Les Idéalistes

Kristopher Jansma · Chapitre 21 sur 30

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Les Idéalistes

Chapitre 3

 

Ce soir-là, Teddy, littéralement sous stéroïdes, pulvérisa le débat contre Kent. La nouvelle qu’elle était sou rante et devrait peut-être annuler avait fuité. Aussi, personne ne savait à quoi s’attendre en la voyant arriver sur le plateau. On la pensait diminuée, elle se montra a ûtée et posée. Curieusement, sa voix enrouée l’aida à délivrer ligne après ligne le discours que Waldo et moi avions rédigé. Mais c’est dans un moment d’improvisation qu’elle marqua vraiment les esprits. Kent, en réponse à une question sur son propre projet de réforme de l’Éducation sans grand intérêt, se tourna vers Teddy et l’accusa de préparer en secret un redécoupage des districts scolaires : regrouper Pine Grove et Eastbrook, exactement comme Waldo et moi en avions discuté des mois auparavant. La maire déclara que cette idée la mettait « très mal à l’aise ». J’étais tellement tendu au bord de ma chaise que je faillis tomber. Mais la réponse de Teddy à cette attaque-surprise fut, en réalité, le point d’orgue de la soirée :

Tout d’abord, je n’ai pas le projet secret de redécouper les districts scolaires de l’État.

J’ignore de qui la maire tient cette information, mais elle est fausse. Moi, gouverneure, je

n’exigerai pas des districts qu’ils modi ent leur secteur scolaire. En tant que députée, je

sais qu’un tel décret ne mènerait nulle part. Mais je remercie la maire d’avoir soulevé ce

point, qui me permet de délivrer ce message : les enfants des écoles d’Eastbrook méritent

autant une éducation de qualité que les élèves de Pine Grove ou de Chumsford. La tranche

d’imposition des parents ne devrait pas dicter les chances de réussite dans nos écoles ou

dans notre État. Et aujourd’hui, c’est le système qui prévaut et que nous avons autorisé

depuis bien trop longtemps. Alors non, moi, gouverneure, je ne retournerai pas dans mon

ancien district pour redessiner la carte au milieu de la nuit et bouleverser la vie de chacun.

Mais je vous promets une chose : je ne tolérerai pas que les élèves du lycée Benjamin-

Franklin sou rent plus longtemps de l’inégalité et du racisme agrants. Je suis désolée si ça

vous met mal à l’aise, madame la maire, mais je me soucie plus du bien-être de nos jeunes

défavorisés que du vôtre. Et si les électeurs qui nous regardent ce soir sont d’accord sur ce

point, je les invite à voter pour moi dans deux semaines.

S’ensuivit une longue standing ovation qui obligea l’animateur à prier le public de s’asseoir. Je lévitai carrément. Pendant plusieurs secondes, je cherchai Waldo dans la salle, avant de me rappeler qu’il n’était pas là. Il avait décidé de rester dans la chambre d’amis a n d’apporter du crédit au subterfuge que nous avions nalement acté : il sou rait d’une angine aiguë et devait s’isoler jusqu’à ce que les antibiotiques fassent e et. En rentrant à la maison ce soir-là, je descendis le voir, mais je trouvai la porte fermée, les lumières éteintes et j’entendis un ron ement régulier. Je m’interrogeais sur ce qu’il m’avait dit. À propos du Wisconsin et de l’après-campagne. C’était un sujet qu’il fallait mieux laisser en sommeil. Je pouvais l’omettre s’il le pouvait.

Quelques jours plus tard, le syndicat appela à une grève à l’échelle de l’État pour protester contre les coupes budgétaires prévues par le lieutenant-gouverneur. Les enseignants sortirent des classes et se rassemblèrent sur les pelouses des écoles, pancartes à la main. Comme Francis le craignait, certains parents étaient furieux de l’arrêt des cours qui les obligeait à prendre un congé inopiné pour garder leurs enfants. Mais beaucoup d’autres nous soutenaient : des parents qui en avaient assez que leurs enfants soient lésés et que l’e ectif des classes augmente alors qu’on réduisait encore les budgets. Dans les deux cas, c’est de la députée Teddy Ruiz dont on voulait avoir des interviews, des réactions, des commentaires, etc. Elle béné cia bientôt d’une attention nationale. Dans le même temps, la stratégie de Roberta Kent consistait à éviter tout commentaire, sauf pour déclarer « Je pense que nos enfants méritent l’excellence éducative que permet l’argent » et « Je suis inquiète pour les parents et les élèves, mais aussi pour les enseignants », qui était ma phrase préférée. Dans tout l’État, la grève faisait les gros titres des journaux télévisés et même si les experts prédisaient qu’elle ne durerait pas, le mouvement de protestation ne cessa d’en er au l de la semaine.

Teddy n’avait eu besoin que d’un jour de repos pour se rétablir de sa mononucléose. Nous nous en tirions bien, et elle avait inventé un mensonge crédible pour Hector : elle l’avait probablement attrapée en buvant par erreur du café dans la tasse d’un bénévole. Pour le moment, Waldo et elle étaient convenus de garder leurs distances – pour dissiper tout soupçon et leur donner à l’un et à l’autre un temps de ré exion sur l’avenir de leur histoire. Le lendemain, lors d’une collecte de fonds, elle arriva au bras d’Hector.

Le jour de la session parlementaire, lors de la manifestation des enseignants grévistes devant le Capitole, Teddy avait accepté de prendre la parole. C’était sa dernière chance de s’adresser à un large public d’électeurs avant les primaires. En raison du battage médiatique autour de la grève, son intervention avait une chance d’être di usée sur toutes les grandes chaînes de télévision. La rumeur courait qu’un

producteur de MSNBC28 se rendait sur place, ainsi qu’une équipe de

« PBS NewsHour29 », a n de couvrir l’événement stigmatisant le malaise actuel qui pesait sur l’Éducation américaine. Autrement dit, ce n’était pas seulement notre dernière cartouche pour décrocher la candidature, c’était aussi une chance d’attirer sur Teddy l’attention de tout le pays.

Et Waldo manquait d’inspiration.

La veille du discours, nous prîmes nos quartiers habituels au Carriage House. À la nuit tombée, nous y avions déjà passé quatorze heures – la journée entière. J’avais quasiment perforé l’épais bloc-notes avec le clou de mon père. Nous avions discuté avec des dizaines de clients du bar dans l’espoir d’un déclic inspirant. Mais rien ne marchait. Nous avions rédigé six faux départs, quatre milieux très di érents et aucune conclusion probante. Je continuais de penser que nous étions loin du but, et en même temps, tout près de la solution.

— Et si on appelait Teddy ? suggérai-je pour la énième fois.

Mais non. Depuis l’hôpital, leur relation était tendue. Si je redoutais avant qu’on découvre leur liaison adultère, j’avais peur maintenant qu’on ne remarque leur brouille. En présence l’un de l’autre, ils adoptaient un comportement froid, une posture raide. Entre-temps, Waldo avait quitté notre chambre d’amis pour une location meublée non loin du bureau. Chaque fois que je lui demandais comment il allait, ou s’il était bien installé, il ignorait ma question et me ramenait aux feuillets jaunes. Je sentis qu’il avait besoin de se changer les idées pour surmonter son blocage et retrouver con ance en sa capacité d’inspiration.

— Viens. Je conduis, lui proposai-je.

Waldo xait obstinément son bloc-notes alors que je dirigeais la Lincoln vers le stade des Wizards. Il avait mis le match à la radio, mais il n’écoutait pas, préférant bi er le paragraphe qu’il écrivait depuis que nous roulions sur l’autoroute. Des nuages gris plombaient l’horizon, accrochés aux cheminées des ra neries de pétrole. Les premières gouttes s’écrasèrent sur le pare-brise ; j’accélérai dans l’espoir saugrenu de dépasser la pluie. À la radio, l’un des commentateurs annonça qu’Hector Ruiz gurait sur la liste des joueurs blessés ; on ne savait pas encore s’il s’agissait à nouveau de la coi e des rotateurs ni s’il reviendrait avant la n de la saison.

Alors que nous avancions au pas en raison d’une voie fermée pour réfection, Waldo se décida à parler.

— Tu ne m’as jamais raconté l’histoire de ce clou géant que tu tripotes sans arrêt.

Je haussai les épaules.

— Il appartenait à mon père.

— C’est un drôle de souvenir.

— Ah bon ?

— Il doit avoir une sacrée histoire.

— Nan. C’était juste un objet à lui. Il me fait penser à mon père, c’est tout.

Waldo poussa un soupir mécontent. Mon entêtement à mentir l’agaçait.

— Tu connais l’histoire du nœud gordien ? demanda-t-il nalement.

Je con rmai, oui. Mon père employait cette expression lorsqu’il était confronté à un problème épineux dans son atelier.

— Un problème insoluble. Un casse-tête que personne ne sait résoudre.

Mais Waldo voulant me raconter la légende, il ignora ma réponse.

— Il tire son origine d’une cité qui se retrouvait sans roi. Les habitants consultèrent l’oracle pour lui demander conseil et le devin leur déclara que le prochain homme à franchir les portes de la cité sur un char à bœufs serait le nouveau roi. Alors ils attendirent et, un jour, un homme nommé Gordias entra dans la cité sur son char à bœufs. Ils se réjouirent et, hop ! le mirent sur le trône.

— Simple comme bonjour, dis-je. On devrait revenir à cette vieille méthode.

— En remerciement, Gordias consacra son char à Zeus et l’attacha sur la place de la cité par un nœud inextricable composé d’un enchevêtrement complexe de nœuds plus petits.

— Et Gordias fut un bon roi ?

— Sûrement, s’il existe une légende autour de ce nœud fabuleux, non ? Sinon on raconterait l’histoire d’un oracle qui a baisé tout le monde en faisant élire un charretier pris au hasard qui devient un tyran.

— Excellent argument.

— Mais la vraie histoire, c’est que les gens ont été tellement impressionnés par ce nœud qu’ils ont créé une nouvelle prophétie : celui qui parviendrait à le dénouer deviendrait le souverain de toute l’Asie. Belle promotion. On peut se demander si Gordias était capable de défaire son propre nœud. J’imagine que non.

— Peut-être qu’il se contentait avec bonheur d’être le roi de la cité ? L’Asie est un vaste continent. Très compliqué, je pense, à diriger.

— Bref, la prophétie a ni par arriver aux oreilles d’Alexandre le Grand, qui était, lui, très intéressé par la conquête de l’Asie, alors il est venu voir ce fameux nœud. Depuis le temps, j’imagine que plusieurs prétendants avaient a ué de partout pour tenter de le dénouer, mais ils avaient tous échoué. On relate qu’Alexandre s’est approché, a dégainé son épée et tranché d’un geste vif le nœud, qui s’est défait en tombant sur le sol.

— Cool, dis-je, même si je connaissais déjà ce principe ; comme Edison et ses mille moyens qui ne fonctionnaient pas : il su sait d’en trouver un qui marche.

— C’est la version classique, poursuivit Waldo. Mais il y en existe une autre que je préfère.

Celle-ci, je ne la connaissais pas. J’attendis la suite.

— Dans cette deuxième version, Alexandre s’approche du nœud et l’étudie attentivement, comme s’il allait tenter de le dénouer à la régulière. Puis il se penche vers le joug auquel il est attaché et enlève avec précaution la cheville, libérant ainsi la corde.

— Malin.

— Tout à fait. Pas de brutalité ; pas de rupture nette. Résoudre le problème en changeant la question.

— Ça me plaît.

Puis Waldo me lança un regard un rien cruel auquel je n’étais pas habitué. Il voulait me faire comprendre qu’il savait une chose que j’ignorais.

— T’es-tu demandé comment Kent était au courant du plan secret de redécoupage des districts scolaires ?

— Moi ? Non.

— Pourquoi pas ?

— J’ignorais qu’il existait un plan secret de redécoupage des districts.

— Il existe.

— D’accord. Alors par qui l’a-t-elle appris ?

— C’est la question, lâcha Waldo d’un ton froid en se replongeant dans ses pages jaunes.

Un silence suivit. M’accusait-il de divulguer les détails d’un plan dont personne ne m’avait parlé ? Je ne comprenais pas où il voulait en venir. Nous roulâmes encore quelques minutes sous la pluie. Puis nous entendîmes à la radio que le match était retardé et, compte tenu de la météo, possiblement annulé. Waldo ne semblait pas s’en soucier.

— On retourne au Carriage House ? demandai-je en me rabattant sur le bas-côté.

Waldo s’étira dans son siège et contempla la pluie battante qui martelait la Lincoln. Je devinai à son expression qu’il ruminait quelque chose.

— Tu dois beaucoup penser à ton père, lança-t-il nalement.

— Bien sûr, répondis-je, même si à la vérité j’essayais de ne pas penser à lui.

Curieusement, je savais ce qu’il allait dire avant qu’il ne parle. Son visage s’adoucit.

— Ça t’ennuie si je te demande comment il est mort ?

Nous étions arrêtés sous la pluie au bord de l’autoroute où les voitures roulaient à vive allure, leurs feux arrière rouges lant comme des comètes au milieu du vrombissement des moteurs et des rétrogradations stochastiques des semi-remorques.

— Il était malade depuis un moment, répondis-je par habitude, parce que je ne savais pas comment formuler l’autre vérité. Je continue ou je prends la prochaine sortie ?

— Tu es revenu en ville pour t’occuper de lui ?

J’opinai.

— C’était chic de ta part. Je ne m’imagine pas faire la même chose pour mon père.

— Tu pourrais, s’il avait un gros pépin.

Dans un ralentissement de la circulation, le silence s’installa une longue minute, brouillé par le tambour des grosses gouttes et les infos routières à la radio.

Waldo tapota le bloc jaune avec la pointe de son stylo.

— C’était un cancer ou… ?

Depuis des mois, j’imaginais ce moment où je lui dirais tout et allégerais ma poitrine de ce poids. Waldo était mon meilleur ami. Quelqu’un en qui j’avais con ance. Pourtant, je ne pouvais pas me résoudre à prononcer les mots fatidiques. Il y avait désormais une lueur dans le regard de Waldo qui me déplaisait. Oh, il avait l’air aussi amical, bienveillant et réceptif que d’habitude. Un homme a able, détendu, prêt à écouter les maux qui m’étreignaient le cœur. Mais désormais, je voyais autre chose derrière sa bonhomie apparente : la même anticipation que j’avais vue lorsque nous étions aux réunions de vétérans, aux bistrots, aux stands de hot-dogs des supérettes à causer avec la population locale de tout et de rien. Je l’avais ressenti moi-même, juste au moment où l’histoire allait éclore. Le battement de cœur qui guiderait notre plume.

Je revoyais tout : l’histoire que je raconterais à mon père après mon rendez-vous avec Mme Terlizzi, mon retour compromis à Pine Grove et la décision que j’avais prise en route de ne rien lui dire. Mon sentiment de honte, non pas d’avoir échoué, mais d’avoir échoué à échouer. Me garer dans l’allée et me diriger vers la porte. La maison sombre, silencieuse. Trébucher sur des souliers qu’il avait laissés traîner – pourquoi continuait-il à acheter des chaussures sur Internet alors qu’il n’allait jamais nulle part ? Pousser la porte du garage et aspirer une bou ée d’odeur d’huile de moteur et d’outils rouillés. Cette fraîcheur électrique dans l’air que j’associais au fer à souder et aux minuscules billes de métal liquide qu’il laissait tomber, avec une in nie délicatesse, sur les circuits imprimés. Comment je m’étais baissé pour passer sous les lettres de refus accrochées au clou de vingt centimètres que je faisais tournoyer entre mes doigts lors de nos séances de travail. J’imaginais parfaitement la description de la scène.

En entrant, avisant que mon père n’était pas assis sur la chaise près du fer à souder, j’avais compris tout de suite que quelque chose n’allait pas, car il était allumé. Mille fois, il m’avait prévenu de ne jamais le laisser allumé, même pour aller aux toilettes ou boire un verre d’eau – bien que je n’aie jamais rien soudé. Je ne m’étais jamais intéressé aux circuits dont il tentait en vain de me transmettre la passion. Puis j’avais vu la chaise renversée et regardé par terre s’il était tombé. J’avais remarqué une ombre sur le sol qui ne pouvait que provenir d’en haut, du cordon électrique orange utilisé pour suspendre une lampe de chantier de soixante-quinze watts dans sa cage de protection censée l’empêcher de se briser.

Je peux vous révéler tout cela aujourd’hui parce que j’ai appris à vous faire con ance avec le temps – et vous aussi, j’espère. Mais je ne pouvais pas le raconter à Waldo alors, parce que je n’avais plus con ance en lui.

Je l’imaginais déjà, dans quelques instants, façonner le discours autour du moment le plus terrible de ma vie. Il avait besoin de cet élément ; je le voyais bien. Mon souvenir deviendrait celui de Teddy. Un oncle imaginaire, un cousin ou un ami de la famille tiendrait le rôle de mon père. Il rendrait le récit intraçable. Irréfutable. Demain, je l’entendrais raconter la scène devant dix mille personnes comme si elle l’avait vécue.

Qu’éprouverais-je en voyant mon chagrin s’envoler de ma vie pour atterrir dans celle d’une autre ? S’estomper au point que, dans un an, j’y songerais plus comme un événement qui était arrivé à Teddy plutôt qu’à moi. J’avais déjà ce sentiment quand je pensais à mes parents regardant le discours de Reagan.

C’était la solution. Changer de décor. Détacher le nœud – simple comme bonjour.

Mais non.

— Désolé, mais je n’ai pas envie d’en parler.

Waldo n’était pas fâché ni déçu. Je n’aurais su dire s’il respectait mon silence ou s’il élaborait un plan B. Attendre que nous ayons bu plusieurs bières au Carriage. Et me faire craquer.

— Et si on retournait au village shaker ? proposai-je.

— Non, j’ai une meilleure idée. Prends la prochaine sortie. Je t’indiquerai la route.

Nous nous réinsérâmes dans la circulation et, un kilomètre plus loin, il pointa du doigt un panneau d’autoroute ré échissant. La même sortie que nous avions prise pour nous rendre à l’université accueillant le débat. Quelques minutes plus tard, comme nous longions le campus, je vis des bâtiments éclairés et des a ches humides collées sur les murs de brique invitant à assister à des conférences ou des concerts de musique classique. Nous pourrions entrer dans le premier amphithéâtre venu et y pêcher les idées que nous cherchions pour le discours. Un détail frappant d’un roman français du e XIX siècle, une caractéristique de la poterie d’Azerbaïdjan ou un moment de la vie de Thomas Carnegie provoquerait le déclic attendu. Mais, au lieu de m’indiquer de tourner dans le parking visiteurs, Waldo me t prendre la rue latérale menant à l’église unitarienne.

— Qu’est-ce qu’on fait ici ? demandai-je alors que nous trottinions sous la pluie pour nous abriter sous l’auvent de l’église.

Un court instant, je crus qu’il voulait prier. Et, étonnamment, j’aimais cette idée ; j’aimais l’idée d’être en présence d’une puissance supérieure – n’importe quelle divinité – ou du moins en présence de

dèles qui croyaient en une puissance supérieure. Et d’une certaine

façon, la suite des événements s’en approcha.

— Le jeudi à dix-neuf heures, il y a une réunion ici, fut la seule explication de Waldo.

— Une réunion des AA ?

— Des NA, Narcotiques Anonymes. Mais c’est le même principe.

— Je connais le sens de ces initiales. Tu es… toxicomane ?

Immédiatement, la honte m’envahit de l’avoir exprimé si naturellement. La drogue expliquerait-elle son comportement imprévisible, ses sautes d’humeur et ses disparitions ? Non. Nous avions passé presque toutes nos journées et nuits ensemble durant des semaines. Il n’aurait pas pu dissimuler une addiction sur une si longue période. Mais mon passé démontrait que je ne voyais pas forcément ce qui se trouvait sous mes yeux. Au moins, je commençais à en prendre conscience.

— J’aimerais, soupira-t-il. Mais je n’ai jamais eu le courage de passer pro.

Comme je ne riais pas, il me poussa du doigt.

— Oh, allez. Je plaisante.

Je le regardai d’un air perplexe monter l’escalier. Trois marches en dalles rouges, chacune plus largement éclairée par la lune que la précédente.

— Viens, dit-il en ouvrant la porte. Ils sont accueillants en général.

— Tu es déjà venu ?

Sans répondre, Waldo entra dans le bâtiment, et je le suivis. Nous ôtâmes nos vestes mouillées, et je coi ai mes cheveux humides en arrière pendant que nous hâtions le pas dans le couloir en suivant les panneaux bleus écrits à la main jusqu’à une arrière-salle. À l’intérieur, un petit groupe de personnes assises sur des chaises métalliques pliantes discutait. Waldo entra dans la pièce, tout sourire. Il rejoignit le cercle en silence et salua tout le monde avec a abilité. Une cafetière si ait en débordant sur le côté, chacun semblant savoir qu’il ne fallait pas se servir. L’odeur, au moins, tenait en éveil.

— Tu veux bien laisser ça dehors ? me demanda un homme maigre en désignant le bloc-notes que je tenais depuis que nous étions sortis de la voiture.

— Oh, bien sûr. Sans problème.

Je lâchai le bloc-notes dans le couloir. Son claquement sourd sur le carrelage résonna dans la pénombre.

— Merci, dit l’homme maigre.

Waldo et moi nous installâmes. L’homme regarda le cercle et prit la parole.

— Salut. Je m’appelle John et je suis toxicomane. Bienvenue dans le groupe. Quelqu’un vient-il ici pour la première fois ?

Je jetai un regard nerveux à Waldo et, optant pour l’honnêteté, je levai la main. Il garda la sienne sur sa cuisse. En balayant la pièce, je vis que j’étais le seul nouveau.

— Alors tu es la personne la plus importante ici, me dit John.

Certainement pas, je voulus protester. Je ne savais même pas pourquoi j’étais là.

Il s’adressa ensuite à tout le cercle, mais j’avais l’impression étrange d’être concerné au premier plan.

— Si vous avez consommé aujourd’hui, veuillez écouter les autres et venez me parler après si vous vous sentez prêts à le faire. D’accord ? Bon, je vais commencer par lire le compte rendu de la dernière réunion.

Après la lecture, une femme distribua des étiquettes de porte-clés en plastique de di érentes couleurs pour célébrer les périodes d’abstinence : seize ans pour un homme et trois jours pour une femme. Le groupe applaudit et les encouragea à continuer de venir aux réunions. Je ne pris pas d’étiquette, craignant qu’on m’interpelle en me demandant depuis combien de temps j’étais sobre, mais cela ne fonctionnait pas ainsi.

Waldo restait assis en silence, perdu dans ses pensées, prêtant à peine attention lorsque John nous invita à réciter les douze étapes et la prière de la sérénité : Dieu, donne-moi la sérénité d’accepter les choses que je ne peux pas changer, le courage de changer celles qui devraient l’être, et la sagesse d’en connaître la di érence .

Cette prière datait des années 1920, rédigée par le pasteur américain Reinhold Niebuhr. Le président Obama aimait bien le citer dans ses discours comme le père du « réalisme politique » du e XX siècle. Bien qu’ardent défenseur du prolétariat, Niebuhr s’opposait aux utopistes de son époque sur la nécessité de passer à un système socialiste. « L’aptitude humaine à la justice rend la démocratie possible, mais l’inclination de l’homme à l’injustice rend la démocratie nécessaire », avait-il écrit. Il doutait que les hommes tendent vers le bien commun sans une forte incitation, voire des pressions directes exercées par les dirigeants élus. Selon lui, on ne pouvait pas attendre d’une espèce déchue qu’elle forme d’elle-même une société idéale ; on ne pouvait qu’espérer élire des anges meilleurs pour nous élever vers la perfection.

Assis dans ce cercle, à écouter mes compatriotes américains discuter de leur vie, je ré échissais de manière plus globale. Chacun parlait de son travail, de sa femme ou de son mari, de ses enfants… leur quotidien accaparait tout, sauf cette fraction de leur énergie. Ils étaient reconnaissants de disposer d’une heure par semaine consacrée à quelque progrès personnel. Et leurs histoires ne frisaient pas l’horreur ni le drame, du moins pas dans leurs récits. Un homme raconta qu’il avait eu envie de se défoncer après avoir déposé sa lle chez son ex. Les autres hochèrent la tête ; ils connaissaient bien ce point de bascule. Quelqu’un parla de son séjour en prison. Libéré depuis quelques semaines, il cherchait du travail. Aller à l’église l’avait aidé, ainsi que voir sa nièce à un barbecue la veille. Leur vie ressemblait plus à une résilience sereine qu’à un désespoir silencieux. Des doutes silencieux et des espoirs tranquilles.

À en croire la télévision, les réunions des NA s’apparentaient à un feu d’arti ce : explosions spectaculaires, doigts accusateurs, chaises renversées, crises de larmes, confessions intimes. Au lieu de ces drames, j’assistais à des discussions polies. Un homme relata une prise de bec avec un ancien voisin au supermarché local. Je m’attendais à ce qu’il évoque la consommation de drogue, mais non. Il voulait simplement raconter comment cette rencontre inopinée avait débouché sur une discussion intéressante (de son point de vue) sur la chasse au canard. Puis une jeune femme embraya sur sa mère et une dispute qu’elles avaient eue à propos des marques de lessive, ce qui n’aboutit pas non plus à une conclusion dramatique.

— Est-ce que ça t’a donné envie de consommer ? relança John.

— Je suppose, ouais, répondit-elle.

Et rien d’autre. Une autre personne prit la parole et se plaignit de l’heure tardive de la tournée du facteur dans son quartier.

John restait à l’écoute, mais je percevais l’agitation de Waldo. L’heure touchait à sa n, et le soulagement m’envahit comme l’adrénaline de ne pas avoir été surpris ici, mêlé à la honte de l’avoir suivi dans cette réunion.

Mais juste au moment où je pensais que nous allions partir, Waldo s’éclaircit la voix et prit la parole.

— Salut tout le monde, dit-il. Je m’appelle Léon.

Tout le monde salua « Léon » – même moi.

— Vous connaissez la chanson « Day Tripper » des Beatles ? Je la chante dans ma tête depuis un moment. C’est la première chanson que j’ai appris à jouer quand j’étais jeune. Un blues à douze mesures. En mi. Très simple. Et je me souviens que je m’interrogeais sur la signi cation de day tripper. Quelqu’un m’a expliqué que ça parlait de drogue. L’histoire d’un type qui n’était pas un authentique hippie, qui voulait se shooter au LSD et planer avant de reprendre sa routine habituelle. Ça doit être la bonne explication, non ? Mais je l’ai toujours compris comme quelqu’un qui ne peut accomplir que des voyages d’une journée, toute sa vie. Qui apparaît et disparaît – d’un groupe de rock, d’un cours, d’une relation… Bref, qui ne peut rester qu’une seule journée au même endroit. Ou plus longtemps, mais au nal ça ressemble à une journée. Parce qu’il sait à l’instant où il arrive dans un lieu qu’il en partira à un moment donné. Dans sa tête, il est déjà parti, alors même qu’il vit l’expérience. C’est ce que j’ai toujours ressenti personnellement. Un aller simple. Opter pour la facilité, faire plaisir. Ne jamais s’attacher parce que… eh bien, je ne sais pas pourquoi.

— Pourquoi à ton avis ? demanda John.

Waldo ré échit quelques secondes avant de répondre.

— Quand j’étais enfant, les gens prétendaient qu’en Amérique n’importe qui pouvait devenir ce qu’il voulait. Astronaute, star du baseball. Président. Quel que soit notre rêve, on pouvait le réaliser. Il su sait d’y croire et de travailler dur pour réussir.

Toutes les personnes présentes hochèrent la tête. Ils l’avaient entendu aussi et ils avaient vite appris à quel point c’était faux. Que l’échec était écrit avant même de commencer.

— Et quel était ton rêve ? intervint John.

— C’est le problème. Je n’ai jamais pu me décider, s’escla a-t-il.

Et quand Waldo riait, tout le monde riait. Il répandait la joie juste en étant lui-même. Ou Léon, en l’occurrence.

— Architecte un jour, pompier le lendemain. Puis rock star… écrivain. Avocat. Chaque fois que j’optais pour un métier, un autre plus séduisant surgissait. Ou bien je me lassais d’une activité, l’abandonnais et cherchais une autre idée. J’essayais de rendre le monde meilleur, quoi. Je croyais qu’à un moment donné j’aurais un déclic. On est censé découvrir le domaine où on est bon. Quels sont nos talents… si ce mot a un sens. Peut-être que je suis doué pour les nouveaux départs. Ça pourrait être un talent, non ?

J’ignorais à ce moment-là le sens réel de son propos. Je croyais qu’il pensait au Wisconsin. Ou peut-être à Teddy. Je ne savais pas encore ce qu’il avait fui. Les fois où il avait recommencé sa vie. John hocha la tête comme s’il comprenait sa logique et invita « Léon » à continuer de venir aux réunions. Les autres répétèrent l’invitation en écho, salués par Waldo d’un regard de gratitude. Se moquait-il d’eux ou était-il, à un certain degré, sincère ? Avant la n de la réunion, Waldo se leva et se dirigea vers la porte.

— Peut-être que tu réitères ce schéma en partant, Léon ? l’interpella John, mais il était déjà loin.

Alors que j’allais le suivre, ma voisine me tendit un DVD.

— Donne-le à ton ami, dit-elle. Ça m’a aidée à traverser des moments di ciles.

Je baissai les yeux et découvris sur le boîtier du DVD le visage souriant de Rohit Subramaniam sous le titre Votre vie, votre paix en lettres rose uo.

Elle avait aussi noté son numéro de téléphone en bas, suivi d’un cœur.

Lorsque je sortis dans le couloir, le bloc-notes avait disparu. Sur le parking, Waldo m’attendait au volant de la Lincoln, les essuie-glaces balayant le pare-brise. Je me hâtai de monter avant qu’il ne fasse fumer les pneus sur le goudron.

— C’était quoi tout ce cinéma ? demandai-je.

— Rien. J’avais juste envie de dire un truc pour qu’ils ne nous prennent pas pour des touristes.

— Tu le fais souvent ?

— Quoi ?

— Participer à une réunion des AA ?

— Des NA, me corrigea-t-il. Non, pas souvent.

— J’avais honte.

Waldo semblait las de moi, ou de tout. Je le voyais s’impatienter, et lorsqu’il s’était levé pour partir cette fois, je savais que je ne l’accompagnerais pas.

— Ces réunions aident les gens, dit-il en tapotant le bloc-notes jaune. On gagne et, ensuite, on pourra aider toutes ces personnes. Améliorer leur vie. N’est-ce pas important ?

Si. J’y croyais, encore. Mais je doutais que ça compte dans la balance.

— Les aider comment ? demandai-je.

Ils voulaient une lessive qui lave mieux, une chasse au canard conviviale. La sobriété, la communion. Ils se réunissaient pour rester sur la bonne voie, pour progresser. Et aussi pour retrouver une certaine dignité. De la dignité. Dans leurs douze étapes, dans leur prière et dans l’humilité de l’animation de John. Une dignité dont ils avaient besoin et que nous avions faussée par notre présence.

— Tu as divulgué à Burdick le plan de redécoupage des districts,

nis-je par dire. Et tu as écrit aussi la réponse de Teddy. C’était trop

fort. Je savais que ça venait de toi.

C’était la fameuse « com virale », sujet de plaisanterie depuis des mois. Waldo sourit en haussant les épaules.

— Les électeurs veulent de la spontanéité. Ou des réponses qui semblent improvisées.

— Pourquoi tu ne m’en as pas parlé ?

Waldo ré échit avant de répondre.

— Pourquoi tu ne m’as pas dit que Burdick t’a o ert un boulot ?

Je frissonnai.

— Parce que je lui ai répondu d’aller se faire foutre. C’était le soir du débat, tout le monde était à l’hôpital.

— Tu devrais accepter. Il écrit comme un pied, mais tu apprendras beaucoup.

— Je ne veux pas travailler pour Burdick.

— C’est un bon poste. Je le prendrais s’il me le proposait.

Un silence de plomb envahit l’habitacle. J’attendais qu’il développe. Il tambourinait avec les doigts sur le volant et remuait lentement les lèvres sur la musique, cette vieille chanson des Pogues qu’il encensait. Il regardait d’un air absent par sa fenêtre, prêtant à peine attention aux quelques voitures sur la route. La pluie se calmait, des gouttes rouges, bleues et jaunes scintillaient sur les vitres.

— Qu’est-ce qui se passe avec Teddy ? osai-je demander.

Il soupira.

— Comme toujours… mauvais timing. Tant qu’on travaillera ensemble et qu’elle fera campagne, rien ne bougera.

— Et alors ? Vous reprenez votre relation platonique ?

— Ce n’est pas l’idéal, confessa-t-il. Quand elle sera en fonction, on verra. Ça fait déjà longtemps qu’on tourne autour du pot. Alors quelques mois de plus ou de moins…

Je ne pouvais plus l’écouter. Il était prêt à faire ses valises et partir pour la prochaine aventure, encore une fois. Et tout ce que nous avions sacri é pour cette campagne ? Et pourquoi mon cœur se brisait-il alors qu’il ne s’agissait pas de mon histoire d’amour ? Mais l’amour était là ; il l’avait voulu ainsi. Il m’avait entraîné dans leur liaison. Ou m’y étais-je immiscé volontairement ?

— Mon père avait un cancer, murmurai-je. Du côlon.

J’ignorais s’il savait que je mentais. S’il s’en souciait.

— Ah ouais ?

— Ouais. Une façon lente et douloureuse de partir. Tu ne sais pas ce qui est pire : le remède ou la maladie. Chute de cheveux, perte de poids, une myriade d’e ets secondaires. Ça l’a réduit à néant. Ça m’a réduit à néant. À la n, tu es content que ce soit ni, qu’il n’y ait plus de sou rance.

C’était un mensonge d’accord, mais un mensonge honnête. Tout était vrai, sauf le début. Tous les sentiments, mais pas les faits.

Et cela marcha. J’ignorais quelle partie avait provoqué le déclic, mais je vis le changement s’opérer en lui. Une de mes phrases avait déclenché le mécanisme mental. Les mots coulaient dans son esprit, ils allaient s’ordonner avec beauté, avec puissance. Avec une intention.

Waldo rédigea le discours au Carriage House en moins de trente minutes. Il s’assit, se mit à écrire, et il avait terminé avant notre deuxième tournée de bière. Je lisais tant bien que mal par-dessus son épaule – et c’était magni que. Le discours s’enchaînait uidement, ligne après ligne, mot après mot. Teddy voyait un ami cher mourir du cancer. Quel est le pire, le remède ou la maladie ? Son sentiment d’impuissance face à son ami réduit à néant. Cela ne me dérangeait pas ; je m’attendais à ce qu’il détourne mon histoire. Mais le récit continuait et je compris que ma diversion avait échoué.

Au paragraphe suivant, Teddy emmenait son ami assister à une réunion, dans une église au toit en stuc. Un groupe de soutien pour les mourants et leurs proches. À partir de là, le discours s’éloignait du témoignage de Waldo (« Léon ») ou d’autres participants de la réunion. Mais je ressentais le mal de vivre sous-tendre les mots. Ce même courant qui me portait. La vie des hommes était petite à l’extérieur, grande à l’intérieur. Nos problèmes étaient individuels, nos solutions collectives. Le temps était venu de faire un choix, de s’engager à devenir la version désirée de nous-même. Le temps de régler nos problèmes et de prendre des mesures. Puis à partir de là, un peu de politique, d’exaltation et de rhétorique. Voilà comment je vais nous aider. Voilà comment vous devez voter si c’est le monde que vous souhaitez aussi.

Tout était là, sans y être. Aussi bon soit le discours, je me sentais sale. J’avais essayé de lui donner un autre os à mordre, mais il avait utilisé les deux. Nous avions violé un espace sacré, l’avions transformé en autre chose. Même s’il s’agissait juste d’un sentiment, d’une idée. Même si nous étions les gentils. C’était mal.

Waldo posa son stylo et xa sa bière un long moment. Dans un verre tulipe, évidemment. Je me lassais de ses excentricités qui m’avaient charmé au début. Il est vrai que j’avais remarqué une di érence dans le goût de la bière, mais l’aurais-je fait si Waldo ne m’avait pas saoulé continuellement avec les fusels, les esters, la rétention de la mousse, les composés volatils… ? Même la couleur de la bière, a rmait-il, jouait un rôle crucial dans l’obtention de la saveur idéale. Les moines qui avaient perfectionné la recette avaient créé une teinte caramel roux visant à exciter l’œil, accroître le désir, donc la salivation, et ainsi la saveur.

— Je t’ai raconté ma visite de l’abbaye de Soligny-la-Trappe où l’on fabrique cette bière ? me demanda-t-il après un long silence.

— Oui. Tu me l’as racontée.

— Bref, les moines, les trappistes, font un vœu. De pénitence. Ils jeûnent, e ectuent des travaux manuels, lisent la Bible. Ils ne parlent que lorsque c’est nécessaire.

— C’est vrai ?

Waldo hocha la tête.

— Idéalement, on devrait boire cette bière dans un silence monacal.

Et ainsi nous restâmes sans parler pendant plusieurs minutes, à nir le dernier verre que nous partagerions ensemble.

 

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29. Journal télévisé du soir di usé à l’échelle nationale.

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