Dark Hope - T2 - Never in my heart
-Chapitre 9- · Amber / Naya
♪ Problems -Anne Marie ♫
Los Angeles
Je rejoins l’appartement, le cœur rempli d’amour et les yeux pleins d’étoiles. Suzie est une grand-mère adorable. Lorsque j’ai quitté sa librairie, elle m’a autorisé à l’appeler mamie. Je lui ai expliqué qui j’étais, du moins, qui je suis aujourd’hui. Je ne me suis pas éternisé sur celle que je ne connais pas, l’autre moi, avec une vie bien trop atypique à contrario de la vie que je mène désormais. Je compte bien passer du temps avec Suzie dans sa boutique quand les journées seront trop longues.
Après un passage éclair à l’épicerie, j’attrape la clé de la porte d’entrée et l’insère dans la serrure. Comme à son habitude elle bloque, je force, tourne la poignée dans tous les sens avant de réussir à l’ouvrir. Je suis constamment énervée lorsque je n’arrive pas à dompter cette fichue porte, encore cet éternel problème avec l’angoisse de rester enfermée, puis entre les hormones et la fatigue ça ne m’aide pas à relativiser. Pourtant, aujourd’hui, avec la journée que je viens de passer, rien ne peut m’agacer. Je grimpe joyeusement les marches passant devant la porte de la voisine, tout en sautillant malgré mon ventre qui commence à peser lourd. Le second et dernier étage est celui qui nous est dédié à Côme et moi. En refermant la porte, un silence étourdissant brûle mes tympans. Logiquement, mon compagnon est resté à la maison, et connaissant ses habitudes il devrait être à cette heure-ci en train d’écouter sa musique criarde dans la pièce qu’il s’est appropriée au fond de l’appartement.
Je quitte mes baskets et faufile mes orteils douloureux d’avoir trop marché dans mes pantoufles molletonnées. La cuisine ouverte est petite, mais l’îlot central nous sert de table à manger et de plan de travail. Je dépose les légumes frais ainsi que la barquette de viande. En me lavant les mains, j’hésite à hurler le nom de Côme, mais je ressens quelque chose de louche. L’horloge indique vingt heures quinze pendant que je me dirige vers la pièce secrète. Il n’aime pas que j’y entre, comme s’il me cachait certaines choses. Tant pis, la curiosité est trop grande.
Mon oreille se colle au battant et ma respiration s’agite comme si ce que je faisais était illégal. Alors que j’écoute au travers de la porte, elle s’ouvre à la hâte me faisant perdre l’équilibre sur mon homme.
— Putain ! Mais tu étais où ? crache-t-il violemment dans un timbre qui ne lui ressemble pas.
— Je… Euh.
Côme enveloppe de ses longs doigts mon avant-bras et me secoue fermement.
— Je me suis inquiété bon sang ! TU.ÉTAIS.OÙ ?!
Je déglutis en redressant mon regard sur lui. L’arôme ambré que souffle sa bouche contre ma peau me donne un haut-le-cœur. Il a bu…
— J’ai été aux courses.
— Ne te fous pas de ma gueule Naya ! Tu es partie depuis quinze heures !
— Mais…
Il presse ses doigts contre ma peau, la brûlant au passage. Il me recule pour pouvoir fermer la porte à clé puis me traîne dans le couloir comme si j’étais aussi légère qu’une poupée de chiffon, ou un chiffon tout simplement. Il me bouscule sur le canapé et je retombe assise face à cet homme violent. Ma tête se plaque contre le dossier du sofa lorsqu’il me grimpe dessus.
— Tu me fais peur Côme. Arrête ! tenté-je de répondre d'une voix similaire au ton qu'il a employé avec moi plus tôt.
— Je ne vais pas me répéter donc explique moi où tu étais toute l’après-midi avant que je pète les plombs !
Ses yeux brillent et je pourrais y déceler une inquiétude, seulement, l’image qui s’offre à moi me pétrifie sur place. Il s’agite telle une bête enragée, pourtant Côme n’a jamais eu une once de violence envers ma personne, pourquoi ferait-il acte de méchanceté aujourd’hui ? Il lui arrive de boire après une dure journée, me racontant vaguement ses péripéties sans trop en dire. Il rage parfois sur ce qui a pu lui arriver dans la journée, mais jamais il n’élève la voix sur moi.
— J’ai été chercher du travail et je ne me suis pas aperçue de l’heure.
— Pourquoi tu me mens Naya ?
— Je ne te mens pas Côme ! J’ai fait un petit malaise devant la librairie trois rues plus loin, sûrement dû à la chaleur. La dame pourra te le confirmer si tu ne me crois pas. Alors arrête vraiment ton intimidation de suite, ça ne me fait pas rire.
Soudain, il desserre ses poings qu’il maintenait de chaque côté de mon visage puis nous nous dévisageons une minute, peut-être plus, avant que sa bouche ne s'abatte sur la mienne. Un baiser langoureux débute, comme si chacun de nous allait manquer d’air l’instant suivant. Sa langue s’immisce entre mes lèvres incitant la mienne à rouler dans le même sens. Le son de succions est excitant, mais je suis vraiment répugnée par le goût du whisky que mes papilles goûtent avec écœurement. Pendant que j’essaie de contrôler ses pulsions, lui aspire le bout de ma langue, la suce avec envie. Ses mains remontent l’ourlet de mon t-shirt, faisant glisser le bout de ses doigts sur mes flancs et mon ventre gonflé. Je perds le souffle malgré le désir que j’éprouve pour cet homme, ce n’est en aucun cas le moment de faire ça … Ce qu’il essaie tant bien que mal depuis que je me suis réveillée quelques mois plus tôt.
— Stop Côme, soupiré-je haletante.
Il n’arrête en aucun cas la progression de ses mains sur ma peau frissonnante. Mon corps n’aide pas mon partenaire en réagissant de la sorte. Je plaque fermement mes paumes contre les joues barbues de Côme et mes yeux entrent en contact avec les siens.
— Stop, chuchoté-je fébrilement.
Mon compagnon se relève furibond et se positionne face à la fenêtre. Il passe les mains derrière sa nuque, croisant les doigts pour maintenir sa posture.
— Je ne m’excuserai plus Naya ! Ça commence à faire long pour moi. Je suis un homme et tu sembles l’avoir oublié.
— Dois-je te rappeler que je ne me souviens de rien Côme ?
Il se met à rire, comme s’il se moquait de moi.
— Ne me sors pas encore cette connerie en pleine gueule. Tu sais très bien de quoi je parle ! crie-t-il furieusement en se retournant pour me viser d’un doigt. J’ai tout fait pour que tout aille bien. Nous avons une vie de rêve, un bébé qui arrive bientôt et tu me fais encore le coup de l’amnésique apeurée ? Arrête putain ! Nos rapports étaient charnels à une époque, tu aimais vraiment ça. Alors ne me fais pas croire que tu flippes à l’idée de sauter de nouveau le pas avec moi.
Je suis stupéfaite de voir sa réaction, scrutant le moindre trait que je connais désormais par cœur. La veine sur sa tempe saute et je comprends à quel point il est à bout. Je n’arrive pas à passer le cap avec Côme. C’est inexplicable.
— Laisse-moi du temps, je te promets que ça viendra, me justifié-je.
— Encore des paroles en l’air ! Putain !
Il se déplace jusqu’à la cuisine et ouvre le placard qui contient les alcools forts. Je ne le vois pas faire, mais je connais sa routine lorsqu’il est énervé. Nous sommes sur notre première véritable dispute, et il n’a jamais eu à boire à cause de moi. Souvent il lui arrive de s’enfermer dans sa pièce, s’enivrant jusqu’à pas d’heure, puis lorsqu’il en sort, son corps tangue tellement qu’il termine par s’affaler sur les draps. Je ne connais pas la raison de cette ivresse, mais je n’ai pas envie de le savoir, préférant l’ignorer jusqu’au lendemain. D’un coup, j’entends le tintement des bouteilles qui s’entrechoquent, puis le bruit de sa bouche qui avale à grande gorgée le liquide brun.
Je suis perdue dans cette vie que j’ai finalement choisie d’accepter. Personne ne m’a forcée à suivre Côme, mon corps lui, ce traître ne m’aide jamais lorsque je suis à ses côtés. Mes yeux bifurquent sur la porte lorsqu’une vague de frissons s’empare de ma peau. Mes jambes tremblantes réussissent, finalement, à me porter. Je pivote simplement le buste pour regarder le déchet qui me sert de partenaire… Mon fiancé.
— Je vais faire à manger. Tu devrais aller te reposer.
Je me dirige vers la cuisine où il se tient toujours, le corps raide et en sueur, probablement à cause de la colère. J’essaie de ne pas lui prêter attention, mais il est difficile pour moi de le voir dans cet état. J’attrape un couteau dans le tiroir pour découper les légumes que j’ai achetés avant de rentrer. La planche en bois claque à chaque coup de lame. L’ombre à mes côtés ne bouge pas d’un pouce alors que je l’ignore en continuant mon repas.
— Tu as besoin d’aide ?
Je me retourne la pointe du couteau vers lui.
— Non, va t’asseoir. Avec tout ce que tu as bu, tu pourrais te faire mal.
Ou me faire mal…
Côme s’approche nonchalamment de mon corps et empoigne mes doigts agrippant le manche du couteau. Ma respiration se coupe sous sa prise, fixant son visage fermé. Il ramène le tranchant à sa gorge et mes doigts tremblent tant ce geste m’effraie.
— Et si je n’attendais que ça ? Peut-être que tu me remarquerais davantage… tu ne crois pas ?
Pendant que mon cœur s’agite dans ma cage thoracique, Côme laisse glisser le plat de la lame sur sa mâchoire, suivant la courbe de son menton. Lorsqu’elle frôle ses lèvres, il sort sa langue pour lécher l’acier.
— Arrête Côme… dis-je difficilement.
Il me fait vraiment peur quand il est ivre, même si cette situation n’arrive pas souvent, je ne comprends pas ce qu’il cherche à faire.
— Puis je te remarque, je ne vois pas ce que tu veux dire par là.
Les commissures de ses lèvres se redressent pendant qu’il relâche mes doigts.
— J’ai envie de toi, comme de personne d’autre. Laisse-moi te séduire à nouveau, manier ton corps à la perfection, comme je le faisais à l’époque. Tu en redemanderas à peine j’aurai fini de te combler.
Son regard brûlant est toujours aussi vitreux, mais la manière dont il me parle me donne des palpitations. Ma respiration s’accélère brusquement lorsqu’il me plaque contre lui. Mon ventre rebondi le retient de serrer plus fort. Une de ses mains se balade sur l’arrondi qui nous sépare alors que je resserre la mâchoire de colère.
— Je vous aime et j’ai envie de retrouver cette symbiose que l’on avait ensemble avant ce drame. Je sais que l’on avait dit qu’on arrêterait d’en parler, mais au fond, tu me manques et il est très dur pour moi de continuer comme ça.
Je tique sur ses mots.
— Tu veux me quitter ? je l’interroge stupéfaite.
— Non ! Je veux avancer Naya. Mais tu bloques chaque brèche de la muraille que tu as érigée entre nous. J’aimerais que tu me donnes une chance de te montrer ce que nous étions avant.
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