Dark Hope - T2 - Never in my heart
-Chapitre 29- · Amber
♪ Now or Never - Halsey ♫
Phoenix
Quelle idée m’a prise de le laisser me déshabiller de la sorte. C’était tellement déstabilisant que je n’ai pas su lui dire d’arrêter. Mon ventre s’est noué lorsqu’il a touché la peau de mes cuisses, de mes hanches.
Quelle idée m’a pris de le suivre dans le lac alors que je n’ai aucun souvenir d’avoir déjà mis un pied dans l’eau. L’obscurité de l’endroit me donne le tournis ainsi que le bruissement du vent ou le chant d’une bestiole en fond sonore. La lune est belle, pleine et blanche pourtant je n’arrive pas à lever la tête pour l’admirer davantage.
Quelle idée m’a pris de soupirer son nom comme je viens de le faire. Il peut autant sous-entendre une crainte comme une forte envie, car dans les deux cas c’est ce qui traîne dans le fond de ma tête. Ses yeux brillent quand il détourne son regard sur moi et son visage est si impassible que je n’arrive pas à déchiffrer ce qui se cache dans ses pensées.
Nous restons liés par nos mains et nos pupilles se déclarent une guerre absolue. Dareios semble attendre un accord de ma part alors je me laisse porter par la légèreté de l’eau et enroule mes bras autour de ses épaules. Son visage est couvert de gouttelettes aussi translucides que ses iris à cet instant et je suis envoûtée par cette connexion qui se fait entre nous aussi naturelle soit-elle. Le mafieux m’attire à lui et resserre mon corps contre le sien en réchauffant ma peau. Je retiens ma respiration puisqu’aucun de nous n’envisage de parler. Je le sens, je le sais. Il n’a plus envie de discuter, il me veut et je crois le vouloir tout autant — si ce n’est plus.
Alors comme au restaurant, je franchis la barrière qui nous sépare et l’embrasse langoureusement. Une boule se forme dans ma poitrine comme si l’apesanteur n’existait plus, comme s’il était mon remède, ma drogue, mon indispensable. Je laisse mon corps agir comme il le souhaite, appréciant chacun de mes mouvements. Il recule dans les profondeurs, laissant seulement nos têtes dépassées de l’eau. Je n’ai pas peur quand je suis dans ses bras. Je me sens bien, comme je ne l’avais jamais été auparavant. Dareios commence à me lâcher et aussitôt mes jambes pataugent, se débattent avec le fond de l’eau.
— Retiens-moi, le supplié-je effrayée.
— Tu sais nager bébé.
Brusquement il s’élance en arrière faisant un bruit de clapotis contre sa peau. Il se laisse porter par l’eau et son visage s’illumine à l’éclat de lune.
Il est beau, attirant, captivant.
Inconsciemment mes bras s’agitent dans l’eau et je ne bois pas la tasse comme j’aurais pu le croire avant qu’il ne s’éloigne. Je m’habitue à la légèreté de mon âme et apprécie clairement cette sensation avant de m’approcher de lui timidement.
— Tu vois, je te l’avais dit que tu savais nager. Tu aimais tellement faire des allers-retours dans ma piscine à Boston.
— Je n’ai pas de souvenir à ce sujet… avoué-je d’un ton plaintif. Je ne sais pas ce que nous devons faire pour retrouver la mémoire…
Le mafieux remet les pieds dans l’eau pour me faire de nouveau face.
— Nous ? demande-t-il les yeux arrondis de surprise.
Un rire incontrôlable s’échappe d’entre mes lèvres.
— Oui… nous.
— Tu acceptes de me laisser une chance ? m’interroge Dareios en se collant à moi.
— Si tu me laisses la liberté dont j’ai besoin et que tu apprends à canaliser ton excessivité et ta jalousie.
Il bécote tendrement ma gorge humide en remontant délicatement ses mains sur mes flancs.
— Je te promets de faire tous les efforts du monde, souffle-t-il à quelques millimètres de ma bouche.
— Tu devras quand même me laisser du temps pour récupérer ma mémoire et ne pas m’en vouloir si elle ne revient pas assez vite.
— Ne t’en fais pas. Je connais des punitions qui te feront remonter ta mémoire à la surface…
Soudain, une crampe s’installe dans mon bas ventre et mon visage semble bouillant, comme si je l’avais enfourné à cent quatre-vingts degrés. Pourquoi l’énonciation d’une éventuelle correction me met dans cet état…
— Qu’entends-tu par punition ? balbutié-je confuse.
— Nous aurons le temps d’en parler. En attendant, on doit retourner au chalet, j’aimerais passer la nuit à tes côtés.
— Il ne se passera rien Dareios. Du moins pas tout de suite…
Je m’aperçois que nous sommes déjà sur le rivage quand mon corps quitte l’eau, blotti contre le torse du mafieux. Ce geste rassurant me conforte dans ma décision de le suivre, bien que je veuille encore lui résister. L’attirance est là, il est impossible de le nier, mais je ne peux pas encore lui donner ma confiance totale, n’ayant pas retrouvé la mémoire.
— C’est ce qu’elles disent toutes, scande-t-il souriant, avant de me reposer au sol. Si tu acceptes de revenir vivre avec moi, j’attendrai le temps qu’il faudra.
— Merci…
— Je vais nous réserver les billets pour Boston demain, annonce-t-il en se rhabillant.
— Co…comment ça ? bégayé-je.
— Nous partons ce week-end pour Los Angeles et à notre retour là-bas nous retournerons directement à Boston !
J’ai du mal à me dire que je vais laisser derrière moi une famille adoptive telle que Mamie et Liam…
— Qu’est-ce qu’il y a Amber ? s’inquiète Dareios en se penchant sur mon corps encore nu et trempé.
— Je ne veux pas les quitter…murmuré-je la voix brisée.
— Alors nous les embarquons avec nous et le tour est joué ! dit-il souriant.
— Tu es sérieux ? Et leurs commerces tu y penses ?
— Je vais déposer une annonce pour la vente de leur entreprise et je prendrai en charge les loyers en attendant qu’ils trouvent des acheteurs. Je connais un très bon tatoueur sur Boston qui cherche régulièrement des employés pour diversifier les styles et quant à la vieille, elle a largement l’âge de prendre sa retraite.
— La vieille ? m’offusqué-je. Comment parles-tu de Suzie ?
— Oh ça va, elle ne s’est pas gênée pour dire ce qu’elle pensait de moi alors que nous ne nous sommes jamais rencontrés avant ça !
Je secoue la tête pour ignorer ses paroles et enfile ma robe qui me colle directement à la peau. Mes cheveux trempés gouttent dans le dos alors je les essore avant d’entrer dans la voiture pour retourner au chalet. Dareios récupère les Hotdogs laissés à l’abandon et sûrement déjà trop froid pour être avalés.
Pendant le trajet, le silence résonne dans l’habitacle, laissant mes pensées divaguer. Tout semble si irréaliste quand on assemble le puzzle qu’est ma vie, pourtant à l’arrivée de Dareios les doutes que j’avais sont devenus formels : il était très important dans ma première vie.
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