Le Système

Maud Servignat · Chapitre 27 sur 30

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Le Système

Une chaleur lourde et enveloppante réveille Grace…

Le Système

 

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Une chaleur lourde et enveloppante réveille Grace et Holdine. L’intérieur du pli de leur coude droit tiraille et leur corps engourdi est assommé comme après une trop longue nuit de sommeil. Retenues dans leurs mouvements, elles ont la sensation de partager le même lit étriqué. Leurs paupières clignent rapidement.

Une odeur de propre, de rénovation, suivie d’un léger parfum de désinfectant, pénètre leurs narines. Dans ce nouvel environnement, elles identifient d’autres présences. Deux, pour être exact. L’une d’elles envahit l’espace et semble entraver leur clarté d’esprit.

Durant un intervalle difficile à estimer, elles reprennent le contrôle de leurs membres, puis perçoivent la voix posée et lointaine d’un homme. Étendues jusqu’à présent sur un canapé de velours sombre, elles s’appuient maintenant sur leurs coudes et ouvrent les yeux. Ils s’acclimatent vite, préservés par la lumière douce qui tamise la pièce.

L’endroit est épuré. Les murs sont blancs, nus à l’exception de deux tableaux abstraits, l’un rouge, l’autre noir. Quelques livres aux reliures de cuir sont présentés sur une étagère transparente. Un large bureau en verre sur lequel sont posés un ordinateur portable et une pile de dossiers écrasée sous une réplique du Penseur de Rodin trône au milieu. Tout près, un homme est assis dans un fauteuil, les jambes croisées. Le reflet du bulbe lumineux de l’ampoule d’une lampe en pied sur ses lunettes cache ses yeux. Il tient à la main un crayon et un bloc-notes. Derrière lui, une fenêtre laisse filtrer des lumières dorées qui scintillent sous les trombes d’eau d’une pluie battante.

Personne d’autre ne se trouve dans la pièce. Malgré tout, les deux femmes sont certaines qu’un quatrième individu se trouve parmi eux.

Sous le plaid, elles ne sont plus vêtues de leur tenue de combat maculée de boue, mais d’un pull rouge et d’un jean bleu.

De ce côté du Mur, rien ne ressemble à ce qu’elles connaissent, pourtant, ce nouveau décor ne les surprend pas. Elles repensent aussitôt aux mots de Jonas. Il affirmait qu’elles s’adapteraient vite. Il avait raison.

L’homme se racle la gorge et prend la parole :

— Comment vous sentez-vous ? Vous me parliez de votre mère avant de vous arrêter subitement.

Holdine et Grace tentent de déchiffrer le visage de leur interlocuteur, mais ce dernier reste impénétrable, caché derrière la lumière de la lampe.

Puis le brouillard se lève et elles réalisent qu’il ne s’adresse pas à elles.

Mais où se trouve l’autre ?

Elles pivotent et cherchent… Personne. Elles reviennent à lui.

— Pardon ? Nous nous appelons Grace et Holdine, annoncent-elles ensemble.

— Oh ! s’exclame-t-il.

Il demeure silencieux quelques secondes, toujours calme et droit dans son fauteuil.

— Où nous trouvons-nous ?

L’homme semble réfléchir à ses prochaines paroles.

— Vous venez d’arriver ? Je ne m’étais pas rendu compte que Charlotte s’était absentée.

Les deux femmes sont désorientées.

— Charlotte ?... De qui parlez-vous ? Nous ressentons la présence de quelqu’un d’autre ici. C’est elle ?

— Euh, oui… Excusez-moi. Vous êtes apparues si discrètement. Je n’ai pas retenu vos prénoms.

— Holdine et Grace.

— Vous êtes deux… Vous souvenez-vous de l’endroit dans lequel vous vous trouviez avant d’arriver au cabinet ?

— Oui. Dans la forêt, répondent-elles ensemble avant de s’asseoir avec nervosité sur le bord du canapé.

Sans en avoir conscience, elles font ensuite tourner la chevalière en or qu’elles portent désormais autour de l’index.

— De la forêt… Vous étiez seules ? demande l’homme tout en grattant le papier de son bloc avec concentration.

Les deux femmes se triturent les doigts et tirent sur les manches de leur pull.

— Excusez-nous. Nous nous sentons mal à l’aise, un peu étouffées ici. Auriez-vous de l’eau, s’il vous plaît ?

— Bien sûr.

Il se lève pour chercher un verre sous son bureau et une bouteille dans un mini-réfrigérateur qu’elles n’avaient pas remarqué malgré leur analyse scrupuleuse du lieu.

— Tenez, leur dit-il en tendant le verre.

Il retourne s’asseoir et attend. Elles boivent lentement.

— Pouvons-nous reprendre ?

Holdine et Grace acquiescent d’un signe de tête.

— Très bien. Étiez-vous seules dans la forêt ?

— Quand nous sommes arrivées, oui. Puis Jonas nous a aidées. Une petite fille vit avec lui : Annette. N’oublions pas non plus Notre Épervier et Babou, les animaux.

Elles réalisent que ce qu’elles viennent de dire est confus.

— Vous avez l’air de beaucoup apprécier leur compagnie, constate l’homme.

— Nous sommes en sécurité dans la forêt. Loin de la guerre.

— La guerre ? Je suis étonné… Savez-vous pourquoi vous apparaissez à cet instant ?

De la sueur perle sur leur front et leur nuque tire. Grace et Holdine respirent difficilement. Le sol semble se décomposer et se dérober sous leurs pieds.

— Pardon docteur. Nous nous sentons très mal.

— C’est un effet indésirable du calmant que je vous ai injecté. Je vous en prie, étendez-vous de nouveau sur le canapé.

Elles se recouchent et se dissimulent sous le plaid.

Les nouveaux événements se synchronisent doucement dans leur esprit pendant qu’une fanfare de klaxons transperce le double vitrage de la fenêtre. Le temps paraît long. Le thérapeute patiente et au moment où il commence à se déconcentrer, elles disent :

— Nous avons traversé le Mur parce que vous nous avez appelées.

— Oui, dit-il en se frottant le menton de manière pensive.

Il se redresse dans son fauteuil et les interroge :

— Savez-vous ce qu’est un système ?

Il attend une réponse, une main posée sur la bouche. Les deux femmes froncent les sourcils et se massent le visage.

— Vaguement, même si tout est confus depuis que nous sommes ici… C’est nous, n’est-ce pas ? Nous faisons partie du Système.

L’homme cherche ses mots.

— C’est exact. Vous, Jonas, la petite Annette, Charlotte et les animaux, composez le même système. Vous y tenez tous un rôle différent. Connaissez-vous le vôtre ?

Soudain, un déclic. Leur expérience au cœur de la forêt prend enfin son sens. Holdine et Grace détiennent les réponses à leurs questions. Dans ce monde, elles ne perdent rien de leur histoire, mais gagnent un motif pour continuer à vivre. Elles déclarent ensemble :

— Nous incarnons les horreurs de la guerre. Jonas avait raison, nous portons les fardeaux du Système.

Le thérapeute se lève, prélève un second verre d’eau sous son bureau. Il remplit à nouveau celui des deux femmes, puis le sien avant de rejoindre son siège.

— J’ai besoin d’éclaircissements. Que s’est-il produit pour que vous apparaissiez au sein du système ?

— Nous l’ignorons. Nous ne gardons que les souvenirs qui servent. Nous avons oublié le reste.

Holdine et Grace sont gênées et massent maintenant avec vigueur le point douloureux qui perce leur arcade sourcilière.

— Est-ce que Charlotte pourrait nous répondre ? demande l’homme.

— Sûrement, affirment-elles, à peine audibles.

— Je dois lui parler. Pensez-vous qu’elle puisse revenir maintenant ?

Les deux femmes soupirent, retirent le plaid et se lèvent. Sans un regard pour le docteur, elles se dirigent vers la fenêtre. La pluie éclate contre la vitre. À l’extérieur, la nuit est tombée. Les lumières sont agressives et la ville, agitée. 

Holdine et Grace sont lasses de ce voyage. Elles veulent retrouver la forêt. Au loin, elles aperçoivent le Mur et ressentent son appel.

Elles sourient et ferment les yeux…

Charlotte fait tourner la chevalière de son grand-père sur son index. Depuis peu, elle se ronge de nouveau les ongles. Sa bouche est sèche. Elle sent poindre une migraine et se frotte le front.

Elle déteste son image floue qui se reflète dans la fenêtre frappée par la pluie. Dehors, les gens rentrent chez eux, impatients de retirer leurs chaussures, de se jeter sur leur canapé… En parlant de canapé, elle ne se souvient pas avoir quitté celui du cabinet.

Charlotte se tourne instinctivement vers le thérapeute, les yeux au bord des larmes. Il la dévisage avec intérêt. Elle remarque son bloc-notes griffonné et retourne s’asseoir à sa place. Elle essuie ses mains moites sur son jean et déglutit. Elle le supplie du regard.

— Comment vous sentez-vous, Charlotte ?

— Votre sédatif me donne la nausée, docteur. Je pense qu’il fait mauvais ménage avec les litres de café que j’avale tous les jours.

Elle déglutit encore. Le praticien se lève et ouvre la fenêtre. Un courant d’air frais et une cacophonie de klaxons envahissent le cabinet.

— Savez-vous ce qui vient de se produire ? lui demande-t-il en montant la voix, avant de retourner s’asseoir.

— Je me suis absentée. Je me tenais assise, puis la seconde suivante, debout derrière la fenêtre.

— Oui… Les prénoms de Grace et Holdine vous évoquent-ils un souvenir ?

Charlotte réfléchit. La situation la perturbe comme à chaque fois qu’elle perd la mémoire. Son état mental s’était pourtant amélioré. Elle arrivait mieux à gérer sa particularité. Elle a rechuté à cause du décès de Béatrice. C’est le motif qui l’a poussée à revenir en consultation.

Le constat reste difficile à admettre, mais elle répond au docteur :

— Ce sont deux nouveaux alters, n’est-ce pas ?

— Je pense sincèrement, oui. Elles ont pris les commandes lors de la séance d’hypnose. En avez-vous eu conscience ? Vous êtes venue vous adresser à moi pour une raison précise. Souhaitez-vous me parler du déclencheur, Charlotte ?

— Je ne me suis rendu compte de rien. Elles sont parties maintenant. Elles ne se trouvent plus avec moi. Je le sens.

— Elles m’ont dit venir de la forêt et avoir rencontré Annette et Jonas.

— Alors c’est là-bas qu’elles sont retournées. Elles sont en sécurité avec eux.

— Vous souvenez-vous de l’événement qui a pu les amener dans le système ? Elles ont évoqué les fardeaux de la guerre.

— Je suis très anxieuse depuis le décès de la seconde épouse de mon grand-père. Je suis incapable d’assurer mes cours. Je suis en arrêt de travail depuis un mois. Pourtant, je sais que les autres alters restent en retrait. J’ai beaucoup moins d’absences.

— Voilà un point positif. Continuez-vous à tenir votre carnet ?

— Justement, beaucoup moins depuis que je suis à la maison. Personne n’écrit, dit-elle en se triturant les doigts.

— Je sens que vous hésitez à me confier ce qui vous tracasse. Si vous êtes d’accord, je vous conseille d’écrire de nouveau. Décrivez cette perte, les émotions ressenties en apprenant son décès. Je vous avais dit que le contenu de ce carnet est la passerelle qui permet aux différents alters de votre système de communiquer entre eux. Écrivez à Grace et Holdine. Expliquez-leur qui vous êtes et laissez-les s’exprimer à leur tour.

— Et si elles refusent, ou veulent rester dans la forêt comme Jonas et Annette ?

— Vous ne pouvez présumer de rien, Charlotte. Essayez. Négociez… Freud affirmait que rien ne se perd dans la vie psychique, ce qui s’y est formé ne disparaît pas. Tout est conservé et peut reparaître dans certaines circonstances. Vous me parliez de votre mère avant de leur laisser la place. Peut-être, y a-t-il un rapport entre elles ?

— Il y en a un docteur, en effet… je pense.

Charlotte est paralysée. Confuse. Vidée. Elle manque de mots et se ronge le pouce. Le praticien le remarque, retire ses lunettes, se frotte les yeux.

Il se lève pour fermer la fenêtre. Un parfum de bitume mouillé envahit le cabinet.

— La circulation est moins dense. Le temps passe si vite ! Nous allons arrêter la séance, si vous le voulez bien.

Charlotte accepte. Elle s’extrait rapidement du canapé et attrape sa veste accrochée au porte-manteau. Elle avait déjà préparé le chèque. Elle le sort de son sac et le tend au thérapeute.

— Merci, docteur.

Le praticien le dépose sur son bureau et accompagne sa patiente jusqu’à la porte.

— Votre situation reste difficile, mais nous allons travailler tous ensemble. Vous me promettez d’écrire, Charlotte ? Apportez votre carnet à la prochaine séance.

Elle ne lui garantit rien. Elle quitte le cabinet, soulagée.

Elle suffoquait.

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Charlotte a collé des pense-bêtes un peu partout : sur la table de nuit, le réfrigérateur, dans l’entrée. Ils sont tous restés vierges. Holdine et Grace – les deux nouveaux alters du Système – n’ont pas repris le contrôle du corps depuis sa dernière séance chez le thérapeute.

Ce matin, elle a décidé d’ouvrir les volets pour la première fois depuis un mois, depuis qu’elle n’a plus goût à rien. Elle s’est peignée avec soin et a même laissé couler quelques gouttes de parfum au creux de sa nuque.

Elle pioche au hasard un crayon dans le pot placé sur son bureau, tire un tiroir, récupère son carnet et les glisse dans son cartable.

Charlotte a choisi son appartement à proximité du lycée au sein duquel elle enseigne l’histoire. Son divorce lui a au moins permis de retrouver le vacarme anesthésiant de la ville. Son ex-mari préférait la campagne. Ils avaient fait l’acquisition d’une maison dans un coin perdu environné de champs en jachère et de vaches. Un environnement trop calme et anxiogène pour elle.

Des prémices de frimas traversent sa veste en laine. L’hiver approche. Charlotte frissonne et ajuste son écharpe en passant devant le petit square qui l’a vue corriger un nombre incalculable de copies par temps doux. Un enfant rit aux éclats. Assis sur un pneu, il se balance sous les poussées énergiques de son père.

Charlotte s’attendrit et pense à son fils et à la décision qu’il vient de prendre. Elle soupire, a peur pour lui. Elle accélère et poursuit sa route. Son cœur se serre lorsqu’elle aperçoit la façade grise de l’établissement scolaire. Elle change de trottoir et hâte le pas. Un piéton âgé qui passe à ses côtés lui lance un regard noir. Il rumine sûrement contre elle et tous ceux qui ne prennent pas suffisamment le temps de vivre.

Si c’était si facile !

Elle s’en moque, tourne sur sa gauche et franchit la porte d’un bar.

Une sonnette vibre et la chaleur des radiateurs en fonte rosit instantanément ses joues. Derrière le comptoir démodé, le patron l’aperçoit et son visage s’éclaire. Il la salue d’un signe de tête amical qu’elle lui retourne discrètement, un peu gênée, avant de retrouver sa place habituelle sur la banquette en similicuir.

L’homme termine d’essuyer quelques verres, puis la rejoint.

— Content de vous r’voir. Café ? Comme d’habitude ?

— Oui. Merci, lui répond-elle, soulagée qu’il ne pose pas plus de questions.

Ce bar est avec le square, l’endroit qu’elle préfère pour corriger ses copies. Bruyant et couvrant ses ruminations. Le lieu a changé depuis vingt-cinq ans. Il a gardé sa décoration datée en formica jaune, mais elle regrette l’époque où les élèves – à peine plus jeunes qu’elle – l’envahissaient avec agitation. Lorsque les figurines du baby-foot tournaient sur elles-mêmes à une vitesse incroyable sous les mains endiablées, et les flippers claironnaient les victoires et les défaites. Aujourd’hui, des tables supplémentaires remplacent l’espace de jeu et la jeunesse a vu s’envoler une part d’innocence que la société ne sera sans doute jamais capable de lui rendre.

Le patron verse du café dans une tasse, puis dépose la cafetière sur la table.

Charlotte ne le laisse pas refroidir, l’avale d’un trait et se ressert aussitôt. Elle ouvre ensuite son cartable et en extrait le carnet. Les pages griffonnées révèlent des messages sibyllins, des écritures à l’encre ou au feutre, pleines d’emphase ou en pattes de mouches. Toutes les personnalités qui ont barbouillé leurs pensées sur ce papier composent le Système au même titre qu’elle. Certaines se sont évanouies, d’autres se dissimulent dans la forêt ou ailleurs.

Deux nouvelles viennent d’apparaître.

Charlotte, elle, gouverne le quotidien, les interactions sociales. Elle gère la cohérence du Système pour permettre au corps de vivre sans interruption. C’est son rôle. 

Depuis l’enfance, elle cache son trouble. Ses amnésies fréquentes, son sentiment d’être parfois l’observatrice d’elle-même, de parler avec la voix de l’un ou de l’autre. D’oublier par moments ses propres compétences, de faire et ne pas se souvenir d’avoir fait.

Un combat. Une confusion invisible.

Depuis peu, ses proches comprennent enfin qu’elle n’est pas seulement Charlotte, mais aussi tous les autres — ses changements brutaux de comportement, la versatilité de ses goûts. Une fois, enfant, l’autre, vieil homme, ou plus surprenant encore, animal. Mais toujours dissimulé.

Elle sait que chaque événement, insignifiant ou choquant, est susceptible de donner naissance à de nouveaux alters.

Elle se verse une seconde tasse. Le café brûle jusque dans sa poitrine. Un groupe de jeunes gens entre dans le bar. Ce sont des habitués, mais ils ne font pas partie de ses élèves. Elle soupire pour expulser les derniers vestiges de caféine encore piégés dans son haleine, mais aussi parce que saluer ces jeunes aurait été une véritable torture.

Le carnet est rempli aux trois quarts. Elle le plie pour garder les premières pages vierges en place et récupère le crayon dans son cartable. Son extrémité est mâchonnée. Elle n’a jamais perdu cette manie. À moins que ce ne soit celle de l’un des alters ? Elle ne s’en souvient pas.

Dehors, les piétons se massent sur les trottoirs. À l’intérieur, la radio annonce l’heure : pile midi. La voix célèbre de Piaf et son manège prennent la suite.

Charlotte se mord la lèvre inférieure, hésite à écrire. Comment doit-elle s’y prendre ? Raconter comme elle le ferait pour elle-même ? S’adresser à des inconnus en précisant chaque détail ? Comment débuter ? Elle voudrait que le thérapeute la conseille, assis en face d’elle. Elle lui parlait de sa mère avant son remplacement par les deux alters. Elle croit maintenant comprendre le « pourquoi » du Système.

Elle appuie le crayon, hésite, le soulève et le repose sur le papier quadrillé. Autour d’elle, la conversation des jeunes s’anime. Ils rient et s’esclaffent.

Charlotte sourit et se décide enfin à écrire…

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