Dark Hope - T2 - Never in my heart
Partie II : · La Délivrance
Amber
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-Chapitre 6-
Amber
♪ Bring Me To Life -Evanescence ♫
Boston - 9 mois plus tôt
— Réveille-toi bon sang ! hurle une voix lointaine, paniquée.
J’ai terriblement froid et lutte pour ne pas m’endormir, pourtant j’ai l’impression d’être dans un rêve. Tout me semble si irréel, flou. Mais où suis-je ? La fatigue m’engourdit et je sombre.
∞
— Que s’est-il passé monsieur ?
— Elle s’est co… cognée lors d’une dispute, bégaye un homme en pleurant.
— C’est-à-dire ? le questionne une femme.
— Ça s’est passé si vite, je n’étais pas là, je… bafouille-t-il avec peine.
— Allez mademoiselle, ouvrez les yeux.
Des mains gelées enserrent mes joues fermement. La sensation est vraiment désagréable. Quelqu’un m’ouvre un œil et une lumière éblouit ma rétine. La pression de ses doigts sur ma paupière est si douloureuse.
— Monsieur, restez en salle d'attente, je vous prie. Nous allons la prendre en charge de suite.
— Préparez le bloc 2, demande une autre personne.
J’essaie de lutter contre le poids écrasant de mes paupières, tente de les ouvrir, mais elles restent closes. Un goût d’acide remonte dans ma gorge et me retourne l’estomac. Soudain, on me déplace et un bruit de roulette au sol vibre dans mes oreilles d’un grincement répétitif. Ma tête tourne… où suis-je ?
∞
Bip
. . .
Bip
. . .
Bip
Que ce son peut être horrible ! Il résonne dans ma tête continuellement depuis plusieurs minutes… heures ? Je n’ai aucune conscience du temps. Je ne peux pas ouvrir les yeux, encore trop lourdement endormis. Ma bouche est pâteuse, j’ai tellement soif. Pourquoi suis-je dans cet état ? Où suis-je ? Les pieds d’une chaise crissent au sol lorsque je me racle la gorge. Une présence s’approche de moi tandis que mon cœur s’affole.
— Bonjour Naya, vous êtes en salle de réveil. Ne vous en faites pas si vous n’arrivez pas à ouvrir les yeux, ou à parler correctement, cela reviendra très prochainement. Votre compagnon patiente dans votre chambre. Nous allons encore attendre quelques minutes pour voir comment vous vous réveillez. Je vérifierai que tout soit en ordre avant de vous remonter auprès de votre compagnon.
Qui ? Je m’appelle Naya ?
Je ne me souviens pas vraiment comment je suis arrivée là. En fait, je ne me souviens de pas grand-chose… Non, de rien en fait. J’aimerais demander à la dame ce que je fiche ici, mais ma voix est bloquée. Je suis encore shootée par ce long sommeil et me sens tellement fatiguée…
∞
Mes paupières papillonnent, aveuglées par tant de luminosité. Je mets un certain temps à m’habituer à l’éclairage de la pièce. La première chose que je vois est le plafond immaculé. J’arrive lentement à bouger la tête pour regarder l’intégralité de l’espace où je me trouve. Quelqu’un est affalé sur une chaise, un homme brun somnole. Qui est-il ? Je cille un moment avant de détourner le regard, gênée par sa présence. Un bouquet de fleurs est joliment placé dans un vase sur ma droite. J’aimerais sentir leur parfum, seulement je suis ankylosée et n’arrive pas à bouger davantage. Mes mains essaient quand même de me redresser, mais mon corps est comme mort. Une sensation déplaisante me tire une grimace et ma bouche aspire l’air frais, s’engouffrant dans ma gorge. Je tousse sans retenue lorsqu’une voix grave m’effraie.
— Tu es réveillée ! dit-il en se levant.
L’inconnu se rapproche du lit et je le dévisage inquiète.
— Qui êtes-vous ?
Il sourit et s’assoit sur le matelas à mes côtés. Ses doigts tentent de me toucher, mais je tourne la tête dans l’autre sens pour éviter le contact avec mon visage.
— Mais enfin… Tu as vraiment perdu la mémoire ? lâche-t-il surpris. Le docteur avait parlé d’un traumatisme crânien, mais pas au point d’en perdre la tête.
L’homme se redresse lorsque la porte s’ouvre.
— Bonjour Mademoiselle, comment allez-vous ? Je crois que ces heures de sommeil étaient nécessaires.
Je hausse les sourcils, ébahie par l’incompréhension qui me fait face. La dame en blouse blanche s’avance au pied du lit et me sourit gentiment.
— Qu’est-ce que je fais ici ? demandé-je troublée.
— Vous avez eu un accident mademoiselle. Votre tête a percuté l’angle d’un meuble lors d’une violente bagarre, vous avez perdu énormément de sang et certainement la mémoire avec. Votre compagnon vous expliquera en détail la soirée difficile que vous avez eu ce soir-là. Je vais vous faire passer un bilan neuropsychologique pour émettre un avis sur la perte de mémoire. Je repasse vous voir avant l’arrivée de la relève pour vous ausculter. Profitez-en pour discuter, je pense que Naya a besoin de réponse et que vous lui parliez de quelque chose en particulier, lance-t-elle en direction de l’inconnu.
Une fois qu’elle quitte la chambre, l’homme s’adosse au mur en croisant les bras. Je ne sais pas par quoi commencer, notre joute visuelle me perturbe. Je ne reconnais pas cet homme devant moi. Il est ceci dit plutôt charmant à regarder, mais tout chez lui m’est étranger.
— Tu n’as aucune idée de ce qui s’est passé les dernières soixante-douze heures ?
Je secoue la tête en me mordillant la lèvre supérieure.
— Et tu ne sais vraiment pas qui je suis… Naya ?
— Non… murmuré-je timidement en baissant la tête.
— Alors reprenons depuis le début. Enchantée Naya, je suis ton fiancé, Côme ! lance-t’il en me tendant la main pour me saluer.
Je sonde cette paume devant mon nez et le regarde une nouvelle fois droit dans les yeux, perdue. Je n’ai aucune bride d’image qui me rappelle cet homme présent devant moi. Tout est si flou dans ma tête. Nous sommes fiancés selon ses dires et je ne connais personne qui pourrait confirmer sa parole.
Seulement, je me dis que s’il est actuellement à mes côtés aujourd’hui, c’est que je dois compter pour lui d’une manière ou d'une autre. Peut-être était-il important pour moi avant cet accident ? Je suis seule face à cet obstacle et je dois prendre rapidement une décision à propos de lui. La confiance qu’il m’inspire me conforte dans mon idée première.
— Enchantée Côme. Alors, moi c’est Naya si j’ai bien compris… lui réponds-je sans lui serrer la main. Nous avons beaucoup de choses à nous dire, je crois. Tu devras sûrement me laisser du temps pour accepter la nouvelle, car comme tu le sais, ma vie repart à zéro à partir de cet instant.
— Je comprends, ça doit-être perturbant pour toi, autant que ça l’est pour moi. Nous prendrons tout le temps qu’il faudra pour que tu reprennes tes repères et ainsi nous pourrons reprendre le cours de notre vie ma puce.
Ma puce.
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-Chapitre 7-
Amber / Naya
♪ Memories - Shawn Mendes ♫
Hôpital
Les jours qui ont suivi, Côme et moi avons longuement discuté. Il est resté à mes côtés chaque minute depuis mon réveil et j’apprécie sa compagnie. Je lui ai surtout posé énormément de questions à propos de ma vie, pour réapprendre à connaître la personne que je suis réellement. Celle que j’ignore encore aujourd’hui. Toutes les réponses de Côme ne m’ont aucunement aidée à retrouver ne serait-ce qu’une bribe de souvenir.
Pourtant, j’aimerais renouer avec cette femme que j’observe tant bien que mal dans le reflet du miroir, mais elle semble si refermée, remplie de secret. Ce que je vois en face de moi ne me dit rien, autant mon teint mat que la forme de mon visage… j’ai comme l’impression de me découvrir pour la première fois, dans un corps qui ne m’appartenait pas avant ça. Chaque marque sur sa peau m’est inconnue, de l’atroce cicatrice sur son visage aux ecchymoses éparpillées sur ses mollets. Tout m’effraie et me paraît si improbable. Je n’ai pas réellement subi toutes ces brutalités, car si c’était le cas, je m’en souviendrais…
Je suis prostrée devant mon image et mes yeux balayent chaque parcelle abîmée de mon corps. La pulpe de mes doigts effleure les stigmates de mon passé jusqu’à ce que ma main frôle la dernière plaie à l’angle de ma mâchoire. La coupure sur la peau de ma gorge est encore moche pourtant c’est celle que j’admire le plus face au miroir. Mes yeux descendent sur la glace de la salle de bain et rencontrent ce dessin coloré sur la peau de mon pubis. Une serrure entourée de nombreuses tâches bleu et rose, dont j’ignore la signification.
— Tout va bien ma puce ? demande Côme en toquant à la porte.
— Oui, oui ! réponds-je affolée.
— Le docteur nous attend, je sors la valise et on pourra y aller. Tu as besoin d’autre chose ?
— Non, j’ai tout ce qu’il me faut.
J’enfile à la hâte les vêtements propres qu’il m’a ramenés et essaie de dompter ma chevelure encore humide et pour le moins atypique. Je dois me renseigner à ce sujet, car je ne pense pas que j’ai pu accepter une coiffure pareille. Je quitte la salle de bain et rejoins Côme dans le couloir de l’hôpital, seul endroit que ma mémoire connaisse. Mon point de départ pour cette nouvelle vie.
— Dis-moi Côme.
Le jeune homme redresse le menton vers moi pendant que nous avançons.
— Pourquoi mes cheveux sont-ils aussi mal coupés ?
— Comme je t’en ai déjà parlé, je n’étais pas à tes côtés quand cette folle t’a sauté dessus. Je présume qu’elle t’a volontairement coupé des mèches pendant votre dispute, dit-il en haussant les épaules. Nous irons chez le coiffeur si tu veux pour égaliser tout ça en rentrant à la maison.
Je hoche la tête et nous patientons sur les chaises de la salle d’attente. Je sors aujourd’hui après deux semaines ici. Je suis impatiente de prendre un nouveau départ. Après avoir saisi ce qu’était ma vie au début, j’ai conscience que je dois prendre ça comme une nouvelle chance que m’offre le destin. Je tourne le visage vers Côme et ses lèvres s’étirent en exhibant de parfaites dents alignées.
— Tu es sûre que ça va ? demande-t-il d’un ton soucieux.
— Oui, j’ai hâte de savoir ce que va me dire le neurologue.
Je replonge dans les paroles de Côme, les souvenirs de nous qu’il m’a comptés ces derniers jours.
« — Je vais commencer par ce qui s’est passé cette nuit-là. Tu dois être attentive, car il est difficile pour moi de me rappeler de ce qu'il s'est passé et je m’en veux tellement de ne pas avoir été présent que je ne songe pas te reparler de cette situation un autre jour, lance-t-il en me dévisageant d’un air sérieux.
J’acquiesce et il continue.
— Nous étions invités aux fiançailles d’un couple d’amis à moi. Donc nous avons passé la soirée ensemble, avec un bon nombre d’invités, je ne saurai te dire combien nous étions, car ce sont de très grandes familles qui se sont liées ce soir-là. À un moment tu m’as annoncé que tu allais prendre l’air alors que je parlais avec un de nos voisins de table. Tu es partie seule en direction de l’extérieur et tu as mis vraiment beaucoup de temps à revenir. J’ai entendu des cris stridents provenant de la cuisine, ne te voyant pas arriver, j’ai suivi l’attroupement de personnes qui se ruaient dans la salle. J’ai découvert ton corps étalé, en sang contre l’îlot central et j’ai paniqué lorsque j’ai compris qu’une de mes ex-petites amies s’était acharnée sur toi. Elle maintenait un couteau de boucher contre ta gorge et tu étais inconsciente. Tout est allé si vite, alors j’ai réagi de la seule manière qui me semblait bonne. Pendant qu’un ami sortait mon ex de la pièce, je t’ai nettoyé la plaie que tu avais au niveau du cou. Ensuite je t’ai portée jusqu’à la voiture et amenée aux urgences les plus proches. Tu as été prise en charge très rapidement ici et un médecin est venu m’expliquer que tu avais perdu beaucoup de sang. Le choc que tu as pris à la tête pendant la bagarre était assez grave et d’après lui tu aurais frôlé la mort de peu. Tu as eu un gros traumatisme crânien, mais jamais il n’a évoqué le fait que tu pouvais perdre la mémoire.
Je le vois pour la première fois et découvre les émotions puissantes que dégage son regard sur moi. Il m’aime, c’est une certitude. Je présume que toutes les femmes au monde rêveraient qu’un homme les regarde de la manière qu’il le fait pour moi à cet instant. Une tension électrique émane de son corps et anime le mien. Mon cœur bat si vite et fort qu’il est douloureux. Côme s’avance vers moi et pose délicatement sa main contre ma joue. Son pouce caresse tendrement ma peau et je frissonne comme une adolescente face à son crush.
— Je ferai tout pour toi Naya. Nous avons tout à rattraper et je prendrai le temps qu’il faudra pour tout te raconter. Seulement, fais-moi confiance s’il te plait. Sache que j’ai longtemps cru t’avoir perdue, mais je vais me rattraper comme il se doit. »
Une main me secoue légèrement l’épaule et je sors de ma léthargie.
— Le docteur vient de t’appeler. Allons-y ! m’annonce Côme.
Nous entrons dans le cabinet du neurologue et nous nous installons côte à côte.
— Bonjour Naya, je vous reçois ici pour vous donner le bilan de votre traumatisme crânien avant votre sortie. Déjà, je voudrais savoir comment vous allez.
— Bien merci. Malgré le fait que je ne me souvienne de rien, tout va bien. Mes cicatrices sont belles et Côme m’accompagne dans cette épreuve alors je pense que ça ira pour la suite.
— Nous avons déjà vu avec votre compagnon les prochaines étapes sur votre retour chez vous et le suivi médical à faire dans les mois à venir. Nous avons convenu ensemble qu’aucun traitement ne vous sera administré puisque vous allez avoir des rendez-vous avec des spécialistes. Côme a déjà trouvé un établissement à Los Angeles qui pourra vous accueillir deux jours par mois pour faire travailler votre mémoire.
Je regarde Côme me fixer intensément. Il semble heureux des nouvelles qu’annonce le docteur, alors je lui souris en attrapant une de ses mains dans la mienne. L’étonnement se lit sur son visage pendant que mes doigts se faufilent dans les siens pour resserrer la prise.
— Je voudrais revenir sur vos souvenirs Naya. Pouvez-vous me dire si depuis votre hospitalisation, vous avez réussi à récupérer quelques fragments de votre passé ?
Mon soupir en dit long.
— Non, rien. J’ai comme l’impression que mon cerveau a effacé ma vie avant mon réveil, comme s’il avait fait le tri lui-même. Côme m’a vaguement expliqué d’où je viens et je pense sincèrement que c’est mieux comme ça.
Le médecin se relève de la chaise et s’installe à moitié assis sur le bureau devant nous. Il croise les bras après avoir remonté les lunettes qui glissaient sur son nez.
— En effet, parfois le corps a trop longtemps accumulé de malheureux souvenirs, donc votre subconscient a peut-être appuyé sur le bouton reset de votre cerveau. Néanmoins Naya, sachez qu’il sera fort probable que vous rêviez de certaines choses, vous remémorant votre passé. Si cela arrive, je vous conseille vivement d’en parler au médecin qui vous suivra sur la côte ouest. Vous pourriez également voir durant vos prochains jours des objets ou des personnes qui vous rappelleront un passage de votre vie, alors ne paniquez pas. Prenez ça comme un clin d’œil de votre passé pour avancer et vous endurcir pour l’avenir.
— D’accord, réponds-je timidement.
— Je vais juste terminer sur la prise de sang que nous avons faite postopératoires, dit-il en regardant Côme avec insistance. Avez-vous pu en discuter ?
Nos mains liées se détachent tandis que mon compagnon se retourne pour me regarder droit dans les yeux. Ils brillent plus que d’habitude quand je devine un malaise dans ses gestes, Côme déglutit et sa voix est remplie de doute.
— Avec tout ce qui s’est passé, je n’ai pas vraiment pensé à ça ces derniers jours, entre ta perte de mémoire et ton désir de vouloir connaître ton passé, j’ai omis de t’apprendre une nouvelle.
Côme prend mon visage en coupe et avance mon visage si proche du sien que nos souffles se mélangent.
— Pendant que tu étais en salle de réveil, une infirmière est venue m’annoncer ta récente grossesse… nous allons avoir un bébé !
Mes yeux papillonnent un instant tandis que mon cœur rate un battement.
— Tu peux répéter ?
Son visage se décompose et le docteur pose sa main sur mon épaule, soutenant mon corps qui flanche.
— Vous êtes enceinte de deux mois Naya. La nouvelle est difficile à apprendre, mais vous avez encore l’option d’avorter si vous le souhaitez.
Une pression m’écrase à l’intérieur alors je tente de me relever. Côme me retient avant que je chute.
— Ma puce, tu as encore quelques jours pour te poser les bonnes questions. Nous prendrons la décision lorsque tu sauras ce que tu veux faire de ce bébé. Mais réfléchis bien 0.Naya, cet enfant est peut-être une solution pour nous.
D’un coup, ma tête se met à tourner et ma vision se trouble. Côme me rattrape en soufflant sur mon visage, rafraîchissant ma peau. Je le regarde, une fois que la vue me revient et je lui demande.
— Que souhaiterais-tu que je fasse ? Cet enfant est de toi ?
— Bien sûr que c’est notre enfant… hésite-t-il avant de reprendre. Euh… et si le choix était le mien je le garderais, car nous pourrions repartir sur une base saine, toi, moi et ce bébé.
J’ai tant de choses à apprendre encore sur moi avant d’envisager d’avoir un enfant. Et au fond, je ne connais pas vraiment Côme, ni ce qu’était notre vie avant ce tragique accident. Mais je suis convaincue que ce petit être qui grandit en moi mérite tout l’amour que je peux lui apporter. Je refuse de retirer la vie à un embryon, car s’il est toujours en moi malgré cette agression, c’est que quelque part mon corps m’a demandé de veiller sur lui. J’ai la conviction que l’autre partie de moi serait de mon avis et accepterait de garder cet enfant. Quant à moi je n’ai aucune idée de ce que je compte faire.
— Je dois encore réfléchir, puisque ça reste une nouvelle difficile à appréhender, avoué-je tristement.
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-Chapitre 8-
Amber / Naya
♪ Feeling Good -Muse ♫
Los Angeles — 4 mois plus tard
Ce nouveau départ est un vrai bonheur. J’ai décidé de me laisser porter par la vie que me propose Côme et je suis incroyablement surprise de respirer à pleins poumons l’air californien. J’ai une confiance aveugle en cet homme qui m’accompagne quotidiennement même si aucun de mes souvenirs ne sont jamais revenus. J’ai refusé catégoriquement la thérapie pour retrouver ma mémoire, ne voulant pas spécialement me rappeler certains souvenirs. Puis nous avons longuement parlé de ce bébé qui grandissait en moi et il m’a convaincu de garder cet enfant. D’après lui, cette nouvelle ne pouvait pas mieux tomber pour notre couple, après ce que j’ai vécu avec cet accident. Nous n’en avons plus vraiment parlé, car l’essentiel est que je sois toujours là, en bonne santé. Je suis peut-être naïve, stupide, mais cet homme me comble depuis le premier jour de ma nouvelle vie. Aucun bout de mon passé n’a ressurgi donc j’ai fini par fermer les yeux et me laisser guider par lui. Nous avons créé un lien à l’aide de la grossesse Côme et moi, qui nous rapproche chaque jour un peu plus.
J’aime tout chez cet homme, il est drôle, charmant et bienveillant. Je ne peux pas encore lui avouer mon amour pour lui, ne sachant pas vraiment comment faire. J’ai cette sensation en moi qui me bloque et je ne comprends pas ce qui me freine à me rapprocher davantage de lui. Je n’ai encore pas eu l’envie physique de lui prouver quoi que ce soit. Côme me laisse le temps de le découvrir à mon rythme, j’apprécie cette attention de sa part. C’est comme si tout était « une première fois » pour moi depuis que je suis sortie de mon réveil quatre mois plus tôt.
Côme est indéniablement indispensable à ma vie. Nous avons passé des soirées entières à rire, à échanger ensemble. Il a su répondre à mes questions sur mon passé et j’apprécie le fait qu’il n’y ait aucun filtre entre nous. Lorsque je lui ai demandé comment nous nous étions rencontrés, j’ai été surprise par son aveu. Je me prostituais contre mon gré dans un club de la mafia Gréco-Américaine, d’où proviennent les cicatrices qui ornent ma peau. J’avoue ne pas y avoir cru pendant un temps, mais Côme semblait vivre les scènes lorsqu’il m’a annoncé cette nouvelle. Lui était barman dans ce bar et nous avons commencé notre relation secrète avant qu’il ne décide de tout plaquer et partir avec moi. Depuis cette révélation, je refuse d’en savoir plus sur mon passé. Il m’a confié ne jamais vouloir me rappeler les mauvais moments que j’ai vécu et j’ai accepté de voiler ce passage désastreux de mon existence.
La seule et unique chose que j’ai souhaité connaître a été de savoir où se trouvaient mes parents. Il a longtemps hésité ce jour-là, il tournait et virait dans l’appartement avant de me dire qu’il ne les connaissait pas. Il savait seulement que j’avais été enlevée à l’âge de neuf ans et qu’il attendait mon accord pour lancer les recherches si je souhaitais en savoir davantage. Avec ce bébé en moi, je refusais d’envenimer le stress qui pouvait causer du mal à cet enfant.
Aujourd’hui nous sommes en route vers l’hôpital pour connaître enfin le sexe de notre enfant. Nous prenons un taxi, car Côme roule habituellement en moto, ce qui n’est clairement pas pratique pour moi. Il m’avait proposé au début de grimper dessus, seulement les secousses me filaient la nausée.
Je suis très excitée par l’idée de découvrir le petit secret de ce bébé. Mon ventre est sacrément imposant et je commence à avoir de petites douleurs dans le dos qui me permettent d’avoir des massages experts de la part Côme. L’homme attendrissant qui vit avec moi est un amour, je ne sais pas s’il s’occupait autant de moi ou s’il le fait à cause de ce qui m’est arrivé, mais j’espère qu’il continuera sur cette voie. Il est tellement doux et affectueux pourtant je n’arrête pas de me poser des questions à son sujet…
∞
Le gel bleuté posé sur le bas de mon ventre est glacé. À chaque fois que nous sommes ici, Côme maintient ma main fermement en me regardant les yeux brillants. La sonde balaye la gelée puis l’image s’affiche au-dessus du gynécologue sur un écran qui montre mon enfant, en noir et blanc. Il laisse découvrir le minimum possible de lui, dessinant les formes de son corps en cours de création et cette image est exaltante. J’aime être enceinte, j’aime sentir les frêles coups que me donnent les petits pieds de mon bébé.
— J’imagine que vous être impatient de connaître le sexe de votre enfant ? nous questionne le professionnel.
— Oui ! répondons-nous en cœur comme si nous ne faisions qu’un.
Pendant qu’il cherche à trouver la bonne position pour découvrir le secret caché, il en profite pour prendre des photos. Cet enfant bouge énormément. Le gynéco s'y reprend à plusieurs fois pour capturer l’image de ses pieds pour mesurer leur taille, quant à moi, je vérifie s’il n’a pas un orteil en trop. La pression de la main de Côme me sort de mes pensées tandis qu’il s’approche de moi.
— Je parie sur un petit mec ! souffle-t-il sûr de lui.
Je secoue la tête et lui tire la langue.
— Je t’ai déjà dit que ce serait une petite princesse.
Nous rions lorsque le gynéco nous interrompt dans un hoquet de joie.
— Enfin ! Eh bien il faut dire que cet enfant n’est pas calme. Mais j’ai enfin réussi à sauvegarder l’image de son secret.
Je resserre mes doigts dans ceux de mon compagnon et bifurque le regard sur l’écran. Pendant que le gynécologue capture l'image il nous annonce :
— Vous attendez une petite fille.
Un sourire incontrôlable naît sur mes lèvres, un élan de bonheur explose dans ma poitrine et une fierté jaillit de mon cœur.
— Et une princesse chez les Taylor ! m’extasié-je gaiement. J’avais raison !
Le regard humide de Côme me percute de plein fouet, laissant paraître une avalanche d'émotions émouvantes. Sa bouche s’étire lorsqu’il se lève pour picorer mes lèvres tendrement.
— Tu avais raison ma puce. Je t’aime tellement… chuchote-t-il à mon oreille.
Je frissonne à l’entente de ces trois mots qui pour moi sont si difficiles à prononcer. La sincérité des sentiments de l’homme à mes côtés est bouleversante. Et malgré cela, je ne cesse de croire au fond de moi, que quelque chose cloche. Tout est parfait … beaucoup trop parfait ! Côme était le seul présent ce soir-là. Le seul présent aujourd’hui… il plaisait certainement beaucoup à l’autre moi, la Naya d’avant l’accident, mais qu’en est-il de celle que je deviens jour après jour ? Bien qu’il prenne soin de moi, s’inquiète pour ma vie et languit de rencontrer sa fille, je me pose encore des questions sur cette vie laissée aux oubliettes. Mon cœur ne bat pas la chamade comme le citent les femmes dans les films romantiques que nous regardons à la télévision le soir avant de dormir. Je me sens en sécurité à ses côtés et je me contente de cette situation tant que ma mémoire ne décidera pas d’elle-même à me fournir une quelconque réponse.
— C’est donc toi qui choisiras le prénom, annonce Côme en reculant contre le dossier de sa chaise sans lâcher mon regard.
Je sens l’excitation du moment me quitter lorsque je décèle de la peine dans les iris bruns de mon partenaire. Nous en avons déjà parlé, au sujet de la réciprocité de mes sentiments… mais je ne peux me mentir à moi-même. Le médecin nous regarde à tour de rôle et je perçois la gêne quand ses lèvres se tordent.
— Je vous imprime les images et je vous laisse vous rhabiller Naya, lance-t-il pour changer de sujet. Le prochain rendez-vous sera quelques semaines avant l’accouchement. Prenez-soin de vous.
∞
Du retour à l’appartement jusqu’au début de l’après-midi, Côme semblait ailleurs. Je suis donc sortie le temps de faire quelques courses pour le dîner. Je traîne quelques billets au fond de mes poches et ai appris à compter mes dépenses. Je ne dois pas acheter et avoir envie de plus que ce que peut me permettre cette monnaie. Cet argent que me donne chaque semaine Côme est indispensable pour moi. Un billet vert tellement lisse qu’il tire de la poche arrière de son jean troué. Je me demande encore comment fait-il pour obtenir autant d’argent, seulement je m’interdis de lui en demander plus.
J’ai continué mes recherches d’emploi toute la semaine en allant directement démarcher les entreprises. Du ménage à la plonge dans les restaurants, partout où je me suis présentée j’ai été recalée. Mon ventre commence à s’imposer et impressionne les employeurs. Je les comprends, mais je ne peux rester dans cet appartement où je me meurs jour après jour. Je refuse de rester cloîtrée dans une pièce à tourner en rond, j’ai comme des angoisses à rester seule. Parfois je me demande si je ne suis pas claustrophobe, puisqu’il m’arrive même de vérifier plusieurs fois par jour si j’ai bien laissé la porte de l’entrée ouverte. Ces drôles d’habitudes font beaucoup rire Côme qui ne comprend pas ce besoin d’avoir la possibilité de partir sans difficulté. J’ai aussi commencé à prendre des cours de nuit pour réapprendre les bases d’écriture et de lecture. Mais cela ne suffit pas encore pour demander une formation pour un quelconque métier.
En longeant le boulevard proche de la maison, je m’arrête un instant devant la vitrine vintage d’une librairie.
Qu’est-ce que j’aimerais savoir lire…
À travers le verre fin, je découvre des dizaines d’étagères remplies à ras bord de couvertures plus ou moins anciennes. Des livres colorés et d’autres plus sombres m’intriguent. Je ne peux m’empêcher de scruter cette boutique lorsque je passe sur le trottoir. Soudain, mon cœur pulse violemment dans ma poitrine lorsqu’un flash m’éblouit.
Le souvenir d’une pièce éclairée et spacieuse me revient en pleine figure. Ma salive reste bloquée dans le fond de ma gorge et quand enfin — péniblement je déglutis — y perçoit des montagnes de bouquins, des étagères…Non ! D’immenses bibliothèques sont chargées d’œuvres, livres et bibelots jusqu’au plafond. J’ai cette sensation d’y être chez moi, à l’aise, dans mon monde.
— Mademoiselle ? entends-je sourdement.
Une main encercle mon bras, en ancrant des ongles fins dans ma peau. Je sursaute et réalise que mon corps est au sol. J’ai fait un malaise ?
— Mademoiselle ? Comment allez-vous ? S’inquiète la voix fluette d’une vieille dame. Vous m’entendez ?
Je me redresse, reprenant contenance. Nos yeux entrent en contact et une chaleur se propage à l’intérieur de mon corps. Une douce perception qui me fait du bien.
— Euh, oui… je vais bien. Merci !
Je souris à cette femme accroupie devant moi puis me relève lentement. Ma tête est lourde, je discerne une gêne dans mes entrailles. Je plaque ma main sur la vitrine, soutenant mon âme qui tente un envol discret. Un haut-le-cœur me monte à la gorge.
— Venez ! Suivez-moi, dit-elle en tirant sur mon poignet pour que je l’accompagne.
Ce que je fais machinalement. Le tintement d’une clochette résonne au loin tandis que la dame m’aide à m'asseoir sur une chaise en bois. Mes coudes se posent sur mes cuisses alors que ma tête s’enfonce dans mes paumes. J’inspire doucement l’air par le nez quand mon cœur réduit la cadence. Le bruit des talons de la vieille dame claque sur les carreaux abîmés du sol, mais mon regard est encore plongé dans mes mains.
— Prenez ceci.
Elle balance un sachet de sucre devant ma tête. Je l’attrape en relevant le menton et ne sachant pas quoi faire, je dévisage cette inconnue.
— Ouvrez-le et avalez le tout. Vous avez fait un malaise, alors ça ne pourra que vous faire que du bien.
Ni une, ni deux, je déchire le papier et laisse glisser les grains sucrés sur ma langue. Je le suce délicatement pendant que ma salive remonte dans ma bouche faisant fondre l’intégralité.
— Merci madame, murmuré-je affaiblie.
— Que vous arrive-t-il ? Vous ne mangez pas à votre faim ?
— Pourtant si ! Je ne comprends pas, je n’ai jamais fait de malaise avant aujourd’hui. Du moins… Au plus loin que je me souvienne, avoué-je.
— Je vais vous chercher un verre d’eau ! Ne bougez pas.
Elle repart dans le fond de la pièce lorsque je comprends où je me trouve. La librairie. Je tente de me remettre sur les jambes et y arrive avec douceur. Mes pas me guident sur la première étagère qui me fait face et mes doigts coulissent sur les tranches rigides des livres. L’odeur m’attire tandis que mes yeux essaient de deviner les lettres inscrites sur une couverture. Ces foutus bouquins me captivent, m’appellent. Mon index attrape le haut d’un livre et il atterrit entre mes doigts. J’ouvre délicatement la page et laisse ma peau caresser la page vieillie.
— “Mon unique amour a jailli de mon unique haine, je l’ai connu trop tard et vu trop tôt sans le connaître vraiment, prodigieux amour auquel je viens de naître qui m’impose d’aimer un ennemi tant détesté”, scande la voix de la dame dans une résonance assourdissante. Roméo et Juliette. Vous connaissez ?
Je secoue la tête de gauche à droite en reposant timidement le livre dans l’espace vide de l’étagère.
— Je ne sais pas lire, madame.
Le hoquet de surprise que lâche sa bouche me fait baisser le visage. Elle s’approche de moi, me tend un verre d’eau fraîche dont j’avale le contenu en évitant son regard.
— Quelle belle richesse qu’est le pouvoir de savoir lire.
— C’est mon rêve le plus profond, mais je prends des cours depuis quelques semaines. J’en suis très contente d’ailleurs ! avoué-je en lui rendant le verre vide.
— C’est une bonne chose. Allez-vous mieux ? s’inquiète-t-elle en s’approchant.
— Oui, merci infiniment pour votre gentillesse, je vais vous laisser.
Je commence lentement à me diriger vers la sortie puis la vieille dame m’interrompt.
— D’où venez-vous mademoiselle ?
La main posée sur la poignée je soupire, frustrée.
— Que voulez-vous dire ?
— Vous être Amérindienne ! D’où viennent vos racines, la Colombie ? Brésil ?
— De ce que l’on m’a appris de Colombie, lui réponds-je toujours dos à elle.
— Et vous vivez ici ?
Que me veut-elle ? Peut-être qu’elle me croit possible de lui avoir volé quelque chose dans sa boutique ? Son visage est similaire à mes traits. Son teint ambré ainsi que ses petits yeux bruns me laissent comprendre d’où vient sa curiosité.
— Depuis plusieurs mois oui. Et avant Los Angeles j’étais sur Boston.
Je me retourne et découvre sa tête penchée sur le côté, si attendrissante, les rides qu’elle possède sur le visage adoucissent et embellissent l’ensemble. De petites dents apparaissent entre ses fines lèvres.
— Pour quand est-ce prévu ? m’interroge-t-elle en pointant mon ventre arrondi du bout des doigts.
— Dans trois mois. C’est une petite fille ! Nous venons de l’apprendre ce matin.
— Quel bonheur ! Une fille ! J’ai eu qu’un seul garçon, qui a lui-même eu un garçon, raille-t-elle.
Je lâche la porte et me retourne franchement.
— Ah oui ? Ils sont aussi typés que vous et moi ?
Nos pas se rejoignent et les mains douces de la vieille dame se posent sur mes joues.
— Si vous n’avez rien d’autre à faire mademoiselle, restez avec moi passer le temps ? Je serais ravie d’en apprendre davantage.
Je lui souris et accepte sa demande. Sa familiarité ainsi que sa bienveillance me poussent à vouloir découvrir davantage sur cette femme, sa culture et sa vie.
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