Les Idéalistes
Chapitre 3
Waldo eut beau proclamer haut et fort qu’il l’avait musclé, le discours de l’UPU que Teddy prononça le lendemain était presque mot pour mot celui écrit dans l’aire de restauration. L’écouter raconter son histoire dans le gymnase bondé était électrisant, et pas seulement pour nous. Cela nous valut la meilleure presse depuis le début de la campagne : La députée Ruiz se con e intimement lors d’un meeting à l’université, etc. Le week-end suivant, nous participâmes à la matinale du dimanche sur News12, tribune en or pour approfondir en détail les propositions politiques. Nous fîmes un bond dans les sondages et, mieux encore, les dons a uèrent de nouveau. Francis prophétisa que ce « nouvel angle » creuserait notre avance auprès des électeurs afro-américains et latinos et contribuerait à augmenter le taux de participation. C’était aussi un moyen de s’assurer que l’issue du scrutin ne dépende pas en grande partie de la préférence des électeurs blancs de banlieue pour nous ou Kent. Après avoir obtenu le soutien de trois éminents avocats des droits civiques, le « grand rebranding » commença véritablement.
Mais le plus réjouissant à titre personnel, c’est que depuis que Teddy travaillait en étroite collaboration avec nous, je dormais mieux et mangeais normalement. Le vampire reprenait des couleurs. Waldo semblait heureux aussi de cette collaboration. Les choses évoluaient dans la bonne direction. À six semaines de la primaire, j’avais le sentiment que nous pouvions l’emporter, ou du moins qu’il me resterait à terme quelques follicules intacts.
Puis Waldo me demanda s’il pouvait habiter à la maison quelques semaines.
— Ma femme a gardé notre maison, expliqua-t-il. Toi et moi, on passe la moitié du temps sur la route et je n’ai pas eu le temps de chercher un appart.
Je savais que Kavya mourait d’envie d’utiliser notre chambre d’amis. Elle avait choisi avec amour chaque coussin et chaque bibelot, et m’avait déclaré plusieurs fois que c’était sa pièce préférée de la maison. Elle avait encadré des photos-souvenirs de notre lune de miel à Hawaï et coordonné les couleurs pour rappeler le magni que couvre-lit de notre chambre d’hôtel là-bas. Elle accepta immédiatement qu’elle devienne « la chambre de Waldo » aussi longtemps qu’il en aurait besoin.
Fièrement, Kavya lui montra la pièce le lendemain.
— Fais comme chez toi, dit-elle en lui présentant la salle de bains attenante et immaculée, aux poignées de placard rutilantes.
— Magni que, s’extasiait-il en regardant autour de lui. C’est très gentil de votre part. Promis, vous ne saurez même pas que je suis là.
Nous sortîmes de la chambre pour le laisser s’installer. Une heure plus tard, il apparut dans l’encadrement de la porte du salon, rasé de près et disposé à partir pour une réunion de communication avec Francis. Malgré ma proposition de l’accompagner, Waldo insista pour que je reste et pro te de la journée avec Kavya.
Ces derniers temps, nos rapports étaient tendus. Je me battais contre la ville au sujet de la maison de mon père et des milliers de dollars réclamés entre les taxes impayées et le second prêt immobilier. Même si j’arrivais à la vendre, nous ne toucherions pas grand-chose. Entre-temps, j’avais dépensé toutes nos économies en parcourant l’État semaine après semaine. En théorie, on allait me rembourser mes frais, mais d’ici là, ma carte de crédit frôlait le plafond autorisé. Nous essayions d’avoir un bébé depuis deux mois, et elle surveillait les dates à la loupe, seulement je n’étais jamais là les jours propices à la fécondation. Elle m’avait accusé récemment de le faire exprès. J’avais juré que c’était faux.
J’avais parlé à Waldo de nos disputes, sans en préciser la raison, et pour être honnête, j’espérais que sa présence détendrait l’atmosphère à la maison. Je pensais que Kavya, témoin de nos débats, comprendrait l’ampleur de notre travail et l’importance de la campagne. Seulement maintenant, Waldo voulait que je reste à la maison.
— Ne néglige pas cette belle femme, déclara-t-il devant Kavya. Ne commets pas la même erreur que moi.
Kavya rougit et lança, pour la quatrième fois depuis son arrivée :
— J’ai des dizaines de copines avec qui je peux te brancher dès que tu me donneras le feu vert…
Waldo partit en si otant l’air de « Just a Gigolo », traînant la patte dans l’allée menant à la rue où il avait garé sa Lincoln.
Il ne fallut que trois minutes à Kavya pour inventer une excuse pour
ler au sous-sol ranger la chambre d’amis. Je m’y précipitai en
entendant un cri étranglé et la trouvai près de la commode où deux piles de livres écornés et un parapluie au manche à tête d’oie avaient remplacé le vase avec une fausse orchidée. Waldo avait enlevé le joli couvre-lit hawaïen. Les murs où elle avait accroché des photographies de cascades spectaculaires et de plages volcaniques étaient nus. Les cadres étaient soigneusement empilés sous le lit, juste à côté du couvre-lit plié.
— J’aurais dû te prévenir, m’excusai-je. Il est du genre minimaliste.
Malgré sa contrariété manifeste, je savais que Kavya n’adresserait aucun reproche à Waldo, car il était son hôte.
— Il est interdit de fumer ici, me rappela-t-elle. Il le sait, n’est-ce pas ?
— Je lui ai dit.
Elle avait trouvé un cendrier en cristal qu’il avait volé au Carriage House sous le lit, côté fenêtre. Il n’avait pas l’air d’avoir servi, il était même impeccable. Mais dans le lavabo de la salle de bains, je trouvai des particules de cendres qu’il n’avait pas rincées.
— Il pense trouver un appartement dans une semaine ou deux.
Kavya inspira à fond.
— C’est bon. Je lui ai dit de faire comme chez lui, non ? On remettra tout en ordre après son départ.
Ce week-end-là, nous rejoignîmes Teddy et des membres de l’équipe au State Pickle Festival, le traditionnel festival du cornichon qui avait lieu dans une circonscription agricole du nord de l’État, à tendance conservatrice. L’idée était qu’en en lant une salopette en jean et en retroussant les manches d’un vieux tailleur Teddy pourrait toucher certains électeurs ruraux, mais aussi montrer au reste de l’État qu’elle était proche du peuple. Je me retrouvai donc avec Waldo au milieu de grandes tentes blanches remplies de mille et une variétés de cornichons et légumes vinaigrés. Des rangées et des rangées de bocaux en verre dans lesquels baignaient toutes sortes d’aliments colorés. Waldo s’arrêtait chaque fois qu’il voyait un produit qu’il ne connaissait pas : Fischbrötchen, Labskaus, Rinderrouladen ! Cela lui rappelait, me dit-il, les souks qu’il avait arpentés au Maroc et les marchés cambodgiens où il avait dégusté des plats incroyables lors d’un voyage qu’il me raconterait plus tard. Il s’arrêtait, goûtait, serrait une main ou deux, distribuait un badge ou un autocollant et passait à l’étal suivant. Il y avait des stands consacrés au matériel de conserverie, à la coloration des saumures, à la grosseur de grain des di érents sels, au niveau de pH des vinaigres, aux ustensiles pour frire les pickles – dits « frickles ». Œuf au vinaigre, betterave marinée, hareng en saumure. Quels étaient les béné ces pour la santé de boire de la saumure à cornichons ? Waldo prit une brochure, puis un cupcake au cornichon, une glace au cornichon et un « dirty martini » à la saumure d’olive. Des fèves au vinaigre, des framboises au vinaigre, des écorces de pastèque au vinaigre et un citron vert entier au vinaigre.
Savais-je que les pickles étaient un aphrodisiaque naturel, comme les huîtres et le chocolat ? Un stand vendant des a ches obscènes sur le thème du cornichon aphrodisiaque en informait les chalands. Nous avançâmes en riant vers la tente suivante, où Teddy buvait une sour pickle beer d’un air aussi désespéré qu’amusé.
— C’est quoi ce truc ? demanda-t-elle.
Du foin en vrac recouvrait le sol boueux pour le durcir. Une légère odeur de fumier ottait dans l’air.
— Mauvaise nouvelle. On a clamsé en venant ici, proféra Waldo. On
otte dans l’au-delà. Dieu est un cornichon.
— Depuis tout ce temps, soupira-t-elle. Musulman, chrétien, juif… et la bonne réponse était cornichon.
Il leva deux doigts écartés d’un centimètre.
— Si près de la vérité.
— Tu ne distribues pas les badges, observa-t-elle en avisant le tas dans ma paume.
— Je les fais mariner dans le vinaigre.
Il m’en restait une douzaine. Elle me les prit des mains et les o rit aux chalands qui passaient.
— Tenez. Voilà. C’est pour vous. Madame ? Un badge ? Monsieur ? Vous n’auriez pas perdu ça ?
Quand ils furent tous distribués, quelques minutes plus tard, nous explosâmes de joie.
— C’est bon, s’exclama-t-elle. On va gagner les élections !
— Fastoche ! m’écriai-je.
Teddy grogna de contentement et s’appuya contre Waldo. Puis elle me regarda et lança :
— Discours à chaud ! À toi !
Je me redressai et imitai son intonation.
— Ici, aujourd’hui, nous célébrons la communauté. La façon dont les hommes et les femmes, les enfants et les aînés, se retrouvent ensemble pour perpétuer une tradition ancestrale…
Teddy riait si fort qu’elle vacilla et Waldo dut la rattraper par le bras.
— … un héritage, poursuivis-je sans marquer d’arrêt, de préservation. Pour traverser un long hiver entre deux récoltes, nous devons nous tourner vers le sel. L’amertume ! Le vinaigre, la sueur et les larmes, mais aussi la douceur de…
Je perdis le l. Waldo se tordait de rire, enlaçant d’un bras la taille de Teddy qui essayait, sans succès, d’échapper au tourbillon de l’ivresse. Tout dans ce lieu absurde, ce moment loufoque, ces gens autour d’eux, ce qu’ils avaient ingurgité, créait en lui un sentiment de liberté par rapport à la réalité dont il mesurait maintenant la dangerosité.
— À toi, dit-il à Teddy aussi légèrement que possible.
Elle leva les yeux d’un air pensif et se mordit la lèvre avant de se lancer.
— En regardant autour de moi, je me demande : existe-t-il une chose qui ne peut pas être marinée ? Eh bien, non. Les spécialistes de la saumure de notre État nous rappellent qu’impossible n’est qu’un grand mot prononcé par des petits hommes qui trouvent plus facile de vivre dans le monde qui leur a été légué plutôt que de chercher en eux la force de le changer. Impossible n’est pas un fait, c’est une opinion. Impossible n’est pas une fatalité, c’est un dé . Impossible est provisoire. Impossible n’est rien.
— Tu vas créditer Mohamed Ali pour cette citation ou on opte pour le plagiat ? demanda Waldo.
Elle lui prit la main et le tira à l’écart de l’allée des vendeurs de bière, dont beaucoup proposaient des blondes et des brunes non aromatisées au cornichon. Je les suivis pendant quelques minutes mais, après m’être arrêté pour admirer des chewing-gums goût cornichon vendus dans un bocal en plastique, je me retrouvai seul. Où étaient-ils partis ? Je revins sur mes pas, e ectuai un demi-tour et repartis dans la direction initiale. Aucun signe d’eux nulle part. Au bout d’une dizaine de minutes, je réalisai qu’ils pouvaient être n’importe où. Je textai à Waldo, à plusieurs reprises, mais n’obtins pas de réponse.
Après avoir tourné en rond pendant une demi-heure, je tombai sur Francis, qui me demanda si je rentrais.
— Je suis venu en Lincoln avec Waldo, répondis-je.
— Il m’a appelé. Il a dit qu’il partait.
— Quand ?
— Il y a un quart d’heure environ.
— Teddy était avec lui ?
— Je pense. Ils devaient voir un truc ensemble. Il m’a demandé de te trouver et de te ramener.
J’allais répondre que c’était absurde. Puis je réalisai que ce n’était pas si absurde. Toujours pas de message de Waldo sur mon téléphone.
— Je vais le chercher, dis-je.
— OK, mais je dois partir maintenant, alors ne reste pas coincé chez les ploucs.
Je voulais lui dire que tout irait bien. Que j’allais trouver une solution. Qu’il n’y avait aucune chance que Waldo me plante dans un festival du cornichon au milieu de nulle part.
Sauf, bien sûr, que je savais qu’il m’avait planté.
— Ne t’inquiète pas pour moi, Francis. Je trouverai quelqu’un pour me ramener.
Aucune nouvelle de Waldo de toute la journée et il ne rentra pas pour dîner. Kavya et moi avions préparé du tofu makhani et nous regardions quelques épisodes d’une émission de rencontres sur Net ix qu’elle aimait bien, blottis sur le canapé. Le luxe d’avoir du temps à tuer était romantique en soi. Je m’e orçais d’occulter mes calculs mentaux : un épisode d’Une soirée de rêve désastreuse correspondait à dix appels téléphoniques, à une minuscule goutte d’eau dans la stratégie du taux de participation, à un millimètre de plus sur le chemin de la victoire. D’un commun accord avec moi-même, je ne parlai pas de l’élection, et nous réussîmes à passer une heure à feuilleter des livres sur la grossesse et la parentalité. Je ne dis pas à Kavya ce qui s’était passé au festival. Je continuai d’essayer de me convaincre que c’était parfaitement innocent. Que je n’avais pas vu la lueur dans leurs regards juste avant qu’ils ne s’éclipsent.
Après le dîner, Kavya et moi sortîmes nous promener dans le quartier. Le printemps arrivait, les oiseaux chantaient et les bourgeons s’ouvraient. Nos voisins préparaient leurs jardinières de tomates pour l’été. Main dans la main, nous nous baladâmes jusqu’à ce que le soleil se couche et la lune se lève, pleine dans le ciel orangé.
— Je commence à m’inquiéter pour Waldo, dit Kavya.
— Il a peut-être pris une chambre là-bas, si le festival s’est terminé tard.
Elle hocha la tête.
— Il a quoi, la quarantaine ? Il n’a pas besoin qu’on s’occupe de lui.
— Non.
— Il est manifestement très discret sur sa vie privée.
— Absolument.
— Peut-être qu’il visite des appartements ?
— C’est probablement ça, dis-je.
Ce n’est qu’à deux heures du matin que j’entendis la porte s’ouvrir. Quelqu’un en bas se cognait dans l’obscurité. Après quelques minutes de barouf, j’en lai mon peignoir et descendis voir si tout allait bien.
Je trouvai Waldo assis sur le canapé gris, la tête entre les mains,
xant le verre d’eau qu’il s’était servi comme s’il essayait de trouver la
volonté de le boire. Il frottait sa jambe malade lorsqu’il leva vers moi des yeux rouges et vitreux.
— J’ai fait quelque chose de terrible, chuchota-t-il.
Il était manifestement ivre mort.
— Quoi ? demandai-je en m’approchant de lui. Que s’est-il passé ?
— Qu’est-ce que…
Il s’interrompit, su samment stable maintenant pour boire. Il lampa le verre d’eau en trois gorgées et tenta de se lever pour se resservir, mais ses membres inférieurs refusèrent de coopérer. Je lui pris le verre des mains et allai le remplir dans la cuisine. J’avais envie d’une boisson plus forte pour moi-même, mais les bouteilles d’alcool se trouvaient au salon et je ne voulais pas réveiller Kavya. Puis je me souvins de la mignonnette de whisky Wild Turkey au fond du placard, qu’elle utilisait pour cuisiner les patates douces à Thanksgiving. Je vidai la n dans un verre.
À mon retour, Waldo était avachi sur le côté et je crus qu’il dormait, jusqu’à ce qu’il me pose une question.
— D’après toi, quelle est la pire chose que j’aurais pu faire ?
Je ré échis, brièvement.
— Tu as volé de l’argent dans les caisses de la campagne ?
— Non, non. Bien sûr que non.
— Alors quoi ?
Il inspira à fond et relâcha l’air très lentement.
— J’ai couché avec Teddy.
— Quoi ? Comment ? Quand ?
— Il y a quelques heures, dit-il comme si le temps, pour lui, dans son état, était une anguille insaisissable.
Voilà. Cela avait ni par arriver. Mais je m’inquiétais que Waldo, au lieu d’être extatique, se sente aussi misérable. Je n’arrivais pas à savoir si c’était dû à l’alcool. Lentement, alors qu’il buvait de l’eau et que je sirotais le whisky Wild Turkey, il me raconta comment l’impensable était arrivé.
Après m’avoir perdu dans la foule (et je décidai alors d’accepter cette explication), ils avaient bu d’autres bières saumurées. Conscients d’être pompettes, ils enlevèrent leurs badges de campagne. Waldo pensa qu’il serait amusant d’acheter des chapeaux verts en forme de cornichon et les lunettes assorties. Pour tout le monde, ils avaient l’air d’un couple anonyme, fan de cornichons, qui s’éclatait par un week-end frisquet d’avril.
Teddy voulait voir les manèges. C’était les attractions foraines habituelles : les carrousels, les tasses géantes, les autos tamponneuses et, au loin, un gigantesque Zipper, manège à sensations. Ils montèrent dans tous les manèges, dont trois fois dans le Zipper en hurlant alors que la machine les secouait comme de la salade. Waldo me rapporta qu’il était sûr que le contenu saumuré de son estomac allait se répandre sur tout l’État, sauf que les cheveux de Teddy lui gi aient les yeux, le nez et le front. Il les repoussa ; elle tenta de les discipliner. Leurs mains se touchèrent et, cette fois, leurs regards se croisèrent au milieu de la descente en chute libre – il pensait qu’ils étaient même peut-être tête en bas quand cela se produisit.
Quand ils s’embrassèrent.
Au début, le baiser avait un goût saumâtre, rapidement remplacé par une chaleur à laquelle il ne s’attendait pas. Durant cette fusion de langues et de lèvres vertes, il n’avait pas songé à son mari, ni à sa femme, ni à leur passé, ni à la campagne – toutes ces pensées se télescopèrent dans son esprit ensuite. Mais lorsque le balancier du manège à sensations ralentit sa course, que le monde se remit à l’endroit et qu’ils descendirent en titubant dans l’herbe, il cessa de penser. C’était comme s’ils étaient seuls au monde, malgré la foule qui les entourait. Juste deux corps en mouvement qui trébuchaient, riaient, se touchaient. Heureusement, les rares journalistes qui avaient bien voulu couvrir l’événement étaient partis depuis longtemps. Francis et moi n’étions plus là. Waldo espérait que personne ne les avait reconnus au motel où ils s’étaient rendus ensuite. Il en connaissait plusieurs dans le coin.
Le récit s’arrêta là, et Waldo me dévisagea alors que je m’éloignais de la table. J’étais contrarié, mais aussi heureux pour eux, quelque part. J’avais peur pour nous tous, mais surtout pour lui. Devais-je lui rappeler à quel point c’était dangereux ? Tout le monde dans l’État connaissait son mari et se rangerait de son côté en cas de scandale, d’autant plus si elle l’avait trompé. Une photo prise par un smartphone pouvait mettre n à notre campagne en un battement de cils. Waldo et Teddy avaient mis en péril des jours et des jours de travail acharné.
— Je t’avais prévenu que travailler si étroitement avec elle était une mauvaise idée, gémit-il.
— Ne me mets pas ça sur le…, commençai-je, mais il me coupa la parole et prit mes mains dans les siennes comme pour me supplier.
— Tu es le seul à savoir, sou a-t-il, le regard fou. Le seul en qui on peut avoir con ance.
— C’est bon. Ça va aller. Repose-toi. On trouvera une solution demain.
Et, juste comme ça, j’étais dedans jusqu’au cou.
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