Les chroniques du royaume kanin, tome 1 - Givre enflammé
Chapitre trente-six
TRENTE-SIX
* * *
Pénitence
B ryn, murmura Konstantin.
Je me détournai du corps ensanglanté de Bent et vis que Konstantin s’était levé. Agrippé aux barreaux, il me regardait avec une expression de désespoir.
— Tu es resté là à le regarder pendant qu’il se suicidait ? lui demandai-je froidement. Ou peut-être est-ce toi qui l’as convaincu de le faire ?
Konstantin émit un rire sinistre.
— Tu crois vraiment qu’il s’est suicidé ?
— Serais-tu en train de me dire que tu as réussi à sortir de ta cellule pour le tuer ?
— Non, bien sûr que non, répondit-il en secouant la tête. Bent n’était qu’un balourd idiot. Je sais que je ne devrais pas dire du mal des morts, mais c’est la vérité. Il aurait fini par dire tout ce qu’il savait, et quelqu’un l’a fait taire.
— Qui ça ? Qui est descendu ici pour tuer Bent ? lui demandai-je en le fixant d’un air dubitatif.
— Je te le dirai, petit lapin blanc, mais il faut d’abord me faire sortir d’ici, dit Konstantin avec un petit sourire narquois.
Pourtant, derrière la dureté de son regard gris, je vis la peur.
— Pas de chance, répliquai-je immédiatement.
— Je ne peux pas rester enfermé ici. Ils viendront me chercher.
— Tant mieux, dis-je en croisant les bras. Tu es un meurtrier. Tu auras ce que tu mérites.
— Je n’ai jamais tué personne ! fit Konstantin d’une voix exaspérée. Je sais que je t’ai blessée, ainsi que ton père, et j’ai fait du mal à beaucoup d’autres personnes. Mais je n’ai jamais tué personne.
— Et Emma Costar ? lançai-je, soudainement assaillie par le souvenir de son corps étendu sur la berge de la rivière où nous l’avions trouvée.
— C’était Bent. Il était lourdaud et stupide, il ne connaissait pas sa propre force, dit-il en appuyant le front sur les barreaux. Je n’aurais jamais dû le laisser seul avec elle. C’était ma faute, mais je ne lui ai jamais fait de mal.
— Et où est Linnea ? lui demandai-je. Si tu me dis où elle est, je te ferai sortir.
Konstantin poussa un grognement en rejetant la tête en arrière.
— Je ne sais pas où elle est.
— Quelqu’un veut attenter à ta vie, et cette personne a accès à ta cellule. Je te suggère de parler, si tu veux rester en vie.
— Je te jure que je ne sais pas où elle est, insista-t-il d’un ton féroce.
— Tu mens. Je le sais. Tu ne serais pas ici si tu n’étais pas venu pour elle.
— Nous sommes venus ici pour l’enlever, c’est vrai, avoua Konstantin, avant de faire une pause en pinçant les lèvres. La situation est très compliquée, ajouta-t-il enfin.
— Pourquoi les Skojares ? lui demandai-je. Tu t’en prends aux Kanins depuis si longtemps. Pourquoi t’en prendre soudain aux Skojares ?
— Ce n’était pas mon idée. Rien de tout ceci n’était mon idée, dit-il en voûtant les épaules et en lâchant les barreaux. Mais je ne sais pas si c’est mieux ainsi.
— De qui était-ce l’idée, dans ce cas ? lui demandai-je. Je sais que Bent n’était pas le cerveau de vos opérations.
Konstantin leva les yeux vers moi, des yeux remplis de larmes. Il esquissa un triste sourire.
— As-tu déjà été amoureuse ?
— Ça ne te regarde pas, répondis-je en me crispant.
— Non, tu n’as jamais été amoureuse, dit-il en secouant la tête tandis que son sourire s’élargissait. Tu as de la chance.
— Et qu’est-ce que cela a à voir avec Linnea ?
— Cela a tout à voir. Et rien, répondit-il en s’éloignant des barreaux avec une expression résignée sur le visage. J’ai fait tant de choses au nom de l’amour. Et depuis quelque temps, je me demande si c’est encore de l’amour quand il nous pousse à accomplir des actes terribles.
— Cet amour ressemble plus à une excuse pour être méchant, lui dis-je d’un ton neutre.
— J’aurais tendance à être d’accord avec toi. J’ai beaucoup de regrets, dit-il en soupirant, avant de s’asseoir sur la couchette en bois derrière lui. Je regrette presque la totalité de cet amour, et pourtant, je n’arrive pas à me résoudre à regretter d’être tombé amoureux. Même si j’en suis mort. Le vrai Konstantin Black, l’homme que j’ai été, celui que tu admirais tant, est mort quand il est tombé amoureux. Mais pour l’amour, j’accepterais volontiers de mourir encore une fois, ajouta-t-il en me regardant intensément.
— Si tu ne me dis pas exactement ce qui se passe et où se trouve Linnea, tu vas mourir dans cette cellule, l’avisai-je en tentant de le raisonner. Je ne parle pas d’une mort métaphorique, mais de la mort littérale, comme celle de Bent. Et même si je suis certaine que le spectacle a été désagréable, l’expérience sera bien pire pour toi.
— Dans ce cas, c’est le prix que je devrai payer, dit-il simplement en s’étendant sur la couchette et en me tournant le dos. Mais tu devrais quand même écouter mon conseil, petit lapin blanc. Va-t’en avant qu’il ne soit trop tard.
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