La Ritournelle

Aurélie Valognes · Chapitre 36 sur 44

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La Ritournelle

Chapitre 36

36

 

23 h 50

 

À table, plus personne n’osait parler. Même la musique s’était arrêtée.

Caroline s’abstenait de dire que Nadine « l’avait bien cherché, depuis le temps qu’on aurait dû la remettre à sa place ». Lucie regardait sa sœur différemment, avec admiration, elle ne l’avait jamais vue s’énerver à ce point. Antoine, revenu des poubelles, s’était installé à table et tenait ses fils serrés contre lui. Les garçons s’étaient endormis, comme Pompette qui ronflait toujours ; elle n’avait d’ailleurs pas bougé une oreille quand les portes avaient claqué.

Soudain, le compagnon de Lucie se leva.

– Si vous le permettez, j’ai quelque chose à dire.

Tous les regards se tournèrent vers lui.

– Je ne suis pas sûr de savoir pourquoi je suis là, mais j’étais heureux, ce soir, d’avoir une famille avec qui passer le réveillon. La vôtre n’est pas parfaite, mais je donnerais cher pour avoir encore une famille avec laquelle me disputer. Je ne cherche pas à vous attendrir, je dis juste que vous avez de la chance. Vos désaccords vous rassemblent… Et si vous n’êtes pas capables de vous en rendre compte, alors vous êtes vraiment une bande d’abrutis.

Il prit son portable, son manteau, puis se retourna une dernière fois :

– On ne choisit pas sa famille, pourtant, moi, je vous aurais choisis.

Il claqua la porte derrière lui.

– FX, attends ! cria Lucie.

Elle resta interdite.

Dans une sidération générale, Mémé s’éclaircit la voix.

– Il ne parle pas souvent, mais il parle bien. Ce soir, on a viré Nadine, blessé Patrick et on est passés à côté de… FX. Une famille, ça se pardonne, avant que ce ne soit trop tard. On pourrait quand même pouvoir se dire les choses, sans se brouiller à vie. À commencer par se dire qu’on s’aime et se rappeler pourquoi. Être reconnaissant de ce qu’on a.

Elle prit son verre.

– Moi, je suis reconnaissante que la vie m’ait donné cette famille. Alors, oui, elle n’est pas parfaite, mais c’est la seule que l’on a, et il faut en prendre soin. Elle est surtout ce qu’on en fait. Ce que la vie nous a mis comme embûches sur le chemin, et comment on y fait face. Je suis heureuse d’avoir deux filles aux personnalités si différentes et hautes en couleur, indépendantes, fortes ; je suis fière d’être votre mère, même si ça n’est pas facile tous les jours. Je suis honorée d’avoir trois petits-enfants brillants, généreux, avec des passions et des convictions qu’ils suivent jusqu’au bout. Ce n’est pas donné à tout le monde de consacrer sa vie aux autres, de faire du bien autour de soi, de distribuer du bonheur et d’essayer de construire un monde meilleur. Et merci à Anne et à Antoine pour Tom et Léo, deux rayons de soleil dans mon dernier voyage, qui me font parfois penser que je suis un vrai dinosaure et d’autres fois que je suis, encore et toujours, une enfant. Alors, je lève mon verre à ma grande et belle famille. Je n’en aurais pas voulu une autre.

Chacun l’imita, la gorge nouée, et pour la première fois de la soirée, ils trinquèrent ensemble.

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