La Ritournelle
Chapitre 14
14
18 h 55
Antoine revint. Les cadeaux rangés, le pull du week-end ôté, la doudoune sans manches aussi. On voyait enfin sa belle chemise.
Nadine observa attentivement la silhouette qui s’offrait à elle :
– Oh mon Dieu !
– Quoi ? Qu’est-ce qu’il se passe ? s’inquiéta Antoine.
– Tu nous fais une grossesse nerveuse ? ironisa-t-elle, en lui tapant amicalement sur le ventre.
Vexé, Antoine lissa sa chemise du plat de la main.
– Les enfants, venez dire bonjour à votre grand-mère préférée, appela Nadine, d’une voix mielleuse.
– Facile, ils n’en ont plus qu’une maintenant…
– Sans vouloir insulter la mémoire de ta mère, Antoine, j’ai toujours été leur super Mamie.
– Si vous le dites…
Derrière eux, les deux garçons arrivèrent calmement. C’était vraiment un jour exceptionnel, eux qui étaient habitués aux dérapages, aux bagarres dans le couloir, aux sprints et autres réjouissances.
– C’est le Père Noël ? demanda Léo, surpris. Ah non, c’est Mamie…
– C’est quand qu’il arrive ? continua Tom.
– À minuit, heure du four.
Nadine les prit dans ses bras.
– Mais dis donc, vous avez encore grandi !
– On sait… soupira Léo. Tu nous le dis à chaque fois !
– Il va falloir arrêter de manger de la soupe, les enfants, vous allez bientôt toucher le plafond…
– Maman ! la rabroua Anne d’un regard noir.
Cela faisait des mois qu’elle négociait avec ses deux terreurs pour qu’ils daignent goûter des légumes verts, usant de pâtes de légumes, de tempuras de basilic, de purée pommes de terre carottes, et l’étape d’après était enfin la soupe, qui ne passait toujours pas. Ça, ils les mangeaient les vermicelles et les lettres de l’alphabet, mais pas le potage…
Nadine fronça les sourcils. Elle avait le don pour retourner toute situation à son avantage.
– Tu ne mets pas les boucles d’oreilles que je t’ai données ?
– Je n’ai pas eu le temps, Maman… dit-elle.
– Va les mettre, ma chérie, et profites-en pour t’arranger les cheveux et le teint : tu as une petite mine. Tu as tes règles ?
Antoine, qui revenait demander à Anne où elle avait rangé les ciseaux, fit aussitôt demi-tour. Trop d’intimité mère-fille d’un coup. Et puis, avec cette discussion, on risquait de glisser vers la pente savonneuse du troisième enfant.
– Je te passerai ma crème anti-affaissement, ma chérie. Elle ne fait pas de miracle, mais ça ne fera pas plus de dégâts.
Anne s’échappa vers la salle de bains, le seul endroit où elle pourrait être seule. L’apparence était essentielle au bonheur de sa mère.
Nadine resta converser avec ses deux petits-fils.
– Ils sont beaux vos pulls, dis donc !
– Oui, s’enthousiasma Léo, c’est Papy Christian qui…
– Chut, il ne fallait pas le dire ! le rabroua son frère.
– Je croyais qu’on n’avait pas le droit de mentir.
– Si. Ce soir, on a le droit.
– Moi, je comprendrai jamais rien…
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