Les chroniques du royaume kanin, tome 1 - Givre enflammé

Chapitre trente-quatre

TRENTE-QUATRE

* * *

Abandon

 

J e me tenais au milieu de l’autoroute, immobile, l’oreille tendue. Des brindilles cassaient, mais je m’efforçais de ne pas me retourner pour regarder dans la direction d’où provenaient ces sons. Je ne voulais pas que Konstantin sache que je l’avais entendu. Je tendais simplement l’oreille pour suivre le bruit de ses mouvements.

Il s’approchait de moi, il tentait de me prendre par surprise. Je gardai la tête droite et, du coin de l’œil, je le vis. Une ombre fugace, un mouvement bref et des mèches de ses cheveux sombres. Je savais exactement où il était.

J’attendis une seconde, pour le laisser s’approcher encore un peu, puis je bondis sur lui. Je fis un large mouvement du bras, et ma main entra en contact avec son visage. Une sensation étrange, comme si l’air était soudainement devenu solide.

Il se mit instantanément à changer de couleur de peau, mais dans sa panique, il prit une teinte gris marbré. Je l’agrippai par les cheveux pour le faire pivoter et le plaquer contre la voiture.

Je n’avais pas l’intention de répéter les mêmes erreurs qu’à Calgary, et dès qu’il tenta de bouger, je le pressai plus fort contre la voiture.

— Inutile de me malmener ainsi, grogna Konstantin, le visage pressé contre la vitre de la portière.

Sa peau reprit sa couleur normale, et je lui tordis les bras derrière son dos nu. Il avait retiré ses vêtements pour mieux se fondre dans les arbres. La peau de ses bras musclés et de son torse était froide au toucher.

Je lui ligotai les poignets à l’aide d’une sangle en cuir que je gardais dans ma poche arrière pour ce genre de situation.

— Qu’as-tu fait de la reine des Skojares ? lui demandai-je quand je fus certaine qu’il était bien attaché.

— Ce n’est pas parce que tu m’as attrapé que je parlerai, dit-il en me regardant par-dessus son épaule. Comme je suppose que je suis ton prisonnier, il vaudrait mieux m’emmener à ma cellule, parce que je ne dirai rien de plus, petit lapin blanc.

Tâchant toujours de reprendre mon souffle après notre combat, je scrutai attentivement son regard, mais ses yeux gris étaient durs et froids ; son visage, impassible.

— Pourquoi es-tu venu ici ? lui demandai-je à bout de souffle. Qu’essaies-tu de faire ?

— Je pourrais te poser la même question, répliqua Konstantin.

Il tenta de se retourner, mais je le plaquai encore une fois contre la voiture pour lui faire comprendre que les choses ne se passeraient pas comme lors de notre dernière rencontre.

— J’essaie de m’assurer que tu ne tueras plus personne, dis-je en serrant les dents.

Konstantin m’adressa un petit sourire narquois, mais il n’eut pas le temps de rétorquer. Bent jaillit d’entre les arbres et s’écrasa sur la chaussée derrière la voiture, puis il glissa sur le ventre, avant de pousser un grognement sourd et de s’immobiliser.

Tove sortit du bois, puis il sauta sur le dos de Bent et lui ligota rapidement les poignets à l’aide d’une sangle en cuir comme la mienne. Nous utilisions généralement de lourdes chaînes et des fers pour les prisonniers en cellule, mais pour maîtriser rapidement un individu, les sangles en cuir étaient beaucoup plus pratiques et beaucoup plus faciles à transporter.

— Il s’est bien défendu, dit Tove en se relevant et en s’essuyant le front du revers du bras. Je crois qu’il est K.-O.

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