Dark Hope - T2 - Never in my heart

Mayiah K. · Chapitre 3 sur 31

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Dark Hope - T2 - Never in my heart

-Chapitre 2- · Dareios

 

♪ Gasoline - Halsey ♫

 

Demeure Petridis — 2 mois plus tard

 

Je rentre enfin chez moi.

Après plusieurs semaines éprouvantes en rééducation, je suis désormais apte à reprendre ma vie là où elle s’était arrêtée. J’ai eu le droit à un interrogatoire de la police à propos de la fusillade. Ils m’ont appris que je n’étais pas le seul à avoir été agressé ce soir-là, d’autres invités ayant également succombé à l’assaut d’Alpha, je n’étais donc pas le seul à avoir été visé. J’étais bien trop dans le brouillard pour que ma déposition ait une valeur alors l’agent m’a demandé de passer le voir au poste de police si jamais des souvenirs refaisaient surface. Sachant pertinemment qu’ils savent qui je suis, je refuse de dénoncer qui que ce soit. Si je dois régler cette situation, je le ferai moi-même, avec mes propres moyens et mes règles.

Je doute désormais avoir encore une place au sein de la mafia Gréco-Américaine de Boston et c’est tant mieux. Sylvio n’a jamais repris contact avec mes hommes et moi. Bien entendu, j'ai certainement été remplacé à la seconde même où Alpha m’a déclaré mort. Je ne sais pas s’ils ont eu écho de ma résurrection, mais je le saurai bien assez tôt. Je pense que l’un d’eux veut ma peau et c’est bien mal connaître Dareios Petridis que de m’exclure de la partie, car je suis le pion gagnant.

Manson m’a rendu visite le lendemain de mon réveil. Il faut dire qu’il était très heureux de me savoir de retour, encore plus de comprendre que j’étais trop faible pour me lever et lui foutre une balle entre les deux yeux. Il m’a expliqué ce qu’il s’était passé le soir des fiançailles, son retour à la villa avec Amber, la venue d’un médecin pour la soigner. Puis son appel auprès des secours, pour qu’ils interviennent au manoir et me sortir de là.

Puis quand j’ai appris la disparition subite d’Amber, j’ai cru que mon cœur allait traverser ma poitrine, déchirant mes entrailles. J’étais bien trop faible pour tout envoyer valser, alors seuls mes hurlements de rage ont résonné dans la chambre. J’ai insulté Manson et ses ancêtres sur plusieurs générations avant de perdre ma voix.

Au départ j’avais du mal à réaliser, je m’en voulais d’avoir eu une confiance aveugle en Manson. Lui qui est comme un frère pour moi, un point d’ancrage et mon bras droit. Mais le pire était le creux béant dans ma poitrine à l’idée qu’Amber soit entre de mauvaises mains. Les coupables sont trop nombreux pour déterminer l’enflure qui m’a enlevé ma femme.

J’avais confié le trésor le plus précieux de ma vie entre les doigts de Manson et j’en ai énormément voulu à mon ami pendant les dernières semaines au centre de rééducation. Mon corps n’était pas apte à le torturer, pourtant j’en mourais d’envie. Je voulais l’achever de ne pas avoir tenu sa promesse, de ne pas avoir pris soin d’elle comme je lui avais demandé. Même si j’envisageais de tout quitter pour aller la récupérer, mon corps ne suivait pas ce que ma tête lui imposait de faire.

Malgré tout, Manson reste l’homme qui m’est le plus fidèle au monde. Il s’est excusé tant de fois, me détaillant ses recherches, ses prises de risques, son harcèlement à l’Odyssée. Pour lui, le seul et unique coupable est Alpha. Mon bras droit l’a menacé, fouillé la maison close, mais n’a jamais mis la main sur Amber. Manson a dépensé une somme folle pour la retrouver, allant jusqu’à soudoyer les hackers de la ville pour récupérer les vidéos des caméras proches de la villa.

Seulement, il ne connaissait pas l’existence de la puce.

Personne ne le savait…

Alors au fond, le souci est moindre puisque je saurai la retrouver quoi qu’il arrive. Étonnant non ? Disons que la seule chose qui m’effraie c’est de savoir qui l’a kidnappée. Je sais formellement que pour fomenter une vengeance envers moi ils ne la tueraient pas. Ils se serviraient d’elle comme appât, pour tenter de me toucher. L’unique solution est de trouver la source. Est-ce un ennemi, un rival, un acolyte ? Seul le temps me le dira.

J’ai contacté le plus célèbre détective de l’État du Massachusetts. Et ayant un sacré avantage, je sais d’ores et déjà que je la localiserai.

Personne ne le sait encore…

— Par où commençons-nous ? me lance Manson lorsque je le rejoins sur la terrasse.

— Carter ne devrait plus tarder.

Mon ami et bras droit me fixe pendant qu’il se lève de sa chaise. Il s’approche, se poste droit devant moi et m’enlace. Je considère Manson comme un frère, bien plus qu’Ulysse en réalité. Son geste me surprend, mais je souris à cette étreinte pourtant si banale.

— Je ne suis pas pédé Manson, lâche-moi.

— Je ne le suis pas non plus, mais te savoir enfin sur pied me soulage. Je ferais quoi sans ma couille molle ?

Nous rions en cœur tandis que je lui tapote gentiment la joue, faisant claquer mes bagues entre elles. Je m’installe à la table en face de lui lorsqu’il lance le sujet principal.

— Vas-tu me dire pourquoi tu n’es pas plus paniqué que ça par rapport à Amber ? J’avais tellement peur de finir égorgé comme un cochon et pendu par les pieds au milieu de nulle part.

— Tu le mérites putain ! dis-je en haussant la voix. Néanmoins je suis aussi coupable en quelque sorte puisque j’ai omis de te parler de la puce GPS qu’Amber possède dans son bras.

Manson fronce les sourcils.

— Je ne voulais en aucun cas que quelqu’un le sache, même pas toi. Imagine s’il y avait une taupe dans le groupe, je n’aurais jamais pu la retrouver. C’est pour cette raison que j’ai contacté Carter, il est détective spécialisé dans les enlèvements comme celui d’Amber. Ce type est un allumé, un fou furieux.

Mon ami sourit, de ce sourire malicieux à la limite du machiavélique. Il est tout aussi dément que moi au final, je reconnais sa folie à la lueur de ses pupilles.

— Amber a rencontré le docteur Suaves quand elle est arrivée chez moi. Elle pensait que la gynécologue allait lui implanter un contraceptif. Sauf que cet implant n’était pas une contraception, mais une puce GPS. J’ai fait envoyer à Carter l’appareil qui permet de détecter sa position par l’une de mes domestiques quelques jours après mon réveil. Il vient donc nous voir pour nous révéler le résultat de ses recherches, annoncé-je, fier de mon coup. J’ai pu être soulagé par téléphone lorsqu’il m’a assuré qu’elle n’était pas morte. La seule information qu’il m’a communiquée est qu’Amber se déplace régulièrement en Californie, à Los Angeles précisément.

Mon pote écarquille les paupières pendant que la sonnette retentit à l’intérieur, alors je me dirige vers le hall pour ouvrir la porte. Mes yeux tombent sur une petite silhouette. Carter étant un homme plutôt court sur patte, mais très robuste, dont le visage est entièrement déformé par la vieillesse. Après plusieurs recherches, je suis tombé sur lui. Ancien S.W.A.T de New-York, Carter s’est reconverti en détective lorsqu’il est devenu inapte. À la retraite, cet homme a décidé de s’allier aux gangs ainsi qu’aux mafias pour gonfler ses revenus. Il est marqué par de nombreuses cicatrices et il cache ses yeux derrière des lunettes aux verres sombres. Je l’invite à entrer du revers de la main. Alors qu’il me sonde sans gêne en me passant devant, il finit par me suivre sur la terrasse et s’installe aux côtés de Manson. Une employée nous dépose des tasses de café fumantes pendant que Carter sort de son sac un ordinateur et une pochette en kraft jaune. Le nom d’Amber est écrit en lettre rouge majuscule.

Mon cœur claque fortement contre ma poitrine, puis la nervosité prend le dessus. Je sors alors une cigarette de mon paquet lorsque Manson lève la main, interrompant mon geste.

— Tu as été sevré pendant plusieurs mois, tu n’en as pas réellement besoin. Pense à ton cœur mon ami, me conseille-t-il.

J’acquiesce et repose le tout devant moi pendant que mon pied tressaute sous la table. Mes dents torturent un chewing-gum à la menthe pendant que mes doigts se resserrent sur le haut de mes cuisses, blanchissant les jointures de mes phalanges.

— Je sais que ça été long pour vous, dit Carter en me regardant. Mais je devais être le plus discret possible pour éviter d’être remarqué auprès de son entourage et vous apporter le maximum de renseignements.

Il tape sur les touches de son ordinateur en continuant de parler.

— Amber vit dans un appartement du centre ancien de Los Angeles, au dernier étage d’un immeuble de deux logements et mène une vie des plus simples.

Il tourne l’écran vers moi tandis que je distingue aisément un point rouge sur un plan.

— Vous voyez, elle est ici. À l’heure où nous parlons, Amber est encore chez elle et c’est pour cette raison que le point ne bouge quasiment pas. Elle devrait partir dans une heure pour se rendre à son travail, annonce-t-il en regardant l’heure sur sa montre.

Son travail ? Mais parlons-nous de la même femme ? Pendant que je me pose une multitude de questions, le détective ouvre la pochette et me tend des photos prises à son insu.

Elle est si belle…

C’est bien elle sur l’image et je constate que ma femme est libre de ses mouvements, de ses choix, comme elle me le demandait quelques jours avant cette soirée catastrophique. J’aperçois une épaisse cicatrice dans son cou, celle que la lame de mon père lui a laissée comme souvenir. Sur le cliché suivant, elle sort d’un commerce en souriant naturellement à l’homme qui lui tient la porte. Inconsciemment, un grognement de jalousie m’échappe. Son visage est rempli de bonheur, me déstabilisant. Je ne pensais pas que la revoir à travers une photo me ferait cet effet. Quelque chose a réellement changé en elle, car son regard fuyant, peureux et triste est devenu incroyablement lumineux. Son teint anciennement terne est éblouissant et elle semble avoir repris quelques kilos qui l’embellissent clairement.

Un remords me prend aux tripes, comprimant ma respiration. L’analyse est stupéfiante, Amber est comblée, épanouie par cette nouvelle vie.

C’est quoi ce délire ! hurle le démon dans mon crâne.

— Elle travaille dans un tattoo shop non loin de chez elle et s’y rend à pied quotidiennement. Je l’ai également suivie dans une école où elle prend des cours du soir. Si mes recherches sont bonnes, elle apprend à écrire et lire avec un groupe de latino. Je n’ai rien trouvé d’alarmant sur les étudiants qu’elle côtoie.

Je me prends un énorme coup de massue sur la tête en apprenant tout ça. Pendant qu’elle est tranquillement en train de vivre sa meilleure vie sur la côte ouest du pays, moi je suis sur la touche. Je redoutais de la voir subir des violences traumatisantes, eh bien je me suis bien trompé.

Je n’en reviens pas.

— Il faut aussi savoir qu’elle vit avec un homme. Je n’ai malheureusement pas réussi à trouver son nom, mais j’enquête encore sur lui. Sachez qu’il semble être très doué pour éviter de laisser des traces sur son passage.

Je redresse mon dos et viens le coller contre le dossier de la chaise à l’entente de cette nouvelle. Mes paupières s’écarquillent alors que mon cœur se brise en morceaux. Cet indispensable qui aurait pu s’éteindre pendant ma convalescence. Cet organe vital m’a trahi, me poussant à la docilité depuis que j’ai posé mes yeux sur l’Amazone. Je déglutis, tant bien que mal et Carter continue.

— Voici les photos de l’homme en question. Il ne paraît pas dangereux si telle est votre question. Il ne présente aucune faille, mais si mon instinct est bon, je peux vous jurer qu’il cache bien son jeu.

Le détective lance de nouveaux clichés sur la table et le verdict est étonnant. Son visage est flou, cependant je visualise facilement ses cheveux bruns tirés en chignon haut, comme le faisait Ulysse. Sa barbe est longue et si broussailleuse qu’une tondeuse rendrait l’âme en essayant de rectifier la coupe. Sur les quatre photos, il porte de foutues lunettes noires sur le nez, restant totalement dans l’anonymat. Son blouson m’intrigue et je doute qu’il appartienne à un club de bikers, puisqu’aucun écusson n’orne son cuir.

— Qui es-tu, connard ? chuchoté-je en froissant le bas de l’image entre mes doigts.

— Tu le connais ? m’interroge Manson.

— J’ai l’impression de l’avoir déjà croisé, oui. Il ressemble à tous les hommes du vingt-et-unième siècle quoi, avec son look de hipster négligé.

Carter se racle la gorge et me demande.

— Veuillez me dire si ces informations vous conviennent Monsieur Petridis ?

Perdu, je scrute les deux hommes en face de moi. Les réponses sont là, mais elles ne me suffisent pas. Le cliché que j’agrippe s’envole rageusement sur la terrasse.

— Je veux en savoir davantage Carter ! Vous connaissez l’histoire de cet enlèvement mieux que personne. Je veux savoir qui l’a kidnappée et surtout la raison ! craché-je en me relevant.

Mes pieds m’entraînent sur le détective et mes vieux démons ressortent. J’empoigne violemment son col et le soulève sans peine. Carter ne bronche pas, laissant comme seul bruit de fond ma respiration hachée et la vision rouge du sang qui me monte à la tête. Je remarque Manson s’agiter sur sa chaise, hésitant à intervenir.

— Écoutez-moi bien Carter. Je veux être sûr qu’Amber n’est pas en danger. Ils ont peut-être manigancé un plan pourri alors nous allons partir ensemble pour en savoir plus sur sa vie là-bas.

Je le repose lentement au sol alors qu’il décide enfin à quitter ses lunettes pour me regarder sans barrière. Le blanc qui comble l’un de ses iris me rebute, tandis que la pupille noire de son œil valide m’observe outrageusement. Son attention ne reflète pas la colère, mais il est simplement compatissant. Il semble avoir pitié de moi.

— Qu’avez-vous à me regarder comme ça ?

— Ce que vous ne comprenez pas monsieur Petridis, c’est que votre petite amie n’a pas l’air d’être malheureuse. Je l’ai suivie pendant plusieurs semaines, j’ai étudié ses postures, son comportement… et il n’y a rien à signaler. Vous l’avez bien remarqué, ses sourires, ce bien-être qu’elle dégage. Examinez cette photo Dareios, dit-il en pointant de son index l’image sur la table. Vous trouvez qu’elle est martyrisée ? Pensez-vous vraiment que vous lui manquez tant que ça ?

Je sonde le cliché, ébahi et réalise qu’il a raison. Elle a peut-être simplement fui de son plein gré. Elle avait sûrement prévu de me quitter, bien avant cette soirée. Et trop aveuglé par l’amour que j’ai pour elle, je ne m’en suis pas rendu compte. Pourtant ce n’est pas faute de m’avoir avoué son besoin de liberté.

Quel con !

— Donc vous en déduisez qu’elle vit sa meilleure vie aujourd’hui à Los Angeles ? Que je devrais abandonner ?

— Je ne me permettrai pas de juger ou de m’impliquer personnellement dans votre histoire avec Amber. Je vous donne les faits, à vous de me dire s’ils vous conviennent ou non. Je peux continuer comme ça pendant plusieurs semaines, mois ou années, c’est votre compte en banque qui en subit les conséquences. Je peux aller jusqu’à entrer dans sa vie, inventer un rôle inexistant pour faire partie de son quotidien s’il le faut. Mais, s’il vous plait, je vous demande seulement d’ouvrir les yeux.

C’est impossible.

Ses paroles me braquent. Je finis par attraper la clope sur la table que j’ai délaissée plus tôt et l’allume. La fumée traverse ma trachée irritée en brûlant mes poumons. Le goût immonde du tabac me fait tousser et la gêne est identique lorsque je la recrache.

— Je l’ai déjà abandonnée lors de notre première rencontre et j’ai suffisamment de regrets à cause de ça. Alors Carter, je vous déclare qu’il est impossible pour moi de tirer un trait sur cette femme. Si elle décide elle-même qu’il est temps que je la laisse libre et bien… Je l’enlèverai à nouveau. Il est inconcevable pour moi qu’elle vive à des milliers de kilomètres, qu’elle refasse sa vie avec un autre homme. Je refuse catégoriquement qu'elle en regarde un autre que moi. Alors veuillez prendre vos affaires et retrouvons-nous à l’aéroport dans la soirée.

— Attendez Dareios. Ce n’est pas tout… prononce-t-il fièrement.

Alors que je m’apprêtais à pénétrer dans le salon, je pivote brusquement et lui jette un regard meurtrier.

— Quoi encore ? Vous avez oublié de m’annoncer une nouvelle importante ?

— Oui, je pense qu’ils cachent quelque chose. Je ne suis pas encore arrivé à savoir quoi, mais sachez qu’ils ne sortent jamais ensemble, je veux dire jamais en même temps. Lui s’évapore tandis qu’elle se balade tranquillement dans les rues californiennes. Il se passe quelque chose de pas clair et je compte bien trouver ce qui se trame avec eux. Comptez sur moi ce soir, je serai à l’aéroport à partir de dix-huit heures.

Celui qui me l’a enlevée savait très bien à qui il avait à faire et à quel point Amber m’était précieuse. Je suis prêt à lui faire mordre la poussière, quitte à ce que ce soit ma dernière action. Un ultime exploit qui fera vivre un enfer à cet enfoiré. Je dois remédier à tout ça et le plus vite sera le mieux.

 

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-Chapitre 3-

 

Dareios

 

♪ Animals - Maroon 5 ♫

 

Los Angeles

 

— Nous y voilà, annonce Carter en pointant du doigt une rue.

Le taxi s’arrête le long d’un trottoir et nous descendons tous.

João s’est invité pour le séjour à la demande du Docteur Smith qui a accepté de me laisser sortir à condition de continuer les exercices et étirements. Jo prend vraiment son rôle à cœur. Le docteur et mon coach se sont rencontrés il y a quelques jours pour échanger sur ma sortie, Smith a même accepté que je reprenne la boxe à petite dose.

Nous suivons le détective dans les rues du quartier d’Arlington Heights à l’ouest de Los Angeles. Quelques palmiers suivent le boulevard que nous traversons à pied et plusieurs boutiques sont encore ouvertes malgré l’heure tardive. Nous entrons dans un hôtel quatre étoiles ensemble, récupérons les clés de nos chambres et suivons le couloir qui mène à l’ascenseur. Le détective est un habitué de cet établissement, pour leur discrétion mais surtout pour le toit qui donne directement sur l’appartement d’Amber.

Mon regard se pose sur le fond du corridor et remarque que le bar de l’hôtel est encore ouvert. À ma montre, il est 3h50 et j’aurais vraiment besoin d’un remontant.

— Je vais boire un verre avant de monter, allez-y.

Manson sourit et me suit lorsque Carter nous interrompt dans notre lancée.

— Hors de question de picoler messieurs, s’énerve-t-il. Vous vouliez être sur le terrain, alors vous allez ramener vos petits culs à l’étage, posez vos valises et dormez !

Je ne me souviens pas depuis quand quelqu’un s’est permis de me parler de cette manière. Rabaissé comme un sale gosse qui mange un bonbon de trop. Je pivote et referme mes poings en direction du détective.

— Je suis encore maître de mon corps et de mes mouvements Carter, grondé-je. Il y a bien longtemps que personne ne dicte mes faits et gestes. Je vais boire un verre que ça vous plaise ou…

— Il a raison Dareios, me coupe João. Si tu veux en finir rapidement avec cette histoire, il vaudrait mieux que tu dormes. Puis tu le sais très bien, l’alcool est déconseillé mon ami.

La tension dans mes épaules se relâche. Je le sais, et il a raison. Cependant, depuis que nous sommes sortis de l’aéroport de L.A je me sens compressé, angoissé à l’idée de tomber sur ma femme. Je viens trouver les réponses à mes questions, récupérer celle qui m’appartient et j’ai cette putain de boule dans la gorge qui ne veut pas passer. Boire un double scotch la fera passer, j’en suis certain. Mais vu le regard mitrailleur des deux hommes, je range l’idée de m’enivrer au bar de l’hôtel sachant qu’un minibar dans la chambre m’attend.

Une fois devant la porte, je place la carte magnétique contre le boîtier et entre dans la chambre. C’est petit, moche et vide. Tellement vide… comme mon esprit sans mon âme sœur.

Amber.

Que lui est-il arrivé bon sang !

J’ai cogité comme un putain de malade mental pendant les sept heures de vol et je n’arrive toujours pas à comprendre ce qu’elle peut bien foutre ici. Manson a pourtant retrouvé une mare de sang lorsqu’il s’est aperçu qu’elle avait disparu le lendemain matin. Il semblerait même qu’Amber se soit défendue pendant la bagarre, car il y avait des débris de verre au sol. Dire que j’étais dans le coma pendant tout ce temps et que jamais je n’aurais imaginé qu’elle puisse disparaître en mon absence. Si loin de tout ça. Elle aurait pu mourir de l’attaque d’Hadès. Elle aurait pu mourir de s’être autant vidée de son sang. Elle aurait pu mourir de chagrin… mais non.

Au fond j’étais persuadé qu’elle serait encore là, vivante, et qu’elle serait présente lorsque je me réveillerais. J’ai l’impression d’avoir développé un don pendant mon coma, comme si mon cœur s’était lié à celui d’Amber. Que malgré notre distance, le destin nous ramènera toujours l’un à l’autre. Il n’est question que de temps.

Comment réagira-t-elle lorsqu’elle me fera face ? Va-t-elle me sauter au cou où plutôt me cracher à la gueule ? Et surtout, a-t-elle décidé elle-même de fuir, en commanditant son départ ?

J’abandonne, puisque les questions sont bien trop nombreuses et les réponses nulles. Mes yeux sondent la pièce, jusqu’à ce qu’ils rencontrent le minibar. J'empoigne la bouteille miniature de whisky et l’englouti sans demander mon reste. Je m’allonge sur le lit puis en ouvre une seconde qui vient brûler ma trachée jusqu’à ce que mes mains viennent essuyer la sueur sur mon visage.

Je crois ne jamais avoir été perdu dans ma vie jusqu’à ma rencontre avec elle. Amber a retourné mon cerveau. Mon esprit lui appartient. Je ne réponds plus de rien quand il s’agit de cette femme. Qu’en est-il de moi alors ? Je deviens un sale clebs qui court après sa femme. Je ne sais pas si elle acceptera de revenir, je ne sais pas la raison de son départ précipité. J’aimerais que ses sentiments soient les mêmes que je lui porte, mais comment se passera notre rencontre si elle ne veut pas me revoir ? Mon coeur me fait terriblement mal à cette pensée. La cicatrice au niveau de ma poitrine semble se déchirer à chaque battement et me donne le tournis.

Demain nous devons établir un plan. Carter est satisfait du renfort qu’on lui apporte sur cette mission. João s’est proposé de venir, mais je refuse qu’il mette un pied sur le terrain, il n’a aucune expérience face à une arme. Manson quant à lui est déjà à son maximum pour démolir le connard qui s’est emparé de ma femme. Alors que moi, je ne demande que des réponses.

Je suis peut-être devenu sage après tout, car l’essentiel pour moi aujourd’hui c’est qu’elle soit en bonne santé et qu’elle revienne avec moi à Boston. Je suis encore faible, mais je pourrais me surpasser si je dois me battre pour la récupérer.

 

∞

Le lendemain, nous rejoignons Carter dans sa chambre pour dresser un plan. Il avait déjà programmé quelques théories pendant le vol, mais j’étais trop absorbé par mes pensées pour y prêter attention.

— Qui fait quoi alors ? demandé-je à Carter.

— J’imagine que vous aimeriez revoir Amber alors aujourd’hui je vous laisse la surveiller de loin. Je vous interdis d’intervenir, ou de lui parler. Soyez prudent et discret pour ne pas compromettre notre mission. N’oubliez pas messieurs que le but principal est de retrouver qui est la personne qui l’a enlevée, précise-t-il. Nous avons le minimum d’informations nécessaires pour avancer. Cela peut prendre du temps, mais nous n’allons pas nous tourner les pouces à partir de maintenant. Manson et moi allons surveiller l’entrée de l’appartement, et si nous arrivons à croiser l’homme mystère nous le suivrons à la trace.

J’appréhende de voir Amber. Le fait qu’elle soit si proche de moi sans pouvoir l’aborder va certainement être plus dur que je l’imagine. L’idée de me retrouver dans le même périmètre qu’elle est assez perturbante, surtout avec l’ordre de Carter. N’ayant pas le droit de me montrer, je dois me cacher d’elle pour l’observer mener sa vie.

Je fulmine car elle est à moi bordel, alors me foutre à proximité d’elle sans la toucher, la sentir sera compliqué. Comme la carotte que l’on tend à un âne pour qu’il avance, une sorte de friandise qui pend à mon nez. Ma récompense. Je dois me concentrer sur cet objectif. Je pourrai la kidnapper à nouveau, mais ça reviendrait à vivre dans un éternel cercle vicieux. Je veux buter cet enfoiré qui a osé poser la main sur mon Amazone, espérant qu’il ne l’ait pas touchée davantage.

— T’écoutes ? s’inquiète Manson en secouant la main devant mon nez.

— Non, je rêvais. Pouvez-vous répéter ? demandé-je à l’attention du détective.

— D’ici une vingtaine de minutes, nous allons sortir l’un après l’autre dans le quartier. Dareios vous devez modifier vos tenues vestimentaires qui sont bien trop élégantes. Amber vous reconnaîtrait à la minute où ses yeux se poseraient sur vous.

Je me détaille de haut en bas dans le miroir de la chambre et ne vois pas où il veut en venir. La chemise marron à rayures verticales Valentino et le pantalon à pince noir de la même marque, ainsi que des mocassins en cuir Hugo Boss aux pieds sont des vêtements passe-partout…

— Voici la carte du quartier d’Arlington Heights pour que chacun de nous sache où nous devons aller. Le point rouge c’est l’appartement d’Amber, le bleu celui du tattoo shop et le vert l’école où elle étudie en soirée.

— Et pour l’autre enfoiré ? Aucune couleur ? s’interroge Manson.

Carter remue la tête de droite à gauche et continue.

— Manson sera le premier à sortir, vous allez prendre un petit déjeuner en terrasse, au café qui fait l’angle de la rue où vivent Amber et l’enfoi… je veux dire l’homme en question. Dareios va se diriger vers la supérette en bas de chez eux, explique-t-il en mettant ses lunettes noires sur le nez. Vous ne pourrez pas la rater puisqu’elle passe par là pour aller travailler. Ensuite je rejoindrai Manson au café pour m’installer à quelques tables de la sienne et nous attendrons la sortie du jeune homme.

Carter met une casquette alors qu’il montre de l’index le dressing derrière moi.

— Dareios je vous prie de prendre les affaires sur la dernière étagère. Vous allez suivre votre petite amie toute la journée et donc par précaution il serait préférable que dans la journée vous changiez de tenue.

J’ouvre le battant et découvre un sac à dos basique noir. À l’intérieur y sont fourrées des fringues roulées en boules.

— Je ne porterai pas ça Carter, il en est hors de question.

— Soit vous faites ce que je vous demande, soit vous restez avec João pour entretenir votre cardio à la salle de sport de l’hôtel Dareios.

Je bouillonne intérieurement. Mais pour qui il se prend pour me parler comme si j’étais un mioche !

Cependant je n’ai aucune répartie devant ce vieux con, car si je suis là c’est pour une raison particulière et lui seul connaît les étapes pour arriver au but ultime. Cette situation ne me plait pas, mais une nouvelle fois je la ferme et écoute. J’attrape le sac brusquement et sors en trombe de la chambre pour me changer dans la mienne. J’enfile une tenue des plus classiques, tel qu’un jean brut et un t-shirt blanc over size au logo d’un groupe de rock vintage.

Je suis ridicule putain.

Je rejoins la salle de bain et gomine mes cheveux que je n’ai toujours pas coupés depuis plusieurs mois. La longueur touche désormais mes épaules et je sais clairement que cet avantage me permet d’être encore plus méconnaissable auprès de la femme que j’aime. Neuf longs mois sans se voir. Ça pourrait paraître si peu sur l’intégralité d’une vie, mais pour moi c’est une éternité. J’ai attendu de l’avoir près de moi pendant plus de dix ans, et elle a été présente seulement deux mois. Deux mois très difficiles pour elle… j’imagine. Je veux des explications et avoir une conversation avec elle, mais je dois avant tout la revoir.

 

∞

Manson est parti depuis quelques minutes et c’est à mon tour de suivre le plan. Carter m’a donné le code d’accès sur une application GPS pour traquer la puce qu’Amber possède encore dans son bras. Je scrute mon portable tout en marchant dans la rue, en admirant ce point rouge clignoter, donnant la position de ma femme. Mon cœur se comprime douloureusement plus j’approche d’elle. Je lève le nez et remarque que je suis devant l’entrée de son immeuble. L’épicerie à droite de sa porte est celle dans laquelle je dois pénétrer. Mon téléphone vibre dans mes mains tandis que je sursaute d’étonnement. Je décroche directement sans voir qui émet l’appel.

— Allô ? dis-je perdu.

— Tu fous quoi bordel ? Dégage de là, Dareios. On dirait un camé qui doit rencontrer son dealer. Bouge ton cul et va faire tes courses ! me menace Manson.

Je recule en restant attentif sur l’entrée de l’immeuble et fonce à la supérette après avoir raccroché.

Putain !

Je ne l’ai pas encore vue et j’ai déjà un putain de trac à l’idée de la revoir. Même de découvrir cet endroit qu’elle côtoie tous les jours me fout dans un drôle d’état. Je pourrais être jaloux des gens qui la croisent chaque jour sans la connaître. Jaloux des pavés sur lesquels elle marche. Jaloux de la poignée de la porte blindée qu’elle touche régulièrement, l’enfermant dans son bâtiment…

Je suis complètement dingue.

Je salue la caissière du magasin d’un furtif mouvement de tête en entrant et passe dans le premier rayon. Conserve, conserve, pâtes, riz … Merde ! Rien à foutre de tout ça. Je pivote sur l’autre côté du rayon que je n’ai pas encore regardé et le résultat est le même. Je me déçois et m’épuise…

La mission commence à peine que je suis incapable de ne pas observer l’extérieur de la boutique. Je ne veux pas rater son passage. Je sors mon portable et remets l’application en route. Le point rouge scintille encore, ne bougeant quasiment pas…

— Puis-je vous aider monsieur ? Demande la commerçante dans mon dos avec un accent hispanique.

— Euh… Non, j’avais une liste, mais je ne la retrouve pas… merci.

Je tente de rester poli envers elle pendant que je regarde à nouveau l’écran. Soudain le point se déplace, comme s’il tournait en rond. J’attrape la première boite de ravioli et la pose sur le tapis de la caisse. Je panique. Oh oui putain, je panique… Comme jamais auparavant. Mes mains se mettent à trembler lorsque je tends ma carte pour régler l’achat. Le sourire altruiste de la dame en face de moi est rassurant et je lui rends en ajoutant les dents.

— Vous aviez besoin d’une liste de course pour une conserve de ravioli ? raille-t-elle sceptique.

— C’est la seule chose dont je me souviens avoir noté dessus, me défends-je d’un air innocent. Je reviendrai pour le reste puisque je suis pressé maintenant.

La jeune femme lève un sourcil interrogateur, mais ne s’en formalise pas en interrompant notre échange. Une fois la boîte de conserve réglée, je la range dans mon sac à dos par-dessus mes rechanges et me dirige vers la sortie. Je repère de suite Manson ainsi que Carter sur la terrasse d’en face. Tous deux regardent dans la même direction, alors que je passe la porte de l’épicerie. Mon regard se tourne sur la droite en suivant ceux de mes compères. Mes poumons arrêtent soudain de s’oxygéner et manquent d’air en voyant l’illusion qui se dessine sous mes yeux. Mes sens s’éveillent alors que les bras m’en tombent.

Amber.

L’Amazone est de profil, se battant avec la clé qu’elle tient dans les mains pour refermer la lourde porte d’entrée de son immeuble. Sa moue se tord et je devine qu’elle est très embêtée par cette poignée. Une fois le verrou maîtrisé, Amber balaye ses cheveux lâchés en arrière d’un coup de tête.

Je me liquéfie sur place.

Elle réajuste le sac à main sur son épaule et s’avance d’un pas décidé dans ma direction. Elle regarde droit devant elle sans me voir, je recule jusqu’à l’exposition de fruits et légumes de la boutique. Mon téléphone vibre encore dans ma main, mais je ne réagis pas tout de suite, trop hypnotisé par ce qui se déroule sous mes yeux. Je suis ensorcelé par la beauté de la femme que je vois, redécouvrant la merveilleuse sensation de mon cœur qui bat. Il a toujours été animé par elle, pour elle. De part son apparence, je sais pertinemment que cette femme est Amber, mais au fond j’ai le sentiment de ne pas la connaître, du moins pas celle que je découvre aujourd’hui. Amber est habillée d’un jean déchiré au niveau des genoux et son débardeur rouge vif laisse apparaître le plongeant décolleté de sa poitrine, bien plus gonflée qu’autrefois.

Mon téléphone continue de vibrer alors je décroche en clignant rapidement des paupières.

— Tu nous fais quoi bon sang ! s’énerve Carter.

Son rouge à lèvres, assorti à son haut, dessine le contour parfait de ses lèvres pulpeuses.

— Allô ? dis-je lorsqu’Amber passe devant moi sans me regarder une seconde.

Je suis, avec attention, son déhanché ainsi que ses épaules droites, me faisant froncer les sourcils. Elle, qui d’ordinaire se cachait de la foule le dos voûté et sans assurance, laisse place à une toute autre femme.

— Tu vas tout foutre en l’air Dareios putain !

Je me retourne et l’observe s’éloigner de moi. Ma gorge se resserre à cette idée, alors mes pas me guident vers elle en gardant une distance de sécurité puis raccroche sans répondre au détective. De dos, l’image est aussi belle que celle de face, la chute de ses reins me subjugue pendant qu’elle se déhanche. Puis un pincement vient titiller mon cœur. Ses cheveux ne sont plus aussi longs qu’avant. Je les aimais tant. Cette coupe est certainement due à l’acharnement de sa maîtresse le soir des fiançailles. Je n’avais pas remarqué ce détail hier après-midi en voyant les photos. Un carré brun aux épaules entoure son visage d’Indienne, qu’il faut avouer la rend vraiment sexy. Je craque…

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