La Ritournelle

Aurélie Valognes · Chapitre 38 sur 44

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La Ritournelle

Chapitre 38

38

 

00 h 02

 

Les plombs avaient sauté. Dans l’appartement, c’était le noir complet. Les convives allumèrent d’abord leurs portables, puis Anne alla chercher des bougies et des chauffe-plats dans le placard aux horreurs.

Antoine jeta un œil sur le palier.

– Plus de lumière, ni d’ascenseur. C’est tout l’immeuble qui est privé d’électricité ! J’ai appuyé sur le bouton d’appel d’urgence : on verra si quelqu’un se déplace un 24 décembre.

À tâtons, il se fraya un chemin retour jusqu’à la table, enjambant le bouledogue sans rien y voir, en se repérant à son odeur.

– Mais qu’est-ce que c’est que cette mauvaise blague ? s’inquiéta Antoine, persuadé que sa belle-mère y était pour quelque chose.

Un bruit sourd retentit et aussitôt, tous tressaillirent. La porte. Tout le monde avait sursauté, mais personne n’avait envie d’y aller. Surtout dans le noir. Était-ce Patrick qui revenait se plaindre ? Ou bien Nadine qui réclamait ses cadeaux ?

Les enfants se redressèrent sur le canapé.

– Mais qui c’est encore ? s’agaça Antoine.

Anne recompta mentalement tous les invités. Après les départs de Patrick, de Nadine et de Tanguy, personne ne manquait à l’appel.

Quand elle ouvrit la porte, la lumière se ralluma soudain, comme par enchantement, révélant un homme, un peu voûté, sur le paillasson. Un vieux monsieur enrobé, barbe blanche et bonnet rouge, hotte sur le dos et poignée de lettres à la main. Tom et Léo n’étaient plus endormis du tout et bondirent pour enlacer le ventre rebondi.

– Rhooo, c’est le Père Noël, Maman !! Regarde, Papa !! Quand je vous disais qu’il existait pour de vrai ! dit Léo.

– Tu viens pour nous donner des cadeaux ? demanda Tom, redoutant tout à coup de ne pas avoir été suffisamment sage pour en recevoir.

– Exactement… dit le bonhomme en rouge et blanc. J’étais en train de repartir quand je me suis rendu compte qu’il me restait deux petits paquets au fond de ma hotte. Est-ce que vous connaîtriez un « Tom » et un « Léo », par ici ?

Le Père Noël scrutait à la ronde, son regard passant au-dessus des deux enfants, qui sautèrent devant lui.

– Nous, nous, nous ! C’est nous, Tom et Léo !

– Et vous avez été bien sages, cette année ? demanda l’invité surprise au moment où il se penchait pour attraper les derniers cadeaux.

– Pas toujours… admit Léo.

– Mais on a essayé… dit Tom. Et essayer, c’est ce qu’il y a de plus important. Hein, c’est vrai, Maman ?

Anne hocha la tête en direction du Père Noël, qu’elle semblait reconnaître désormais. Elle lui sourit.

– Alors, tenez ! Ces petits cadeaux sont pour vous, ajouta-t-il en extirpant de sa hotte deux immenses paquets.

Les enfants restèrent d’abord immobiles, trop impressionnés par la situation. Puis, devant le sourire encourageant du vieux monsieur, ils se jetèrent au sol et déchirèrent les emballages.

– Waouh ! Mais comment tu savais que je voulais des déguisements ? C’est ce que je préfère dans la vie.

– Le Père Noël sait tout et voit tout, Tom, dit Antoine.

– Et moi, et moi, et moi ? J’ai quoi, moi ?

Léo arracha le papier et découvrit un sac gigantesque avec un petit cadenas et une clé tout aussi minuscule.

– Rhooo, un nouveau sac à mystères !!! Je vais pouvoir y mettre tous mes trésors. Et ils ne seront qu’à moi. Il y a déjà des choses dedans ? On dirait des livres ! Tu sais que moi j’adore lire ! Enfin, je ne sais pas encore lire, mais je regarde les images. Et je suis très fort pour comprendre les histoires. Hein, c’est vrai, Maman ?

Heureux, les enfants enlacèrent le gros monsieur.

– Merci, Père Noël ! dirent-ils surexcités. On est trop contents d’avoir les derniers cadeaux. Comme ça, on a pu te voir « en vrai » !

– Je garde toujours les meilleurs pour la fin… assura le Père Noël en souriant.

Il était content d’avoir un peu réparé le drame de la soirée et d’avoir préservé pour une année encore la magie de Noël. Il se souvenait du traumatisme qui avait été le sien quand, bien avant l’âge, on lui avait annoncé qu’il fallait arrêter de rêver, que le Père Noël n’existait pas et qu’il était temps de grandir. Cet éternel enfant avait juste fait ce qu’il aurait aimé qu’on fasse pour lui.

Les deux garçons ne prêtaient plus attention à rien ni à personne, obnubilés par leurs cadeaux. Le Père Noël s’éclaircit la gorge et s’adressa aux adultes regroupés autour de lui :

– Sur ce, Joyeux Noël à tous ! Il est temps pour moi de partir. À l’année prochaine.

Il referma la porte derrière lui et Tanguy disparut pour toujours.

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