Dossier 64
10 - Novembre 2010
10
Novembre 2010
Dans trois heures et demie exactement, il fallait qu’il soit chez Mona, les cheveux propres et la chemise repassée, et la tête de quelqu’un avec qui on pourrait envisager de passer une nuit torride.
En garant la voiture de service devant la dernière maison de la rue dans son lotissement à Allerød, Carl, déprimé, contempla son visage grisâtre dans le rétroviseur. C’était mission impossible.
Ça ira mieux quand je serai resté allongé une heure ou deux, eut-il le temps de songer avant de voir Terje Ploug traverser le parking.
« Qu’est-ce qui t’amène, Ploug ? » lui cria-t-il en sortant de la voiture.
Ploug haussa les épaules. « Tu le sais bien, toujours cette affaire de pistolet à clous, j’avais besoin d’entendre la version de Hardy.
– Tu ne l’as pas déjà entendue cinq fois au moins ?
– Si, bien sûr. Mais avec tous ces nouveaux rebondissements, je me suis dis que quelque chose allait peut-être lui revenir. »
Ploug le chien de chasse avait flairé une piste. Il était connu à l’hôtel de police pour être un flic consciencieux. Du genre qui n’hésite pas à faire trente-cinq kilomètres simplement pour aller chercher un peu de bois afin d’entretenir la flamme d’un soupçon.
« Et alors, c’était le cas ?
– Peut-être bien que oui.
– Mais encore ?
– Tu n’as qu’à lui demander », répondit-il en portant deux doigts à sa tempe en guise de salut.
Carl était à peine entré dans la maison que Morten Holland se précipitait à sa rencontre. Pas facile d’avoir un peu d’intimité avec ce locataire.
Morten consulta sa montre. « C’est super, Carl, que tu arrives si tôt. Il s’est passé tellement de trucs aujourd’hui que je ne sais même pas si je vais me souvenir de tout. » Ses phrases étaient hachées et il semblait à bout de souffle. Et Carl qui avait justement besoin de calme !
« Ooh ! Tout doux ! » dit-il. Ce qui ne suffit pas à stopper cent vingt kilos de viande et de graisse en pleine logorrhée.
« Je viens de parler avec Vigga au téléphone pendant une heure. Ça ne va pas du tout, il faut que tu la rappelles immédiatement. »
Le menton de Carl tomba sur sa poitrine. S’il n’était pas déjà malade, ça allait arriver. Comment sa femme, avec qui il ne vivait plus depuis des années, faisait-elle pour affecter son système immunitaire à ce point ?
« Ah ? Et qu’est-ce qu’elle a dit ? » demanda-t-il d’une voix lasse.
Morten se borna à agiter ses mains pâles devant lui avec coquetterie. C’était le problème de Carl, pas le sien !
Un de plus ou de moins.
« Sinon, rien d’autre ? Enfin, à part la visite de Terje Ploug à l’instant », se força-t-il à demander. Autant en finir, avant de tomber dans les pommes.
« Jesper a appelé. Il paraît qu’il s’est fait voler son porte-monnaie. »
Carl secoua la tête, incrédule. Un sacré beau-fils qu’il avait là ! Après trois années au lycée d’Allerød, il avait laissé tomber juste avant de se présenter aux deux dernières épreuves du bac. Il n’avait que des notes pourries d’un bout à l’autre de ses bulletins. Maintenant, il était en deuxième année de cursus alternatif à Gentofte et passait son temps à déménager entre le chalet de Vigga à Islev et la maison mitoyenne de Carl à Allerød. Il invitait une nouvelle copine dans sa chambre tous les deux jours, faisait la fête, du bruit et des histoires. Mais Carl savait qu’il devait en prendre son parti.
« Combien y avait-il d’argent dans son porte-monnaie ? » demanda Carl.
Morten leva les yeux au ciel. Tant que ça ?
« Eh bien tant pis pour lui », conclut Carl en pénétrant dans le séjour.
« Salut Hardy », dit-il tout bas.
Le plus éprouvant était toujours de ne voir aucun mouvement dans le lit d’hôpital en entrant dans la pièce. Il se serait contenté d’un petit froissement du drap, ou d’une main tendue pour qu’il puisse la serrer.
Carl caressa le front de son ami tétraplégique, comme il en avait pris l’habitude, et croisa un regard bleu qui rêvait de voir n’importe quoi d’autre que ce qui l’entourait.
« Ah ! tu regardes Danmark Update 1 », lui dit Carl en faisant un signe de tête vers l’écran plat posé dans l’angle de la pièce. Le malade fit une grimace. Il n’avait pas grand-chose d’autre pour s’occuper. « Terje Ploug sort tout juste d’ici », dit-il.
« Je sais, je viens de le croiser. Il a l’air de dire que tu t’es souvenu d’autre chose, c’est vrai ? » Carl fit un pas en arrière parce que son nez commençait à le chatouiller mais l’éternuement ne vint pas. « Je suis désolé, je vais devoir me tenir un peu à distance. Je crois que j’ai attrapé la crève. Ils sont tous malades au boulot. »
Hardy s’efforça de sourire. Il ne s’intéressait plus vraiment aux petits bobos des autres. « Ploug m’a décrit le cadavre qu’ils ont exhumé aujourd’hui.
– Oui, il n’était pas très beau à voir. Découpé en morceaux et réparti dans plusieurs sacs-poubelles. La putréfaction avait été un peu ralentie par les sacs, mais elle était tout de même assez avancée.
– Ploug dit qu’ils ont aussi trouvé un sac plus petit qui ressemblait à un emballage sous vide, dit Hardy. Comme s’il y avait eu de l’air chaud à l’intérieur et qu’on l’ait brusquement refroidi. Quoi qu’il en soit, la viande à l’intérieur était très bien conservée.
– Ah bon ? Alors on risque de trouver des bonnes traces d’ADN là-dedans. Ça fera peut-être avancer l’enquête, Hardy. Ce serait bien pour toi comme pour moi. »
Hardy le regardait fixement. « J’ai demandé à Ploug de vérifier si le gars pouvait être d’une autre origine ethnique que nous. »
Carl inclina la tête sur le côté et sentit son nez couler de plus belle. « Pourquoi ça ?
– Parce que le soir où il est rentré à la maison avec du sang sur ses vêtements, quand il habitait chez Minna et moi, Anker m’a raconté qu’il s’était battu avec un “connard de nègre”. Et je peux te dire que les taches de sang ne ressemblaient pas à ce qu’on se fait au cours d’une simple bagarre. En tout cas, pas le genre de bagarres auxquelles j’ai eu l’occasion d’assister !
– Quel rapport avec l’enquête ?
– C’est la question que je me pose. Mais je crois qu’Anker avait gravement dérapé, tu vois ? Je t’ai déjà dit ce que j’en pensais. »
Carl acquiesça. « On en discute demain, si tu veux, Hardy. Là tout de suite, il faut vraiment que j’aille m’allonger une heure ou deux pour me débarrasser de cette merde. Je suis invité à dîner chez Mona pour l’oie de la Saint-Martin, et il paraît qu’elle me réserve une surprise.
– Amuse-toi bien », dit Hardy. Le ton était amer.
Carl s’écroula dans son lit et se souvint du remède dit « du chapeau ». D’après ce qu’il savait, son père l’utilisait aujourd’hui encore pour se soigner.
« Tu t’allonges dans ton lit », lui avait-il conseillé un jour. « Tu accroches ton chapeau au pied du lit. Puis tu prends la bouteille d’alcool qui devrait toujours être posée sur ta table de nuit et tu bois jusqu’à ce que tu voies deux chapeaux. Je te promets que tu ne seras plus malade le lendemain en te réveillant. Ou alors tu n’en auras rien à foutre de l’être encore. »
Carl ne doutait pas de l’efficacité du traitement mais comment faire quand on devait être capable de conduire une voiture dans les deux heures ? Et qu’on n’avait pas envie de puer l’alcool ? Il connaissait assez Mona pour savoir qu’elle n’aurait nulle envie de lui dispenser caresses et câlins s’il débarquait chez elle ivre mort.
Il soupira une fois ou deux et il eut un peu pitié de lui-même. Il attrapa à tout hasard la bouteille de Tullamore et but deux petites gorgées de whisky. Si cela ne lui faisait pas de bien, cela ne pourrait pas lui faire de mal.
Ensuite il tapa le numéro de Vigga sur le mobile, inspira profondément et attendit qu’elle décroche en retenant son souffle. En général ça avait le pouvoir de le calmer.
« Oooh ! comme je suis contente que tu m’appelles », roucoula-t-elle en décrochant. Aïe, quand elle était gentille comme ça, il fallait s’attendre au pire.
« Allez, crache ta Valda, Vigga. Je suis trop fatigué pour t’entendre tourner autour du pot.
– Tu es malade ! Alors on en parlera une autre fois ! »
Bon Dieu ! Elle savait parfaitement qu’il savait qu’elle n’en pensait pas un mot.
« Tu as des problèmes d’argent ? lui demanda-t-il.
– Carl ! Voyons ! » Maintenant, elle était carrément euphorique ! Il s’empressa d’avaler une autre gorgée de whisky. « Gurkamal m’a demandée en mariage. »
Carl se rendit compte à ses dépens que le whisky peut faire un mal de chien quand il passe par le nez. Il toussa, se moucha et essuya ses yeux brusquement remplis de larmes.
« Tu n’y penses pas, Vigga ! Ce serait de la bigamie. Je te rappelle que tu es toujours mariée avec moi. »
Elle éclata de rire.
Carl se redressa dans son lit et posa la bouteille.
« Attends une seconde ! C’est comme ça que tu as l’intention de me demander le divorce ? Est-ce que tu t’imagines que je vais sauter de joie en ce mercredi béni où tu m’annonces que ma vie va être réduite en miettes ? Tu sais très bien que je n’ai pas les moyens de me séparer de toi, Vigga. Je ne peux pas garder la maison dans laquelle j’habite si nous devons partager les biens de la communauté. Une maison dans laquelle habite ton fils. Une maison qui est devenue l’unique foyer de mes deux locataires. Tu ne peux pas exiger ça, Vigga. Vous ne pourriez pas vous contenter de vivre en concubinage, M Gurmakal et toi ? Pourquoi vous marier ?
– Son nom est Gurkamal, Carl, et nous allons célébrer notre Anand Karaj dans le district de Patiala, où vit sa famille, c’est fantastique, non ?
– Wow wow, je t’arrête, Vigga. Tu n’entends pas ce que je suis en train de te dire ? Comment veux-tu que je m’en sorte financièrement si nous devons divorcer maintenant ? On avait dit qu’on trouverait un arrangement le moment venu, si on devait en arriver là. Et qu’est-ce que c’est que cet âne dont tu me parles ? Je ne comprends rien du tout.
– Je n’ai pas parlé d’un âne, idiot. J’ai dit Anand Karaj. La cérémonie au cours de laquelle nous allons nous pencher tous les deux au-dessus du Guru Granth Sahib, le livre saint, pour déclarer officiellement que nous voulons être mari et femme. »
Carl se tourna vers le mur de la chambre. Les tapis s’y trouvaient toujours depuis l’époque où Vigga s’était tout à coup passionnée pour l’hindouisme et les mystères de Bali. Y avait-il une seule religion dont elle ne se soit pas entichée depuis qu’il l’avait rencontrée ?
« Je suis complètement largué, Vigga. Tu me demandes sérieusement de banquer trois ou quatre cent mille couronnes pour que tu puisses te marier avec un type qui cache des cheveux d’un kilomètre et demi dans son turban et qui va te réduire en esclavage ? »
Elle pouffa comme une écolière qu’on vient d’autoriser à se faire percer les oreilles.
Si la conversation continuait dans ce registre, il allait avoir un malaise. Il prit un autre mouchoir sur sa table de chevet et se moucha à nouveau. Étrangement, il ne sortit rien du tout.
« Tu ne connais pas les préceptes de Guru Nanak. Les Sikhs croient en l’égalité des sexes, en la méditation et en une vie gagnée honnêtement. Ils croient au partage avec les pauvres et à la valeur du travail. Je te défie de trouver un mode de vie plus sain que celui des Sikhs.
– OK. Eh bien s’ils tiennent tant que cela à partager avec les pauvres, je trouve que ce Gurmakal ou Gurkamal ou je ne sais quoi devrait commencer par partager avec moi. Disons deux cent mille et nous serons quittes. »
Elle éclata à nouveau de son rire d’éternelle gamine. « Détends-toi, Carl. Tu vas emprunter à Gurkamal l’argent que tu me donneras ensuite. Ne t’inquiète pas, il te le prêtera à un taux très avantageux. Quant au prix de la maison, je l’ai fait évaluer par un agent immobilier. Une maison mitoyenne dans le lotissement du parc de Rønneholt, dans l’état de la nôtre, se négocie en ce moment à un million neuf cent mille couronnes. Nous devons encore six cent mille à la banque, ce qui signifie que tu vas t’en tirer pour un million trois cent mille divisé par deux. Et en plus je te laisse tout le mobilier.
– Six cent cinquante mille couronnes ! »
Carl se recoucha sur ses oreillers et ferma doucement le clapet du téléphone.
On aurait dit que le choc avait chassé le virus de son organisme d’un seul coup et l’avait remplacé par trente-deux plombs de pêche qui pesaient à présent à l’intérieur de sa cage thoracique.
Il sentit son parfum avant qu’elle ouvre la porte.
« Entre », dit Mona en lui prenant le bras.
Le bonheur de Carl dura encore trois merveilleuses secondes, jusqu’au moment où ils pénétrèrent dans la salle à manger et où il se trouva nez à nez avec une créature vêtue d’une robe moulante et ultracourte penchée au-dessus de la table, en train d’allumer des bougies.
« Je te présente Samantha, ma benjamine, dit Mona. Elle avait hâte de te rencontrer. »
Le regard que lui décocha le clone de Mona version vingt ans plus jeune n’exprimait pas l’enthousiasme annoncé. Au contraire, Carl eut l’impression qu’elle faisait rapidement l’inventaire de ses tempes dégarnies, de son début d’embonpoint et de son nœud de cravate qui lui sembla tout à coup trop serré. Visiblement, elle n’était pas conquise par ce qu’elle voyait.
« Salut, Carl », dit-elle. Sa façon de le saluer en disait long sur ce qu’elle pensait du goût prononcé de sa mère pour les hommes au look de losers.
« Salut, Samantha », répondit-il en se donnant toutes les peines du monde pour découvrir son râtelier en un sourire sympathique. Qu’est-ce que Mona avait bien pu lui raconter pour qu’elle soit à ce point déçue en le voyant ?
L’arrivée dans la pièce d’un garçonnet armé d’un sabre qu’il s’empressa d’enfoncer dans les genoux de Carl ne fit rien pour arranger les choses.
« Je suis un dangereux malfaiteur », hurla le petit monstre à bouclettes blondes qu’on appelait Ludwig.
Nom de Dieu. Son rhume était oublié. Encore un ou deux chocs avant la fin de la journée et il serait tout à fait guéri.
À table, il réussit à faire honneur à l’entrée sans se départir d’un sourire charmant qui lui plissait le coin des yeux, une expression qu’il avait vue des dizaines de fois au cinéma sur l’acteur Richard Gere, mais quand l’oie arriva sur la table, Ludwig se mit à le fixer d’un regard fasciné.
« Ton nez coule dans la sauce », annonça le gamin en montrant Carl du doigt, provoquant un haut-le-cœur chez sa mère.
Quand il déclara un peu plus tard que la cicatrice que Carl avait à la tempe était moche et qu’il ne voulait pas croire qu’il possédait un pistolet, Carl avait atteint les limites de sa patience.
Je vous en prie, mon Dieu, songea-t-il, les yeux levés vers le ciel. Si vous ne m’aidez pas maintenant, ce petit garçon va se retrouver dans moins de dix secondes à plat ventre sur mes genoux et je serai obligé de lui donner la fessée.
Il ne dut son salut ni au tact de la charmante grand-mère, ni aux principes éducatifs de la maman mais à un bourdonnement dans sa poche arrière qui, Dieu soit loué, mit fin à sa soirée de détente.
« Je vous prie de m’excuser », dit-il aux deux femmes, une main levée tandis que l’autre allait pêcher le téléphone portable.
« Oui, Assad », dit-il après avoir lu à l’écran le nom de son interlocuteur. À cet instant il était prêt à répondre n’importe quoi et à n’importe qui, du moment que cela lui permettait de ficher le camp d’ici.
« Je suis désolé de vous déranger, chef, mais est-ce que vous savez combien de personnes sont portées disparues par an au Danemark ? »
Une question pas très claire il pouvait répondre sans se compromettre. Parfait.
« Je dirais quinze mille, environ. Tu es où, là ? » Une bonne réplique, celle-là.
« On est toujours au sous-sol avec Rose. Mais à votre avis, sur ces quinze mille, combien n’ont toujours pas été retrouvées quand l’année se termine, chef ?
– Ça dépend. Dix, peut-être. »
Carl se leva de table et prit un air terriblement soucieux.
« Vous avez du nouveau ? demanda-t-il. Une autre réplique formidable.
– Je ne sais pas, répondit Assad. À vous de me le dire. La semaine où la tenancière de bordel Rita Nielsen a disparu, deux autres disparitions ont été signalées et la semaine suivante encore une, et aucune de ces personnes n’a jamais été retrouvée. Vous ne trouvez pas ça bizarre, chef ? Quatre personnes en si peu de temps ! Qu’est-ce que vous en dites ? C’est autant de disparus jamais retrouvés qu’en six mois, alors.
– Nom de Dieu ! J’arrive tout de suite ! » Une réplique de fin sensationnelle, même si elle ne laissa pas de surprendre Assad à l’autre bout du fil. Carl était nettement moins réactif en général.
Ce dernier se tourna vers la petite famille. « Je suis désolé ! Je n’ai pas été de très bonne compagnie ce soir. D’une part, je suis très très enrhumé et j’espère sincèrement n’avoir contaminé personne. » Il renifla pour illustrer son propos et constata qu’il avait le nez sec. « Hum, d’autre part, nous nous battons actuellement avec quatre disparitions et un meurtre particulièrement sordide à Amager. Je vais devoir vous laisser et vous m’en voyez confus. Ils ont vraiment besoin de moi là-bas. »
Il plongea son regard dans celui de Mona. Elle avait l’air préoccupé. Et son inquiétude semblait être celle de la femme, et pas de la thérapeute.
« C’est toujours cette affaire dans laquelle tu as été blessé ? » lui demanda-t-elle, ignorant ses compliments à propos de la merveilleuse soirée qu’il venait de passer. « Fais attention à toi, Carl. Tu n’as pas encore compris à quel point cette histoire t’affecte ? »
Il hocha la tête. « Oui, c’est cette affaire-là. Mais ne te fais pas de souci pour moi. Je n’ai pas l’intention de prendre des risques inconsidérés. Je t’assure que je vais bien. »
Elle fronça les sourcils. Quelle soirée de merde. Il venait de perdre des points. Il avait raté son entrée dans la famille de Mona. Sa fille ne pouvait pas le blairer et Carl détestait cordialement son petit-fils. C’est tout juste s’il avait eu le temps de goûter l’oie et son nez avait coulé dans la sauce. Et il fallait que Mona ramène cette foutue affaire sur le tapis par-dessus le marché. À tous les coups elle allait lui coller à nouveau dans les pattes l’autre apprenti psychologue, le dénommé Kris.
« Je vais très bien », insista-t-il. Puis il visa le gamin, deux de ses doigts simulant un pistolet, et lui tira dessus avec un grand sourire.
La prochaine fois, il demanderait des précisions quand Mona lui promettrait une surprise.
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