Loki (The Dark Riders) (French Edition)
Chapitre 8
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Loki
Je reste comme un con derrière la porte, l’entendant sangloter. Je
voudrais revenir, la prendre dans mes bras, lui dire que je l’aime, que je
regrette, que tout est de ma faute si elle en est là, que si je lui avais avoué
avant mes sentiments, elle ne serait pas couchée dans un lit sans pouvoir
marcher, que je prendrais bien sa place pour pouvoir admirer son joli
sourire.
Cela est impossible, on ne peut reculer le temps, toute chose qui se fait
est pour une bonne raison.
Tout ce que je peux faire, c’est être présent et la soulager au maximum,
lui faire comprendre par des gestes mon attachement à sa petite personne, la
faire tomber amoureuse de moi, une fois qu’elle sera rétablie.
Je quitte l’établissement pour aller directement me pieuter. Je verrai bien
demain. À chaque jour suffit à sa peine.
C’est un accueil froid qui m’attend le lendemain matin. Elle boude. Je
m’assois. Elle ne dit rien et me tourne le dos. Je la comprends dans un
certain sens, j’y suis allé un peu fort hier soir. La matinée est très longue,
c’est le week-end et ces jours-là sont réservés aux visites et au repos des
patients.
Il a fallu que je signe ce foutu registre, Rider a fourni au directeur les
noms autorisés aux visites, c’est simple, il n’y a que le mien. C’est d’une
foutaise complète. Il y a tellement de façons de falsifier ou de pénétrer
autrement dans ce lieu que c’est d’un ridicule.
Elle souffle à chaque arrivée du personnel féminin, qui, je le reconnais,
ne cache pas son intérêt pour ma personne. Je n’en fais pas cas, j’en profite pour faire des recherches sur des activités extérieures qui pourraient lui
redonner goût à la vie pour lui faire voir qu’elle est toujours cette jeune
femme merveilleuse.
Je pourrais l’emmener déjà au resto, au bord de la mer, se promener en
dehors du centre.
— Bon, tu comptes faire la gueule toute la journée.
— Je ne fais pas la gueule, j’évite de t’imposer ma présence, tu me l’as si
gentiment expliqué hier.
— Nath, ne commence pas, tu sais très bien que ce n’est pas ce que je
voulais te dire.
— Si, tu as spécifié : « Tu n’aimeras pas ma réponse. » C’est simple et
direct.
— Non, je voulais tout simplement dire que j’obéissais à mon prés’, que
je n’avais pas d’opinion à te fournir. Puis, merde ! Je ne raconte que des
conneries, je m’enfonce encore plus, non ?
Elle ne peut s’empêcher de rire.
— Connard ! Tu t’enlises complètement. Je sais aussi que si tu n’avais
pas voulu être présent, Jason ne t’aurait pas forcé, tu es comme un frère
pour lui. Tu ne fermes jamais ta bouche quand tu es contre lui, entraînant de
sacrées bagarres. De vrais gamins malgré vos airs de grands durs.
— Tu veux aller te promener un peu dans le parc, il fait beau.
— Oui, je vais appeler une infirmière.
— Non ! Pas la peine, je vais t’installer dans le fauteuil.
— Non, il me faut quelqu’un du personnel.
— Ma douce, n’oublie pas que je vais être brancardier et que je le ferai
avec tous les patients. Autant m’entraîner sur toi.
— Merde, j’ai dit non ! Je ne veux pas que tu me voies avec tout mon
attirail que le handicap m’oblige à supporter.
— C’est rien, ce n’est qu’une poche urinaire et ta couche ne se voit pas
avec ton legging.
— T’es con ! Je ne veux pas que tu me voies ainsi, si diminuée, sors.
Je m’agenouille à sa hauteur et lui prends ses mains.
— Ma douce, quand on apprécie quelqu’un, on le prend tout entier. Tu es
ma petite sœur et je vais agir comme un grand frère. Je vais te soulever de
ce foutu lit et t’installer dans ton carrosse avec tout ton attirail, sans penser
à autre chose que toi. Mets-toi ça dans ta petite tête. Je me fous du reste.
Elle marmonne des jurons, mais me laisse faire. Je lui mets un plaid pour
cacher ses jambes et nous voilà partis pour une promenade. J’en profite
pour faire le point avec elle des issues qu’elle pourrait emprunter si elle doit
fuir.
Nous croisons beaucoup de patients avec leurs visiteurs. Quand j’en vois
certains, je suis content que son accident n’ait pas été plus grave. Certains
ne retrouveront jamais leur motricité, d’autres sont complètement détruits
physiquement et mentalement, des légumes. C’est triste à supporter, toutes
ces vies détruites. Et la famille, son existence est à tout jamais foutue en
voyant un membre des siens dans cet état, en sachant que plus rien n’est
possible. Il en faut du courage autant pour le malade que pour la parenté
afin de faire semblant que tout va bien.
Je vois le sourire de Nath s’étioler au fur et à mesure de nos diverses
rencontres. Alors, je me mets à courir en poussant très vite son fauteuil. Elle
est attachée, et je conduis une moto depuis tout jeune, donc elle ne risque
rien. Après quelques cris, elle rigole et hurle de joie.
Lorsque l’on regagne sa chambre, ses joues sont rouges et son sourire ne
quitte pas ses jolies lèvres.
— Merci ! En fin de compte, tu es utile et doué comme brancardier.
— De rien ! Toujours à ton service. C’est ton planning sur la table, je
peux y jeter un coup d’œil ?
Je siffle devant tout ce qui l’attend.
— C’est pire qu’un agenda de sénateur, tu ne vas pas t’ennuyer.
— Je sais, cela me fait un peu peur. Et si je n’y arrivais pas ? Jason croit
en moi, je ne dois pas le décevoir.
— Avant tout, ne t’occupe pas de ce que pense ton frère ou une autre
personne, consacre-toi à toi, à ton rétablissement. Moi, je sais que tu y
arriveras, j’ai foi en toi, tu es trop têtue pour te laisser aller. Tu ne lâches
jamais rien.
— Merci, dis que je suis une bourrique capricieuse.
— Si cela peut t’aider à marcher, je te dirai tout ce que tu veux.
Elle est fatiguée, alors je la laisse et retourne à mon hôtel pour ma
dernière nuit, je fais un rapport à Rider, qui, lui, peaufine sa vengeance. Que
j’aimerais être avec eux, discuter de stratégies, de combines en buvant des
bières, se taper dessus pour des divergences d’opinions. Mais, non, je suis
seul dans ma piaule, mais je souris quand même en pensant aux yeux
pétillants de joie et à son rire retentissant dans les allées sous les regards
ébahis des promeneurs.
J’ai une idée, je regarde sur Google comment customiser un fauteuil
roulant. Cela l’occupera, et si elle doit rester un moment dedans, autant le
personnaliser, un peu comme pour nos motos.
Je m’endors apaisé, en croyant à un futur meilleur pour nous deux.
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