La Ritournelle
Chapitre 20
20
20 h 25
La sonnerie de la porte retentit. Antoine et Anne s’arrêtèrent dans leur préparation.
– Ah ! Sauvés par le gong. On a eu les plus casse-pieds au début, maintenant, il ne nous reste que des gens que j’aime, dit Anne. Désolée pour ton père, mais c’est vrai ! Ce soir, je sens que je vais être particulièrement tendue. Ils ont tous l’air en pleine forme et, moi, mon mal de crâne monte à nouveau.
Ils se firent un rapide baiser puis rejoignirent l’entrée pour accueillir les derniers invités.
Depuis le salon, une voix peu commode se fit entendre :
– Antoine, je pense que le champagne est frais, non ? C’est quand même un comble de ne pas pouvoir trinquer avec sa fille ! Qu’est-ce qu’il faut faire pour être servie ? Coucher avec le maître de maison ? s’irrita Nadine.
– Sans façon… répondit l’intéressé.
– Je plaisante Antoine, je plaisante. Quoique l’autre jour, tu sais, un garçon à peine plus jeune que toi…
– Vous radotez, Nadine, vous me l’avez dit tout à l’heure.
Derrière la porte, la grand-mère et la tante se tenaient l’une contre l’autre, bras dessus, bras dessous, toutes souriantes. Deux visages qui réchauffèrent aussitôt le cœur d’Anne.
– Oh, Mémé, comme je suis contente de te voir, dit-elle en l’enlaçant tendrement.
Elle la garda longtemps serrée contre elle.
– Que tu sens bon ! Tu m’as manqué. On ne se voit pas assez. Ça va ?
– Ce n’est plus une question que l’on pose à mon âge. Et toi, surtout ? C’est très joli tes cheveux, comme ça. Et merci de nous recevoir encore cette année. Elle n’a pas été trop dure avec toi avant qu’on arrive ? dit-elle en lançant un regard vers Nadine.
– Égale à elle-même. Quand on parle du loup…
Nadine déambulait, montrant sa tenue impeccable et son corps parfait, puis donna de généreuses bises appuyées à sa mère.
– Maman, oh, un foulard corail ! C’est presque rouge, ça ! C’est festif. Allez, viens t’asseoir près de moi. On va pouvoir commencer l’apéritif !
– Tu as raison, Anne, elle est « en pleine forme » ! dit Mémé tout haut alors que sa petite-fille l’aidait à se défaire de son manteau.
– Moi je lui ai dit de vous attendre pour le champagne, mais vous connaissez Anne et le timing de son four… poursuivit Nadine.
Mémé fronça les sourcils et se tapota l’oreille :
– Qu’est-ce qu’elle dit ?
– Rien, Mémé. Un mensonge, comme d’habitude, raccourcit Caroline.
Puis, se tournant vers Anne :
– Dis donc, je ne sais pas ce qu’il a ton ascenseur, mais on n’a pas fait les fières avec Mémé, il s’est arrêté à tous les étages, alors qu’on ne lui en demandait pas tant…
– C’est toujours pareil le soir du réveillon. La voisine du dessous y a passé sa soirée il y a deux ans. Depuis, elle monte les quatre étages à pied !
– Là, je crois que c’étaient des jeunes qui s’amusaient.
Nadine embrassa sa sœur du bout des lèvres.
– Des cons pareils, il faudrait les fusiller.
– Toujours dans la demi-mesure ! s’amusa Caroline.
– Donne-moi ton manteau, Tata, proposa Anne.
– Attends, ma belle, je dois redescendre. J’en ai pour une minute.
Un quart d’heure plus tard, sa tante n’était toujours pas revenue. On vérifia dans l’ascenseur, dans la cage d’escalier, en bas sur le parking, mais elle n’était nulle part. Inquiet, tout le monde se rassembla dans l’entrée, à guetter son retour. Caroline, la dénommée « Tata Cartouche ». L’imprévisible de la famille.
OceanofPDF.com