Les Idéalistes
Chapitre 3
Le stade où les Wizards jouaient ce jour-là le deuxième match d’une série de n de saison se trouvait à une heure de route. Waldo écoutait la radio et je fus surpris de l’attention extrême qu’il portait à une rencontre absolument sans enjeu, d’après ce que j’avais compris. Les Wizards avaient raté leur saison et l’autre équipe n’était pas un adversaire de longue date contre lequel nous nourrissions une rancune historique. Même le journaliste sportif commentait d’un ton blasé. Pourtant, Waldo plongeait dans un silence total avant l’annonce de chaque lancer et de chaque prise. Il balançait le poing dans la portière quand un Wizard manquait une réception. Il hua l’un d’eux quand il frappa une chandelle à la deuxième base ; le joueur suivant enregistra trois prises et les équipes changèrent. Le parking n’était qu’à moitié plein à notre arrivée, et la troisième manche était déjà bien entamée.
— Je peux rembourser mon billet, proposai-je alors que nous nous dirigions vers le stade.
— Oh, non, non. On a des places gratos ! Tu sais que Teddy est mariée à Hector Ruiz, l’arrêt-court ?
Je l’avais presque oublié.
— C’est vrai. Leur lle, Cecily, était dans ma classe.
— Oh, Cecily est fabuleuse ! Elle fait la erté de sa belle-mère. On bossera tous pour elle dans dix ans. Une lle adorable. Aussi futée qu’un pétard.
Les pétards étaient-ils particulièrement futés ? Di cile de dire quelles métaphores il mélangeait. De toute évidence, il n’était pas en état d’écrire un discours a ûté pour la députée.
Nous arrivâmes au poste de sécurité à l’entrée du stade. Je gardais le clou de vingt centimètres de l’atelier de mon père dans ma poche comme un souvenir, un porte-malheur, depuis le jour où je l’avais arraché du mur. Au moment de passer les détecteurs de métaux, je le déposai dans le plateau avec mes clés et mon téléphone. Le garde ne sourcilla pas, à la di érence de Waldo.
— Tu construis un truc ? demanda-t-il.
— Euh, une cabane à oiseaux, répondis-je en le rangeant dans ma poche.
— Une cabane maousse alors…
— Pour les albatros, improvisai-je.
Ma réponse sembla lui plaire.
— Un marin qui abat un albatros doit le porter autour du cou. Je l’ai entendu quelque part. Allons chercher de la bou e.
J’avais vaguement compris que l’époque des cacahuètes et des pop-corn sucrés était révolue, mais j’ignorais qu’on mangeait mieux aujourd’hui dans un stade de baseball que partout ailleurs dans Pine Grove. Waldo commanda un burger d’aloyau vieilli à sec sur un petit pain bretzel nappé d’une sauce oignon-fromage à vingt-deux dollars. D’une tireuse à bière ornementale, on lui servit une Triple belge dans un gobelet commémoratif.
— J’ai visité l’abbaye où ils la fabriquent, déclara-t-il. En fait, elle se trouve en France, pas en Belgique. Un endroit étonnant appelé Soligny-la-Trappe…
Alors qu’il décrivait le processus de fermentation, les robes de bure des moines utilisées comme couleur étalon pour la bière et les composés volatils qui donnaient une saveur si particulière au breuvage, je me demandai s’il s’échau ait verbalement ou s’il essayait simplement de gagner du temps. Je tentai de le ramener vers le sujet brûlant.
— Ce discours doit avoir lieu quand ? lançai-je.
Nous descendîmes du surplomb en béton et nous dirigeâmes vers nos sièges qui étaient idéalement situés, juste sur la ligne de troisième base. Il jeta un coup d’œil autour de lui a n de tout voir : les rangées de gradins de di érentes couleurs, la répartition aléatoire des duos pères- ls, barjos et énergumènes en tout genre. Puis, nalement, il me répondit.
— Demain matin à dix heures.
— Il est long ?
Il mordit dans son burger et parla la bouche pleine.
— Cinq minutes.
— C’est déjà ça de gagné.
— Non, non, me corrigea Waldo. Cinq minutes, c’est plus di cile que quinze minutes. Quinze minutes, c’est plus di cile que cinquante minutes. Cinq minutes ne laissent place à aucune digression, erreur, répétition. Il n’y a pas d’endroit où se cacher dans un discours de cinq minutes.
— Compris.
— Si c’était un discours de quinze minutes, je l’aurais terminé il y a une semaine.
J’allais lui demander s’il ne pouvait pas partir d’une version de quinze minutes et la réduire quand Waldo se dissimula soudain derrière un pilier voisin, pas assez large pour le masquer entièrement. Il pointa discrètement un doigt vers les tribunes à moitié vides.
— Tu vois cette femme là-bas ? En blazer rose bonbon ? Est-ce qu’elle regarde par ici ?
En jetant un coup d’œil, je repérai dans les gradins près de la ligne de lancer franc une femme en veste ample couleur œillet qui parlait à une amie. Di cile de le con rmer à cette distance, son visage étant masqué en partie par des lunettes de soleil, mais j’avais l’impression de la connaître.
— Non. Elle regarde son amie. Qui est-ce ?
— Personne. Tu sais qu’en fac de droit on nit par coucher avec tout le monde ?
Je répondis que je n’avais pas fait d’études de droit. Waldo ré échit un moment, puis secoua la tête.
— Retournons au poulailler. Ça fait du bien de prendre de la hauteur.
Très vite, nous nous retrouvâmes au niveau de la tribune supérieure,
avec une vue plongeante sur le diamant4. D’ici, tout paraissait minuscule, les joueurs se déplaçaient comme des fourmis sur le gazon du champ extérieur. Nous supposions que la balle, invisible à l’œil nu, se trouvait dans la zone où ils couraient tous.
— C’est ainsi que la vraie Amérique regarde le baseball, déclara Waldo alors que nous prenions place au bout d’une rangée presque vide.
Il inspira à fond et observa ses voisins, scrutant chaque visage pour une raison qui m’échappait encore.
— Nous ne sommes pas très bons, hein ? nis-je par commenter.
— Nous ? Toi et moi ?
— Non. Le nous de l’équipe. Les Wizards. On est nuls, non ?
Cela me valut un regard désobligeant de la part d’un couple situé deux rangs devant nous : une femme portant un maillot oqué Ruiz 37 et un chignon vertical orange rivalisant avec celui de Marge Simpson, et un homme au visage peinturluré en violet. Mais Waldo n’y prêta pas attention.
— On est avant-derniers de notre division. Mais normalement, on est tout en bas du tableau.
— Eh bien, on peut encore descendre.
Cela me valut un rire franc.
— C’est bien vrai, ça.
J’essayai de tirer un enseignement de son attitude positive. Il passait un bon moment ! Les gens s’amusaient, ici, ailleurs, partout. C’est ce que les gens faisaient. Ils laissaient leurs soucis à la porte du stade et prenaient du bon temps. Peu importe que leur père soit mort récemment, qu’ils aient perdu leur emploi ou que leur mère vive au Tennessee avec une femme prénommée Linh. Une compagnie agréable, un match de baseball pouvaient tout faire disparaître, du moins le temps de quelques manches.
Waldo et moi cassions la croûte quand le lanceur de l’équipe adverse élimina deux Wizards coup sur coup. Un troisième obtint une frappe depuis la ligne de base, mais il se t taguer à mi-chemin de la première base. Des huées et insultes fusèrent dans toutes les directions. Quelqu’un traita le coureur de ce qui ressemblait à « espèce de gros poissonnier », mais je doutais d’avoir bien compris. Waldo se pencha sur la rangée devant nous et applaudit en signe de soutien.
— On les aura la prochaine fois, Robinson ! beugla-t-il.
Il n’avait pas l’air de quelqu’un qui a un discours important à nir – ou à commencer.
— J’ai une question, dis-je. Imaginons qu’on gagne le match aujourd’hui.
— C’est mal barré, mais je t’écoute.
— Et supposons qu’on gagne tous les matchs jusqu’à la n de la saison.
— D’accord.
— Et que toutes les autres équipes perdent leurs matchs.
— Théoriquement, elles ne peuvent pas toutes perdre, car elles jouent l’une contre l’autre, donc…
— Ma question est : si toutes les autres équipes font les pires scores possibles et nous les meilleurs scores possibles à partir de maintenant, irons-nous au championnat ?
Waldo inclina la tête.
— S’il se produisait un miracle ?
— Oui.
Il ré échit.
— Non. Je… non. On a quoi… trente victoires de retard ?
Je levai les mains.
— Alors quelle est l’utilité de tout cela ?
Waldo tendit le bras et m’ébouri a les cheveux comme un gamin, ou un chien.
— Si on devait circonscrire l’activité humaine à ce qui est utile, on mourrait tous dans nos bureaux. En supposant que notre travail ait une utilité, ce qui, avouons-le, ne concerne pas le plus grand nombre…
— Voilà une phrase d’introduction inspirante, plaisantai-je.
Il contempla d’un air songeur la mousse de sa bière trappiste.
— Raconte-moi la manifestation, dit-il.
— Oh, il n’y a rien à dire, vraiment. C’était assez embarrassant pour être honnête.
Waldo sembla presque o ensé par ce commentaire.
— En n, c’est incroyable ! Ces adolescents étaient exaltés ! Je n’aurais jamais fait ça pour mes profs de lycée. Je les aurais plutôt poussés en direction de la sortie. Toi, mon ami, tu as un don.
Je le remerciai, un peu déconcerté par son attitude positive. Je ne savais pas encore que Waldo était un homme qui n’hésitait pas à complimenter. Pas cynique par nature, il voyait le bon côté des choses et des personnes. Il voulait en venir quelque part, et il parvint à destination.
— Maintenant que June est partie, on a besoin de quelqu’un pour encadrer les bénévoles. Et me ler un coup de main. On est une petite équipe, tous un peu touche-à-tout. C’est épuisant, mais au moins, c’est mal payé.
— Tu me proposes un travail ?
— Ça t’intéresse ?
Je lui dis que j’étais atté, mais qu’il ne me restait que quelques jours avant de prendre mon poste à Chumsford.
— Ah, Chumsford, sourit-il, comme si le volume des informations qu’il savait sur cet établissement dépassait l’entendement. Façonner la génération future .
— Exactement.
— Je n’ai jamais aimé le verbe façonner. À croire qu’il s’agit d’une usine.
— Une fabrique de cerveaux.
Son rire tonitruant eut vite fait d’irriter nos voisins de tribune. La femme à la coi ure de Marge Simpson chuchotait à son mari à notre sujet, mais Waldo ne se sentait pas concerné.
— Modeler ? Sculpter ? suggéra-t-il. Construire ?
— Tailler la génération future.
Il rit.
— Si je prends ce poste, je ne manquerai pas de leur en parler.
Il inclina légèrement la tête.
— … sous-entendu que tu pourrais ne pas prendre ce poste.
— Tu es quoi, un avocat ? D’ailleurs, tu l’es ? Avocat ?
Le visage de Waldo s’assombrit – c’était la première fois que je le voyais négatif.
— Non, merci, dit-il froidement. Plutôt mourir.
Puis, sans me laisser le temps de m’excuser, il se leva pour aller aux toilettes. Dès qu’il fut parti, j’eus l’impression d’un vide immense. L’absence de Waldo était palpable. Comme la tonalité d’une journée change quand le soleil se cache derrière un nuage. Tout autour de moi semblait assourdi, grisâtre. L’odeur de bière renversée et de saucisse de Francfort bouillie m’agressait l’odorat alors qu’il y a quelques instants j’aurais juré qu’elle me faisait saliver.
J’envoyai un texto à Kavya pour la prévenir que j’assistais à un match de baseball avec un membre du bureau de la députée et que je rentrerais tard.
« Un match de baseball ? répondit-elle. On t’a kidnappé ? »
« C’est une question métaphysique », répondis-je en ajoutant un smiley pour m’assurer qu’elle ne s’inquiète pas.
En n, Waldo revint en tenant un plateau en carton chargé de quatre bières fraîches et tout rentra dans l’ordre. Il s’arrêta au bout de la rangée pour o rir deux Budweiser mousseuses à Marge et Visage peint, s’excusant spontanément pour son rire bruyant.
— Quand j’étais jeune, j’ai avalé un mégaphone.
Ils protestèrent mollement par un « Oh, vous n’étiez pas obligé… », mais ils prirent quand même les bières et trinquèrent « aux satanés Wizards ! » à un volume maximum. Waldo avait l’air de vouloir rester là et de s’asseoir avec eux un moment, puis, comme s’il se souvenait de moi, il les salua jovialement et regagna sa place. Il me tendit un gobelet de la fameuse bière trappiste sur laquelle il s’était extasié. Je bus une gorgée et m’e orçai d’avoir l’air impressionné par les proportions tête et corps, la bonne tenue de la mousse… Ça avait juste le goût de la bière pour moi, mais je ne laissai rien paraître.
Comme si j’avais réussi le test, il me tendit un iPhone obsolète et constellé de rayures. Derrière l’écran craquelé, je distinguai la photo d’un gra ti, sans doute prise aux toilettes. Sur le sèche-mains s’étalaient les mots : PAR LE POUVOIR DE GRAYSKULL. JE DÉTESTE LE
POUVOIR5 .
— C’est toi qui l’as écrit ? m’escla ai-je.
Il recula, o ensé.
— Absolument pas ! C’est de la triche d’écrire le sien.
— Tricher à quoi ?
— Au jeu. Partout où je vais, je cherche des gra tis de qualité. C’est le concept du found art, le ready-made, tu vois ? Si tu en trouves un bien quelque part, tu dois me l’envoyer par texto.
— Comment gagne-t-on à ce jeu ?
— Ce jeu ne se gagne pas, déclara-t-il solennellement. Il se joue, c’est tout.
Sur ce, nous fîmes tinter nos gobelets commémoratifs. Il m’envoya la photo, puis posa son téléphone et me regarda avec une soudaine gravité.
— Bon. Assez de tergiversations. Ton discours préféré.
Il y avait des réponses faciles : MLK. JFK. FDR6. Mais j’en avais une autre en tête.
— Le discours de Reagan à la nation. 28 janvier 1986.
— L’explosion de la navette Challenger, répliqua Waldo du tac au tac.
J’avais quatre ans à l’époque, mais je m’en souvenais. En fait, c’est l’un de mes tout premiers souvenirs. Je racontai à Waldo comment, enfant, j’avais peur du noir, de ne pas réussir à dormir. Mon chagrin d’être séparé la nuit de mes parents était si grand que je m’allongeais sur le sol de la chambre, face à face avec les ombres sous le lit, et je rampais à la manière d’un soldat jusqu’à la fente de lumière du couloir. J’ouvrais la porte sans bruit et, glissant à plat ventre sur la moquette chartreuse, j’avançais tout doucement.
Il y avait un endroit précis où je m’allongeais, mes yeux passant tout juste entre les barreaux de la rampe, pour voir mes parents sans qu’ils puissent me repérer facilement. Ils regardaient la télévision dans le salon. C’étaient des personnes di érentes. Mon père, sans souliers, les chaussettes noires à bout doré posées sur la table basse, et ma mère dans sa chemise de nuit rose, assise à côté de lui, le nez dans un Reader’s Digest. Là, mes parents étaient heureux.
Seulement ils n’étaient pas heureux ce soir-là, comme je l’observais du haut de l’escalier alors que le « Journal de la nuit » redi usait le discours du président Reagan dans le Bureau ovale après l’explosion de Challenger .
Nous n’avons jamais connu une telle tragédie, disait le président Reagan, le front plissé par le chagrin. Il cita les noms des passagers de la navette, les « Sept de Challenger » comme on les appellera, et déclara : La nation tout entière pleure leur perte.
Je ressentis une forme d’admiration que j’avais déjà remarquée quand mes parents parlaient de Reagan ; ils étaient républicains à l’époque. Ignorant tout de sa politique à cet âge, je ne connaissais que sa présence. Il fut mon premier exemple de leadership. Et du pouvoir des mots lorsqu’ils étaient placés dans le bon ordre et prononcés avec con ance.
Le courage et la force d’âme de ceux qui vous étaient chers culminaient en cet esprit particulier qui s’écrie : « Lancez-moi un dé , et je le relèverai avec joie. » Ils avaient soif d’explorer l’Univers et de dévoiler ses mystères. Ils voulaient servir, et c’est ce qu’ils ont fait. Ils nous ont tous servis .
Lancez-moi un dé , et je le relèverai avec joie . Je me souviens d’avoir été bouleversé par cette phrase. Ce qu’elle racontait de ces hommes et ces femmes qui avaient péri.
Une élégie, oui.
Je récitai de mémoire la conclusion à Waldo.
— Nous ne les oublierons jamais, pas plus que nous n’oublierons la dernière fois que nous les avons vus, ce matin, alors qu’ils se préparaient pour leur voyage et nous saluaient d’un geste d’adieu, avant de rompre les lourdes attaches de la Terre pour toucher le visage de Dieu .
Waldo opina, toujours silencieux.
— La plupart des gens aiment cette dernière partie, expliquai-je. Le visage de Dieu. Mais c’est le passage juste avant que je préfère.
— Rompre les lourdes attaches de la Terre, répéta lentement Waldo. Pourquoi ?
— C’est extrait d’un poème. On l’entend à la sonorité.
Le vers provenait d’un sonnet écrit par le pilote de la Royal Canadian Air Force John Gillespie Magee Jr pour ses milliers de frères d’armes fauchés en plein vol, comme lui-même allait périr.
— L’alternance de syllabes longues et courtes. La façon de serrer les dents sur rompre. Plus le pop du p, qui est un peu violent… ensuite on ouvre les lèvres pour le l, on prend appui sur le de, très respectueux, et on monte haut ensuite. On s’accroche sur le ch, puis on redescend sur Terre. Tout en puissance, mais avec élégance.
Le regard de Waldo changea. Une distance, une amplitude. Un mouvement des lèvres comme si une phrase dé lait sur une page de son esprit. Ses doigts se mirent à papillonner sur le dossier du siège devant nous comme s’il dirigeait un orchestre invisible. Quelque part en lui, un déclic s’était produit. Il n’était pas excité, pas encore. Pas plus qu’il n’était er, ou soulagé. Au contraire, on sentait une forte tension. Un voile s’était levé, presque craintif. Cette idée qui avait surgi pouvait encore s’échapper.
— D’accord, déclara-t-il après un moment. Très bien. Mais ne cite plus jamais Reagan.
Nous bûmes nos bières en silence tandis qu’en bas la huitième manche se déroulait. Le soleil disparut derrière les tribunes hautes du stade dans une pluie de couleurs. Nous trônions au sommet du monde, une paire de rois loin au-dessus des terres rose, orange et mauve. Waldo resta silencieux plusieurs minutes, concentré sur le jeu, mais sans réagir, même lorsque Ruiz frappa un home run inattendu et égalisa le score.
Autour de nous montait une vague d’enthousiasme pour le match. Ils pouvaient gagner. Et même si ce que j’avais dit plus tôt était vrai, et qu’aucune victoire ne nous propulserait vers le championnat, il semblait à ce moment-là que nous participions à un événement d’une extrême importance. Victoire. La foule se levait et s’abaissait comme un seul homme. Mille personnes hurlaient d’une seule voix.
Waldo restait assis en silence. Jusqu’au moment où, se sentant prêt, il tira un stylo et un bloc jaune de sa poche. Au lieu de poser le stylo sur la feuille, il me passa les deux sans un mot. Puis il se mit à déclamer le discours, enchaînant les phrases comme s’il le prononçait pour lui-même. Comme s’il était déjà écrit et qu’il l’avait appris par cœur. Je m’empressai de gri onner les mots sur le papier à mesure qu’ils déferlaient.
4. Zone à l’intérieur des trois bases sur un terrain de baseball.
5. Réplique culte de la série TV d’animation Les Maîtres de l’Univers.
6. Martin Luther King. John Fitzgerald Kennedy. Franklin Delano Roosevelt.
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