Les chroniques du royaume kanin, tome 1 - Givre enflammé
Chapitre trente-huit
TRENTE-HUIT
* * *
Piège
L ’escalier rouillé et affaibli par le manque d’entretien semblait instable sous mes pieds. Tout me semblait dangereux en ce moment. Les clés en fer étaient lourdes dans ma main, et même si mon cœur se serrait douloureusement, je ne reculai pas.
Je n’étais pas certaine que ce soit la bonne chose à faire, mais c’était la seule que je pouvais faire. Je devais découvrir pour qui travaillait Konstantin et ce qui était vraiment arrivé à Linnea. Jamais je ne pourrais affirmer que cette histoire était terminée avant de connaître la vérité.
Ridley avait raison ; il m’avait été ridiculement facile de mettre la main sur les clés. Le poste de garde était désert, et les clés étaient sur le bureau. Je les avais prises rapidement, avant de foncer vers le donjon.
En m’avançant dans le tunnel, je dus me rappeler que les clés n’étaient qu’un leurre. J’avais l’intention de promettre à Konstantin de le libérer s’il me disait la vérité, mais je ne le libérerais jamais. Je ne pouvais pas me résoudre à le libérer.
En approchant du donjon, je sentis mes cheveux se dresser sur ma nuque. Je constatai que la porte de la cellule de Konstantin était ouverte, et mon cœur se mit à battre plus fort. Je craignis d’être arrivée trop tard. Quelqu’un s’était déjà débarrassé de lui.
Puis il émergea de l’ombre, lentement, délibérément, le regard braqué sur moi. Mes yeux étaient fixés sur l’épée qu’il tenait à la main, une longue lame usée au combat, mais toujours acérée.
— Tu ne devrais pas être ici, dit Konstantin en me voyant, affichant la même expression que celle qu’il avait le jour où je l’avais surpris, l’épée au-dessus de mon père.
— J’étais venue te libérer, dis-je en lui montrant les clés, ce qui le fit tressaillir, comme si je l’avais frappé.
— Cours, petit lapin blanc, murmura-t-il, sauve-toi très loin d’ici.
— Pas avant que tu m’aies expliqué ce qui se passe, dis-je en me redressant malgré ma peur.
— Ce petit jeu a assez duré, gronda une voix derrière moi.
Je fis volte-face. L’homme s’était tapi dans l’ombre du tunnel, contre le mur à l’entrée du donjon. Il était vêtu de noir, ce qui l’avait aidé à se fondre dans l’obscurité, et sa peau avait pris la couleur des murs de pierre. Sa peau reprenait sa couleur normale, et j’avais l’impression de voir un mirage prendre vie.
Je vis que sa peau n’avait pas complètement changé de couleur. La cicatrice qui prenait naissance juste au-dessus de son œil gauche pour descendre jusqu’à sa joue droite avait gardé sa teinte rouge terne. Ses cheveux noirs graisseux tombaient juste sous ses épaules, et sa barbe était plus broussailleuse que sur les photos.
Mais je savais exactement qui c’était. J’avais vu ses yeux noirs me fixer chaque fois que j’étais entrée dans le bureau de Ridley. C’était Viktor Dålig, l’homme le plus recherché de la tribu des Kanins.
— Tue-la, ordonna Viktor, ce qui me tira de ma torpeur.
Clés à la main, je frappai Viktor, mais il fut plus rapide que moi et il m’agrippa le bras avant de le tordre. Il empoigna ma queue de cheval, puis il tira ma tête en arrière. Je lui donnai un coup de pied, mais il ne broncha pas. Viktor frappa violemment ma tête contre le mur de pierre.
La première fois, je sentis une douleur traverser mon crâne, et ma vision se brouilla. Quelque part derrière moi, je crus entendre Konstantin crier. Lorsque Viktor frappa ma tête contre le mur de pierre pour la deuxième fois, le monde s’effaça autour de moi, et je sombrai dans les ténèbres.
OceanofPDF.com