Dark Hope - T2 - Never in my heart
-Chapitre 1- · Dareios
♪ If i killed someone for you - Alec
Benjamin ♫
Fiançailles Au Manoir - 7 mois plus tôt
“ À genoux sur le sol, j’écoute la voix rocailleuse de l’homme qui me maintient captif. Des mots étrangers sortent de son gosier, ce qui n’augure rien de bon. La lumière tamisée rouge m’empêche de voir exactement les gars de la mafia qui sont actuellement présents dans la chambre. Ils sont rentrés comme des loups féroces, prêts à tout démolir sur leur passage. Je ne distingue que des accents russes, qui me filent la nausée. Le type dans mon dos resserre sa prise sur ma gorge et je commence doucement à manquer d’air. Mes pensées sont concentrées sur Amber et cette foutue image d’elle, enveloppée d’une couverture dans les bras de Manson.
— Dareios ! aboie une voix qui m’est familière. Mon petit doigt me dit qu’une vengeance vient d’aboutir. Es-tu heureux ? Es-tu fier ?
La voix me nargue, et tout à coup, mon buste bascule en avant, tout mon corps se retrouvant plaqué contre le carrelage froid, le visage tourné vers ce lit, où Amber a été abusée quelques minutes plus tôt. Le corps inerte de mon père se dessine devant moi, ses yeux vitreux rivés aux miens. Je serre les dents lorsqu’on tire sauvagement mes cheveux en arrière, redressant ma tête. Le visage d’Alpha accroupi à mes côtés me glace le sang.
— De toute façon ce pauvre Hadès était déjà aux portes de l’enfer, tu as simplement écourté son passage sur Terre. Mais sache que je suis très ennuyé par cette mort. J’avais des affaires à régler avec ton père.
Alpha écrase mon visage violemment par terre, à plusieurs reprises, me laissant une douleur vive et lancinante au niveau de la tempe. Si la vie d'Amber n'était pas en péril, je n'aurais fait qu'une bouchée de ce salopard.
— Tu n’es même pas capable de respecter ta propre famille. Comment veux-tu que l’on te fasse confiance ?! crache-t-il en continuant de frapper ma tête par terre. Tu es un incapable !
Ma conscience glousse et ma gorge répand un rire diabolique dans la salle.
— Cela te fait rire Dareios ? Tu riras moins lorsque j'exploserai ta cervelle et que tu iras rejoindre ton cher paternel dans sa tombe !
— Si c’est ce que tu souhaites, lâche-moi Alpha, et battons-nous comme de vrais hommes le feraient… ou peut-être que tu n’as pas les couilles.
Ma salive se mélange au goût métallique du sang que je crache sur le costume du maître des putes. L’homme dans mon dos me relève quand Alpha lui en donne l’ordre et je titube lorsque mes pieds touchent à nouveau le sol. J’essuie ma bouche du revers de la main en le dévisageant et lui lance un sourire narquois qui a le don de l’exaspérer. Ses doigts viennent s'agripper à ma chemise souillée, avant de me secouer et de me jeter sans ménagement contre le mur derrière moi. Je bute, tête la première et découvre les Russes à ses côtés.
— Tu veux jouer ? Alors, allons-y Dareios.
Sans plus attendre, je me jette sur lui, l’empoignant par les épaules et mon crâne percute sa cloison nasale qui craque sous le choc. Je réitère le coup en ajoutant mon genou dans la partie. Je frappe ses côtes pendant que nos fronts se heurtent, lui tirant des gémissements de douleur. Les hommes dans mon champ de vision s’excitent en sautillant et l’un d’eux me vise avec son arme. Je suis seul, contre une douzaine d’hommes, je ne suis ni aveugle, ni con pour comprendre que je sortirai jamais vivant de ce guet-apens.
— Que veux-tu Alpha ?
— Ta mort. Ton poste. Et ta putain ! clame-t-il tremblant.
L’énonciation d’Amber me fait tellement vriller que je lui saute à nouveau dessus. Nous basculons tous les deux par terre tandis que je m’acharne sur son corps. À coups de pieds, à coups de tête… La montée d’adrénaline me transcende, plus rien n’arrive à me stopper. Je n'arrive plus à entendre le moindre bruit de la pièce, laissant dans mes oreilles un seul et unique sifflement. Alpha tente de se défendre, mais il est trop affaibli par la collision de mes poings. Mais soudain, une détonation résonne et j’abandonne mon combat soufflé par une douleur atroce qui me prend aux tripes. Une sensation insupportable transperce mon buste, m’asphyxiant par la même occasion. Je lutte et tente de reprendre un brin d’air, seulement ma vision se trouble. Mon corps s’étale sur celui crispé d’Alpha tandis que le néant s’ouvre à moi.”
∞
Hôpital — Aujourd’hui
Les heures qui ont suivi mon réveil ont été mouvementées. Le médecin prévenu par l’infirmière est Ethan Smith, le chirurgien qui m’a opéré sept mois plus tôt. Il m’a détaillé les interventions auxquelles j’ai eu droit. Une balle s’était logée dans ma poitrine à seulement quelques centimètres de mon cœur. Il l’a retirée avec beaucoup de difficulté, mais si je suis là, c’est grâce à lui. Il parait que j’ai également eu la chance que les mafieux confondent ma perte de connaissance avec une mort fulgurante. Ils pensent avoir laissé un cadavre derrière eux ce soir-là… Le docteur m’a ensuite énoncé les différentes commotions et contusions que j’ai eues, dont un traumatisme crânien.
Smith a été incapable de me dire comment je me suis retrouvé aux urgences. Il m’a simplement dit qu’une personne avait fait intervenir les secours par téléphone et qu’ils ont rapidement pris mon cas en charge. J’ai été plongé en coma artificiel après l’intervention, m’évitant les souffrances post-opératoires et cela pendant plusieurs mois. Puis ils ont laissé mon corps en sortir lui-même, naturellement, en retirant le sédatif. Pour finir, le traitement de morphine a été réduit lentement lorsqu’ils pensaient que je n’en avais plus besoin. Je porte sur l’intégralité de mon corps les stigmates de cette altercation, une belle balafre sur la poitrine et une autre sur l’arcade sourcilière qui, d’après le docteur, auraient pu causer ma mort.
Rien ne peut expliquer la raison du pourquoi je suis revenu à la vie aujourd’hui. Aucune raison… Les médecins sont persuadés que je pourrais retrouver une vie normale malgré les traumatismes que j'ai vécus et depuis mon réveil je ressens quelque chose, comme une sensation nouvelle en moi. L’ombre d’un nouveau départ.
— Venons-en à votre rééducation Monsieur Petridis.
— Je veux sortir, soupiré-je péniblement. Il n’y en aura pas.
Je n’ai qu’une envie, c’est d’être au côté de l’Amazone, la serrer dans mes bras, sentir le parfum épicé de sa peau et savourer son nectar dont le goût a fini par s’effacer de mes papilles. Docteur Smith semble embarrassé par ma demande soudaine.
— Je pense que vous ne saisissez pas monsieur Petridis. Vous avez été dans un état d’inconscience pendant plusieurs mois. Depuis, votre corps s’est tellement endormi qu’il vous faudra réapprendre à parler, marcher correctement. Ce n’est pas facile à entendre, je le reconnais. Mais laissez-vous le temps. Après ça, vous pourrez reprendre une vie normale.
Non ! Non et re non ! Je refuse d’être un pauvre paraplégique. Il n’a nullement évoqué une paralysie de mes membres, alors je refuse de rester là une seconde de plus. J’ai simplement fait ma belle au bois dormant, bien trop longtemps, il est plus que temps que ça cesse. Je force sur mes abdos pour me redresser, mais me rends vite compte qu'ils sont comme endormis. Rien ne répond. Mon corps est mou, flasque et engourdi.
— Retirez-moi les perfusions docteur, le supplié-je malgré ma gorge qui me brûle.
Le chirurgien s’approche du lit et secoue la tête par la négative. Alors, je bascule tout mon poids sur le côté gauche, voulant me relever et manque de tomber du lit. Smith me rattrape in extremis et me repositionne à ma place initiale.
— Je pense que votre rééducation se fera facilement. Vous avez la niaque, donc servez-vous-en pour aller de l’avant.
Smith veut que je reste ? Soit, mais dans ce cas-là, je veux qu’elle soit ici, avec moi. Voir son visage angélique me ferait le plus grand bien, elle sera le remède à tous mes maux. J’ignore ce qui a pu se passer ces sept derniers mois et si elle se porte bien. Amber est une guerrière et je ne doute pas de sa force à combattre ses démons intérieurs. Mon bras droit, Manson, a certainement réussi à la faire aller de l’avant, je lui fais entièrement confiance. Mais qu’en est-il si…
Une boule se forme dans mon estomac.
Frustration ?
Émotion ?
Désarroi ?
Tristesse ?
Que sais-je ? Je veux seulement retrouver ma femme, la savoir en vie et en bonne santé. Je ravale un sanglot avant de dévisager nerveusement Smith. J’espère qu’elle n’aura pas succombé à ses blessures ou au chagrin d’un énième viol. Je ferais bouffer la poussière à cet enfoiré d’Alpha si j’apprends qu’Amber souffre encore à cause de lui. Enfin, si je ne meurs pas d’une crise cardiaque avant.
— Ma collègue a contacté Manson Terolla, c’est l’unique personne qui s’est déplacée au sein de l'hôpital pour prendre de vos nouvelles.
— Le seul ? demandé-je étonné.
Le visage du chirurgien se déforme avant de me fixer d’un air sérieux.
— Il nous a demandé de le joindre dès que vous ouvrez les yeux, mais nous voulions attendre votre approbation car il ne fait pas partie de votre famille.
Manson est le seul frère qui compte pour moi, même si nous n’avons aucun lien de sang, il est bien plus précieux que n’importe qui.
— Appelez-le, soupiré-je, le cœur frappant dans ma cage thoracique. Et qu’il ramène ma compagne avec lui…
Le médecin sort de ma chambre, et je dresse le constat de ma situation. Je ne suis qu’un putain de déchet. Les mois de coma m'ont certes épargné la douleur, mais le réveil est trop brutal. Apprendre que je vais devoir faire de la rééducation pour reprendre le cours de ma vie là où je l'avais arrêtée me fait réaliser à quel point ce monde n'est pas fait pour moi. L’univers de la mafia m’a été imposé depuis mon enfance, mais je refuse de continuer de bosser en tant que malfrat. J’ai vécu trop d’atrocités, vu des gars mourir alors qu’ils ne le méritaient pas. En plus d’avoir été témoin de plusieurs actes monstrueux, j’en ai moi-même commis. Rien qu’en pensant à ce qu’a subi Amber à l’Odyssée me répugne. Ma peau me démange, me sentant sale d’avoir accepté d’être cet individu malsain.
Je suis devenu fragile à cause d’elle. Amber est ma faiblesse mais aussi la raison de ma prise de conscience.
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