La Ritournelle

Aurélie Valognes · Chapitre 39 sur 44

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La Ritournelle

Chapitre 39

39

 

 

00 h 14

 

Léo commença à sortir, un à un, les livres de son sac à mystères. Anne connaissait très bien les personnages en couverture. Ils rivalisaient dans la cour de l’école avec les Pokémon. C’était la série pour enfants qui cartonnait, avec ses personnages mi-animaux mi-humains qu’on retrouvait d’un livre à l’autre, et sur des cartes à échanger.

– Fais voir, mon chéri, dit Anne, en attrapant ce qui ressemblait à un manga.

– Maman, rends-moi mon livre. Celui-là, il est nouveau. Regarde, il y a même les cartes qui vont avec. Je suis trop content ! Personne ne va les avoir à l’école !

– Attends, mon cœur, prête-le-moi une minute…

Anne l’ouvrit et, sur la première page, elle découvrit un mot, une dédicace plus précisément, dont l’écriture lui parut familière. Elle observa plus attentivement la couverture du livre, le trait, si particulier, des dessins, la poésie qui s’en dégageait et elle lut « Giyomu ». Le nom de l’auteur. Elle attrapa son téléphone, tapa le prénom et la traduction française apparut. « Guillaume ».

– Je rêve !

– Que se passe-t-il ma chérie ? se précipita Antoine.

– Tout va bien ? s’inquiéta Caroline.

– Je n’en reviens pas. Regardez, là, sur le rabat intérieur !

Elle montra le portrait de l’auteur, dessiné façon manga. On reconnaissait la mèche rebelle blanche de Guillaume. Il n’y avait plus aucun doute.

– Bah, ça alors, dit Mémé. On dirait Tanguy. Vous saviez vous ?

Tout le monde déclina de la tête.

– Pourquoi il ne nous a rien dit ?

– Mais depuis quand il écrit, Tanguy ?

Lucie pianota sur son portable.

– Attendez, il a déjà publié huit livres ! Ils disent que c’est « LE Français chouchou » au Japon. J’hallucine. Mon frère, une star ? Vous saviez ?

– Ils sont hyper connus ces personnages ! dit Anne. Je ne savais même pas que c’était un Français qui avait créé ça. C’est dingue !

– Mais pourquoi il ne nous l’a pas dit ? insista Mémé.

– On aurait été content pour lui… dit Lucie.

– Peut-être qu’il a essayé et que nous ne l’avons pas écouté… lâcha Anne.

– Anne, toi qui es la plus proche, tu savais ? demanda Caroline.

– Mais pas du tout ! Non… il ne l’a dit à personne.

Tom avait revêtu le costume de postier qu’il venait de recevoir. Il avait mis sa casquette avec le logo de La Poste, le gilet, et surtout la besace en bandoulière, qui était remplie de lettres. Le garçon frappa à la porte, depuis l’intérieur, et annonça :

– Distribution du courrier. Alors, j’en ai pour toute la famille. Mémé, en premier, continua le postier en chef. Tu dois signer le reçu si tu veux ta lettre.

Très concentré, Tom tendit le crayon, réajusta sa casquette, sifflotant, puis d’un geste assuré, il contresigna son bloc-notes. Il continua ainsi sa distribution.

– Mamie Nadine ? Ah non, elle n’est plus là. Dis donc, c’est lourd pour elle ! Celui qui lui a écrit, il en avait des trucs à dire ! Tata Cartouche ?

– Oui, mon chéri, je signe où ?

– Attends, pour toi une signature ne suffit pas. C’est un recommandé. Tu me dois une pièce !

Caroline fit un clin d’œil et lui tendit une pièce en chocolat.

La tournée continua, Tom, de plus en plus fier, distribuait les lettres que Guillaume avait pris soin d’adres ser à chacun. Ils tombaient tous des nues, pris entre la joie et l’incompréhension.

Tom finit sa tournée en donnant une enveloppe à sa mère.

– Maman, celle-ci, elle est pour toi !

Anne débuta sa lecture. Elle porta sa main à la bouche et, d’émotion, dut s’asseoir pour poursuivre.

 

« Ma sœur adorée,

Je t’avais dit que le jour où je partirais, ce serait pour de bon… Il m’en aura fallu du temps pour trouver ma place, mais j’ai fini par y parvenir. Sache que je suis heureux. Et je sais que tu l’es pour moi.

Ton frère, qui t’aime. »

 

Au fond de l’enveloppe se trouvaient quatre billets d’avion et une adresse. Au Japon.

Tanguy était parti. Guillaume prenait son envol.

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