Loki (The Dark Riders) (French Edition)

Marie-Laure Viollet · Chapitre 10 sur 37

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Loki (The Dark Riders) (French Edition)

Chapitre 8

 

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Loki

 

Je reste comme un con derrière la porte, l’entendant sangloter. Je

voudrais revenir, la prendre dans mes bras, lui dire que je l’aime, que je

regrette, que tout est de ma faute si elle en est là, que si je lui avais avoué

avant mes sentiments, elle ne serait pas couchée dans un lit sans pouvoir

marcher, que je prendrais bien sa place pour pouvoir admirer son joli

sourire.

Cela est impossible, on ne peut reculer le temps, toute chose qui se fait

est pour une bonne raison.

Tout ce que je peux faire, c’est être présent et la soulager au maximum,

lui faire comprendre par des gestes mon attachement à sa petite personne, la

faire tomber amoureuse de moi, une fois qu’elle sera rétablie.

Je quitte l’établissement pour aller directement me pieuter. Je verrai bien

demain. À chaque jour suffit à sa peine.

C’est un accueil froid qui m’attend le lendemain matin. Elle boude. Je

m’assois. Elle ne dit rien et me tourne le dos. Je la comprends dans un

certain sens, j’y suis allé un peu fort hier soir. La matinée est très longue,

c’est le week-end et ces jours-là sont réservés aux visites et au repos des

patients.

Il a fallu que je signe ce foutu registre, Rider a fourni au directeur les

noms autorisés aux visites, c’est simple, il n’y a que le mien. C’est d’une

foutaise complète. Il y a tellement de façons de falsifier ou de pénétrer

autrement dans ce lieu que c’est d’un ridicule.

Elle souffle à chaque arrivée du personnel féminin, qui, je le reconnais,

ne cache pas son intérêt pour ma personne. Je n’en fais pas cas, j’en profite pour faire des recherches sur des activités extérieures qui pourraient lui

redonner goût à la vie pour lui faire voir qu’elle est toujours cette jeune

femme merveilleuse.

Je pourrais l’emmener déjà au resto, au bord de la mer, se promener en

dehors du centre.

— Bon, tu comptes faire la gueule toute la journée.

— Je ne fais pas la gueule, j’évite de t’imposer ma présence, tu me l’as si

gentiment expliqué hier.

— Nath, ne commence pas, tu sais très bien que ce n’est pas ce que je

voulais te dire.

— Si, tu as spécifié : « Tu n’aimeras pas ma réponse. » C’est simple et

direct.

— Non, je voulais tout simplement dire que j’obéissais à mon prés’, que

je n’avais pas d’opinion à te fournir. Puis, merde ! Je ne raconte que des

conneries, je m’enfonce encore plus, non ?

Elle ne peut s’empêcher de rire.

— Connard ! Tu t’enlises complètement. Je sais aussi que si tu n’avais

pas voulu être présent, Jason ne t’aurait pas forcé, tu es comme un frère

pour lui. Tu ne fermes jamais ta bouche quand tu es contre lui, entraînant de

sacrées bagarres. De vrais gamins malgré vos airs de grands durs.

— Tu veux aller te promener un peu dans le parc, il fait beau.

— Oui, je vais appeler une infirmière.

— Non ! Pas la peine, je vais t’installer dans le fauteuil.

— Non, il me faut quelqu’un du personnel.

— Ma douce, n’oublie pas que je vais être brancardier et que je le ferai

avec tous les patients. Autant m’entraîner sur toi.

— Merde, j’ai dit non ! Je ne veux pas que tu me voies avec tout mon

attirail que le handicap m’oblige à supporter.

— C’est rien, ce n’est qu’une poche urinaire et ta couche ne se voit pas

avec ton legging.

— T’es con ! Je ne veux pas que tu me voies ainsi, si diminuée, sors.

Je m’agenouille à sa hauteur et lui prends ses mains.

— Ma douce, quand on apprécie quelqu’un, on le prend tout entier. Tu es

ma petite sœur et je vais agir comme un grand frère. Je vais te soulever de

ce foutu lit et t’installer dans ton carrosse avec tout ton attirail, sans penser

à autre chose que toi. Mets-toi ça dans ta petite tête. Je me fous du reste.

Elle marmonne des jurons, mais me laisse faire. Je lui mets un plaid pour

cacher ses jambes et nous voilà partis pour une promenade. J’en profite

pour faire le point avec elle des issues qu’elle pourrait emprunter si elle doit

fuir.

Nous croisons beaucoup de patients avec leurs visiteurs. Quand j’en vois

certains, je suis content que son accident n’ait pas été plus grave. Certains

ne retrouveront jamais leur motricité, d’autres sont complètement détruits

physiquement et mentalement, des légumes. C’est triste à supporter, toutes

ces vies détruites. Et la famille, son existence est à tout jamais foutue en

voyant un membre des siens dans cet état, en sachant que plus rien n’est

possible. Il en faut du courage autant pour le malade que pour la parenté

afin de faire semblant que tout va bien.

Je vois le sourire de Nath s’étioler au fur et à mesure de nos diverses

rencontres. Alors, je me mets à courir en poussant très vite son fauteuil. Elle

est attachée, et je conduis une moto depuis tout jeune, donc elle ne risque

rien. Après quelques cris, elle rigole et hurle de joie.

Lorsque l’on regagne sa chambre, ses joues sont rouges et son sourire ne

quitte pas ses jolies lèvres.

— Merci ! En fin de compte, tu es utile et doué comme brancardier.

— De rien ! Toujours à ton service. C’est ton planning sur la table, je

peux y jeter un coup d’œil ?

Je siffle devant tout ce qui l’attend.

— C’est pire qu’un agenda de sénateur, tu ne vas pas t’ennuyer.

— Je sais, cela me fait un peu peur. Et si je n’y arrivais pas ? Jason croit

en moi, je ne dois pas le décevoir.

— Avant tout, ne t’occupe pas de ce que pense ton frère ou une autre

personne, consacre-toi à toi, à ton rétablissement. Moi, je sais que tu y

arriveras, j’ai foi en toi, tu es trop têtue pour te laisser aller. Tu ne lâches

jamais rien.

— Merci, dis que je suis une bourrique capricieuse.

— Si cela peut t’aider à marcher, je te dirai tout ce que tu veux.

Elle est fatiguée, alors je la laisse et retourne à mon hôtel pour ma

dernière nuit, je fais un rapport à Rider, qui, lui, peaufine sa vengeance. Que

j’aimerais être avec eux, discuter de stratégies, de combines en buvant des

bières, se taper dessus pour des divergences d’opinions. Mais, non, je suis

seul dans ma piaule, mais je souris quand même en pensant aux yeux

pétillants de joie et à son rire retentissant dans les allées sous les regards

ébahis des promeneurs.

J’ai une idée, je regarde sur Google comment customiser un fauteuil

roulant. Cela l’occupera, et si elle doit rester un moment dedans, autant le

personnaliser, un peu comme pour nos motos.

Je m’endors apaisé, en croyant à un futur meilleur pour nous deux.

 

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