Les chroniques du royaume kanin, tome 1 - Givre enflammé

Chapitre vingt-huit

VINGT-HUIT

* * *

Contrition

 

J e ne m’attendais pas à te voir, dit Tilda d’une voix glaciale.

Elle m’avait laissée entrer ; la situation n’était donc peut-être pas aussi grave que je le croyais.

Elle vivait dans un petit appartement au-dessus d’une boutique d’appareils électroniques. De l’extérieur, la boutique ressemblait à n’importe quelle autre boutique, comme une mercerie tirée d’un village de conte de fées, mais à l’intérieur, il y avait plein de gadgets épatants, tous d’un modèle ou deux en retard sur ceux qu’on pouvait trouver dans le monde des humains, étant donné que nous n’étions pas très efficaces dans la gestion des stocks et des commandes. De toute façon, la demande pour ce genre d’appareils n’était pas vraiment élevée à Doldastam.

Pourtant, l’appartement de Tilda était probablement l’un des plus modernes en ville. Ses meubles me rappelaient ceux de la chambre d’hôtel que nous avions louée, Ridley et moi, à Calgary. Près de son évier, un lave-vaisselle en acier inoxydable était installé, le seul que j’avais vu à Doldastam. Un écran plat se trouvait en face de son canapé, et bien que les téléviseurs ne soient pas rares, il n’y en avait pas dans toutes les maisons.

— Que puis-je faire pour toi ? me demanda Tilda en croisant les bras, ce qui souleva le léger tissu de son débardeur, révélant ainsi le léger gonflement de son ventre, que j’aurais dû remarquer avant.

— Je voulais simplement te parler, dis-je en enfonçant les mains dans mes poches et en tâchant de ne pas broncher devant le regard noir qu’elle me lançait. Je voulais m’excuser pour ce que j’ai dit l’autre jour. C’était injustifié.

— En effet, fit brusquement Tilda en faisant un pas en arrière pour me laisser entrer. Tu veux quelque chose à boire ? J’étais sur le point de préparer du thé, ajouta-t-elle en roulant des yeux, après un soupir.

— Oui. Je prendrai la même chose que toi, dis-je en lui emboîtant le pas.

— Thé aux mûres et à l’hibiscus, dans ce cas.

Elle portait ses longs cheveux châtains en une queue de cheval, qui se balançait en suivant ses mouvements tandis qu’elle mettait de l’eau à bouillir sur la cuisinière et qu’elle sortait le thé et les tasses d’un placard.

Elle se tourna vers moi en croisant de nouveau les bras et en me fixant de ses yeux gris.

— Alors, ces excuses, ça vient ?

— Je suis vraiment et terriblement désolée pour tout ce que je t’ai dit hier, à la réunion, dis-je énergiquement. J’étais en colère à propos de choses qui ne dépendaient pas de toi et qui ne te concernaient pas du tout. Je n’aurais pas dû crier. Tu es mon amie, et j’aurais dû être heureuse pour toi.

— C’est vrai, dit-elle en se détendant légèrement. Tu as des problèmes en amour et dans tes relations, des problèmes dont je ne veux pas parler. Mais ce sont tes problèmes, et tu n’avais pas le droit de te défouler sur moi.

— Non, tu as absolument raison, reconnus-je. J’ai agi comme une imbécile sans raison et je m’excuse. Vraiment. Je suis très heureuse pour toi. Si tu es heureuse et si c’est ce que tu veux.

— Je suis heureuse, et c’est ce que je veux, dit-elle pendant qu’elle posait une main sur son ventre, le visage lumineux. J’aime Kasper, et même si ce bébé n’était pas vraiment prévu, je suis heureuse.

— Tu feras une excellente mère, dis-je sincèrement.

— Merci, dit-elle en souriant avec gratitude.

La bouilloire siffla, et Tilda versa l’eau chaude dans les tasses. Elle prit des feuilles fraîches d’une petite boîte en fer-blanc pour remplir deux boules à thé en forme de gland, avant de les déposer dans les tasses.

— Alors, que t’arrive-t-il ce matin ? me demanda Tilda en me tendant ma tasse.

Je m’adossai contre le comptoir et bus une gorgée de thé, avant de répondre.

— Que veux-tu dire ?

— Tu as des cernes sous les yeux, tu n’es pas coiffée et tu as l’air d’avoir passé une nuit d’enfer, dit-elle sans ménagement. As-tu dormi cette nuit ?

Je passai une main dans mes cheveux emmêlés dans le but de les discipliner, avant de finalement abandonner.

— J’ai dormi un peu.

— Et qu’est-ce qui t’empêchait de dormir ?

La nuit dernière, j’ai embrassé Ridley, puis je me suis enfuie si vite que lorsque je suis arrivée chez moi, j’arrivais à peine à respirer. J’ai commis une erreur terrible et je ne sais pas comment la réparer, mais c’était également merveilleux, magique. Une partie de moi, la majeure partie en fait, ne cessait d’essayer de trouver un moyen de répéter l’expérience.

— C’est un peu compliqué ; il est peut-être préférable de ne pas en parler maintenant, dis-je en plongeant ma boule à thé dans ma tasse.

Une clé tourna dans la serrure, et nous nous tournâmes pour voir qui entrait. Le petit ami de Tilda, Kasper, entra, vêtu de son uniforme de Högdragen. Le tissu épousait parfaitement ses larges épaules, et ses cheveux noirs étaient coupés court.

— Je ne t’attendais pas si tôt, dit Tilda. Je croyais que tu travaillais aujourd’hui.

— Je travaille, je cherchais Bryn, répondit-il en me montrant du doigt.

Je me redressai.

— Moi ? Pourquoi ? Et comment as-tu su que j’étais ici ? lui demandai-je.

— Je suis passé chez toi et comme tu n’y étais pas, je me suis dit que Tilda saurait où te trouver, expliqua Kasper. Tu es demandée d’urgence au palais.

— Que veux-tu dire ? fis-je en posant ma tasse sur le comptoir.

— Que se passe-t-il ? demanda Tilda.

— Je ne sais pas, lui répondit-il avec un regard d’excuse et en secouant la tête. On m’a simplement envoyé chercher Bryn en précisant que le roi et la reine voulaient te voir immédiatement.

— Je suis certaine que ce n’est rien de grave, dit Tilda en m’adressant un sourire, sans pouvoir cacher l’inquiétude dans son regard. Quand tout sera fini, n’hésite pas à m’appeler si tu as besoin de quelque chose, d’accord ?

J’opinai, puis j’attendis pendant que Kasper l’embrassait doucement sur les lèvres. Tilda nous accompagna jusqu’à la porte, et je suivis Kasper dans la rue. Il marchait d’un pas long et calculé, comme tous les Högdragens apprenaient à le faire. Je tentai de suivre son rythme, mais comme il était beaucoup plus grand que moi, c’était difficile.

— Je ne sais pas de quoi il est question, mais je ne crois pas que tu sois dans le pétrin, dit-il en me regardant par-dessus son épaule pour s’assurer que je le suivais.

— Dans ce cas, de quoi s’agit-il ?

— Je ne peux pas t’en dire plus, Bryn.

Il secoua la tête et regarda en avant, se frayant un chemin dans la place publique bondée pour se diriger vers le palais. Les gens s’écartaient sur son passage, par respect pour l’uniforme, et quelques jeunes enfants nous dévisagèrent en nous voyant.

Je ne savais pas ce qui se passait, mais le roi et la reine avaient envoyé un membre des Högdragens pour me chercher, et cela n’augurait rien de bon.

OceanofPDF.com