Dossier 64
20 - Novembre 2010
20
Novembre 2010
Des nuages noirs et menaçants s’amoncelaient tranquillement au-dessus de la tête de Carl. Il y avait l’affaire du pistolet à clous avec les soupçons de Hardy et les pièces marquées de ses empreintes digitales, le mariage de Vigga et les conséquences que celui-ci allait avoir sur ses finances, le passé d’Assad, les bizarreries de Rose, les bavardages imbéciles de Ronny et ce dîner de la Saint-Martin totalement raté. Il n’avait jamais eu autant de soucis en même temps. Il avait à peine le temps de déplacer le poids de son corps d’une fesse à l’autre sur son fauteuil de bureau que de nouveaux problèmes lui tombaient sur la tête. Se noyer dans les soucis n’allait pas du tout au teint de l’irréprochable fonctionnaire à qui on confiait d’ordinaire les énigmes sur lesquelles d’autres s’étaient cassé les dents. Bientôt il faudrait monter un nouveau département entièrement dédié à la résolution de ses problèmes à lui.
Carl poussa un gros soupir, prit une cigarette et alluma la chaîne d’infos TV2. Il se dit que le fait de voir des gens qui avaient plus d’emmerdements que lui le soulagerait.
Un simple coup d’œil à l’écran vous remettait les pieds sur terre. En ce moment, cinq hommes d’âge mûr étaient en train de faire de la philosophie de comptoir sur la politique de rigueur du gouvernement. Qu’est-ce qu’on en avait à foutre ? Cela ne mènerait à rien de toute façon.
Il prit distraitement la feuille et le rapport de police que Rose avait déposés sur son bureau pendant qu’il était chez Marcus. Une pauvre demi-page de renseignements griffonnés à la main. C’était vraiment tout ce qu’elle avait pu découvrir sur Gitte Charles, aide-soignante à Sprogø ?
Il lut les quelques lignes et il n’y avait pas de quoi lui remonter le moral.
Bien que Rose ait posé des tas de questions à des tas de gens, personne au bureau des aides à domicile pour lequel Gitte Charles travaillait à Samsø ne se souvenait d’elle, et par conséquent on avait aussi oublié les vols commis chez plusieurs personnes âgées dont Gitte Charles s’occupait. Aucun détail non plus sur son passage à l’hôpital de Tranebjerg, qui avait été fermé depuis et dont le personnel était dispersé aux quatre vents. Sa mère était décédée depuis belle lurette et son frère avait émigré au Canada, où il était mort quelques années plus tôt. L’unique personne qui avait réellement été en contact avec elle était le bonhomme qui lui louait une chambre dans sa ferme sur Maarup Kirkevej à Samsø, il y avait vingt-trois ans.
La description que Rose faisait du fermier ne manquait pas de sel. Elle avait écrit à son propos : Soit le type est complètement demeuré, soit il est sacrément roublard. Depuis l’époque où Gitte Charles était sa locataire, il y en a eu quinze ou vingt autres comme elle dans son logement de pygmée de vingt et un mètres carrés. Il se souvient parfaitement de Gitte Charles mais n’a rien à dire sur elle. C’est le genre de bouseux avec des bottes pleines de fumier et des vieux tracteurs en train de rouiller dans sa cour qui pense que l’argent gagné au noir est le seul qui vaille la peine.
Carl posa le message de Rose et prit dans le dossier le rapport d’enquête de la police sur la disparition de Gitte Charles. Là non plus, il n’y avait pas grand-chose.
Sur TV2, l’image à l’écran changea. Il y eut deux ou trois plans sur une vaste assemblée puis quelques gros plans sur de vieux messieurs aux larges sourires qui ne semblaient destinés à personne en particulier.
Le commentateur ne cherchait même pas à cacher le mépris que lui inspiraient les gens dont il parlait.
« Maintenant que le parti Rene Linier est parvenu, après de multiples tentatives, à rassembler assez de signatures pour se présenter aux prochaines élections du Folketing, on est en droit de se demander si la politique danoise a touché le fond. Depuis l’époque de l’Opsvingspartiet, on n’avait pas vu émerger au Danemark un parti politique avec un programme aussi radical et des opinions d’un caractère aussi controversé et critiquable de l’avis de beaucoup de nos concitoyens. Lors de l’assemblée générale qui a eu lieu aujourd’hui, le fondateur de Rene Linier, le souvent contesté et très belliqueux médecin spécialiste de la fertilité Curt Wad, a présenté les candidats de son parti aux prochaines élections législatives et, contrairement à ce qu’on avait pu observer dans les rangs de l’Opsvingspartiet en son temps, on trouve parmi ces candidats de nombreuses personnalités éminentes qui ont fait de belles carrières. Avec une moyenne d’âge de quarante-deux ans, Rene Linier fait taire ses détracteurs qui prétendent que le parti recrute ses représentants auprès du troisième âge. Il est un fait cependant que le fondateur de Rene Linier, Curt Wad, a aujourd’hui quatre-vingt-huit ans et que plusieurs membres du bureau du parti ont depuis longtemps pris leur retraite. »
Carl vit apparaître à l’écran un homme de grande taille avec des favoris blancs qui ne faisait pas du tout ses quatre-vingt-huit ans. Curt Wad. Médecin. Fondateur du parti, disait le bandeau sous l’image.
« Vous avez lu mes notes et le rapport de police sur la disparition de Gitte Charles ? » demanda brusquement Rose, faisant irruption dans son bureau.
Après s’être entretenu avec sa sœur Yrsa, Carl eut un peu de mal à garder son sérieux en voyant l’accoutrement de Rose. Ces vêtements noirs, ce maquillage et ces talons capables d’embrocher un cobra en une seconde étaient-ils eux aussi une simple façade ?
« Euh, oui. Vaguement.
– Pas facile de trouver quelque chose sur cette Gitte Charles en dehors de ce qui figurait dans le rapport que Lis nous a descendu au départ. La police n’avait pas la moindre piste quand elle a disparu et ils se sont contentés de lancer un avis de recherche. On a mis en avant son problème de boisson et même si, étrangement, personne n’a réellement affirmé qu’elle était alcoolique, la police a plus ou moins considéré qu’elle avait dû disparaître après avoir bu plus que de raison. Comme elle n’avait ni famille, ni collègues, on a vite abandonné les recherches. Exit Gitte Charles.
– Il est mentionné qu’on l’a aperçue à bord du ferry de Kalundborg. L’hypothèse qu’elle soit tombée par-dessus bord a-t-elle été envisagée ? »
Rose le gratifia d’une mimique agacée. « Non, Carl. On l’a vue descendre du ferry, et je vous l’ai déjà dit. Vous n’avez pas consacré plus de quelques secondes à lire ce rapport, je me trompe, Carl Mørck ? »
Il décida d’ignorer sa remarque. Il était passé maître dans l’art de l’esquive. « Comment a réagi son propriétaire quand elle a disparu ? demanda-t-il. Il a dû se rendre compte qu’elle ne payait plus son loyer ?
– Le loyer était payé directement par les services sociaux. Il paraît que c’était pour l’empêcher de le boire. Quant à son propriétaire, il ne lui est pas venu à l’idée de signaler sa disparition aux autorités, ce salaud s’en fichait, tant que l’argent continuait à tomber. C’est l’épicier qui a donné l’alerte. Il a dit que Gitte Charles était passée dans sa boutique le 31 août avec mille cinq cents couronnes en poche et l’air de se prendre pour la reine de Saba. Elle aurait raconté à l’épicier qu’elle avait fait un gros héritage et qu’elle partait à Copenhague le chercher. Il s’est moqué d’elle et elle l’a mal pris. »
Carl s’appuya au dossier de son fauteuil. « Un héritage ! Et c’était vrai ?
– Non. J’ai vérifié. Pas d’héritage.
– Hum. Effectivement, le contraire m’aurait surpris.
– Il faut quand même que je vous lise une phrase qui vous a échappé dans ce rapport et qui mérite qu’on s’y attarde. »
Elle prit le dossier et l’ouvrit à peu près au milieu.
« Voilà, c’est là. L’épicier est allé signaler sa disparition une semaine plus tard parce qu’elle lui avait posé un billet de cinq cents couronnes dans le creux de la main en lui disant que si elle n’était pas de retour la semaine suivante avec dix millions de couronnes dans la poche il lui devrait le café et le pousse-café et elle récupérerait les cinq cents couronnes. L’épicier ne risquait pas grand-chose à prendre le pari, alors il lui a tapé dans la main.
– Dix millions ! Carl siffla. Elle n’a pas disparu, elle est partie dans un monde imaginaire.
– Possible. Mais attendez une seconde. Quand l’épicier a vu son vélo garé dans le port la semaine suivante, il a commencé à se poser des questions.
– Il y avait de quoi. Il avait toujours le billet et je suppose qu’il n’était pas du genre à cracher sur un billet de cinq cents couronnes.
– Bien vu. Je vous lis ce qui est écrit dans le rapport : L’épicier Lasse Bjerg déclare qu’à moins que Gitte Charles ait réellement amassé dix millions de couronnes et laissé son ancienne vie derrière elle pour en commencer une nouvelle, il a dû lui arriver malheur. J’ai relevé quelques-unes de ses remarques : Cinq cents couronnes représentaient une somme énorme pour une fille comme Gitte Charles. Je ne vois pas pourquoi elle me les aurait données comme ça.
– J’ai presque envie d’aller faire un tour à Samsø pour jeter un coup d’œil et bavarder avec l’épicier et le fermier, dit Carl. Et puis ça me ferait prendre l’air.
– Cela ne vous mènera nulle part, Carl. L’épicier est dans une maison de retraite et il est complètement sénile ; quant au fermier, je lui ai déjà parlé. Autant pisser dans un violon. Les affaires de Gitte ne sont plus là. L’imbécile a tout vendu dans un vide-greniers une fois qu’il a été certain qu’elle ne reviendrait pas. Histoire de presser le citron jusqu’à la dernière goutte.
– La piste est froide, alors.
– Glacée !
– Bon, qu’est-ce qu’on a d’autre ? Nous savons que deux personnes qui se connaissaient, Gitte Charles et Rita Nielsen, ont mystérieusement disparu le même jour. La première n’a rien laissé derrière elle. L’ancienne employée de Rita Nielsen a encore un certain nombre d’effets ayant appartenu à sa patronne… » Carl s’apprêtait à extraire une cigarette de son paquet mais ses doigts se figèrent à mi-chemin sous le regard glacial de Rose. « Nous pourrions éventuellement aller rendre visite à Lone Rasmussen et fouiller un peu dans les affaires de Rita Nielsen, sauf que Vejle est à l’autre bout du monde.
– Elle n’habite plus Vejle, précisa Rose.
– Ah bon, elle habite où, alors ?
– Thisted.
– C’est encore plus loin.
– Exact. Je voulais juste signaler qu’elle n’habitait plus Vejle. »
Carl prit quand même une cigarette et il allait l’allumer quand Assad fit irruption dans son bureau en agitant la main comme pour disperser une fumée qui ne s’y trouvait pas encore. C’est fou ce qu’ils étaient devenus sensibles, tous.
« Vous venez de parler de Gitte Charles tous les deux, alors ? s’enquit Assad.
Ils hochèrent la tête de concert.
« Je ne suis arrivé à rien pour ce pêcheur, Viggo Mogensen, poursuivit-il. Mais j’ai avancé sur Philip Nørvig. J’ai pris rendez-vous avec sa veuve, qui habite toujours dans leur maison à Halsskov. »
Carl leva les yeux au ciel. « Et ce serait pour quand ? Pas demain, j’espère ? »
Les paupières de Rose se levèrent péniblement. Elle avait vraiment l’air crevé. « Réveillez-vous, Carl, lui dit-elle. Vous ne croyez pas qu’on a assez végété ici ? »
Il regarda Assad. « Tu as pris rendez-vous pour demain, c’est ça ? »
Assad leva un pouce en l’air. « Je pourrai conduire ? » supplia-t-il.
Et puis quoi encore ?
« Il y a votre portable qui sonne, Carl », fit remarquer Rose en désignant l’objet qui se déplaçait en bourdonnant sur son bureau.
Il jeta un coup d’œil à l’écran, ne reconnut pas le numéro et prit l’appel malgré tout.
La voix au bout du fil était féminine mais pas particulièrement avenante. « Bonjour, je voudrais parler à un dénommé Carl Mørck, dit-elle.
– C’est moi.
– Dans ce cas, je vous prie de venir au Tivoli Hall pour régler une note laissée par votre cousin. »
Carl compta jusqu’à dix avant de répliquer : « Et en quoi est-ce que cela me concerne ?
– J’ai ici un ticket de caisse avec un véritable roman au dos. Je vais vous le lire : Je suis désolé, je vais devoir me sauver pour attraper mon avion. Mon cousin Carl Mørck, qui est vice-commissaire de la police criminelle et qui a son bureau à l’hôtel de police, m’a promis de passer tout à l’heure pour vous payer. Vous le connaissez. C’est lui qui était avec moi quand vous m’avez servi. Il m’a dit de vous laisser son numéro de portable au cas où il ne pourrait pas se déplacer tout de suite pour que vous décidiez avec lui d’un moment où il pourrait venir régler la note.
– Quoi ? » s’écria Carl. Il était trop soufflé pour trouver autre chose à dire.
« La serveuse a trouvé ce mot sur la table. »
Carl se sentit un peu comme à l’époque où il était Cul de pat’ dans les scouts et où son chef de patrouille le faisait courir un kilomètre et demi sous la pluie pour aller chercher une barre à feu.
« J’arrive tout de suite », dit-il, décidant dans le même temps de faire un détour par Vanløse sur le chemin du retour pour rendre une petite visite de courtoisie à un certain Ronny Mørck.
On ne pouvait pas dire que Ronny vivait dans le luxe. L’endroit donnait sur l’arrière-cour d’une arrière-cour. Pour y accéder, il fallait emprunter un escalier rouillé le long d’une façade borgne et traverser un palier encombré. L’entrée se faisait par une porte métallique qui devait faire au moins la hauteur d’un étage et demi. On aurait dit une cabine de projectionniste dans un cinéma désaffecté. Carl tapa plusieurs fois sur la porte avec le poing avant d’entendre crier à l’intérieur et, trente secondes plus tard, un bruit de serrure.
Cette fois Ronny était vêtu d’une tenue plus homogène. Il portait un marcel orné de dragons crachant le feu, un slip assorti et rien d’autre.
« J’ai déjà ouvert les bières, tu tombes bien », dit-il en l’attirant dans une pièce enfumée, chichement éclairée par une lampe surmontée d’un abat-jour rotatif à l’intérieur duquel tombait une cascade d’eau colorée. Les autres lampes du logement étaient en papier de couleur et décorées de motifs d’un érotisme sans équivoque.
« Je te présente Mae ! Enfin moi, c’est comme ça que je l’appelle en tout cas », dit-il en montrant du doigt une femme d’origine asiatique que le corps de Ronny aurait pu contenir au moins quatre fois.
La femme ne se retourna pas. Elle était occupée à touiller le contenu de plusieurs casseroles de ses petits bras maigres, emplissant l’atmosphère d’un parfum de banlieue de Pattaya auquel on aurait ajouté une pincée d’odeur de charbon de bois du barbecue de ses voisins à Allerød.
« Il faut l’excuser, elle est occupée. C’est bientôt l’heure de la soupe », expliqua Ronny en se laissant tomber dans un canapé défoncé recouvert de morceaux de tissu couleur curry qui devaient être de vieux sarongs.
Carl s’assit en face de son cousin et accepta la bière qu’il avait posée devant lui sur la table en ébène.
« Tu me dois six cent soixante-dix couronnes et une explication : comment peux-tu déjà avoir envie de manger après le repas que tu as pris au Tivoli Hall tout à l’heure ? »
Ronny s’esclaffa en se donnant des claques sur la panse. « J’ai de l’entraînement », dit-il, ce qui amena la femme thaïe à se retourner et à lui sourire avec les dents les plus blanches que Carl ait jamais vues. Elle n’était pas jeune et lisse comme les Thaïlandaises de vingt-cinq ans qu’on rencontre d’habitude. Celle-ci avait un visage marqué, avec des cernes, des rides d’expression et un regard qui en disait long.
Un à zéro pour Ronny, songea Carl.
« Tu m’avais invité, Carl. Je t’avais prévenu au téléphone. Tu me convoques pendant mes heures de travail, cela mérite un dédommagement, c’est comme ça ! »
Carl inspira longuement. « Je t’ai convoqué ? Tes heures de travail ? Est-ce qu’il serait indiscret de te demander de quel travail tu parles, Ronny ? Tu es devenu mannequin pour sous-vêtements masculins ? »
Il vit le dos de la femme thaïe tressauter devant ses fait-tout tandis que le visage de Ronny se fendait en un large sourire. En plus d’avoir le sens de l’humour, la compagne de Ronny comprenait donc parfaitement le danois.
« À la tienne, Carl, dit son cousin. Je suis content de te revoir.
– Je peux faire une croix sur mes six cent soixante-dix couronnes, si j’ai bien compris ?
– Ouaip. Mais par contre, tu vas avoir l’occasion de goûter le meilleur tom kha gai de ta vie.
– Ouhhh ! J’ai peur ! Tu es sûr que ça se mange ? »
Le dos de la femme thaïe tressauta à nouveau devant ses fourneaux.
« C’est de la soupe au poulet et au lait de coco avec du piment, du combava et du gingembre galanga, expliqua Ronny.
– Bon, Ronny, écoute-moi maintenant. Tu m’as arnaqué de six cent soixante-dix couronnes aujourd’hui, admettons, mais je te préviens, tu ne m’auras pas une deuxième fois. Je suis en train de me débattre avec tout un tas de problèmes en ce moment et notre conversation m’a mise mal à l’aise. Est-ce que tu as dans l’idée de me faire chanter, Ronny ? Parce que dans ce cas, il faut que je te prévienne que tu n’auras pas plus de cinq minutes pour décider entre le tribunal ou l’avion qui vous ramènera tous les deux, ta petite Mae et toi, à Naisoi-les-Deux-Nems, ou je ne sais pas d’où vous venez. »
Quand elle entendit cela, la femme se retourna et se mit à hurler quelque chose à Ronny en thaï. Il secoua la tête plusieurs fois et parut tout à coup très en colère. C’était comme si ses sourcils touffus prenaient vie et répondaient dans leur propre langage.
Il se tourna à nouveau vers Carl. « Je tiens à te signaler d’une part que c’est toi qui m’as appelé le premier et d’autre part que mon épouse, May-Ying-Thahan Mørck vient de te rayer de la liste des invités. »
Moins d’une minute plus tard, il était dehors. La femme maniait les ustensiles de cuisine à la perfection et ce ne devait pas être la première fois qu’elle mettait quelqu’un à la porte de cette façon.
Nos routes se séparent à nouveau, Ronny, songea Carl avec la désagréable sensation que cela n’avait rien de certain. Il sentit son mobile vibrer dans sa poche et devina que l’appel venait de Mona avant d’avoir consulté l’écran.
« Bonjour chérie », dit-il en faisant semblant d’être encore enrhumé, mais pas trop non plus au cas où elle aurait envie de le voir.
« Si tu veux avoir une deuxième chance de faire la connaissance de ma fille et de son fils Ludwig, c’est demain », annonça-t-elle.
Apparemment cela lui tenait à cœur.
« Avec plaisir », répondit-il avec plus d’enthousiasme que l’invitation ne l’exigeait.
« Parfait. Alors demain chez moi à dix-neuf heures. Et au fait, tu as rendez-vous avec Kris à quinze heures demain également, à son cabinet. Tu y es déjà allé.
– Ah bon ? Je ne me souviens plus, plaisanta-t-il.
– Alors je te le confirme. Tu en as besoin, Carl. Je sais reconnaître les signaux d’alarme, figure-toi.
– Je ne peux pas, je vais à Halsskov demain !
– Eh bien tu feras en sorte d’être rentré avant quinze heures, et puis c’est tout !
– Je te jure que je vais bien, Mona. Il n’y a plus la moindre trace de panique en moi quand je pense à cette affaire de pistolet à clous.
– Marcus Jacobsen m’a fait part de ton coup de gueule dans la salle de conférences aujourd’hui.
– Quel coup de gueule ?
– Tu comprends, Carl, j’ai besoin d’être sûre que l’homme que j’ai plus ou moins choisi comme amant régulier a un psychisme suffisamment équilibré pour tenir ce rôle. »
Carl se creusa les méninges pour trouver une réponse adéquate mais elle lui avait coupé la chique. Pour exprimer ses sentiments à cet instant précis, la réaction la plus adaptée aurait été un petit pas de claquettes s’il avait su faire des claquettes, ce qui n’était pas le cas.
« Le fait est que la situation risque de devenir compliquée pour toi dans les jours à venir, poursuivit Mona. Je suis obligée de t’informer qu’ils ont trouvé autre chose dans la caisse où se trouvait le cadavre, et Marcus m’a demandé de te tenir au courant de la progression de l’affaire. »
Le pas de claquettes imaginaire stoppa net.
« Ils ont trouvé un morceau de papier sous le corps. Il s’agit de la photocopie d’une photographie. La photo représente Pete Boswell entre Anker et toi et il vous tient tous les deux par les épaules. »
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