Dark Hope - T2 - Never in my heart
- Prologue -
Dareios
♪ Down - Jason Walker ♫
J’ai toujours entendu dire que lorsque l’esprit quittait l’enveloppe corporelle, il dérivait naturellement vers le ciel, si l’être qui était à sa charge avait apporté du bonheur autour de lui. Ou, à l’inverse, se faisait absorber par le sol pour rejoindre la rivière des gémissements du Styx.
Seulement, la mienne est en équilibre au-dessus d’un lit d’hôpital avec comme seule image, mon corps enveloppé d’un drap blanc. J’ai dans la bouche un tuyau enfoncé profondément dans la gorge, et j’arrive même à sentir la gêne bien que je sois en train de flotter en l’air.
Un son strident résonne dans la pièce, déclenchant une alarme rouge à côté de la porte. Un défilé de personnels soignants arrive, essayant de garder leur calme, mais je reste figé sur mon visage et les tressautements de mon thorax. Une jeune femme vérifie la poche de liquide pendant qu’un de ses collègues commence un massage cardiaque.
Le soubresaut que je perçois me ramène à moi, comme aspiré. Le bruit dans la pièce se calme enfin, et j’apprécie la caresse d’une main sur mon avant-bras. Même endormi, je comprends ce que disent les infirmiers et avec détermination je tente d’ouvrir les paupières.
En vain.
J’arrive à comprendre que mon âme veuille me quitter quand je réalise que toutes mes nuits sous narcose sont rythmées par mes pires cauchemars. Sans cesse, l’ombre de mon paternel sur la femme que j’aime me hante. Mais ce n’est pas tout. Il y a aussi les personnes que j’ai buté lors de missions pour la mafia. Traîtres comme innocents. Tous viennent me tenir compagnie pendant des jours, des semaines, voire des mois.
Un grincement de porte, accompagné de semelles qui claquent par terre, me poussent à rester concentré malgré ma position. Je suis impuissant et pourtant, un volcan brûle en moi comme jamais. L’envie de me sortir de là est trop forte.
— Bonjour, Dareios, annonce une voix féminine qui ne m’est pas familière. Il est temps pour vous de vous réveiller, je vous diminue progressivement les sédatifs en espérant que vos yeux s’ouvriront bientôt.
Le monitoring continue de calquer les battements de mon cœur et pourtant, cette nouvelle me donne des pulsions. Je ne sais pas combien de temps il faudra pour que j’émerge mais l’impatience se fait entendre. Plusieurs fois par jour, la chambre est visitée par les médecins et soignants qui vérifient mon état.
Aujourd’hui, la même voix féminine est venue m’annoncer qu’ils allaient me retirer le tuyau de ma gorge, et que ce ne serait pas une partie de plaisir. J’aurais pu lui répondre que la douleur d’une balle n’en est pas une non plus et que j’ai déjà vécu pire, mais encore une fois les mots demeurent des pensées dans les profondeurs de ma conscience. C’est en position totalement allongée et la tête basculée en arrière qu’on m’extrait ce tube. Et tel un pantin, je ne dis rien.
Plus les jours passent et plus j’ai la sensation que mes muscles se fortifient. Je crois même qu’un de mes doigts a bougé il y a quelques heures. La vibration de mes cils sur mes paupières me prouve que je suis sur la bonne voie. L’infirmière termine les soins et quitte la pièce lorsque mes yeux s’ouvrent un instant. J’ai pu entrevoir le mouvement de la porte se refermer.
Une première victoire.
Le lendemain, je renouvelle ma réussite deux fois de suite. Mais personne n’est là pour admirer mes progrès. Peut-être que si l’infirmière était là, elle pourrait m’aider à ouvrir les paupières plus longtemps.
Il me faut attendre ce que j’imagine être trois jours, pour profiter d’une visite du médecin pour leur faire un signe de réveil. Ce dernier me serre la main et avec beaucoup d’efforts, je lui rends sa poigne. Peut-être infime mais au vu de sa réaction, c’est positif.
— Encore une fois, lance-t-il d’un ton satisfait. Vous n’êtes pas loin du tunnel Dareios.
Mes doigts encerclent délicatement sa paume tandis qu’il appelle sa collègue.
— Il est prêt !
Lorsqu’il émet ses mots, mes yeux découvrent enfin sa silhouette. Il me dévisage alors que je n’arrive pas à garder les paupières ouvertes. Elles papillonnent, comme éblouies par le trop de lumière.
— C’est un bon début, murmure le médecin. Le début d’une nouvelle vie !
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Partie I :
La Résurrection
Dareios
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