La Ritournelle
Chapitre 13
13
18 h 41
Toujours aussi peu à l’aise en présence de sa belle-mère, Antoine cherchait à se donner une contenance.
– Je vous débarrasse, Nadine ?
– Non, je garde mon manteau, il fait toujours froid chez vous.
– Je parlais de vos paquets.
Nadine était venue avec deux grands sacs réutilisables et un isotherme.
– Pas celui-ci, dit-elle en s’accrochant à ce dernier.
Antoine déchargea Nadine de ses cabas remplis à ras bord. Une fois délestée, elle déambula dans l’entrée, toucha le nain sur la commode, et tourna les talons.
– Je parie que le champagne n’est pas frais ! dit-elle en fonçant vers la cuisine.
Anne s’était remise à préparer les toasts.
– Non, effectivement, Maman, tu nous as pris de court. Mais si tu étais arrivée à l’heure…
Nadine empirait avec le temps. Non seulement elle arrivait en avance, mais elle passait désormais à l’improviste et se permettait de commenter l’état de la maison : « Un mardi soir ! À quoi cela doit ressembler en fin de semaine !? » Elle s’invitait chez eux, s’incrustait sur le canapé et mettait un couvert de plus, quitte à faire manger la petite famille avant le retour du travail d’Antoine. Elle avait un avis tranché sur tout : « La cantine ? Franchement, vous pourriez vous organiser pour les récupérer le midi. Surtout toi, Anne ! Tu as beaucoup de clients qui viennent t’acheter des fleurs entre 12 heures et 14 heures ? Moi, j’arrivais à trouver des solutions… »
Bien avant son divorce, Nadine avait élevé seule ses trois enfants, tout en étant la patronne du salon de coiffure. C’était une commerçante respectée et crainte aux réunions mensuelles des commerçants. Fan de décoration, elle avait imposé dans son salon de coiffure un écran géant – payé par les augmentations qu’elle n’avait pas accordées à ses salariées –, qui passait en boucle des émissions de déco américaines mal doublées. Malheureusement pour la patronne, ses goûts et ses choix n’étaient pas ceux de tout le monde. Des clientes s’étaient plaintes, expliquant qu’elles venaient pour se relaxer, pas pour entendre du bruit ou regarder des écrans qu’elles évitaient chez elles. L’écran géant avait donc fini chez Nadine.
– Bon, en attendant le champagne, où sont donc mes petits-enfants adorés ? demanda-t-elle.
– Attends, Maman, il faut qu’on cache tes paquets d’abord ! Les enfants ne savent pas et ne doivent pas savoir, c’est important. Il faut garder un peu la magie pour eux. C’est peut-être la dernière année pour Tom.
Antoine passa une tête dans la cuisine.
– Où on met tout ça, chérie ?
– Dans notre chambre, derrière le lit, sous le plaid, dit Anne qui avait le tournis devant la quantité astronomique de cadeaux.
Puis, se dirigeant vers l’antichambre du Père Noël, il grommela :
– On aurait pu directement les mettre dans le placard aux horr… !
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