Leçon de rouge

Maria Hummel · Chapitre 11 sur 35

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Leçon de rouge

Chapitre 6

6

 

 

La sonnette me réveilla, et je me levai du canapé en tanguant, les cheveux emmêlés contre ma joue comme des algues. Je tripotai une lampe pour l’allumer. Il était huit heures et demie du soir. Pas trop tard pour une erreur dans une livraison de repas.

Je pressai le bouton de l’interphone.

— Allô ?

— Maggie…

Une voix d’homme, bémolisée par le haut-parleur. Je ne pus d’abord l’identifier, puis je la reconnus. Mais comment Ray avait-il trouvé mon adresse ?

— J’ai besoin de votre avis sur quelque chose, dit-il d’un ton qui me sembla précipité. Juste ce soir, promis juré. Acceptez de venir avec moi. Vous me rendriez vraiment service.

J’hésitai. Je ne voulais aller nulle part avec lui. Ou plutôt c’était exactement nulle part que je voulais aller avec lui. Ray représentait une destination que je m’évertuais à ne pas envisager.

— C’est en rapport avec le Rocque, ajouta-t-il. C’est important.

Que pouvait-il savoir sur le musée que j’ignorais ? Je lui posai la question.

— Je préférerais ne pas le crier dans la rue.

— Très bien, dis-je. Je descends d’ici dix minutes.

Ce soir seulement.

L’air était frais et sec quand j’émergeai à l’extérieur, le ciel orangé par des milliers de lumières, le vent charriant une légère odeur de fumée. Je n’étais pas sortie après la tombée de la nuit depuis l’escapade à Wonder Valley, et la vastitude nocturne et les possibilités du désert me manquèrent instantanément. Je regrettai la façon dont les accords du groupe semblaient s’étirer vers l’horizon. Ici, chaque bruit se superposait à un autre : les klaxons criards, les crissements de pneus, le craquement de la portière que Ray m’ouvrit.

Je n’avais pas voulu m’apprêter particulièrement pour lui, et j’avais mis un minimum de rouge à mes lèvres, un t-shirt et un jean. Vêtu presque décontracté, Ray se coula dans la voiture à côté de moi. Je fis de mon mieux pour ne pas observer fixement son biceps dénudé qui se gonflait sous la manche de son t-shirt quand il changeait de vitesse. Il ne me regarda pas non plus longuement, sauf une fois quand je m’installai, pour s’assurer que mes pieds étaient bien à l’intérieur avant de refermer ma portière. La radio passait une mélodie discordante chantée dans une langue étrangère, et il la régla en sourdine.

— On va où ? demandai-je.

Il nomma un club de West Hollywood.

— Le frère de Brenae joue dans un groupe. Je me suis dit qu’on pourrait peut-être l’approcher pendant une pause. Il juge le LAAC responsable de la mort de sa sœur.

— Mais je ne prends pas part à tout ça, on est bien d’accord.

— Je sais, dit-il, l’air coupable ou nerveux, peut-être. J’ai seulement besoin de votre opinion sur quelque chose.

Je n’étais pas certaine qu’exprimer sa position sur une question ne revenait pas à participer au débat, mais je n’étais pas contre aller écouter un peu de musique. J’étais venue dans cette boîte quelques fois, pour des concerts plus importants. Si ses cinquante ans d’activité avaient pu être enregistrés dans ses murs en bois, le lieu aurait été classé au patrimoine de l’humanité pour les musicologues. Elton John. Joni Mitchell. Guns N’Roses. Je pouvais déjà sentir l’atmosphère humide et froide de sa salle voûtée, les reflets sur la batterie, les amplis pareils à des pierres tombales sombres.

— Ça va bien, vous ? dit Ray alors que nous avancions vers l’est sur Venice.

Étais-je censée répondre franchement, ou pas ?

— Je suis ici, dis-je. Je m’occupe.

Il me glissa un rapide coup d’œil.

— Vous dormiez à huit heures du soir. Vous avez encore la marque d’un coussin de canapé sur la joue.

— C’est un grand canapé, grommelai-je. Il prend la moitié de l’appartement.

Ray sourit à ces mots, puis se faufila dans un espace libre. En matière de circulation, il avait des réflexes sans défaut. C’était le genre de conducteur qui surveillait ses rétroviseurs, aussi obsessionnellement attentif à la route derrière lui qu’à celle devant, qui grimaçait quand on le collait de trop près et qui multipliait alors les petits coups de freins. Son comportement m’amusait.

Il tourna la tête vers moi une fraction de seconde.

— Quoi ? fit-il.

— Rien.

— Vous connaissez des étudiants récents du LAAC, par l’intermédiaire du Rocque ? demanda-t-il. Je veux dire, quelqu’un qui saurait se montrer discret.

— Quelques-uns, répondis-je en pensant à plusieurs collègues. Je peux vous donner leurs noms.

— Merci beaucoup.

— C’était ça ? L’avis qu’il vous fallait ?

J’avais posé la main sur la poignée de la portière, manifestement pas avec l’intention de sortir, mais en guise d’allusion.

— Non, ce n’était pas ça.

Les phares d’une voiture approchant illuminèrent son visage, et il parut soudain écorché par le flot éblouissant : austère et pâle.

— Alors quoi ? insistai-je.

— Il y a quelque chose que vous devez savoir, concernant Janis.

Mon esprit remonta le temps jusqu’à la rencontre au Café Francesca, l’hésitation de Janis, la baisse de tonalité dans sa voix, et la soudaineté inexplicable de son absence, ainsi que celle de Dee, à Wonder Valley.

— Elle a un problème ?

Il glissa un regard vif vers moi, avec une moue sinistre.

J’eus du mal à reformuler la question :

— Qu’est-ce qu’elle a, comme problème ?

— Un cancer du sein. Stade deux. Mais avec développement agressif.

Une rigidité glaciale envahit tout mon corps. Je fixai des yeux le vide-poches, les éraflures superficielles sur le vinyle noir luisant. Son petit fermoir argenté. J’étais incapable de regarder plus loin.

— Je n’imaginais pas que je serais celui qui vous l’apprendrait, ajouta-t-il, et il semblait sincèrement désolé. Mais si vous ne saviez pas… Le fait est qu’elle ne s’attendait pas à votre refus, aujourd’hui.

— Qui d’autre est au courant ?

— Seulement Dee, Bas. Moi et Alicia.

— Yegina, dis-je.

Yegina savait. Au téléphone, elle avait paru déjà assommée par le chagrin. Bien sûr, elle savait.

— C’est probable, reconnut-il. Peu de choses lui échappent.

— Je n’arrive pas à le croire, murmurai-je, même si, pendant tout le trajet de retour de Wonder Valley, quand j’avais vu le visage de Ray pour la première fois, j’avais senti que quelque chose n’allait pas.

Quelle importance avait Janis pour lui ? Il parlait d’elle comme d’une amie de longue date.

Quelle importance avait Janis pour moi ? Pas seulement pour moi : pour nous. Le musée. Son approbation, sa façon de diriger – comment pouvais-je évaluer à quel point nous vivions tous grâce à cela, au Rocque ? Janis était notre présence courageuse, intelligente et emblématique dans L.A. Elle incarnait toutes les expositions que nous avions montées.

— Vous avez déjà creusé l’histoire du Rocque ? dit Ray.

— J’ai rédigé un petit livre sur le sujet il y a deux ans, pour notre vingtième anniversaire.

— Qui possède le terrain sur lequel il se trouve ?

— Eh bien, c’est un des trucs super avec le musée, dis-je, un peu décontenancée par la question. La municipalité nous le loue pour dix dollars par an. Le père de Janis a réglé tous les coûts de construction, mais si la ville ne lui avait pas accordé le terrain, le Rocque n’existerait pas.

Il acquiesça.

— Une idée de la durée du bail ?

— Oh, dans les dix ans, à peu près, mais ils le renouvellent toujours, répondis-je, et je compris d’un coup ce qu’il sous-entendait. Pourquoi ? La ville ne reconduit pas le bail ?

— Je n’en sais rien, avoua-t-il. J’ai eu beau me creuser la tête, je n’ai pas réussi à comprendre pourquoi une femme malade, au stade terminal, voulait à tout prix descendre Hal Giroux, jusqu’à ce que je discute avec un autre collecteur de dons à propos de…

Il continua de parler, mais je cessai de l’écouter. La formule une femme malade, au stade terminal ouvrait un nouvel abîme béant en moi. J’avais vu Janis aujourd’hui même. Elle ne m’avait pas semblé malade, mais elle m’avait semblé épuisée.

— … et comment il a été soutenu par deux ou trois collecteurs de dons incontournables qui cherchent discrètement une mise de fonds initiale afin de construire un nouveau grand musée d’art contemporain dans le centre.

— Dans le centre, répétai-je parce que j’avais du mal à décanter ces propos.

— Votre chef comptable ne vous transmet jamais de rapports sur la structure de votre établissement, et combien les rénovations coûteraient ?

Il y avait bien eu des rapports. Et des années durant. Le bâtiment abritant le Rocque était vieux, selon les standards en vigueur à L.A., et il nécessitait des modernisations concernant ses capacités antisismiques. Nous continuions d’espérer en vain que des versements accrus des donateurs et des entrées supplémentaires nous permettraient d’atteindre un budget plus important. Mais un concurrent dans le voisinage risquait de signer notre perte.

— Janis veut discréditer Giroux et elle pense qu’il y a de quoi faire avec cette histoire. Honnêtement, j’ignore si elle voit juste, Maggie… mais je peux vous dire que j’ai étudié la liste des bénéficiaires de bourses d’études en arts visuels sur les dix années passées, et que ce sont des hommes, à quatre-vingts pour cent. Giroux apporte les plus gros donateurs pour l’école, et ils sont obligés de le laisser distribuer les aides selon son bon plaisir.

— Pourquoi ne m’en a-t-elle rien dit aujourd’hui ? m’étonnai-je, même si j’en soupçonnais la raison.

— J’étais convaincu qu’elle allait le faire. J’imagine qu’elle s’est dégonflée. On ne peut pas lui en vouloir.

Je ne savais que dire. L’idée que Janis soit gravement malade, voire à l’article de la mort, l’emportait sur toute autre considération.

— Je sais, murmura-t-il. Ça fait mal.

Après un moment, il monta le son de la stéréo. Une chanteuse emplit de sa voix mélancolique le petit espace autour de nous, ses paroles en langue étrangère ponctuées d’interventions brèves et rêches des cordes. Son timbre dégageait une tristesse insupportable. Pendant tout le morceau nous restâmes immobiles, assis épaule contre épaule, en regardant fixement à travers le pare-brise fantomatique les mouvements scintillants des points de lumière rouge sur la 405. Quand la mélodie se tut, j’avais l’impression qu’on m’avait martelé le cœur.

— C’est ce que vous nous emmenez écouter ce soir ? demandai-je d’un ton enroué.

Il baissa la tête.

— Non. Ça, c’est de l’authentique fado.

J’ignorais ce qu’était le fado.

— Je ne pense pas être en état d’aller à un concert maintenant, Ray.

Il soupira.

— Vous croyez que je me fiche de comment va Janis ? Cette affaire lui tient totalement à cœur : elle veut que j’enquête à ma façon, que vous rassembliez des éléments pour un récit, que tout le monde travaille en équipe afin d’exploiter tous les angles…

— Ce n’est pas du tout ce qu’elle a dit, coupai-je. Ce n’est pas l’image que j’ai retirée de notre entrevue.

— Eh bien, c’est ce qu’elle voulait dire.

— Non, c’est ce que vous voulez dire. Et c’est différent. Vous êtes son fournisseur ; je suis son employée. C’est ainsi qu’elle voyait mon rôle. Je devais suivre vos directives. Je ne serais pas surprise si j’étais supposée vous apporter votre café.

Tout cela allait trop loin, particulièrement après les dernières révélations, et j’avais un goût amer dans la bouche, mais Ray ne me contredit pas, et il n’ajouta rien. Il se consacra entièrement à notre progression sur l’autoroute, en guettant les espaces qui se libéraient. Je n’aurais pu décider si je lui en étais reconnaissante ou pas.

— Je vais prendre la première sortie, déclara-t-il. Je vous ramène chez vous.

Je ne voulais pas rentrer et me retrouver seule dans l’appartement aux meubles désassortis où planait le parfum de la désertion.

— Ça va, dis-je. Je ne vais pas faire ce truc de gallerina. Mais j’accepte de vous accompagner ce soir.

 

Le faisceau glauque du projecteur adorait Davi Brasil. Le jeune homme avait un regard triste et des boucles brunes, une silhouette imposante qui risquait de s’empâter avec le temps mais était maintenant sous-alimentée et tendait ses vêtements moulants selon des angles durs. Ses hanches tenaient son pantalon, son torse emplissait son débardeur blanc. Ses chansons n’étaient pas mélancoliques et déchirantes, pas l’égal de ce que Ray avait passé pour moi dans la voiture. C’étaient plutôt ses agréables cousines pop. Et sa façon de moduler sa voix, d’occuper le centre de la scène lui donnait des airs de star. Une autre star issue de la famille Brasil. Je me demandai à quoi ressemblaient leurs parents.

Ray se tenait debout près de moi, à siroter son habituel jus de pamplemousse. Je commandai un soda pour rester éveillée. Je l’avalai en trois goulées écœurantes. Ensuite nous restâmes à regarder le groupe sur scène. Ray paraissait se satisfaire d’écouter la musique, même si de temps à autre il jetait un coup d’œil alentour pour prendre la mesure du public, lequel se massait au rez-de-chaussée du club mais pas à ses balcons, ni devant la table de produits dérivés où s’empilaient les t-shirts que personne n’achetait. Davi en était encore à consolider son fan-club. Quelqu’un misait gros sur lui.

Quelles que soient les pensées actuelles de Ray, je subodorai qu’il ne les partagerait pas avec moi. C’est ainsi que se serait déroulée notre collaboration. Mon entrevue de demain, quelle affaire simple, en comparaison ! Ce serait mon projet personnel, du début à la fin. L’actrice viendrait pour la publicité, et en conséquence elle me donnerait tout ce dont j’avais besoin. Gilot serait avec nous en esprit, ajoutant à ces moments l’éclat d’une vie exceptionnelle. Le déjeuner serait savoureux, et arrosé d’eau pétillante avec un zeste de citron. Notre entreprise commune aurait la clarté de la lumière solaire.

Davi était accompagné de trois guitaristes, et ils ne cessèrent de jouer que lorsque le plus âgé posa son instrument dans un choc sourd définitif, à l’issue d’une longue chanson d’amour. Lourdement charpenté et barbu, il se leva le premier, tamponna son front transpirant avec un mouchoir, et se dirigea vers les coulisses. Davi et les autres attendirent pendant une bonne partie des applaudissements avant de le suivre.

— Maintenant, dit Ray.

Il me saisit par le coude et m’entraîna vers l’arrière de la scène, où un individu chauve et musculeux bloquait l’entrée d’un couloir étroit derrière lui. Ray le salua d’un signe de tête, et l’autre cligna des yeux mais ne nous empêcha pas de le contourner et de suivre le passage lambrissé jusqu’à une porte. J’interrogeai Ray du regard, et il eut un petit haussement d’épaules, comme pour dire Vous vous attendiez à quoi ? Je sais ce que je fais.

Il frappa à la porte une fois, sèchement, et après un moment le guitariste barbu entrouvrit pour regarder à l’extérieur.

— Nan, mec, pas maintenant, fit-il avec un geste de la main comme pour chasser Ray. Reviens plus tard.

— Impossible. Il faut qu’on lui parle tout de suite.

Le barbu s’écarta et lança quelque chose à Davi dans un portugais rapide. La réponse claqua, et les deux musiciens se disputèrent quelques secondes. Finalement le guitariste barbu soupira et se détourna de la porte. Ray la poussa et entra. Je le suivis.

Les quatre hommes étaient assis sur des tabourets, dans une pièce aux murs pourpres éraflés, avec un miroir surmonté d’une rangée d’ampoules allumées. Ils nous regardèrent fixement. Leurs visages et leurs t-shirts étaient trempés de sueur. Davi était visiblement le plus jeune, et il affichait l’expression la plus soupçonneuse, presque un rictus sarcastique.

— On est en pause, dit-il. On ne peut pas remettre ça à plus tard ?

— Je me couche tôt, rétorqua Ray.

Subitement il semblait plus froid et dur que d’habitude, plus à l’image du flic typique. Son accent du Sud était plus prononcé, aussi.

— Comme je l’ai dit à votre collègue ici présent, j’ai été embauché par quelqu’un qui veut découvrir la vérité sur ce qui est arrivé à votre sœur. J’aurais quelques petites questions.

Davi ouvrit une canette de bière et grimaça devant la mousse qui en sortit.

— Quand l’avez-vous vue pour la dernière fois ? dit Ray.

— La semaine avant sa mort.

— Quel jour ?

— Je ne sais pas. Samedi. Elle est venue à un de mes concerts. – Il engloutit la moitié de la canette, puis la jeta dans une poubelle proche. – Ce truc, c’est de la pisse. On n’a rien de meilleur ?

— Du plus raide, proposa un de ses musiciens en exhibant une bouteille emplie d’un liquide clair.

J’observai Ray qui surveillait l’échange. Il semblait jauger quelque chose chez le jeune homme, qui d’aussi près ressemblait plus à sa sœur que vu sur scène. Ils avaient les mêmes sourcils charbonneux et le même menton un peu petit. Davi prit la bouteille, en dévissa la capsule, renifla l’alcool au goulot, et la rendit à son ami.

— Cette merde me bousillerait la voix, dit-il. Trouve-nous quelque chose au bar. Du trois étoiles.

L’autre parut irrité par l’ordre, mais il sortit de la pièce.

— Autre chose ? dit Davi à Ray, avec une lassitude exagérée.

— Vous avez remarqué quoi que ce soit de différent chez elle, la dernière fois que vous l’avez vue ?

— Elle m’a eu l’air… agitée. Nerveuse. Elle a fait tomber sa bière, et ma sœur n’était pas du genre maladroit.

— Est-ce qu’elle vous a demandé de lui rendre l’argent que vous lui deviez ?

Les deux autres musiciens ne semblèrent pas surpris par cette interrogation, mais je vis quelque chose se refermer derrière les yeux de Davi.

— Qu’est-ce que vous racontez ?

— Vous lui deviez quatre mille billets. Il y a la trace bancaire d’un chèque qu’elle vous a fait. Juste au moment où elle allait perdre toute sa bourse à son école.

Davi cilla un peu.

— Comment vous savez que je ne l’ai pas remboursée en liquide ?

Ray resta planté là, et se contenta de croiser les bras. Je ne comprenais pas son attitude. La posture qu’il adoptait. J’avais pensé qu’il se montrerait poli avec Davi, quelqu’un qui venait de perdre sa sœur dans des circonstances aussi violentes. J’aurais cru qu’il serait reconnaissant de tout renseignement que le frère pourrait lui révéler. Puis je me sentis naïve d’avoir imaginé ce scénario.

— Écoutez, dit le jeune homme, je n’ai jamais touché à un cheveu de ma sœur. D’après les flics, elle s’est suicidée. Vous aboyez au pied du mauvais arbre…

— D’accord, dit Ray du même ton âpre. Alors quel est le bon arbre, Davi ?

Son brusque changement de tactique désarma le jeune homme qui serra les lèvres et secoua la tête.

— Sortez, dit le barbu, sans grande conviction. Vous avez posé assez de questions.

— Vous devez bien savoir, insista Ray.

Davi se rembrunit.

— Elle nous a quittés il y a des années, vous comprenez ? Elle n’a pas rompu le contact, mais elle avait toujours des goûts différents, et elle était toujours là, le nez relevé, à tout juger. C’est pour ça que la plupart des gens de la ville où on a grandi lui ont tourné le dos. Je ne connaissais pas ses potes, au lycée. Je n’ai jamais rencontré aucun d’entre eux, ni à l’USC, ni au LAAC. Mais elle était heureuse, elle planait carrément, jusqu’à l’automne dernier, quand il s’est passé quelque chose. D’après ce que j’ai cru comprendre, une rupture avec quelqu’un qu’elle n’aurait jamais dû fréquenter. Mais elle ne m’a pas dit qui.

Il ramassa son étui de guitare vide et d’une main en caressa l’intérieur doublé de velours noir. Il paraissait sur le point d’en dévoiler plus. Il reposa l’étui.

— Et puis elle s’est enfoncée dans une grosse dépression. Une fois de plus. J’ai entendu dire qu’elle avait arrêté de prendre ses médocs, aussi. – Il fronça les sourcils. – Vous devez avoir votre propre idée sur la chose, non ?

— J’ai trop d’idées, répondit Ray. Mais merci pour les vôtres. Chouette concert.

Davi ne réagit pas au compliment. Il me dévisageait.

— Et vous, vous connaissiez Brenae ?

Du regard, je consultai Ray. Devais-je mentir ? Il ne trahit aucune indication. Il examinait l’étui de guitare ouvert.

— Non, dis-je, après m’être éclairci la voix. J’ai vu ses vidéos. C’est vous qui les avez tournées ?

Davi prit un air narquois.

— Il devait s’agir de quelqu’un qu’elle connaissait bien, poursuivis-je, consciente que l’attention de Ray s’était reportée sur moi. Elle avait l’air tellement à l’aise. De plus, c’était quelqu’un de talentueux. – Je marquai un temps d’arrêt, pour donner plus de poids à cette dernière remarque. – J’ai beaucoup apprécié votre prestation, moi aussi.

— Non, je n’ai pas tourné ces films, dit Davi d’une voix rauque, en regardant de nouveau l’étui.

— Il faut qu’on joue les autres morceaux prévus, Dav, grogna un des autres membres du groupe.

— Merci pour votre temps, dit Ray, avant de m’adresser un petit signe de tête.

Alors que je le suivais hors de la pièce, j’entendis Davi lancer :

— J’ai remboursé Brenae. Pas l’intégralité, mais une partie. J’allais lui rendre le reste.

 

— Vous pensiez qu’il avait quelque chose à voir avec le suicide ? demandai-je à Ray pendant qu’il me ramenait chez moi.

— Autant que n’importe qui, répondit-il. J’étais curieux de découvrir ce qu’il savait sur le LAAC. Et sur sa bourse.

— Je ne crois pas qu’il était au courant qu’elle l’avait perdue.

— Moi non plus. Ou qu’elle avait des retards de loyer. Le LASD a trouvé un avis d’expulsion dans son courrier. Elle était à sec.

Son expression crispée et sévère avait disparu. C’était un homme différent, à présent, un peu affalé sur son siège, qui conduisait d’une main mollement posée sur le haut du volant. Les cheveux à ses tempes étaient humides de transpiration.

— Pourquoi lui avoir parlé sur ce ton ? dis-je.

— Quel ton ?

— Comme un… flic, expliquai-je, en regrettant de ne pas trouver d’autre terme.

— Vous pensez que je suis quoi ? dit Ray dont le visage était révélé en instantanés par l’éclairage public. Vous croyez que si j’étais entré en jouant le copain il se serait confié à moi ? Les types du genre de Davi détestent les flics. Ils n’ont pas de casier, mais leur frère aîné en a toujours un. Il a fait plusieurs séjours en centre pour mineurs délinquants. Je me pointais là-bas en jouant un vieux pote désolé qu’il ait perdu sa sœur, et même si j’avais été sincèrement désolé il se serait refermé comme une huître. Depuis tout jeune, il s’est entraîné à la prudence face à des trous du cul de mon acabit. Il va penser que je sais quelque chose sur lui, et il va la boucler, juste au cas où ce serait vrai… Vous n’avez pas trop aimé la rencontre, hein ? Bah, tout est là. L’important, ce n’est pas d’être apprécié, c’est d’obtenir ce qu’on est venu chercher, et ensuite de ressortir de la vie de ces gens.

Pour Ray, c’était un long discours, et quand il l’eut terminé le silence qui suivit parut épais, profond. Il ne m’était pas venu à l’esprit qu’il ne souhaitait pas s’occuper de cette affaire, lui non plus. En quoi cela l’arrangeait-il ? Pourquoi était-il de retour ici, à L.A. ? Ce ne pouvait pas être uniquement pour Janis. Il devait suivre une piste concernant l’homicide de son propre frère, survenu l’hiver dernier, une affaire mystérieuse qui l’avait tout d’abord mené en Californie. Je brûlais d’envie de le questionner à ce sujet, mais j’avais décelé une sorte de fragilité dans ses propos, malgré la manière crue dont il les avait débités, et je ne voulais pas le pousser à me confier quelque chose maintenant. La nuit avait déjà été assez chargée.

Nous passâmes devant un petit restaurant de hamburgers vitré, avec une sous-enseigne tracée en écriture cursive rouge : PAS DE VIANDE GRASSSE ICI ! Mon ex et moi avions l’habitude de la lire à haute voix chaque fois que nous empruntions ce trajet. Elle résumait si bien L.A. : l’exagération flamboyante, quoique légèrement incorrecte. Mais nous ne nous y étions jamais arrêtés pour manger. Aujourd’hui, je me demandai pourquoi. De quoi avions-nous eu peur ?

— Vous avez posé une excellente question, ajouta Ray sur son habituel mode neutre et poli. Je n’y avais même pas pensé. Il faut que je découvre qui a filmé Packing. Je ne me souviens pas d’avoir vu de générique. Vous, si ?

— Non. Mais c’est peut-être le type de la liaison qu’a évoqué Davi.

— Peut-être.

Sa main se crispa sur le volant. La chanteuse de fado déroulait toujours discrètement sa mélodie lointaine et voilée. La voiture ralentit derrière une ligne de véhicules, à un feu. Une odeur de viande grillée épicée s’infiltra par les vitres baissées, et nous dépassâmes d’abord un petit nuage de vapeur et de fumée, puis un homme qui cuisait des saucisses sur un barbecue installé sur le trottoir. Sa spatule dansait dans l’air. Mon estomac gargouilla.

— Vous avez faim ? dit Ray.

Lui-même semblait être disposé à manger. Ou peut-être avait-il besoin d’encore un peu de compagnie. Un moment j’éprouvai de l’attirance pour lui, en tant qu’homme et non en tant que collègue ou adversaire. Cette vieille attirance, celle ressentie des mois plus tôt, à l’hôpital, quand il avait posé la main sur la mienne. Mais je refoulai cet élan.

— Il faut que je rentre, dis-je avec un soupir, si je dois entamer mon rôle de gallerina demain. Et il faudra que je m’absente pour le déjeuner. Deux ou trois heures.

Une certaine raideur le saisit.

— Vous êtes bien sûre ? demanda-t-il après un moment.

— J’ai une interview importante à faire. Pas question que je la rate.

— Non, je ne parlais pas de ça, mais d’accepter ce poste à la galerie.

Il tourna sur le large boulevard menant à mon appartement, mais alors même que ses mains se déplaçaient sur le volant il me donna l’impression d’être très absorbé, comme s’il écoutait quelque chose que j’étais incapable d’entendre.

— Sûre et certaine.

Je n’aurais pu préciser quand j’avais pris ma décision – peut-être après avoir vu le chagrin assombrir les traits de Davi –, mais c’était pour Janis et pour le Rocque que je le faisais. Si ce que je glanais en écoutant l’air de rien les ragots de quelques étudiants au sujet de leur directeur pouvait apaiser mon esprit quant à l’avenir du musée, alors quelle importance avait une semaine pour moi ? Je mettrais à profit mon entretien avec l’actrice pour obtenir d’autres articles dans la même veine. Cela m’ouvrirait la voie, et je suivrais mon propre chemin.

Ray patienta quelques secondes, puis acquiesça.

— Ce serait bien qu’on se voie tôt demain matin, je pourrai vous faire un petit topo sur l’équipe, proposa-t-il, et il nomma un café voisin de la galerie. Le rapport sur l’affaire se trouve dans le vide-poches de la portière, à côté de vous. Une lecture géniale avant de dormir, si ça vous tente.

Ainsi donc il avait eu la certitude qu’il parviendrait à me convaincre ce soir. La musique. Le lieu de rendez-vous du lendemain déjà choisi. Les documents dans la portière. Il m’avait manipulée de la même manière que Davi, afin d’obtenir la réponse qu’il souhaitait. Je pris l’épais dossier placé à côté de moi.

— Merci, fis-je d’un ton un peu sec.

Il stoppa le long du trottoir, et j’ouvris ma portière dès que nous fûmes à l’arrêt.

— Bonne nuit, dis-je.

— Ne vous comportez pas comme si vous jouiez un rôle, me recommanda-t-il soudain. Les gens s’en rendent toujours compte, quand on joue un rôle.

Je laissai ma main sur la poignée, dans l’attente de la suite.

— Je veux dire, ce soir, vous avez posé la bonne question. C’était bien vu. Mais Davi a tout de suite flairé la manœuvre, quand vous avez tenté de le flatter de cette façon, tempéra-t-il en se renfrognant un peu. Ça ne l’a pas dérangé plus que ça, mais il l’a compris. Quelqu’un d’autre pourrait se méfier de vous définitivement, et vous perdriez l’avantage de tout ce qu’on est en train de mettre en place là-bas.

J’essayai de me remémorer l’expression que j’avais dans les loges du bar, comment je m’étais tenue lorsque j’avais parlé à Davi. Je me vis croisant les bras, prenant appui sur une jambe, la hanche décalée. Avais-je eu cette attitude ? Avais-je réellement eu une moue mutine en regardant Davi paupières à demi baissées ? Ray avait raison. Je n’étais pas douée avec le langage corporel.

— Comment je dois me comporter, alors ? demandai-je.

— Soyez vous-même. Mais vous-même dans les fonctions d’une gallerina, conseilla-t-il, un geste vague de la main, et il jeta un coup d’œil par-dessus son épaule, comme si une voiture arrivait rapidement vers nous. Vous savez bien. Gentille. Spirituelle, ajouta-t-il, les yeux braqués sur la vitre de sa portière.

Il me fallut quelques secondes, mais je réussis à ravaler tous les sentiments mêlés que ce résumé éveillait en moi, et je conclus :

— On se revoit demain.

La femme chantait toujours en sourdine quand je sortis de voiture. Je refermai la portière sur sa voix, et sur un Ray qui me coula un dernier regard, une ombre de perplexité dans ses prunelles, comme s’il n’était pas sûr de savoir qui j’étais devenue. Puis il me gratifia d’un mouvement de tête poli en guise de salut, et nous nous séparâmes.

 

Une fois en sécurité à l’intérieur, je posai le dossier et allai prendre un bain. La baignoire avait beaucoup pesé dans mon choix de cette sous-location. Elle était profonde et plutôt grande pour un appartement aussi exigu, avec sa salle de bains attenante. Et quand je m’y glissai et fermai les yeux, j’eus le sentiment de comprendre pourquoi la propriétaire conservait cet endroit, même si elle le désertait. Il était rassurant de posséder votre repaire personnel où faire retraite, dans cette ville immense, de posséder un lieu paisible qui n’appartenait qu’à vous. Je ne lus pas. Je restai plongée dans l’eau chaude, à transpirer, la baignoire tellement pleine que je pouvais presque y flotter. Mon esprit revint à des souvenirs de Janis. Quand elle était allée tancer Bas dans son propre bureau. Debout derrière le pupitre, dans l’auditorium du musée, annonçant la disparition de Kim Lord. Tenant dans la sienne la main de Dee, lors de l’ouverture d’une exposition au Rocque, la première fois qu’elle avait publiquement affiché leur relation. Elle avait paru provocatrice, heureuse, et extrêmement mal à l’aise. En dépit de sa réputation et de son influence, Janis n’aimait pas du tout se mettre en avant. Elle détestait simplement qu’on la remarque. Je ne pouvais imaginer à quel point elle en voulait à son corps qui l’exposait, par le biais de sa maladie, aux confrontations hebdomadaires avec les oncologues et les spécialistes.

Après m’être séchée avec une serviette et avoir passé mon pyjama le plus confortable, j’évitai le rapport quelque temps, en me préparant du thé, en me beurrant un toast. Juste au moment où j’allais ouvrir le dossier, cette perspective me retourna l’estomac et je décidai que je ne pouvais pas le lire, au risque de ne pas trouver le sommeil ensuite. Je n’étais toujours pas sûre de supporter l’immersion dans la tristesse qui imprégnait l’histoire de Brenae.

Et la tristesse n’avait, malheureusement, rien à voir avec l’affaire en question. Quoi qu’il soit arrivé à la jeune femme, son histoire était un pion sur l’échiquier de Janis. Le but réel de cette dernière était de conserver la haute main sur l’évolution de la culture dans le centre de la ville. Si les années 1960 et 1970 avaient connu les meilleures fêtes, et les années 1980 et 1990 des émeutes massives et les dévastations du tremblement de terre, alors notre époque devait se consacrer à l’avenir, en construisant la nouvelle cité depuis le centre vers l’extérieur. Le 11 Septembre s’était produit deux ans plus tôt, et les villes américaines étaient précieuses, nécessaires, notre bien commun. À L.A., toute personne assez riche avait terriblement envie d’un projet de construction. Les acteurs et actrices célèbres, les pop stars, tous demandaient au directeur de notre musée d’être présentés aux architectes qui montraient leurs créations au Rocque. La drogue, le sexe et les vacances haut de gamme, c’était très bien, mais la rénovation d’un immeuble de lofts près de Broadway, ou l’ouverture d’un bar clandestin décoré de lambris sombres dans la 6e Rue, voilà qui signait une vie accomplie. Janis désirait que sa vision perdure dans la frénésie de cette nouvelle conquête urbaine de l’Ouest, et qui pouvait l’en blâmer ? Des dizaines d’années durant, le Rocque avait été la raison de visiter son quartier le week-end, lorsque les gratte-ciel environnants se vidaient de leurs banquiers et de leurs hommes de loi, et que l’unique restaurant ouvert servait la même pizza au poulet thaï que vous pouviez trouver à Hemet. Aujourd’hui, la Némésis de Janis menaçait de venir jeter l’ancre et de proclamer sien ce même territoire pour lequel elle s’était tant battue. Elle trouverait une bonne raison de l’en empêcher. Mais Brenae n’était pas une raison. C’était une personne. Je contemplai le dossier toujours fermé, l’ensemble épais de documents qu’il contenait. J’ai désespérément besoin de votre aide. Je m’en détournai, me traînai jusque dans le lit, et fermai les yeux.

 

Une heure plus tard, m’étant rendu compte que je ne pourrais pas m’endormir, je me levai et entrepris d’écrire à ma mère. Chaque fois que je ne souhaitais pas l’informer des dernières nouvelles dans mon quotidien, je lui parlais de ce que je lisais. J’imagine que nous trouvions toutes deux cette méthode rassurante. Pour elle, tant que j’avais le nez plongé dans un livre je devais rester chez moi le soir, et je n’avais donc pas chuté de la falaise, dans la dépendance ou un comportement autodestructeur. Dans mon esprit, tant que maman était là pour prêter attention à mes pensées, celles-ci comptaient réellement.

Ce soir, j’écrivis sur ma lecture l’été passé de l’ouvrage merveilleux consacré à James Compton, une figure oubliée de la scène artistique britannique des années 1990. Brillant, blond, exubérant, aristocratique et souvent vêtu d’un costume blanc immaculé, Compton avait été un temps le Warhol de sa tribu. Il fut le premier à ouvrir une galerie dans Shoreditch, un des quartiers d’entrepôts abandonnés de Londres, et l’endroit devint très vite le nid d’un vaste rassemblement de jeunes artistes. Il organisa une foire de rue avec des cabines à baisers, des clowns et des dessins à vendre, le tout géré par des jeunes noms qui devinrent des légendes du monde artistique dans les cinq ans suivants. Il fumait aussi du crack, menaça de se trancher la gorge avec un couteau à gâteau lors de sa fête d’anniversaire, et on racontait qu’il avait des liens avec une famille du crime organisé turc. Moins de cinq ans plus tard, il mourut d’une overdose d’éther. Ses funérailles furent un événement retentissant, mais depuis – sans la puissance de sa personnalité et son sens de la mise en scène –, son nom avait pâli.

Je dis à ma mère que la lecture du livre sur Compton m’avait rendue triste pour lui, et que l’éloge éloquent que l’écrivain faisait de ses accomplissements ajoutait quelque chose à cette tristesse, de la même façon que la deuxième note d’un accord transforme un son isolé et lui donne de la beauté et de l’ampleur. Quand j’avais refermé le livre, je m’étais sentie très seule, en partie parce que Compton était mort à vingt-huit ans et qu’il aurait encore pu faire tant de choses, et en partie parce que le ton édifiant et chaleureux du texte avait fini par me parler.

Je ne précisai pas que le livre n’était pas un livre, mais une thèse. Ni que l’auteur en était Calvin Teicher, le demi-frère de Ray, lui aussi décédé. On avait retrouvé son corps dans un hôtel de Boyle Heights un an plus tôt environ, battu et flottant dans une baignoire, visage plongé dans l’eau, avec la pomme de douche grande ouverte et la bonde interdisant l’écoulement. Sa mort n’était pas due aux coups mais à l’eau dans ses poumons. L’enquête n’avait pas abouti. L’assassin de Calvin courait toujours. Je ne croyais pas que Ray fût revenu à L.A. seulement pour Janis Rocque ni que, au fond, il se souciât réellement de ce qui était arrivé à Brenae Brasil. Il devait avoir une nouvelle intuition concernant l’affaire de son frère, et il la ruminerait tout le temps que nous travaillerions ensemble. Ne vous comportez pas comme si vous jouiez un rôle. Les gens s’en rendent toujours compte, quand on joue un rôle.

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