bien que je ne peux plus rester dans cet état.
— Et depuis quand Dareios écoute les ordres de qui que ce soit ?
Il a raison.
Je suis comme un lion en cage ici, en attendant le coup de grâce. C’est moi qui paie le détective pour son travail alors si je veux retourner sur le terrain, j’irai.
— On se rejoint dans vingt minutes en bas.
∞
Nous nous installons au bar de l’hôtel après un passage éclair dans nos chambres et commandons directement nos boissons au comptoir. Le regard perdu sur les bouteilles devant moi, Jo me sort du brouillard en lançant une conversation.
— Que voudrais-tu faire alors ? Tu veux qu’on essaie de l’enlever ?
— Je n’en sais trop rien à vrai dire. Je veux la récupérer coûte que coûte… mais à quel prix ? On ne sait pas qui est derrière tout ça, alors autant aller jusqu’au bout.
— Et si elle est partie seule ? Tu as songé au fait qu’elle a peut-être manigancé son évasion ?
— Oui. Je crois avoir fait le tour de toutes les éventualités, avoué-je en avalant le liquide ambré d’une traite.
Jo grimace face à la rapidité avec laquelle je descends l’alcool. Tant pis, j’en ai besoin. Je crois avoir besoin de brûler mes idées néfastes ainsi qu’éteindre le feu qui a pris place en moi. On soigne le mal par le mal, de toute manière je ne sais pas gérer cette situation autrement.
— Et tu comptes faire quoi au type qui vit avec elle ? m’interroge le Brésilien.
— Tu veux réellement que je t'explique, Jo ? Car je ne pense pas que tu aies le cœur assez accroché pour savoir ce qui peut se passer dans ma tête lorsque je pense à ce bâtard.
Il réfléchit rapidement et secoue la tête en baissant le visage sur nos verres, tandis que le barman resserre le mien, vide. João n’a pas le sang mafieux qui coule dans ses veines, et encore moins une âme diabolique en lui. Je sais que nous sommes amis, mais il ne comprendrait pas la rage qui brûle dans mes entrailles. Cette haine qui m’oppresse tellement et qui me pousse à la retrouver.
— Je dois sortir, lâché-je après avoir bu le second whisky.
— Où vas-tu ? Je viens avec toi !
Je me retourne et le pointe du doigt.
— Oh non ! Toi tu restes là, j’ai besoin de prendre l’air. Je n’ai pas besoin d’une baby-sitter.
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