La Ritournelle

Aurélie Valognes · Chapitre 1 sur 44

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La Ritournelle

Chapitre 1

1

 

7 h 12

 

Noël commençait mal : le sapin penchait.

Anne en était à cette constatation, plantée dans son salon, en pyjama, les yeux tirés et la mine défaite, lorsque le téléphone retentit. Elle se précipita sur le combiné. Une seule personne au monde était assez malpolie pour ne pas avoir peur de réveiller toute une famille.

– Ma chérie, pour ce soir…

Nadine, sa mère.

– Oui, Maman… dit Anne, levant les yeux au ciel et se massant les tempes.

Elle s’était levée avec un mal de cheveux. Comme un avant-goût de la soirée qui s’annonçait.

– Humm… De quoi parles-tu ?

– N’oublie pas la bûche surtout !

Anne jeta un œil au-dehors. Dans la rue, il faisait encore nuit noire.

– Maman, tu sais quelle heure il est ?

– Tu penseras bien à la mettre dans le frigo, continua la voix au bout du fil.

Trop aigu, trop de mots, trop tôt. Le mal de crâne s’intensifia. On devrait interdire toute discussion avant le premier café.

– Et, rappelle - toi de la sortir deux heures avant, pour qu’elle soit à température ambiante. Qu’il ne nous arrive pas les mésaventures de l’année dernière… elle était tellement dure qu’on n’a jamais pu la manger !

Anne aurait pu dire mille choses sur le réveillon précédent, sur les manquements de chacun, mais elle se contenta d’un pacifiste :

– J’avais plutôt prévu de me passer de réveillon cette année.

– De quoi ?

– … de bûche, cette année !

Un cri siffla à l’autre bout du combiné, lui déclenchant un acouphène. Anne éloigna le téléphone de son oreille :

– Mais enfin ! Tu perds le sens commun, ma chérie ! Un réveillon sans bûche, ce n’est pas un réveillon !

Anne crut entendre « Un réveillon sans embûches, ce n’est pas un réveillon » et esquissa un sourire. Dans leur famille, c’était en effet une certitude. Les disputes faisaient partie de la tradition.

Sa mère continuait de soliloquer :

– Quand on invite, on fait les choses bien, Anne Komaneski ! Sinon on n’invite pas. Allez, à tout à l’heure…

Anne sentit ses jambes se dérober. Elle s’appuya contre la table du salon, celle qui servait pour toutes les grandes occasions. Elle débordait de puzzles non finis des enfants, de courriers non triés, de fleurs fanées à sortir de leur vase, fatiguées d’être là et qui n’étaient pas les seules, en cet instant, à avoir besoin de réconfort.

Anne se remit au lit et glissa à l’oreille de son mari :

– Antoine, je t’informe que le réveillon de ce soir est apparemment chez nous…

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