Dark Hope - T2 - Never in my heart

Mayiah K. · Chapitre 29 sur 31

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Dark Hope - T2 - Never in my heart

-Chapitre 32- · Amber

 

♪ Runaway - Aurora ♫

 

Boston

 

Nous venons d’arriver dans l’immense villa de Dareios sur la côte est. Jamais je n’aurais imaginé revenir dans cette ville où ma mémoire m’a fait défaut. Je pensais finir ma vie en Californie, la Cité des Anges semblant être adaptée à une mère célibataire, mais je me suis encore une fois trompée. Le hall est d’une grandeur impressionnante, les pièces voisines sont toutes aussi spectaculaires par leur décoration ancienne ainsi que les colonnes typiquement grecques. Une gouvernante porte mes valises et me propose de la suivre à l’étage. Nous entrons ensemble dans une chambre très masculine, aux couleurs sombres et dont un tableau au-dessus du lit me rappelle un vague souvenir.

Mon estomac se contracte lorsque mes yeux croisent le regard du diable peint sur le mur. Les esprits qui dansent sous ses pieds me filent la nausée et le chien menaçant à trois têtes ne me donne aucune envie de dormir dans le lit en contrebas.

Pourtant, depuis que j’ai passé le portail de la maison de Dareios j’ai l’impression d’être chez moi. De la couleur des fleurs du jardin à l’eau cristalline de la piscine, tout m’est familier. La femme que j’ai accompagnée me propose de me détendre dans la baignoire qu’elle a remplie avant notre arrivée et je ne refuse pas ce moment pour recentrer mes émotions. Je me suis isolée dans un silence oppressant, mais nécessaire pour moi. J’ai besoin de réfléchir, de réaliser que l’on m’a retiré ma fille. Lorsque je suis tombée dans les vapes, j’ai rêvé d’une scène, ou plutôt de « la scène » de mon enlèvement plus jeune. Ma mère se débattant contre ses hommes vêtus entièrement de noir, me laissant porter par ces inconnus. Pourquoi ai-je la sensation que mon histoire se répète sur Angela ? Ce qui est sûr, c’est que moi je ne vais pas en rester là, je vais me battre pour la récupérer et s’il faut tuer de mes propres mains pour pouvoir la serrer dans mes bras, je le ferai sans hésiter.

Mon pied tâtonne la surface de l’eau, la température est idéale. J’entre sans difficulté dans le bassin et instantanément tous les muscles de mon corps se détendent. Le savon dans mes paumes me permet de laver la mauvaise journée d’hier ainsi que le long voyage que nous venons de faire. Quelqu’un frappe à la porte, mais ma voix reste coincée au fond de ma gorge, alors je tourne la tête sur le battant qui s’ouvre dans un léger grincement.

— Dareios m’a demandé de te dire qu’il allait régler tout ça maintenant. Tu dois prendre soin de toi et attendre patiemment son retour, articule mamie en s’approchant de moi.

Ses doigts, fripés par la vieillesse, caressent la peau de mon bras trempé.

— Je suis là si tu as besoin de parler ma chérie, avoue-t-elle les larmes aux yeux.

Je secoue mon visage pour lui faire comprendre que je n’ai aucunement l’envie de discuter. Mais l’émotion dans son regard me fend le cœur. Je sais que Suzie s’en veut énormément de n’avoir pas réussi à protéger Angela.

— Ce n’est pas de ta faute mamie, murmuré-je fébrilement.

La grand-mère lâche un sanglot de désarroi et nous pleurons ensemble.

— Pourtant qu’est-ce que je m’en veux Naya ! soupire-t-elle, la voix brisée par la tristesse. Tu ne peux pas imaginer à quel point… Angela a mis longtemps à s’endormir la veille alors j’étais épuisée. Pour te dire je n’ai même pas entendu que quelqu’un était entré dans ma chambre hier matin.

— Je ne t’en veux pas mamie, arrête de te faire mal, gémis-je. Personne n’aurait pu réagir de la bonne façon face à ces enfoirés. Dareios est déjà parti ?

— Oui avec Manson. Liam et João font une ronde autour de la maison, car les gardes du corps de Dareios sont partis avec lui.

Je hoche la tête et sors du bain, enroulant mon corps dans un peignoir bleu foncé dont les initiales de Dareios sont brodées en blanc dans le dos. Le parfum de cet homme me procure une sensation de bien-être autant qu’elle me rassure. Suzie et moi descendons les marches et visitons chaque pièce avant d’en trouver une qui me procure la sensation de déjà-vu.

Une interminable bibliothèque nous ouvre les bras derrière une porte en bois brut. Les étagères montent jusqu’au plafond, me donnant le tournis, heureusement qu’une échelle permet d’y grimper. Le fond de la pièce est une énorme baie vitrée laissant découvrir le jardin verdoyant. Les chaises et fauteuils m’attirent alors je m’installe sur l’un d’eux et m’y sens de suite à ma place. Suzie est tout autant bluffée par la beauté de cette pièce, les yeux écarquillés zigzaguent entre chaque couverture. Ses doigts palpent les tranches rigides et son nez respire l’odeur du bouquin qu’elle s’est empressée de prendre.

— Roméo et Juliette, soupire-t-elle. Tu te souviens ma chérie ? C’est ce livre que tu avais aussi pris dans ma librairie le jour de notre rencontre.

— Je me souviens, oui…

— C’est le paradis du livre ici, souffle-t-elle. Je pense avoir trouvé la pièce magique dans laquelle je pourrais passer le restant de mes jours.

Je suis captivée par sa silhouette, mais bien qu’elle apprécie la découverte de cette immense pièce, mes pensées ne cessent de divaguer sur la chair de ma chair… Elle me manque tellement…

— Mais avant d’y passer le reste de tes jours, on doit retrouver Angela…

— Bien sûr Naya, pivote-t-elle en prenant mes mains dans les siennes. Je suis persuadée que ce mafieux réussira à la récupérer en un rien de temps.

Elle a encore beaucoup de mal à m’appeler par le prénom d’Amber, et bien qu’il soit celui qui correspond à cette vie que j’apprends à découvrir, il n’est pas le vrai. J’aime le fait que mamie l’emploi toujours, ce qui me donne du baume au cœur.

— Je l’espère, mais j’aurais aimé être à ses côtés pour voir dans quelle condition se trouve ma fille. Ici je suis impuissante, je suis inutile…

— Ne dis pas ça ma puce, va te reposer et quand tu ouvriras les yeux Angela sera avec nous.

Sur ces derniers mots je quitte la pièce les yeux fixés au sol. Je retourne dans l’aile des chambres et avant d’entrer dans celle de Dareios j’aperçois une porte avec inscrit “N°1 . Cette maison serait un bonheur pour Angela lorsqu’elle sera plus grande, quand elle voudra jouer à cache-cache. Cette pensée me rapproche de la vérité, celle de la savoir à mille lieues de moi. Ma fille a besoin de sa mère à ses côtés…

Je fonds en larme pour la énième fois de la journée, ne trouvant aucune solution pour stopper cette avalanche de larmes qui dévale mes joues. Rien ne me calme alors la curiosité l’emporte et j’ouvre la porte numéro 1 sans réfléchir.

Les rideaux de la pièce enferment son contenant dans une obscurité sans nom. Je tâtonne le mur à côté de l’entrée, mais je ne trouve aucun interrupteur pour éclairer la chambre. Mes paupières se ferment et j’inspire longuement avant d’avancer à l’aveugle, seul l’entrebâillement de la porte amène ne serait-ce qu’un halo de lumière. Mes jambes heurtent un meuble molletonné et mes doigts s’empressent de découvrir le velours d’un sofa que je contourne pour y prendre place. Une fois assise, mes genoux rencontrent eux aussi un obstacle beaucoup plus solide - et douloureux - qui me fait cracher un juron, avant de réaliser qu’il s’agit d’une table basse. Mes bras s’agitent au-dessus de la surface, cherchant je ne sais quoi et soudainement un clinquement se fait entendre. Je me précipite sur l’objet en le prenant dans les deux mains puis le palpe délicatement. C’est rugueux, doux… du plastique ! Une télécommande !

Mon pouce tente d’allumer une lumière, télévision ou stéréo en appuyant sur toutes les touches, quand un écran s’éclaire sur le mur en face de moi. J’ouvre les yeux et sonde la pièce grâce au faible éclairage de la télévision.

Des tableaux ornent les murs ainsi qu’un bon nombre d’étagères où prônent des pochettes de DVD et autres bibelots. J’ignore la mélodie qui s’échappe des enceintes de l’écran pour fixer les photos dans les cadres, me poussant à me relever et me diriger vers celles-ci. Deux enfants très différents sont sur le cliché que j’attrape entre mes doigts. Mon index retire la fine couche de poussière sur la vitre pour mieux discerner les visages.

Un brun.

Un blond.

Dareios !

Le regard brun du petit garçon blondinet me tape à l’œil, comme s’il ne m’était pas inconnu. Plus jeune, il paraît fragile pourtant cet enfant à dû devenir un homme…

— Ulysse !

Brutalement, le visage d’un grand barbu se dessine dans mon cerveau, me rappelant chaque moment passé ensemble. À la piscine, au bar, dans la bibliothèque. Tout me revient comme si j’avais été foudroyée par un éclair ou emportée par une tornade de renseignements. Du coin de l'œil, je distingue des images qui apparaissent sur l’écran de la télévision. Sûrement un DVD oublié dans le lecteur, car je n’entends plus aucune mélodie. Par contre, une jolie voix douce provenant de la télé me ramène sur terre. Je ne me retourne pas. Je ne peux pas. Mon corps est comme paralysé par ce que j’entends. Comme si ma conscience me soufflait ces souvenirs brutaux en pleine gueule. J’ai du mal à respirer, du mal à encaisser. Trop d’informations pour une seule personne. Ma mémoire semble avoir retrouvé les pièces manquantes du puzzle de mon passé. Un poids énorme semble disparaître de mes épaules, je me sens légère de me rappeler de tout, tout… vraiment tout !

Je me souviens de la gifle qu’Alpha m’a offerte comme cadeau de bienvenue, stigmatisant ma peau de cette marque sur ma tempe. Je me souviens de mon mutisme provocateur et handicapant. Je me souviens de cette caméra, de cette chambre, de cette maîtresse qui m’obligeait à me dénuder pour exciter n’importe quel pédophile derrière l’écran d’un PC. Je me souviens de l’alcool ingéré pour oublier, apprécier, me rendant complètement inconsciente, allant même jusqu’à apprécier les rapports que je ne voulais pas au départ. Je me souviens de cette interruption de grossesse où l’on m’a forcée à tuer mon bébé, car une pute ne peut pas être une bonne mère. Je me souviens de l’amitié avec Sunny, cette sublime rouquine, devenue haine. Elle qui a fini par succomber à son addiction. Je me souviens d’une pièce sombre, glauque où j’étais avec les filles du club, cet endroit où j’ai été vendue comme un putain de gibier sans cervelle. Et je me souviens de ces yeux dans la chambre obscure où j’ai été dépucelée. Cette même obscurité qui m’avait permis de me soustraire à son regard, mais qui m’empêchait de distinguer le bleu si éclatant de ses iris. Le plus bel acte que j’ai vécu, ma plus belle rencontre, comme si enfin j’avais le droit d’avoir auprès de moi un ange, une âme charitable ou un amour sincère. Car aujourd’hui il n’est pas difficile pour moi de l’avouer : j’aime Dareios. Pour ses qualités et surtout ses défauts. Pour sa générosité et son affreuse possessivité. Pour son charisme et également son impulsivité. Il est celui qu’il me faut…

Je pivote sur moi-même, captant chaque détail que l’écran me donne. Une simple vidéo de lui et moi à l’adolescence, le jour de notre première fois. Ma gorge se noue en voyant Dareios sur moi, petite Amber d’à peine treize ans, prête à se donner, car la maison close nous l’imposait. J’avais été conditionnée pour vivre ce moment à cette époque. Les larmes continuent de couler, car je suis brisée depuis si longtemps. Brisée et pourtant vivante, combative, car il est impossible pour moi d’abandonner en si bon chemin.

Je mérite le bonheur… Nous méritons tous le bonheur !

J’ai espoir d’un avenir meilleur.

Mes pas me guident face à la télévision pendant que du revers de mes mains je balaye les perles salées sur mon visage épuisé. Je ne savais pas qu’une vidéo avait été enregistrée lors de notre rencontre et je me demande si Dareios la regardait souvent. Je suis obnubilée par la scène à laquelle j’assiste, revivant chaque sensation de ses baisers sur ma peau, mais le parfum de son chewing-gum n’est pas là. Seule une forte odeur de déodorant âpre se devine dans mon dos alors je me retourne et sursaute en le voyant.

— Tu m’avais manqué, sourit Ulysse à pleines dents.

— Que fais-tu là ? demandé-je tremblotante.

— Je récupère ce qui me revient de droit, annonce-t-il comme un slogan avant de me plaquer contre lui, bloquant ma bouche de sa grosse main.

Elle étouffe mes cris stridents, m’empêchant d’alerter qui que ce soit qui pourrait me venir en aide.

 

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