La Ritournelle

Aurélie Valognes · Chapitre 3 sur 44

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La Ritournelle

Chapitre 3

3

 

9 h 40

 

Sur la porte du frigo trônait le plan de bataille avec les choses qu’il restait à faire avant l’arrivée des invités. Campée devant, les épaules basses, Anne soupirait.

– On ne va jamais y arriver…

Sur la liste se succédaient une multitude d’impératifs : faire les courses, emballer les derniers cadeaux, nettoyer la maison, décorer le sapin, mettre la table, récupérer les colis à La Poste, préparer le dîner… Une journée ne suffirait jamais à en venir à bout.

Antoine, toujours en slip, mais avec une chaussette à l’autre pied, se resservit un café.

– Eh bien, tu les rappelles et on annule. Tu leur dis d’aller se faire voir…

– J’adorerais, vraiment, mais…

Anne, c’était la gentille, la bonne poire. Elle n’avait jamais su dire non. Ni merde. C’était son défaut. Depuis toute petite, elle se démenait pour faire plaisir à son père, à sa mère, à la terre entière.

– T’en vois un qui puisse être capable de recevoir, comme ça, à la dernière minute ?

– À part nous, tu veux dire ?

Ils réfléchirent à voix haute. Antoine reprit, inspiré :

– Et si on faisait une scission : on annule sous un faux prétexte et on reste pépère tous les quatre ici ce soir ? Comme ça on fête Noël, mais uniquement entre nous !

– Tu parles, ils nous feraient le coup du « Un message ? Je n’ai pas vu… » et débarqueraient quand même ! On n’a pas le choix, on passe en mode « machine de guerre ». On a connu pire, deux accouchements en urgence. À côté de ça, un repas de famille… c’est de la gnognote !

Anne attrapa une feuille et commença à lister.

– Le foie gras, je l’ai déjà. Fait maison, cette année ! Mais il faut acheter : du saumon, des toasts, du vin, un chapon, des pommes dauphine… Quoi d’autre ? La bûche, j’ai failli l’oublier celle-là. Ma mère aurait été contente de pouvoir râler. Ensuite…

Devant l’ampleur de la tâche, Antoine se sentit défaillir. Il se leva vite et dit :

– Ça va aller, ma chérie ! Tu vas y arriver…

Anne l’arrêta net.

– Antoine, je te rassure tout de suite, tu ne vas pas rien faire ! Ton soutien, c’est bien, ton aide, c’est mieux !

– J’allais justement te le proposer, se rattrapa-t-il.

– Formidable. Tu te charges des courses !

Antoine déglutit bruyamment devant la liste longue comme le bras qu’Anne lui tendait. Finissant la tablette de chocolat entamée la veille, il marmonna :

– De toute façon, je n’avais aucune préférence…

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