Dark Hope - T2 - Never in my heart
- Chapitre 21 - · Dareios
♪ Without Me - Halsey ♫
Los Angeles
Comment vais-je calmer le démon qui a pris possession de mes faits et gestes ?
Je claque la porte en vérifiant que le verrou est bien fermé. Il est impossible pour moi de l’affronter encore une minute de plus, avant que mes paroles finissent par dépasser mes pensées. Je pourrai dire des choses que je regretterai la seconde suivante.
Elle doute encore de moi, luttant contre la possibilité que je sois le père d’Angela. Je sais que je suis son géniteur, c’est indéniable. Au-delà du fait que nos iris soient similaires, il y a également le fait qu’elle soit née il y a un peu plus de deux mois, ce qui veut clairement dire que la conception a été faite il y a environs une année… ce qui concorde parfaitement avec la période où elle était à mes côtés, à la villa. Amber a certainement dû tomber enceinte lors de ses premières semaines de captivité, lors de nos premiers rapports…
Je descends en trombe les cinq étages qui me séparent du rez-de-chaussée et termine ma course sur le trottoir devant l’hôtel. J’aspire tout l’air qui daigne bien vouloir combler le vide en moi en me dirigeant vers la boutique de Liam. Cet amérindien pourra peut-être m’aider à canaliser la boule de nerf qu’est devenue Amber depuis qu’elle vit ici. J’ai longtemps souhaité qu’elle reprenne l’usage de la parole, mais aujourd’hui je regrette fortement ce désir. Entre sa répartie et son impulsivité, je crois que je n’étais pas préparé à rencontrer cette nouvelle femme. Mes pas me guident jusqu’à l’entrée du tattoo shop et entre sans attendre.
— Bonjour, annonce la voix enjouée du patron d’Amber.
— On doit parler ! clamé-je en dévisageant Liam.
— Oh… salut Dareios, bien sûr suis-moi. Mon prochain client n’arrive pas avant une demi-heure. Je te sers un café ?
— Un scotch tu as ? demandé-je en espérant secrètement qu’il cache quelque part une petite fiole de cet alcool ambré qui apaise mes douleurs.
Liam se retourne vers moi étonné.
— Euh… je n’ai pas d’alcool ici mec… je ne picole pas au taf !
Il comprend mon énervement par mes soupirs à répétition.
— Que se passe-t-il ?
— Je ne la reconnais pas… murmuré-je en m’asseyant sur un fauteuil en cuir. Comment est-elle devenue si indisciplinée ?
— Indisciplinée ? demande-t-il. Mais tu es retourné la voir alors ?
— Amber n’a jamais été aussi insolente. Alpha l'aurait battue s’il avait été à ma place tout à l’heure.
Liam déglutit en écarquillant les yeux quand je réalise qu’il est tellement à l’opposé de mon monde. Les personnes n’était pas bercé dès la naissance dans notre univers ne peuvent pas comprendre qu’un tel affront peut rendre un mafieux incontrôlable.
– Elle a fui son appartement ce matin, continué-je en me frottant le visage. Je l’ai retrouvée en pleine rue, en pleurs, vêtue simplement d’un pyjama informe. L’autre bouffon lui courait après alors qu’elle essayait de l’éviter…
— Merde ! s’énerve-t-il en frappant du pied au sol. Il lui a fait du mal ? C’est pour cette raison qu’elle n’est pas venue travailler…
— Non… j’en sais rien… enfin pas à ma connaissance… elle était juste très en colère contre lui, alors je l’ai affronté en retournant chez eux pour avoir une conversation. Côme a avoué avoir menti puis c’est parti en couille… Amber ne mérite pas de voir encore quelqu’un mourir sous ses yeux… Angela non plus…
Liam n’a pas bougé d’un pouce depuis que je suis dans son shop. Il affiche une mine déconfite suite à mes révélations et je comprends qu’il est autant perdu que la femme que j’aime. Je ferme les yeux et le voile d’obscurité m’apaise un tant soit peu, mais la respiration saccadée de Liam fait accélérer ma fréquence cardiaque. Soudain une douleur vive me prend à la poitrine et je commence petit à petit à suffoquer. Mes poumons refusent d’absorber l’air de la pièce comme si ça coûtait à mon corps de l’alimenter. J’étouffe lentement en me redressant, les mains plaquées contre mon thorax.
— Hey ! hurle Liam affolé.
Mes jambes flageolent puis mon buste bascule en avant. Un bruit sourd retentit lorsque mon corps atterrit par terre. Ma pommette claque la première dans la chute, mais la souffrance n’est pas comparable à celle qui brûle dans ma poitrine. Mes paupières battent rapidement lorsque Liam retourne mon corps face à lui.
— Dareios… putain tu me fais quoi là ? s’inquiète-t-il.
Ses mains se posent sur ma cage thoracique sans trop savoir quoi faire. Il appuie fermement une fois, deux fois, trois fois jusqu’à ce qu’un filet d’air pénètre dans ma trachée. Une buée se dégage lentement de mes yeux laissant apparaître l’Amérindien troublé au-dessus de moi.
— Ça va ? demande-t-il essoufflé.
— Je crois… chuchoté-je faiblement.
Je ne comprends pas ce qui vient de se passer. Le martèlement intense de mon cœur s’est emballé en me paralysant et m’asphyxiant instantanément.
— C’est sûrement dû au choc émotionnel, soupire Liam. Tu sembles être très sanguin Dareios, tu devrais peut-être trouver quelque chose pour te détendre un peu. Tes nerfs te lâchent, c’est compréhensible avec les retrouvailles piquantes que tu viens de faire. Un verre d’eau ?
Je hoche la tête et me relève en tâtonnant du bout des doigts les meubles de la pièce pour me réinstaller sur le fauteuil. Mes phalanges frottent la peau de ma joue découvrant une grosseur. La collision de mon visage contre le carrelage me laissera une trace ou une bosse demain matin. Une fois l’eau avalée, Liam s’assied devant moi sur une chaise en bois.
— Qu’est-ce que tu veux ? grogné-je.
— Tu vas m’expliquer exactement la raison de ta venue ? demande-t-il la mine crispée.
— J’avais besoin de prendre l’air. Amber m’a fait sortir de mes gonds alors je l’ai laissée elle et Angela à l’hôtel avant de péter les plombs sur place.
L’Améridien ne me quitte pas des yeux, hésitant à poser certaines questions.
— Nay… euh, Amber pardon, que fait-elle à l’hôtel avec toi ?
— Elles ne pouvaient pas rester avec lui, putain ! Il a admis avoir kidnappé Amber chez moi, il lui a menti depuis le début puis il n’est pas le père d’Angela…
Je réalise en parlant de la petite que je me suis approprié le rôle de père et qu’Amber est la mère de mon enfant. Je pense avoir vécu trop d’événements en peu de jours pour comprendre ce qui se passe réellement aujourd’hui, ce qui expliquerait pourquoi mon cœur s’est emballé. Il me faut faire ce foutu test de paternité pour prouver à l’Amazone que ce bébé à la moitié de mon ADN en elle.
— Putain ça me fait tellement drôle de me dire que j’ai une fille et encore plus de l’appeler par le nom de la femme qui m’a soutenu lors des pires moments que j’ai vécu depuis petit.
Liam se ronge la peau du pouce puis redresse les épaules violemment en criant.
— Quel connard ! s’indigne-t-il. Il ne vaut mieux pas pour lui que je le croise à Los Angeles sinon il va morfler…
Le patron d’Amber est encore bloqué sur ce qu’a pu faire Côme. Je comprends sa rage, semblable à la mienne, mais il faut désormais avancer et voir le positif, elle est enfin à mes côtés.
— Je sais… et tu ne peux pas imaginer à quel point j’ai envie qu’il souffre moi aussi, avoué-je à mon tour en gardant mon calme pour ne pas que mon cœur s’emballe encore. Il ne peut pas savoir le mal qu’il m’a fait en me la retirant et en me privant de sa présence. Il mériterait de se prendre la foudre de Zeus, mais je pense que le départ précipité d’Amber va lui faire mordre la poussière un certain temps. Je crois qu’il a compris ce qui l’attend s’il songe à réitérer son geste parce que sincèrement, s’il décide à nouveau de se frotter à moi je n’aurai plus aucune pitié !
— Qu’allez-vous faire maintenant ?
— Nous allons rentrer chez nous à Boston, déclaré-je.
— Et sa vie ici, tu y as pensé ? Elle est prête à tout quitter ? demande-t-il subitement comme s’il était indispensable auprès d’elle.
— Sa vie est à mes côtés Liam… répliqué-je avant qu’il me coupe.
— Dareios… murmure-t-il en s’approchant du fauteuil sur lequel je suis assis. Tu ne peux pas l’enlever à nouveau, elle a ses repères à Los Angeles. Ma grand-mère et moi sommes devenus le semblant de famille qu’elle n’a jamais eu. Elle a ses habitudes, son travail au shop et si tu réfléchis bien, rien ne sera sain entre vous si tu l’éloignes du peu de vie qu’elle a construite ici.
Mon palpitant s’emballe encore une fois et j’inspire longuement pour ne pas réitérer une nouvelle crise. La sincérité de Liam me fait comprendre à quel point ce doit être compliqué pour elle de devoir tout reprendre à zéro. Elle a tellement souffert depuis son arrivée à Boston…
— Recommencer encore doit être difficile, surtout pour elle qui n’a toujours pas récupéré un brin de mémoire. Pourquoi ne t’installerais-tu pas sur la côte ouest ? Tu sais, le temps que vous réappreniez à vous connaître, lui laisser le temps de digérer la situation. Je pense sincèrement qu’elle arrivera à se souvenir de toi, mais je ne crois pas que de la retirer brutalement de sa nouvelle vie l’aidera à repartir du bon pied. Puis Naya a son petit caractère…
— Oh, ne t’en fais pas pour ça, j’ai eu l’occasion de faire connaissance avec cette petite peste oui ! raillé-je en me rappelant l’altercation dans la chambre d’hôtel.
Liam s’accroupit devant moi et continue sur sa lancée.
— Je ne sais pas comment était la jeune femme que tu as connue, mais celle que je côtoie chaque jour est une véritable boule de nerf et d’amour, me confie-t-il. Je la considère comme la sœur que je n’ai malheureusement pas pu avoir. Ne le prend pas mal mec, mais cette femme est une pépite, un diamant qui mérite d’être manipulé avec beaucoup de douceur et de précaution. Je ne te connais pas, mais je vois dans ton regard ce que je n’ai pas réussi à déceler dans celui de Côme et je comprends bien à quel point tu tiens à elle.
Une gêne s’installe au fond de ma gorge m’obligeant à toussoter. L’émotion monte en flèche et mon corps s’affaiblit lorsque j’entends ce que m’avoue Liam.
Je l’aime.
Je l’aime tellement que ça en est douloureux. Douloureusement bon. Je n’arrive pas à canaliser mon âme lorsque je réalise ce qu’elle a vécu ces derniers mois. Je préfère effacer de ma mémoire ce qu’elle a pu vivre auprès de Côme, car si je venais à y penser, je ne répondrais plus de moi. Je ferme les yeux en contrôlant ma respiration, évitant au maximum de faire de nouveau un malaise.
— Alors si je peux te donner un conseil Dareios, apprivoise cette nouvelle femme, prends la comme elle s’offre à toi, découvre la nouvelle Amber, car elle mérite tellement de bonheur. Angela et elle ont besoin d’un avenir meilleur et à tes côtés elles ne craignent rien. Je me fais surtout beaucoup de soucis pour toi, parce que honnêtement elle va te donner du fil à retordre si tu continues sur cette voie.
— Je vais voir ce que je peux faire dans ces cas-là… J’entends ce que tu me dis et je pense que j’aurai besoin de toi à mes côtés pour m’aider dans ces moments-là.
— Avec plaisir.
Une idée se fraie un chemin jusqu’à ma tête, qui pourra m’être utile si jamais je dois retourner urgemment à Boston. Je dois convaincre Amber de m’écouter, de me faire confiance et de me laisser faire pour l’aider à aller de l’avant.
— Comment puis-je la convaincre de faire le test de paternité à Angela ? demandé-je en le regardant franchement dans les yeux.
— Laissez-vous le temps. Amber est curieuse donc je suis sûr qu’elle voudra tôt ou tard connaître la vérité sur ta personne et l’identité du père de sa fille.
Le téléphone portable de l’Amérindien se met à sonner dans sa poche et il le porte à son oreille.
— Mamie ?
— …
— Quoi ? Attends, calme-toi s’il te plait.
— …
Cet appel ne me dit rien qui vaille.
— Mais pour quelle raison ? demande-t-il en redressant les yeux sur moi.
— …
— Non, attendez ne faites pas de connerie ! s’énerve-t-il d’un coup.
— …
Liam commence à faire des allers-retours devant moi en me toisant furtivement. Il paraît agité par ce que lui dit son interlocuteur et je me demande quelle est la nature de cet appel. Je capte facilement son angoisse par ses gestes désordonnés, ce qui ne présage rien de bon.
— Mamie, je ne peux pas vous rejoindre, j’ai encore un client qui doit arriver. Arrête de suite tes grands discours !
— …
— Il y a une erreur, je pense. Alors explique-lui que je vous rejoindrai à la fermeture et qu’elle cesse de faire des siennes…. Je t’en prie, dis-lui qu’on en reparlera plus tard.
Ne me dites pas que…
— …
— Fuir le pays ? rit-il avant de reprendre. Je crois que vous vous êtes crues dans un film hollywoodien les filles. Allez, buvez une infusion ou un sex on the beach pour vous apaiser un peu et d’ici une bonne heure je serai là.
Lorsqu’il raccroche, je l’interroge du regard et le tatoueur prend le temps d’inspirer longuement.
— Tu m’écoutes sagement Dareios et tu respires s’il te plait, lâche-t-il en plaçant ses mains devant lui.
— Qu’est-ce qu’il se passe ? demandé-je soucieux.
— Nay… Amber est avec ma grand-mère à cet instant. Elle a réussi à quitter votre chambre.
Je me relève si brusquement que le fauteuil sur lequel j’étais assis racle au sol. Un voile rouge s’installe dans mes yeux et je crains que mon cœur ne tienne pas le choc face à ce qu’il va me dire.
— En ce moment, elles sont en train d’établir un plan pour fuir l’Amérique annonce-t-il. Pour échapper à tes griffes aiguisées. Mais je te rassure Mamie Suzie est une vieille dame sans défense, elle ne représente aucun danger.
Pourtant je suis loin d’être rassuré face à ses propos. Que vais-je bien pouvoir faire d’Amber ? Elle ne semble pas prête à m’offrir sa confiance et je sais très bien sur quoi j’ai pu merder tout à l’heure. Le problème est exactement le même que lorsqu’elle vivait avec moi, mais changer ma conception du couple est difficile.
— Nous irons les retrouver lorsque j’aurai terminé mon prochain client.
La nouvelle Amber va finir par me tuer si elle continue dans cette voie.
OceanofPDF.com