Le Système

Maud Servignat · Chapitre 29 sur 30

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Le Système

Ils sont nés dans la forêt.

L’épervier ne sait pas sourire, mais maintenant, il sourirait s’il possédait ce don. Alors, à la place, ses yeux brillent de mille éclats.

La forêt murmure pour lui. Rien que pour lui. L’aube lui rapporte ses cris, ses plaintes languissantes et ses richesses sans cesse renouvelées.

L’épervier glisse et plane au centre des nuages. Il se hâte au-dessus des montagnes. Il retient son souffle, se délecte de la caresse de l’air sur son plumage. Un claquement d’ailes et il accélère. Il emprunte les rivières et torrents qu’il connaît à la perfection, frôle les cimes des arbres centenaires.

Son minuscule cœur bat au rythme de la forêt.

L’épervier joue son rôle. Il ne finira jamais, comme les bois verts et ses âmes maudites.

Aujourd’hui, il ne veut pas être seul. Il cherche la compagnie de ceux avec lesquels il ne fait qu’un.

À présent, le soleil réchauffe ses plumes, l’éblouit. Il pique plus bas, navigue entre les arbres des sous-bois. Il se réjouit de la fraîcheur, salue quelques semblables.

Ses alter ego. Ses autres lui-même. Il les entend murmurer.

Il penche la tête et affûte sa vision.

Il distingue maintenant le toit de la ferme. Et leur minuscule silhouette. Une couleur vibrante émane de leur corps. Ils sont tous vêtus de rouge, comparables aux artères gorgées de sang qui pulsent jusqu’au cœur du Système.

La fillette porte une couronne de fleurs dans les cheveux. La Pie Rouge porte la même entre ses cornes.

L’Allemande parle à l’enfant et la fait tourner dans les airs. L’épervier perçoit ses murmures, mais ne les comprend pas.

Jonas et la jeune femme sont assis côte à côte sur une chaise près de l’étendage. Eux aussi, discutent tout en vidant des poissons, fruits d’une récente pêche fructueuse.

Le rapace s’anime et crie.

Les quatre s’interrompent et lèvent leur visage dans sa direction. L’épervier plonge, tournoie quelques secondes avant de se poser sur la tête de Grace. Il apprécie le contact de sa chevelure courte et piquante sous ses serres. Elle lui parle dans sa langue. Il pourrait la décoder, mais se régale déjà du morceau de truite qu’elle vient de lui tendre.

Il le secoue, le déchiquette et l’avale tout rond.

FIN

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