[Guilhem d’Ussel 1] Marseille 1198
Chapitre 29
Ibn Rushd rêvait de son pays et de sa jeunesse quand il eut l’impression d’entendre un cri lointain. Englué dans son rêve, il tenta de se réveiller et parvint enfin à ouvrir les yeux. La pièce était dans l’obscurité, à peine une lueur perçait-elle par l’archère. Son voisin de lit ronflait profondément.
Il avait donc bien rêvé. Quelle heure pouvait-il être ? se demanda-t-il. Une fois réveillé au milieu de la nuit, il savait combien il était difficile de se rendormir à son âge.
Cherchant à retrouver le sommeil, il laissa son esprit divaguer. Où pouvait se trouver Robert de Locksley à cette heure ? Que devait-il faire au sujet de Basile et de l’empoisonnement au colchique ? Comment devrait-il se comporter avec Guilhem ? Il passait en revue ces questions, s’efforçant de prendre des décisions pour le lendemain quand il entendit à nouveau le hurlement.
Un cri étouffé, certes, mais leur chambre était au bout du couloir. Il eut pourtant l’impression que c’était un cri de femme. Se pouvait-il que ce soit Anna Maria ? Mais quand et par où serait-elle entrée ?
Brusquement agité, il se leva et alluma une chandelle avec le briquet de fer qui se trouvait toujours près de lui. Pourquoi n’y avait-il aucun bruit dans le couloir ? D’autres avaient dû entendre le hurlement ! À moins que ce ne soit une prisonnière que l’on torture, que les serviteurs le sachent et qu’on leur ait ordonné de ne pas bouger.
Devait-il réveillait Nedjm Arslan qui dormait du sommeil du juste ? Ils étaient enfermés, donc ils ne pourraient rien faire. Il resta ainsi dans l’indécision jusqu’au troisième cri. Cette fois, il fut certain que c’était une femme et il secoua son compagnon.
— Nedjm, on a hurlé plusieurs fois. Je crois que c’est Anna Maria qu’ils ont capturée et qu’on torture. Il faut la délivrer !
L’autre se frotta les yeux, éberlué.
— Mais nous sommes enfermés, maître, et nous n’avons pas d’armes.
— Fais sauter la porte ! Nous mettrons le feu au bâtiment, nous mettrons le feu partout, mais nous la sauverons ! Elle doit être dans la prison, car les cris étaient étouffés. On libérera ensuite Fer et Bartolomeo et on fuira comme prévu.
On le voit, Ibn Rushd avait mis longtemps à se décider, mais il était prêt, maintenant, à mettre le château à feu et à sang pour délivrer ses amis sans attendre.
— Si vite ? Sans l’aide du seigneur de Locksley ?
— Si Anna Maria est prisonnière, Robert de Locksley est mort, répondit-il dans un gémissement.
En même temps, il allumait une lanterne sourde, une boîte de fer grillagée avec une grosse chandelle de suif au milieu. Ils en auraient besoin, à la fois pour y voir et pour allumer les pots à feu.
Nedjm Arslan ne discutait jamais les ordres d’Ibn Rushd. Il sauta par terre. Comme il dormait habillé, il eut juste à passer un manteau sur sa robe. Ensuite il se baissa et tira de dessous le lit une corbeille d’osier achetée au château. Le panier était plein de coffrets de fer et de petits pots de terre, tous remplis de poudre noire avec de longues mèches soufrées. Il y avait aussi un plus gros pot, avec une anse, contenant de la poudre noire facile à répandre pour provoquer des incendies.
Il attacha l’une des boîtes explosives contre la serrure de la porte et ils poussèrent leur huche devant. La mèche fut allumée avec la lanterne et ils se réfugièrent derrière le lit, leurs mains sur les oreilles.
La déflagration fut formidable et la serrure s’arracha. Dans la fumée soufrée qui avait envahi la chambre, et s’efforçant de retenir leur toux, ils saisirent le plateau d’osier, enjambèrent la huche, et sortirent dans le couloir.
Il n’y avait personne et la fumée commençait à s’étendre. Nedjm Arslan dispersa de la poudre dans leur chambre et l’alluma, puis il fit de même devant la porte de Castillon, évitant d’en mettre devant la chambre où logeait Guilhem. Dans l’escalier, ils entendirent une porte s’ouvrir derrière eux et quelqu’un appeler d’un ton inquiet.
Au premier étage, plusieurs personnes les interpellèrent sur l’origine de la déflagration. Nedjm Arslan jeta dans leur direction deux pots à feu allumés qui provoqueraient incendies et fumée. Les lueurs terrifiantes les affoleraient autant que si c’étaient les flammes de l’enfer, et quand ils retrouveraient leur présence d’esprit, ils s’occuperaient à éteindre les feux et non à les poursuivre.
Dans l’ombre des arcades, Ibn Rushd et le Perse placèrent un coffret dans le passage vers les celliers et allumèrent la mèche, avant de se précipiter dans la cour. Maintenant, les clameurs retentissaient dans toutes les directions. C’étaient des hurlements d’effroi mêlés aux cris de douleur des blessés ou des brûlés. On entendait aussi les ordres confus des sergents d’armes.
Dans l’écurie, les chevaux affolés hennissaient de terreur. Les lueurs d’incendie éclairaient les archères de la façade du bâtiment des chevaliers et d’épaisses fumées soufrées enveloppaient tout, faisant tousser ceux qui les traversaient.
L’affolement submergeait tout. Ils traversèrent la cour vers la ruelle qui conduisait à la tour Paravelle. Des gardes du pont-levis les interpellèrent pour savoir ce qui se passait, mais jouant l’affolement ils ne s’arrêtèrent pas pour leur répondre. Dans l’ombre, ils abandonnèrent de nouveaux pots à feu sur la toiture de la salle à manger.
Entre-temps, des gardes s’étaient dirigés vers des arcades pour pénétrer dans le logis des chevaliers. L’explosion les saisit alors qu’ils n’étaient qu’à une toise, tuant la plupart d’entre eux. Un pan de mur s’effondra, bloquant les passages, tandis que les incendies se propageaient sur les poutres et les boiseries. Cette partie du château n’était plus que désordre et épouvante. Chacun se ruait dehors pour échapper aux flammes, aux murs qui s’écroulaient, à la fumée soufrée qui les étouffait. Les gens étaient en chemise, pieds nus et sans armes. Ils criaient, hurlaient, les femmes pleuraient, suppliaient à genoux. Tous étaient persuadés que les portes de l’enfer venaient de s’ouvrir dans le château. La montagne proche ne s’appelait-elle pas le val d’Enfer ?
Nedjm Arslan et Ibn Rushd arrivèrent au passage vers la tour Paravelle où ils placèrent de nouvelles charges. Ayant allumé les mèches, ils revinrent par la ruelle cadastrale qui conduisait aux prisons et aux cuisines. Nedjm Arslan avait prévu que les explosions feraient s’effondrer les voûtes, empêchant la circulation vers la haute cour, ce qui couperait le château en deux. Comme la plupart des gens d’armes logeaient dans les bâtiments ayant leur porte sur la cour de la tour Paravelle, ils seraient isolés, puisqu’ils ne pourraient plus passer par la grande salle du donjon dont l’issue vers les arcades était détruite.
Dans la ruelle cadastrale, c’était aussi l’affolement. Toute une foule se bousculait vers la cuisine souterraine où les gens espéraient être protégés du feu par les rochers.
La toiture de la salle à manger commençait à s’embraser quand un fracas plus puissant que le tonnerre retentit. C’était l’écroulement des celliers. La terreur fut à son comble. Les gens couraient en tous sens, se poussant et se piétinant sans aucune compassion, se trompant même de direction, tant l’air était obscurci par les fumées à travers lesquelles on ne voyait que des flammes infernales.
Dans cette foule incontrôlable, le Perse et Ibn Rushd se frayaient difficilement un chemin, quand ils heurtèrent Robert de Locksley et Anna Maria. Sur le coup, le médecin resta interdit, puis, bouleversé, il saisit Anna Maria dans ses bras :
— Vous... Ici ! Vous êtes libre ? Vous n’avez rien ?
— Non ! Mais que se passe-t-il ? C’est l’enfer !
— J’ai cru... Allah est grand ! Je vous raconterai plus tard ! Occupons-nous de votre frère.
Les toits voisins n’étaient plus que brasiers. La fumée tourbillonnait autour d’eux. Des cris déchirants dominaient les crépitements des flammes. Locksley prit la tête de leur troupe pour gagner la porte des cachots, écartant sans ménagement ceux qui les gênaient.
L’ouverture de la prison était dans un renfoncement de roche. Le Perse plaça une charge sur la porte de fer et, à peine l’eut-il allumée, qu’ils s’écartèrent au plus vite, tentant d’éloigner ceux qui couraient vers les sous-sols.
La déflagration provoqua un nouveau désordre, des hurlements et une ruée dans toutes les directions.
Déjà Nedjm Arslan était entré dans la petite salle qui précédait les cellules. Il n’y avait que de simples verrous aux portes des cachots. Il les tira.
— Seigneur viguier ! Bartolomeo ! Sortez vite !
Fer sortit le premier, voûté et engourdi, car il ne pouvait se tenir debout dans sa cellule. Puis ce fut Bartolomeo, visiblement terrorisé. Par chance aucun n’était enchaîné.
— Que se passe-t-il ? haleta le viguier, étouffé par les fumées.
— On est venus vous délivrer, il faut fuir, filons !
À travers les gens terrorisés et implorants, ils remontèrent la ruelle cadastrale vers la cour. Les plaintes et les gémissements dominaient maintenant, ainsi que les appels à laide. Ibn Rushd était bouleversé par les cris d’enfant, mais les gens paraissaient plus hagards et effrayés que gravement blessés ou brûlés.
Avec un tel désordre, Robert de Locksley était persuadé que le pont-levis serait baissé, ne serait-ce que pour faire sortir les destriers de leur écurie. Dans la cour aux arcades, la fumée était toujours aussi épaisse, mais à travers les tourbillons ils remarquèrent que le calme revenait. Raimbaud de Cavaillon dirigeait une longue file d’hommes qui se passaient des seaux, depuis la citerne, pour les vider dans le logis des chevaliers. Ibn Rushd constata avec dépit que l’incendie de la salle à manger était déjà éteint, bien qu’il eût consumé une partie de la toiture.
Devant le pont-levis, Arnaud de Coutignac faisait sortir en bon ordre les chevaux et des ballots de fourrage ou de nourritures. Des gardes, porteurs de lances ou de guisarmes, surveillaient les passages. Sans doute devaient-ils maintenant se douter que ces explosions et ces feux n’étaient pas d’origine diabolique.
— Au pont-levis, ils me reconnaîtront, souffla Locksley.
Ils s’étaient regroupés dans un recoin de la maison du four, mais ils ne pouvaient rester là longtemps sans se faire remarquer. Déjà, comme il n’y avait plus eu d’explosions depuis quelques minutes, les hommes d’armes retrouvaient leur sang-froid.
Locksley donna son épée à Fer.
— Vous allez forcer le passage au pont, seigneur viguier. Pendant ce temps, j’abattrai les gardes avec mes flèches.
À
— On ne passera jamais tous ! répliqua Fer. À quoi bon me libérer si vous devez être pris et subir un sort pire que le mien ?
— Il y a un autre chemin pour sortir, intervint Pierre, qui jusqu’à présent ne faisait que suivre les autres. Mais il sera fermé par des grilles qu’il faudrait démolir.
— Je peux le faire, assura le Perse. Il me reste encore deux coffrets de fer et deux pots à feu.
— Cela s’appelle le trou aux lièvres. C’est un tunnel depuis la fosse du pont-levis. Il débouche de l’autre côté du château et permet de fuir en cas de siège. Il y a une grille dans la fosse et une porte au bout.
— J’ai remarqué la grille, dit Robert de Locksley. Mais pour l’atteindre, il faudrait descendre dans la fosse. Il y a deux ou trois toises...
— J’ai toujours la corde, intervint Anna Maria qui l’avait enroulée sur sa poitrine.
— Le temps de l’attacher, de descendre et de briser la grille, les arbalétriers nous tireront comme des lapins. Le trou portera alors bien son nom, ironisa Bartolomeo.
— On peut descendre dans la fosse par une des salles creusées sous le donjon. Je connais le passage. Vous n’aurez qu’à me suivre.
— En passant par les arcades ?
— Oui.
— J’ai détruit le passage, objecta Nedjm Arslan. Je ne savais pas qu’on en aurait besoin.
— De surcroît, si nous utilisons ce chemin, nous n’aurons pas de chevaux, remarqua Robert de Locksley. Ils nous auront vite rattrapés si nous sommes à pied.
— Ils vont nous rattraper ici même, décida Fer. Nous n’avons pas d’autre solution. Si le passage est bouché, nous tenterons de le dégager. Une fois dehors, on avisera.
— Peut-être pourrions-nous retrouver nos montures, proposa Anna Maria.
— Je cherche Guilhem des yeux depuis un moment et je ne l’ai pas aperçu, intervint Ibn Rushd. J’espère qu’il n’a pas été blessé. Ce serait bien qu’il parte avec nous.
— Peu importe Guilhem ! Il a choisi son camp, qu’il reste ici ! répliqua Locksley avec brusquerie.
— Je lui ai parlé. Il ne nous a pas trahis et il veut toujours libérer Roncelin.
— Je me moque de Roncelin désormais ! aboya Locksley. Fer a raison, tans pis pour les chevaux. Partons maintenant, après ce sera trop tard. Pierre, passez le premier avec Anna Maria.
L’ancien soldat de Castillon avait tellement peur d’être pris qu’il ne se le fit pas dire deux fois. Sitôt qu’il fut devant les arcades avec l’Italienne, Nedjm Arslan et Hugues de Fer les suivirent, puis ce furent Robert de Locksley et Ibn Rushd. Le Saxon avait dissimulé son visage sous le capuchon de sa cotte.
La charge d’Arslan le Perse avait provoqué l’écroulement d’un mur, bouchant complètement l’entrée vers les salles basses. Cinq ou six domestiques dégageaient les décombres. Fer proposa de les aider et, dans l’obscurité, personne ne les reconnut.
Ils se mirent aussitôt au travail, déplaçant les pierres à la faible lueur de la lanterne. Seul Ibn Rushd resta debout, cherchant à apercevoir Guilhem. Le calme revenait et les incendies étaient presque tous éteints.
Enfin un passage vers les celliers fut suffisant, Pierre s’engagea le premier, expliquant aux domestiques qu’ils allaient chercher des blessés à l’intérieur. De l’autre côté, l’obscurité était totale. Heureusement, ils avaient encore la lanterne de Nedjm Arslan. Ils passèrent la première salle et Pierre leur indiqua un étroit couloir qu’ils n’avaient jamais remarqué. Derrière lui, ils traversèrent d’autres cavités creusées dans la roche jusqu’à une grande crypte où se trouvaient entreposés des tas de gros cailloux. Une fois rassemblés, Pierre leur indiqua une porte basse.
— C’est une ouverture sur la fosse, expliqua-t-il. Ces roches sont là pour être jetées sur des assaillants qui seraient entrés par le trou aux lièvres.
— Comment allons-nous descendre ? demanda Locksley.
— Je vais ouvrir la porte basse. Cachez la lumière. Dans le noir, on ne remarquera rien du pont-levis. On descendra avec la corde que porte la damoiselle, mais en bas la grille sera fermée...
— Je passerai le premier et je la détruirai avec cette boîte de poudre, dit Nedjm Arslan. Il faudra me faire descendre la lanterne quand je serai en bas, car ce serait trop long de battre le briquet. Vous n’aurez qu’à l’attacher à la corde en la couvrant sous un tissu.
— C’est très dangereux, remarqua Locksley. Vous serez exposé longtemps et les gardes ont des arbalètes.
— Vous me protégerez, répliqua le Perse en souriant. Avec votre arc, je ne crains rien.
Pierre tira un verrou et ouvrit la porte basse tandis qu’Anna Maria attachait la corde à un anneau scellé dans la roche.
Nedjm Arslan, ayant glissé la boîte de poudre et la mèche dans la grande poche de son ample manteau, prit la corde et descendit en silence. En bas, il trouva l’étroite grille et, avec une cordelette, il attacha le coffret sur la serrure. Il faisait très sombre et ceux qui étaient au pont-levis ne pouvaient le voir.
Il sentit alors un frôlement dans son cou. C’était la lanterne, couverte d’un morceau du jupon d’Anna Maria, que ses amis faisaient descendre. Avec elle, il alluma la mèche puis s’accroupit à l’écart, le long de la paroi rocheuse.
La mèche ne brûla que quelques secondes, mais un garde qui se tenait devant le parapet crénelé de la fosse l’aperçut.
— Là, une lumière... cria-t-il.
Il n’eut pas le temps de finir sa phrase que l’explosion retentit.
Entre-temps, Ibn Rushd était retourné vers le cellier avec une chandelle et avait allumé un pot à feu. L’incendie ne ferait pas trop de dégâts, mais occuperait du monde, s’était-il dit.
La déflagration de la grille fut terrifiante. De nouveau, ce fut le désordre et l’affolement dans la cour où les sergents hurlaient des ordres tandis que chacun cherchait à se mettre à l’abri, persuadé que le fracas et les incendies allaient reprendre.
Pendant cette agitation, les fugitifs descendaient avec la corde dans la fosse enfumée. La grille avait été arrachée et Pierre les guida dans le passage en pente. C’était un corridor large d’à peine un pied et demi, afin d’empêcher l’entrée d’une importante troupe. À son extrémité, ils furent arrêtés par une porte de bronze.
— Il y a deux grosses barres à retirer des encoches creusées dans la roche, expliqua Pierre.
Ils les soulevèrent et poussèrent la porte. De l’autre côté, l’air était pur et sans fumée.
Dans la crypte d’en haut ne restaient que Robert de Locksley, arc bandé prêt à tirer, et Ibn Rushd.
— Je vais rester, annonça le vieillard. Je ne parviendrai jamais à descendre par cette corde. J’arriverai bien à sortir seul par le pont-levis. Bonne chance !
— Certainement pas, je vais vous aider. Laissez-vous faire.
Il attacha le vieil homme par les aisselles et l’obligea à passer la porte. Certes, Ibn Rushd n’était pas lourd, mais Robert de Locksley crut quand même que ses muscles allaient céder. Heureusement, la descente fut brève. Sitôt que le médecin fut en bas, le Saxon descendit à son tour, tenant son arc et son carquois. Il était temps, l’incendie allumé par Ibn Rushd faisait maintenant rage derrière lui, dans les salles basses.
Dans la fosse, la fumée s’était dissipée et les gardes du château s’étaient regroupés sur le pont-levis. Plusieurs agitaient des torches pour tenter de voir en bas. Des arbalétriers les avaient rejoints.
— C’est venu du trou aux lièvres, seigneur, expliqua à Arnaud de Coutignac celui qui avait vu la lumière avant l’explosion.
Coutignac prit une torche des mains d’un de ses hommes et la jeta dans le trou. La résine se répandit sur les rochers et ils distinguèrent deux ombres qui s’engageaient dans le boyau.
— Les arbalétriers, tirez ! Ce sont des hommes et non des démons ! Visez le trou !
Mais le temps que les arbalétriers réagissent, Robert de Locksley et Ibn Rushd avaient rejoint leurs compagnons de l’autre côté. S’étant regroupés, ils commencèrent à descendre une pente vers la plaine en contrebas, se guidant à la faible luminosité de la lune et des étoiles.
Pierre et Nedjm Arslan étaient restés en arrière. Le Perse avait remarqué un amoncellement de rochers instables sur la sortie du trou aux lièvres. S’il pouvait les faire tomber, le passage serait obturé pour un moment. Il avait donc demandé à Pierre de l’aider à grimper jusqu’aux pierres pour y poser le dernier coffret de poudre.
Monté sur les épaules du soldat de Castillon, Nedjm Arslan venait d’allumer la mèche et s’apprêtait à sauter quand la volée de carreaux d’arbalète traversa le boyau. Plusieurs heurtèrent les parois, mais l’un d’eux atteignit Pierre à la hanche. Sous le choc, il vacilla, perdit l’équilibre et s’écroula, entraînant le Perse dont la tête heurta le rocher. Ils étaient tous deux étourdis quand la charge explosa, provoquant une avalanche qui les recouvrit.
Nedjm Arslan et Pierre furent tués sur le coup, écrasés par d’énormes rochers.
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