Dark Hope - T2 - Never in my heart

Mayiah K. · Chapitre 19 sur 31

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Dark Hope - T2 - Never in my heart

-Chapitre 22- · Amber / Naya

 

♪ I found -Amber Run ♫

 

Los Angeles

Quand Dareios a déserté promptement la pièce, j’ai essayé de partir en forçant sur la poignée, seulement il était impossible de sortir sans la clé. Mes mains frappaient contre le battant en espérant me faire entendre par une femme de ménage ou un passant, mais je m’épuisais plus qu’autre chose. Je me suis réfugiée sur les draps aux côtés de ma fille pour lui donner un biberon en attendant que le mafieux revienne de sa promenade. Lorsqu’enfin la porte de la chambre d’hôtel s’ouvre, je me précipite à l’extérieur en bousculant l’intrus qui essaie d’entrer. Angela blottie dans mes bras, je ne pense malheureusement pas à récupérer mon sac, seulement, à cet instant je me fiche complètement de tout cela. Mon cœur tambourine fortement dans ma poitrine, tant j’ai peur pour ma fille et moi.

Une fois dehors je ne sais plus quoi faire alors je me dirige vers le seul endroit où je me sens en sécurité et libre.

La librairie de Suzie.

Elle est mon dernier point d’ancrage dans ce tourbillon de folie où j’ai décidé de foncer tête baissée. Est-ce qu’Amber partageait cette même naïveté que la nouvelle moi? … Naya…

Je ne sais plus qui je suis.

Je présume que si Dareios m’a retrouvée après tant de mois de disparition, il finira par remettre la main sur moi en un claquement de doigts, mais il est hors de question que l’on me séquestre dans une chambre vide avec ma fille de deux mois. Du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours eu cette phobie des pièces fermées, alors quand j’ai pu m’enfuir je l’ai fait. Cet homme souffle le chaud et le froid, l’autorité dans sa voix me donne la chair de poule tandis que son regard m’attire comme un papillon à la vue d’une lumière. Je n’arrive pas à comprendre ce qui m’hypnotise tant chez lui, car même si aujourd’hui je le fuis, je crois que mon cœur le réclame d’une quelconque manière.

Ce qui se trame dans ma tête est indescriptible, involontaire et inconscient. Suis-je folle de vouloir me soustraire à cet homme qui me captive bien plus que n’importe qui avant lui ? Cette attraction entre nous me bouleverse. Le son grave de sa voix m’apaise, me berce et sa proximité diffuse en moi un bien-être qu’il est impossible d’égaler. Je me suis surprise à plaquer mon visage dans le creux de son cou lorsque Côme annonçait à haute voix tous ses mensonges.

Le parfum du mafieux ne me rappelle rien, pourtant mon âme se sentait à sa place. Est-ce normal de le trouver rassurant sous cette carapace monstrueuse ? Du peu que je puisse en juger, Dareios est lunatique, son obsession à mon égard m’effraie au plus haut point. Il a paru tourmenté par mes mots lors de notre dispute et très inquiet à propos d’une énième disparition. À l’entendre, je lui appartiens. Comment ai-je pu accepter sa possessivité ? Ce trait de sa personnalité me terrorise franchement et je ne pense pas réussir à supporter ça longtemps.

Qu’est-ce qui m’arrive ? je suis folle ou quoi ? J’ai parfois une envie soudaine de le prendre dans mes bras tandis qu’à la seconde suivante, je pourrais le balancer sous les roues d’un camion en pleine vitesse sur l’autoroute…

Je comprends qu’il essaie de m’aider à retrouver la mémoire, seulement je réalise qu’il y a un voile qui camoufle ma vision depuis plusieurs mois et qui m’empêche d’ouvrir les yeux correctement. Quand Dareios trouve des similitudes entre nos deux vies, j’ai très peur qu’il dise la vérité et que celle-ci me blesse à nouveau. Je ne veux plus revivre les cauchemars qui rongent mes rêves tels des spectres de mon passé. L’ancienne moi a préféré rayer cette partie de ma vie une bonne fois pour toutes et il doit y avoir une bonne raison. Je pense qu’il est attaché à elle, comme Côme l’était, pourtant moi je ne les reconnais pas, je n’arrive pas à trouver un fragment de souvenir d’eux.

J’aurais aimé repartir à zéro lors de mon réveil à l’hôpital, avec Angela nous nous serions construites une vie toutes les deux et je suis persuadée que nous aurions réussi malgré les difficultés que ce renouveau engendrerait. Le traumatisme crânien provoqué par ma chute n’est pas anodin, car tout s’est effacé dans mon cerveau. C’était peut-être un signe de mon destin pour reprendre une vie sans encombre ?

La clochette au-dessus de la porte retentit alors que j’entre dans la boutique de mamie. Des clients sont dans l’allée principale et des chuchotements comblent le vide du lieu habituellement silencieux. Suzie est postée derrière la caisse, les lunettes au bord du nez et un livre ancien entre les doigts. Angela semble reconnaître l’endroit où nous sommes en se mettant à gazouiller de bien-être. La tension dans mes membres se détend lorsque l’odeur si particulière de la librairie vient à mes narines. Nous avançons vers la grand-mère qui finit par lever le nez des pages qu’elle lisait quelques secondes plus tôt.

— Naya ! Quel plaisir de te voir avec Angela, tu es en repos ? me questionne-t-elle sans une once de malveillance.

— Mamie nous avons un problème, lâché-je en baissant le son de ma voix pour qu’elle seule entende.

Suzie place la monture de ses lunettes sur ses cheveux comme elle le ferait avec un serre-tête. Son regard m’interroge, soucieux.

— Nous ?

— Ce serait bien trop long à tout t’expliquer, mais je ne sais pas quoi faire.

— Tu n’es pas censé travailler avec Liam ?

J’hésite un instant puis je finis par lui expliquer ce qui s’est passé ces derniers jours. De la rencontre avec le mafieux aux mensonges de Côme, puis la dispute avec Dareios dans la chambre d’hôtel. Mamie hoquette à chaque nouvelle révélation dont je lui fais part, la faisant s’approcher davantage d’Angela et moi. Quelques clients règlent leurs achats entre deux confidences et je discerne une peur immense dans ses yeux bruns.

— Qu’allons-nous faire ma chérie ? Comment t’aider ? s’inquiète-t-elle. Je n’ai pas trop de moyens, mais si tu souhaites partir je peux appeler ma famille en Colombie pour t’accueillir, le temps de trouver une autre solution ?

— Je ne pense pas que ce soit la bonne chose à faire…

— Liam est-il au courant ? demande-t-elle lorsqu’un couple quitte la boutique.

Je secoue le visage de droite à gauche en baissant le visage sur le sol.

— Écoute, je vais le contacter pour lui expliquer que tu dois trouver un endroit pour loger rapidement et que j’envisage de te faire quitter le pays, dit-elle le plus sérieusement du monde.

La conversation ne s’éternise pas, mais Suzie paraît confuse par l’appel téléphonique. Finalement, Liam ne peut se joindre à nous que dans une bonne heure alors je décide de lui confier d’autres détails, sans oublier les informations sur ma génitrice.

 

∞

La matinée a été éreintante et les dernières heures tellement riches en émotions que mon corps ne tient plus debout... Semi allongée sur la table au centre de la librairie je tente de fermer les yeux, mais ma tête étant remplie d’échos bruyants me rappelant la dispute avec Dareios ainsi que les mots de Côme. Je tuerais pour avoir le droit de dormir sans rêver les prochaines vingt-quatre heures. Un cri de rage hurle en moi déchirant mes organes vitaux en lambeaux quand enfin je comprends que la vie a décidé de m’en faire baver. C’est comme grimper pieds nus une montagne rocailleuse enneigée et dont le souffle du vent me percute de plein fouet. J’ai la volonté de réussir ce que j’entreprends, mais si j’avais, ne serait-ce qu’un petit coup de pouce pour m’aider à gravir cet obstacle pour atteindre mon but final, je ne dirais pas non. J’aimerais vraiment que quelqu’un me soutienne sur ce chemin, seulement je ne vois pas meilleure motivation qu’Angela pour progresser dans ce tunnel sombre dans lequel je me trouve.

— Liam devrait déjà être là, annonce la douce voix de Suzie qui s’approche.

— Il a sûrement pris du retard avec son client… je n’ai pas pu l’aider aujourd’hui donc je pense qu’il ne va pas tarder à arriver.

— Je peux te demander quelque chose ?

Le front plaqué sur mes avant-bras croisés se redresse et nos regards entrent en contact.

— Bien sûr mamie…

— Que t’est-il passé par la tête de suivre cet inconnu ?

Sa question est légitime et j’en viens à me le demander également.

— Je n’en sais rien, tu sais je pense que je ne l’aurais pas fait s’il ne m’avait pas imposé de le faire. Dareios a été si autoritaire lorsqu’il m’a fait comprendre que je n’avais pas le choix. Je n’ai pas su répondre autrement. Côme n’a jamais été si impressionnant et exigeant.

— Tu ne te laisses pourtant jamais marcher dessus Naya…

— C’est bien vrai… murmuré-je les larmes aux yeux. Mais je ne peux t’expliquer la raison qui m’a poussée à lui. Tu m’as une fois raconté la légende Japonaise du fil rouge et je crois que la personne qui se tient de l’autre côté du mien, c’est lui…

Suzie avait lu avant la naissance d’Angela une romance qui parlait d’âmes sœurs. Il lui arrivait parfois de me lire quelques passages quand je venais à sa boutique, à attendre que ma fille pointe le bout de son nez. Après qu’elle l’ait terminée, mamie s’est empressée de me conter l’histoire de la légende du fil rouge. Chaque individu vivant sur la terre serait destiné à une autre personne dont un fil rouge invisible les relierait.

— Qu’est-ce qui te fait dire ça ma chérie ?

— Aucune idée, soupiré-je perdue. Je crois qu’il existe des choses qui ne s’expliquent pas mamie. Dareios est terrifiant, violent et possessif, pourtant son aura néfaste m’intrigue. Il m’énerve autant qu’il m’attire et c’est très déstabilisant pour moi. Je ne comprends pas pourquoi je me suis sentie aussi rapidement à l’aise à ses côtés. Depuis que je l’ai vu la première fois mon corps réagit dès qu’il apparaît, mon cœur s’emballe.

— Donc tu le suivras quand il décidera qu’il est grand temps pour toi de retourner d’où tu viens ?

Je repose mon menton dans les paumes de mes mains et scrute l’endroit où est stationnée la poussette. Angela roupille calmement alors je lève les yeux vers Suzie dont le regard m’inquiète.

— Non. Il ne me fera pas partir contre mon gré. S’il veut que je le suive, il faudra qu’il arrive à me montrer que je peux lui faire confiance. Il souhaite faire un test de paternité pour savoir s’il est le père d’Angela… enfin, il affirme l’être…

— Je me suis déjà demandé d’où venait la couleur des yeux d’Angela. Je n’ai pas osé t’en parler, mais c’est assez rare qu’un Amérindien possède des iris si clairs.

Je souris à cette allusion, car cette pensée ne m’est pas étrangère… Je dirais même qu’elle me hante. Côme et moi avons les yeux si foncés qu’il était improbable que nous ayons un bébé au regard si bleu. Je suis envoûtée par cette nuance aussi douce que l’eau d’un lac gelé d’Alaska. J’aime le regard de ma fille et je crois aimer tout autant celui de cet homme qui est apparu dans ma vie comme un fantôme de mon passé.

 

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