Dark Hope - T2 - Never in my heart
-Chapitre 18- · Amber / Naya
♪ OK -MABEL ♫
Los Angeles
— Continue, exige Dareios en caressant mon dos.
J’hume son parfum qui aussitôt me rassure, sentir les fragrances aux notes très viriles du mafieux est apaisant. Ma tête s’est nichée naturellement dans le creux de son cou comme si ce grand corps musclé pouvait me protéger des révélations apprises par Côme.
— Quelques semaines après ta disparition, j’ai surpris une conversation téléphonique d’Ashley, ta maîtresse. Elle était au comptoir du bar à l’Odyssée, j’ai alors tendu l’oreille pour écouter ce qu’elle disait, m’apprend-t-il.
Les doigts de Dareios, ornés de nombreuses bagues en or, me caressent la colonne vertébrale, se voulant rassurant. Du moins, c’est ce que cette sensation me procure.
— Ce jour-là, elle s’adressait directement à toi, elle voulait te rencontrer rapidement pour t’expliquer les détails du décès de ta colocataire à la maison close. Vous aviez convenu ensemble d’un rendez-vous dans un café du centre-ville de Boston, alors j’ai noté sur mon calepin le jour, l’heure et le lieu pour pouvoir te retrouver.
Tous ces noms ne me disent rien, malgré ses explications je ne comprends pas tout ce qu’il m’apprend sans détour. Apprendre que ma mère s’est servie de moi pour obtenir de l’argent me détruit plus que je l’aurai cru, pourtant elle comme le reste est si flou dans ma mémoire. C’est difficile de comprendre mes réactions disproportionnées face à ces révélations. Côme poursuit son monologue tandis que mes idées sont ailleurs, bien trop loin de la réalité.
— Comme prévu, tu attendais ce vendredi matin à la terrasse du restaurant et je vous ai espionnées de loin. Je n’arrivais pas à entendre ce que vous vous disiez, mais je voyais bien sur ton visage que rien n’allait, soupire-t-il bruyamment. Lorsque tu es partie, tu étais très agitée, en colère et tu as terminé la journée dans un bar à t’enivrer. Quand tu t’es rendu compte de ton ivresse, tu es sortie du bar et tu as pris un taxi alors je t’ai suivie avec ma voiture jusqu’à ce que tu rentres au domicile des Petridis…
— Tu l’as suivie jusqu’à chez moi ? s’informe Dareios d’un air étonné.
Sa voix grave hérisse le duvet dans ma nuque et je lève le nez pour sonder son expression fermée. La fine barbe ainsi que ses cheveux mi-longs lui donnent un air redoutable et confiant qui me subjugue.
— Je te connaissais depuis plusieurs mois, dit-il en s’adressant à lui. Tu avais pris la relève de ton père et tes courts passages à l’Odyssée avaient tendance à laisser des traces. Entre ta vulgarité et ta façon de traiter les prostituées du club, j’ai de quoi me souvenir de toi.
— Viens-en au fait ! crache Dareios en enfonçant la pulpe de ses doigts sur ma peau.
Je décide enfin de me redresser pour me retourner et faire face à Côme, mais mes yeux captent le regard bleuté de cet homme qui m’était encore un simple inconnu hier. Je ne comprends pas tout ce qui se passe ce soir, mais ce qui est sûr c’est que mon corps n’a jamais été aussi à l’aise dans les bras d’une personne. Je lui souris timidement puis relève la tête en direction de Côme.
— Je savais désormais où la trouver, mais il me fallait un stratagème pour la récupérer alors j’ai attendu un événement comme celui des fiançailles de la fille de Sylvio, avoue-t-il sans attendre. Je devais manigancer un plan parfait pour ne pas me faire avoir. J’ai longtemps observé tes gardes qui surveillent l’entrée de ta villa, seulement l’arrière du jardin n’est jamais sous protection. Le soir des fiançailles, tu étais au courant du retour de ton père alors tu as clairement laissé la villa ouverte à n’importe qui.
— Putain ! chuchote Dareios dans ma nuque, me faisant sursauter de surprise.
— J’ai assisté à la soirée, mais en tant que barman. J’avais annoncé mon départ auprès d’Alpha en lui expliquant que je voulais voir du pays, il a accepté que je termine mon service pour lui ce soir-là. Lorsque tu t’es battu avec ton petit frère, j’ai remarqué qu’Amber était très nerveuse, donc je me suis dit qu’il était temps pour moi de partir de chez toi et de me cacher dans une pièce en attendant votre retour.
La tension dans la pièce augmente et je ressens qu’un incendie couve également chez le mafieux. Son souffle saccadé prouve à quel point il contient sa rage, attendant d’avoir le dernier mot de Côme pour agir.
— Quand je suis arrivé devant ta villa, j’avais planqué ma voiture dans un coin isolé à l’arrière et je suis entré non sans mal à l’intérieur J’avoue avoir eu beaucoup de difficulté à trouver la chambre qui devait appartenir à Amber, alors je me suis caché derrière un rideau du hall d’entrée en attendant votre retour.
Tous ses secrets éclatent, mais je n’en suis pas pour autant reconstruite. Je n’arrive pas à comprendre la moitié des faits qu’il avoue. Côme semble se justifier face à Dareios, mais qu’en est-il de mes réponses ?
— Lorsque j’ai entendu la porte d’entrée s’ouvrir, je me suis déplacé dans l’obscurité pour voir ce qu’il se passait. Ton bras droit portait le corps inanimé d’Amber dans un drap et il était suivi de près par un médecin, réplique Côme la voix teintée de désarroi. J’ai attendu quelques minutes avant de me déplacer dans leur, en patientant dans la pénombre du couloir qu’ils quittent sa chambre pour entrer à mon tour. Le souvenir de son corps inerte est encore ancré en moi.
Apprendre que c’est de moi qu’on parle est tellement hallucinant. Je n’arrive pas à imaginer une seule seconde que moi, Naya, ait pu vivre ne serait-ce que le tiers de ce qu’il raconte…
— En moi aussi…souffle le mafieux me provoquant une cascade de frissons le long de ma colonne vertébrale.
Tous deux semblent si sincères en parlant de moi. Deux hommes qui admirent et aiment la même femme alors qu’elle ne se souvient ni de l’un ni de l’autre… Quelle tristesse…
— Quand les bruits dans la maison se sont calmés, j’ai attendu dans son dressing pour ne pas me faire surprendre puis elle a fini par gesticuler doucement. J’avais peur qu’elle panique en me voyant dissimulé dans le placard et qu’elle se mette à hurler, donc j’ai patienté encore. Je ne sais pas pour quelle raison elle s’est dirigée vers l’armoire, mais quand j’ai compris qu’elle s’approchait, je suis sorti lentement pour ne pas la brusquer, cependant rien ne s’est déroulé comme prévu…
— Tu l’as agressée ? l’interrompt Dareios furieux, que je sens trembler sous mes cuisses.
Ma main se dépose sur la sienne, calmant instantanément ses convulsions. Ses poings épais se détendent sous mon geste bienveillant, libérant leur pression. La pulpe de mes doigts caresse sa peau tatouée, pendant qu’il m’offre un regard interrogateur.
— Non, Amber est partie à la renverse et je n’ai pas eu le temps de la rattraper. Son crâne a violemment percuté le meuble, mais je ne pensais pas que ce serait si grave, riposte-t-il en guise de défense. Dans l’obscurité je n’y voyais rien, c’est seulement quand je me suis rapproché d’elle que j’ai compris qu’elle perdait du sang à outrance, avoue Côme d’une voix affolée. Je n’ai pas cherché plus longtemps… je l’ai portée et j’ai couru dans toute la villa pour la ramener en urgence à l’hôpital. Personne ne surveillait l’entrée alors je suis parti comme je suis arrivé.
J’ai dû perdre la mémoire à cause de la brutalité de ma chute. Ce qui paraît bizarre, c’est que rien de ce qu’il raconte ne semble être ma vie. Mon passé. Comment se fait-il qu’aucune image ne se dessine sous mes paupières ? Qu’aucune ombre ne traverse mon esprit en me ramenant à ce jour précis ? Vais-je rester enfermée seule dans la boîte qui contient seulement mon présent et un futur confus ?
— Pourquoi m’as-tu menti ? lâché-je sans m’en rendre compte.
Les yeux de Côme qui divaguaient dans la pièce me percutent lorsque le son de ma voix se met à résonner.
— Quand tu as ouvert les yeux, j’avais déjà rempli le dossier hospitalier avec ton vrai prénom. Je n’avais pas vu de nom de famille inscrit sur le document d’Alpha alors je t’ai donné le mien et j’ai expliqué au personnel soignant que tu étais ma fiancée.
— Tout ce que tu m’as dit à propos de la soirée n’était qu’illusoire ? le questionné-je au sujet de ce qu’il m’a raconté lors de mon réveil.
— Oui…murmure-t-il en fuyant mon regard. J’ai essayé de garder le plus de cohérence par rapport aux éléments que je connaissais de toi. Lorsque je me suis aperçu de la cicatrice dans ton cou, j’ai fouillé mon imagination pour berner les médecins. Un mensonge en entraînant d’autres je me suis créé une fausse identité et je me suis laissé prendre au jeu. Je ne voulais pas aller si loin ma ché…
— Arrête ! m’écrié-je violemment, ce qui réveille ma fille.
Je me relève et fonce sur le lit à barreaux pour la bercer au creux de mes bras en fredonnant un air familier. Cette musique est arrivée dans ma tête le jour de mon accouchement sans jamais réussir à oublier ne serait-ce qu’une partie de la mélodie. Les larmes glissent le long de mes joues, mais je refuse de me montrer aussi affaiblie et touchée par ce que vient de m’annoncer Côme. C’est ignoble de manipuler quelqu’un pour son bien-être personnel, c’est absurde de sa part de m’avoir fait croire monts et merveilles en montant de toute pièce une vie qui n’était pas vraie.
— Je récupère Amber et la petite, lance le mafieux en tapant du poing sur le bois de la table. Récupère tes affaires et partons d’ici.
Je suis troublée par son charisme et la manière dont il a de parler à ma place.
— Je n’ai jamais accepté de vous suivre Dareios, déclamé-je avec véhémence, même si je reste encore indécise quant à la décision à prendre.
— Je ne pense pas t’avoir donné le choix Amber.
Mon corps se retourne alors que le sien se trouve à quelques centimètres à peine. Son buste se penche légèrement sur ma fille et moi alors que je recule d’un pas.
— Va récupérer tes affaires, souffle-t-il à mon oreille.
Je déglutis en réalisant l’emprise que son âme a sur la mienne. Ses ordres font réagir mes jambes qui me guident dans la chambre. Je dépose doucement mon bébé sur les draps froissés du lit et je fourre une partie de ses vêtements dans un cabas qui nous sert habituellement pour faire les courses. Je tente de combler le reste de quelques fringues m’appartenant sans pour autant remplir l’intégralité du sac. J’aperçois le porte-bébé sur la commode et enfile les lanières avant de glisser la petite dedans.
Pourquoi dois-je suivre cet homme qui était encore un simple inconnu hier ? Pourquoi mon traître de corps est-il autant apaisé à proximité de lui ? Pourquoi ai-je la sensation qu’il pourrait m’imposer ses choix en un claquement de doigts sans que je ne veuille le contredire ?
Dareios est une énigme à laquelle je n’ai pas de réponse. Pourtant, je compte bien déceler le secret qui pourrait le faire changer. Il paraît si froid et dur à cause de sa carrure imposante et les dessins qui ornent son épiderme cependant je me sens bien à ses côtés. Son aura mystérieuse m’attire et j’aimerais déceler ses failles.
L’inconscience est mon alliée depuis mon réveil, ce jour-là à l’hôpital. Je suis clairement naïve de croire qu’il voudra bien m’avouer la vérité, mais aujourd’hui je veux avancer et je ne lâcherai en aucun cas mon seul objectif : découvrir qui j’étais avant cet accident. Je souhaite également retrouver ma mère pour lui demander ce qui a bien pu lui passer par la tête pour me vendre à la mafia, obligeant sa fille à finir prostituée dans un club malsain. Alors si Dareios doit m’accompagner dans mes démarches, ainsi que me soutenir dans mon futur, je signe en fermant les yeux….
Puis s’il n’est pas fiable comme Côme, je trouverai une autre solution et reprendrai le chemin tumultueux de ma vie, seule avec ma fille.
J’approche de la porte lorsque j’entends les deux hommes discuter dans la pièce attenante à la chambre. Ma joue se colle au battant essayant de comprendre ce qu’ils se disent jusqu’au moment où l’un d’eux se met à brailler. Je sors de la chambre et reste coi en voyant ce qui se déroule sous mes yeux.
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