[Guilhem d’Ussel 1] Marseille 1198

Jean d'Aillon · Chapitre 37 sur 39

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[Guilhem d’Ussel 1] Marseille 1198

Chapitre 36

 

La veille, tandis que Guilhem se rendait chez Constance, Hugues de Fer était à l’évêché avec Locksley et le vicomte Roncelin. Ils avaient été immédiatement reçus par l’évêque dans la salle verte.

Mgr Rainier les avait congratulés pour leur retour et leur réussite, puis le viguier avait fait un rapide récit de leur expédition. Après quoi, ils avaient demandé que l’on fasse venir le juge ecclésiastique.

L’entretien avait été bref. L’évêque Rainier était assis sur sa cathèdre. Le vicomte et le viguier étaient assis à leur place sur les bancs à hauts dossiers réservés aux dignitaires, lors des réunions de l’évêché. Locksley avait pris un siège éloigné.

Michel de Castellaire allait complimenter Roncelin de son retour quand celui-ci lui avait tendu une bague. Le juge l’avait reconnu et compris qu’ils savaient tout. Il ne s’était pourtant pas démonté.

— Oui, c’est moi qui ai donné cette bague au chevalier nommé Guilhem d’Ussel.

— ... Qui devait me tuer, avait poursuivi Hugues de Fer d’une voix égale.

— Je ne le lui avais pas demandé, avait rétorqué le juge.

Le regard de l’évêque était passé de l’un à l’autre, interloqué, car il ne comprenait pas cet échange. Le viguier lui avait alors tout raconté.

— Vous avez osé ! avait tonné Rainier en se dressant, les yeux fulminant de colère.

Castellaire avait soutenu son regard un instant avant de baisser la tête.

— Je confesse ma faute, avait-il dit. Et je suis prêt à en payer le prix. Pour ma défense, je peux seulement dire que je l’ai fait pour l’Église.

— Pour l'Église ? Mais c’était folie ! La ville haute et la ville basse vivent en harmonie ! Que cherchiez-vous, sinon à prendre ma place ? s’était exclamé l’évêque, consterné.

— J’avais des ordres du Saint-Père, monseigneur. Je devais tout faire pour qu’un jour Rome entre en possession du port de Marseille. Or, depuis que je suis arrivé, j’ai deviné que le viguier s’opposerait toujours à nous. J’ai cru faire avancer la cause de l’Église.

— Vous vous êtes lourdement trompé. Hugues de Fer n’a jamais été l’adversaire de l’Église, avait affirmé l’évêque.

Castellaire avait alors murmuré d’une voix à peine audible :

— Quand le seigneur Hugues de Fer m’a contraint à lui remettre ce Perse démoniaque, j’ai compris qu’il n’hésiterait jamais à utiliser la force pour imposer sa volonté. Même si les deux Italiens parvenaient à remettre au noble Roncelin la lettre que notre Saint-Père leur avait remise, même si notre seigneur vicomte revenait libre à Marseille, Hugues de Fer n’accepterait jamais que la ville appartienne à Rome.

— En effet, avait approuvé Fer. Vous m’avez bien jugé. Mais peut-être y aurait-il eu d’autres solutions. Des compromis auraient été possibles. C’était à l’évêque de m’en parler. Heureusement pour vous, et pour moi, vous vous êtes adressé à l’homme le plus loyal que j’aie jamais connu.

— Comment saviez-vous que Guilhem partait aux Baux ? Nous ne l’avions dit à personne, avait alors demandé Robert de Locksley qui était jusqu’alors resté silencieux.

Le juge ecclésiastique s’était tourné vers lui sans laisser paraître qu’il le connaissait. Il avait tout de même marqué une hésitation avant de répondre.

— Après que le viguier est parti avec le Perse, j’ai fait surveiller sa maison par un moine. L’après-midi, deux chevaliers sont venus, m’avait-il dit, ainsi qu’un notaire. Quand ils sont sortis, il a suivi les chevaliers à leur auberge. Il a demandé leurs noms à un garçon d’écurie, et quand il a vu l’Anglais repartir – je suppose que c’est vous – il est venu me prévenir. Je savais que celui qui restait se nommait Guilhem d’Ussel.

Hugues de Fer avait consulté Roncelin du regard.

— Seigneur vicomte, c’est à vous de décider du châtiment de cet homme, avait-il dit.

Roncelin était apparu embarrassé. À son tour il avait regardé l’évêque, qui avait baissé les yeux, comme s’il lui laissait l’entière responsabilité de la décision qu’il prendrait, puis son regard était revenu vers Michel de Castellaire.

— Voici ma décision. Il n’y a pas eu crime et j’ai vu trop de sang durant ces jours écoulés. Vous quitterez la ville avant la tombée de la nuit, vous partirez à pied sans rien sinon une robe de bure et vous rentrerez à Rome demander votre pardon.

L’évêque s’était levé et avait ajouté :

— Si à la nuit vous êtes encore dans les murs de Marseille, vous serez saisi et pendu devant les Accoules.

Après cette sentence, Hugues de Fer avait informé les consuls du retour de leur vicomte et leur avait demandé de se réunir le lendemain au Tholoneum, à la première heure. Roncelin l’accompagnerait.

L’arrivée de Guilhem et de Robert de Locksley à la fin de la nuit perturba un peu ce qu’il avait préparé, mais cela lui donna l’avantage d’interroger Aurélien avant la réunion consulaire. Le syndic des tanneurs fut ensuite jeté au fond d’un cachot de la prison de la ville.

Le vicomte et le viguier vinrent séparément à l’ancien palais, Hugues de Fer étant accompagné de Robert de Locksley et de Guilhem d’Ussel.

Comme d’habitude, la sombre salle était éclairée par quelques torches de résine et on avait tendu le long des murs plusieurs bannières à la croix d’azur sur fond d’argent. Quatre consuls étaient présents. Ils savaient que l’expédition aux Baux de leur viguier avait réussi et s’en réjouissaient. Certains étaient cependant mortifiés de n’avoir pas cru en Hugues de Fer et d’avoir soutenu le remplacement de Roncelin par Adhémar.

Malgré l’absence de deux d’entre eux, chacun s’assit après que le vicomte eut pris place sur le haut siège qu’on avait dressé pour l’occasion, car sa présence à ces réunions était rare.

Le viguier allait prendre la parole quand le procurateur de l’hôpital du Saint-Esprit entra. Ansaldi portait la robe habituelle des membres de l’ordre. Même s’il essayait de paraître indifférent aux regards de Roncelin et Hugues de Fer, son visage osseux révélait son inquiétude.

Il avait appris la veille, avant les consuls, le retour de Roncelin et de Hugues de Fer. Il avait aussitôt fait chercher Aurélien, mais celui-ci lui avait affirmé ne rien savoir. Il avait envoyé quelques frères de l’hôpital interroger discrètement les gens de Fer et appris seulement que les jongleurs italiens logeaient dans la tour du viguier.

Ansaldi avait passé la nuit à méditer. Que s’était-il passé ? Avec la lettre envoyée à Rostang de Castillon, les Italiens et le chevalier qui les accompagnaient auraient dû être emprisonnés avec Hugues de Fer, ou subir un sort pire. Non seulement ce n’était pas arrivé, mais Roncelin était libre. Comme il était impensable que les Baussenques aient été vaincus par si peu d’adversaires, c’est qu’un accord avait été négocié entre eux. Quel genre d’accord ? Castillon avait-il livré son nom ?

S’il l’avait fait, il ne doutait pas de sa mort prochaine. Devait-il fuir ? Peut-être... Mais pour aller où ? Revenir à Montpellier et expliquer son rôle au grand maître du Saint-Esprit ? Il serait immédiatement jeté au fond d’un cachot ou exécuté. La honte retomberait sur sa famille.

Et surtout, ce serait stupide de fuir si personne ne savait rien ! Non seulement il reconnaîtrait ainsi sa culpabilité mais il perdrait des années d’effort. Après avoir longtemps prié, il avait choisi d’affronter son destin.

— Vous êtes en retard, noble procurateur, remarqua Hugues de Fer d’une voix égale.

— Un malade à voir au dernier moment, seigneur, je m’en excuse.

Il s’assit tout en remarquant, avec un pincement au cœur, l’absence d’Aurélien.

— Je ne suis pas le dernier, dit-il.

— Le syndic des tanneurs ne viendra pas, fit seulement Hugues de Fer qui poursuivit : Je vous ai réunis, honorables consuls, pour vous raconter comment nous avons libéré notre vicomte. Je suis venu avec deux de mes compagnons d’armes, le noble comte de Huntington (Robert de Locksley fit un signe de tête) et le chevalier Guilhem d’Ussel.

Nous sommes partis sept, l’un des nôtres est mort dans cette entreprise.

Roncelin se signa, imité par les consuls.

— Beaucoup de gens des Baux sont morts aussi, dont Rostang de Castillon...

Quelques murmures se firent entendre mais Fer les fit cesser d’un geste autoritaire.

— ... Si je vous dis ceci, honorables consuls, c’est pour que vous sachiez que ce fut une rude entreprise qu’aucun de nous n’avait recherchée. Nous n’en sommes sortis vainqueurs qu’avec l’aide de Notre Seigneur Jésus. Notre vicomte, le seigneur Roncelin, a été enlevé contre son gré par Rostang de Castillon. On l’a forcé à abandonner ses droits sur la ville...

Il y eut une nouvelle vague de murmures, mais cette fois d’inquiétude. Ainsi Roncelin n’était plus vicomte ? Hugues des Baux était-il le nouveau vicomte ?

— Le preux Guilhem d’Ussel, ici présent, a pu reprendre cet acte extorqué et je l’ai détruit. Donc cette entreprise n’aura été que ruine. Il faut maintenant que vous sachiez, honorables consuls de la ville, que tout a été tramé et préparé par deux d’entre vous, qui sont cause du trépas de beaucoup d’innocents.

Cette fois ce ne furent plus des murmures, mais des exclamations d’étonnement et même quelques interjections de désaccord.

Seul Antoine Ansaldi ne dit rien, devinant qu’il était perdu.

— Les Baussenques ont enlevé notre vicomte pour le contraindre à renoncer à ses droits. Mais ils ont aussi laissé, volontairement, le tissu brodé de la comète pour que je sois certain qu’ils étaient les ravisseurs, car ils voulaient que je tente de délivrer mon seigneur. Des deux motifs de cet enlèvement, le second était aussi important que le premier, tant Hugues des Baux voulait m’écarter à jamais de son chemin.

» Mais il y avait une troisième intention à cette abjecte entreprise. La plus scélérate à mes yeux, car il s’agissait de faire assassiner Madeleine Mont Laurier par les soldats des Baux.

Les consuls écoutaient, stupéfaits.

— Notre vicomte enlevé, Madeleine assassinée, il ne restait plus qu’à me capturer. Pour y parvenir, Rostang de Castillon reçut un message de l’un de vous annonçant ma venue et celle de mes amis.

Des « Oh ! » et des « C’est impossible ! » retentirent. Guilhem observait qu’Ansaldi restait silencieux.

Hugues sortit de sa robe le parchemin et le remit à Vivaud qui le lut avant de regarder Ansaldi avec un mélange de dégoût et d’horreur. Puis il le passa à son voisin Raymond Sarraset. Le fabricant de savon, naturellement rougeaud de visage, devint écarlate de surprise en le parcourant.

— Je reconnais mon crime, intervint alors Ansaldi avec une sorte de hautaine indifférence. Je suis prêt à en recevoir le châtiment.

Pierre Barthélémy, le négociant en drap, le regarda sans comprendre, tandis que l’armateur Grégoire Ratoneau, qui avait déjà deviné, le considérait durement.

— C’est vous aussi qui aviez prévenu Hugues des Baux que notre vicomte serait à sa maison de la Porte Galle ? demanda-t-il.

— C’est moi.

— Qui vous avait informé ? s’enquit le viguier.

— Je ne suis pas un délateur, mais à quoi bon cette question, puisque vous le savez...

— En effet, c’est maître Aurélien, qui a essayé cette nuit même, avec quelques misérables, d’assassiner mon ami Guilhem et Constance Mont Laurier, comme il avait déjà tramé la perte de sa sœur.

— Pourquoi ? balbutia Vivaud, stupéfié par cette nouvelle révélation.

— Pour peu de chose en vérité, Madeleine avait découvert qu’Aurélien achetait des peaux aux écorcheurs, enfreignant ainsi les statuts de la confrérie et les lois de la ville. Pour cela, et aussi parce qu’elle refusait de l’épouser, il a manigancé son assassinat par Castillon. Antoine Ansaldi a laissé faire, parce que ça l’arrangeait.

Il y eut un nouveau brouhaha que Vivaud fit cesser d’un geste de la main.

— Antoine va s’expliquer, tout au moins je l’espère. Mais racontez-nous d’abord comment vous avez délivré notre vicomte, et comment vous avez déjoué... cette dénonciation.

Il désigna le document que lisait Ratoneau.

— Comme Guilhem d’Ussel est celui qui a conduit et réussi cette entreprise, je souhaite que ce soit lui qui vous le raconte. De plus, comme troubadour, il trouvera mieux que moi les mots justes pour vous narrer ce qui fut, bien malgré nous, une épopée, proposa le viguier avec une triste ironie.

À ces paroles, Guilhem laissa percer un sourire et d’une voix profonde expliqua qui il était et pourquoi il était venu à Marseille, ce qui ajouta à la surprise des consuls. Ensuite il narra comment il s’était fait passer pour un troubadour auprès des Baussenques, comment il avait été dénoncé, et comment il avait juré fidélité à Hugues des Baux pour éviter d’être jeté du haut des murailles du château. Un serment sans valeur à ses yeux. Après quoi il parla des prétentions de Castillon sur Anna Maria, la jongleuse qui les avait accompagnés. Il fit le récit de la joute et de la victoire de Robert de Locksley. Quand il décrivit la façon dont le comte de Huntington avait coupé en deux la flèche de Castillon, ce fut un nouveau brouhaha de stupéfaction teinté d’admiration.

Il dit aussi quelques mots de Baralle, restant muet sur son amour envers Roncelin, puis il raconta la terrible nuit où Castillon avait trouvé la mort, en expliquant qu’il empoisonnait son demi-frère depuis des semaines.

Après lui, ce fut Locksley qui prit la parole pour narrer son entrée dans le château par le souterrain, la délivrance de Hugues de Fer et leur fuite grâce à la poudre noire dont le Perse Nedjm Arslan avait emporté le secret dans la mort.

Enfin Hugues de Fer fit le récit du dernier combat sur la route de Sallone.

— Mes amis, nobles consuls, vous savez à peu près tout, conclut-il. Sans ces hommes et cette femme exceptionnels qui m’ont accompagné, sans Nedjm Arslan qui est mort pour nous sauver, Marseille serait désormais à Hugues des Baux, et plus exactement au procurateur de la confrérie du Saint-Esprit. Vous pouvez maintenant vous défendre, Ansaldi, si vous en êtes capable.

Le procurateur de la confrérie se leva, salua d’une profonde inclination de tête le vicomte Roncelin, puis Hugues de Fer.

— Deux fois dans l’année, je me rends à Montpellier pour le conseil de notre ordre, commença-t-il d’une voix assurée. Il y a quatre ans, surpris par le mauvais temps, moi et mes gens demandâmes l’hospitalité à Castillon. C’est ainsi que je fis connaissance du demi-frère de Hugues des Baux.

» Rostang souffrait de son origine. Sous les ordres de Hugues, il ne possédait même pas le château dans lequel il vivait. Je lui racontai ma vie, mes voyages en Orient et je lui décrivis la puissance de la confrérie, espérant qu’il nous rejoindrait. Mais Rostang n’était pas attiré. Seule l’ambition le guidait. Il m’invita pourtant à faire halte à son château chaque fois que je me rendais à Montpellier ou que j’en revenais.

» Depuis longtemps, je songeais à négocier auprès de notre vicomte sa part de droits sur la ville, mais je savais que le viguier et plusieurs membres du conseil s’y opposeraient. Lors de mon dernier voyage, j’en parlai à Castillon qui me suggéra plutôt d’aider son frère à acheter les droits du seigneur Roncelin, qu’il me revendrait ensuite. Je me gaussai de lui, lui disant que Hugues des Baux ne me les revendrait jamais. C’est alors qu’il m’expliqua que son frère était très malade, mourant même. Il me promit, si nous faisions alliance, qu’il me céderait tout, après sa mort.

— Un nouveau crime à porter à votre charge. Décidément, père Ansaldi, plus on remue l’ordure dans cette histoire, plus elle pue, remarqua amèrement Vivaud.

— Je croyais vraiment que Hugues des Baux était malade, j’ignorais que Castillon l’empoisonnait, répliqua froidement Ansaldi en soutenant son regard. Ma part du contrat consistait seulement à trouver un moyen de convaincre notre vicomte de vendre ses droits à Hugues des Baux et à empêcher notre viguier de s’en mêler. C’est alors que j’appris d’Aurélien que Roncelin se rendait sans escorte à sa maison de Porte Galle, avec une femme. Par un des messagers qui portent les courriers de la confrérie à Montpellier, je prévins Castillon qu’il pourrait se saisir de lui afin de mieux négocier la vente de ses droits sur Marseille. Pour écarter le seigneur Hugues de Fer de l’entreprise, je suggérai aussi que le jour où les gens des Baux viendraient à la tour de la Porte Galle, ils laissent une preuve de leur passage. Connaissant Hugues de Fer, j’étais certain qu’il tenterait de se rendre aux Baux, soit pour négocier, soit pour délivrer le seigneur Roncelin.

» Je jure sur les Évangiles que je n’avais pas envisagé le viol et le meurtre de Madeleine, ajouta-t-il en se signant.

— D’autres l’avaient prévu pour vous, rétorqua Hugues de Fer avec mépris.

— La suite, vous la connaissez. J’ai incité notre viguier à délivrer notre vicomte en suggérant qu’Alice entre au couvent et qu’Adhémar devienne vicomte. Puis, dès que j’ai connu son départ, j’ai prévenu Castillon. Mais j’ignorais qu’ils étaient partis à sept.

Le silence retomba dans la pièce. Plusieurs des consuls étaient en pleine confusion. Ils avaient soutenu ce scélérat, et sans le savoir avaient couvert sa félonie.

Comme personne ne disait mot, Hugues de Fer reprit la parole.

— Cet homme est-il coupable et mérite-t-il la mort ? demanda-t-il.

Les uns après les autres les consuls opinèrent.

— Votre décision est juste, dit Ansaldi avec courage.

— Avec le seigneur Roncelin, nous avons déjà débattu de votre châtiment, décida Hugues de Fer. Un homme ne doit pas seulement être jugé sur les mauvaises actions qu’il a commises, mais aussi sur les bonnes. Vos crimes sont inexcusables et méritent un châtiment. Mais vous avez aussi sauvé des vies et des âmes, et soulagé bien des souffrances avec l’hôpital du Saint-Esprit.

» Il y a aussi la confrérie, ses chevaliers et ses servants qui ne doivent pas payer pour vos fautes. Il y a enfin votre famille qui serait déshonorée par votre exécution publique.

» Voici donc ce que j’ai décidé, en accord avec notre seigneur Roncelin. Vous réglerez vos affaires cet après-midi et partirez demain dans le premier navire pour l’Orient et la Palestine où vous prendrez la croix, comme simple servant. Vous partirez sans rien, laissant tous vos biens à l’hôpital. Vous ferez tout pour trouver la mort au service de Notre Seigneur et de la délivrance de son tombeau.

Le visage contracté, les larmes apparentes au bord des paupières, Ansaldi s’inclina.

La séance était terminée et le vicomte se retira. L’ancien procurateur partit à sa suite sans un mot ni un regard pour ses anciens compagnons.

Alors, les consuls se pressèrent auprès de Hugues et des deux chevaliers, pour en savoir plus. Ce n’est qu’au bout d’un moment que Vivaud put enfin prendre son ami à part :

— Hugues, je pense que tu l’as appris, mais ta galère est arrivée il y a deux jours, chargée de soie. Ton capitaine a fait de prodigieuses affaires et te ramène une fortune.

— Ma femme m’en a dit quelques mots, mais j’avoue ne pas avoir eu le temps d’aller voir, sourit le viguier.

— Rassure-toi, je me suis occupé de tout. Tes marchandises sont à l’abri dans mes entrepôts. Je viendrai cet après-midi te porter les documents et te remettre la somme que je te dois. Botin sera aussi heureux de te revoir, et Alice attend ta venue avec hâte !

Pour Hugues, c’était la fin d’une longue période d’angoisse et de malchance.

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