Loki (The Dark Riders) (French Edition)
Chapitre 15
OceanofPDF.com
Nath
Lorsque Loki me propose une douche, je ne dis pas non. Avoir passé la
nuit au sol m’a contracté les muscles, et j’ai besoin de me détendre après
m’être énervée auprès de ces infirmières. Quelle honte de se faire découvrir
couchée à terre, d’être dépendante de ces pouffiasses, en plus, cela serait
presque de ma faute d’être une malade modèle !
— Rassure-moi, tu ne vas pas me laver ?
Il rit et hausse un sourcil. Il me met dans mon fauteuil et se dirige vers la
salle d’eau. Je ne suis pas rassurée. Il est tout à fait capable de le faire. Il
positionne le fauteuil près de la douche, me porte et m’installe sur le siège
prévu à cet effet. Il se met à genoux et délace mes chaussures. Je retiens ma
respiration. Il lève les yeux, me fixe et sourit.
— Veux-tu que je continue ?
Son regard dérive sur mon corps, je rougis.
— Merci, mais non, je vais me débrouiller comme une grande.
— T’es sûre ? Cela ne me dérange pas.
— Oui, oui ! Tu peux sortir.
Il n’est pas question qu’il me voie nue, mes jambes ont perdu des
muscles, j’ai l’impression d’avoir des membres en caoutchouc flasque et
fripé. De plus, j’ai maigri et mon ventre est mou. Et surtout, je ne me suis
pas épilée depuis mon accident. Il faudra que je me renseigne pour savoir si
une esthéticienne est présente dans le centre. Mon corps n’a rien à voir avec
celui des femmes qu’il a l’habitude de baiser.
On a quand même échangé un baiser, et quel baiser, j’en suis toute
remuée en y repensant. Pour lui, c’était une façon de me calmer, je pétais un neurone sous la pression de ce corps inerte. Depuis mon adolescence, je
l’attendais, ce baiser. Il me l’a donné, mais pas dans les conditions que
j’avais rêvé. Une soirée étoilée, un discours romantique, une déclaration
enflammée. La réalité est autre, un lit dans une chambre de malade, moi,
une infirme qui hurle et pleure et lui qui, au lieu de me secouer, n’a trouvé
que cette solution. Merde ! Cela fait mal. Je n’ai même plus la force de
pleurer. Je ne me fais pas d’illusion sur ce que je suis devenue. Il est là juste
pour rendre service à mon frère.
Je me lave rapidement et, au moment de l’appeler pour qu’il me remette
sur le fauteuil, je m’aperçois qu’il n’a pas prévu le peignoir ou une
serviette. Il faut que je me débrouille seule, pas question qu’il me voie. Je
me laisse glisser du siège et rampe vers mon fauteuil, en priant pour qu’il ne
rentre pas.
Pas de chance, la porte s’ouvre.
— C’est devenu une habitude pour toi de regarder de près le carrelage.
Qu’est-ce que tu fous ?
— À ton avis ! Je regarde si les joints sont bien faits. Connard, tu ne m’as
pas donné mon peignoir.
— T’avais qu’à m’appeler !
— Oh, que je suis bête, je n’y avais pas pensé ! Au lieu de zieuter mes
fesses, retourne-toi et lance-moi mon peignoir.
— J’aime bien la vue.
— Dégage, Loki !
Je le reçois sur la tête. Pensant qu’il m’a obéi, je me tortille pour l’enfiler.
Essayer de passer un truc, mouillée, couchée et ne pouvant que s’aider de
ses bras. Je jure, râle.
— Tu es sûre que tu ne veux pas d’aide, car, là, j’ai pitié du pauvre
peignoir.
Je crie sous la surprise, puis rougis fortement en me rendant compte qu’il
me regarde me rendre ridicule depuis le début.
— Dégage, Loki ! Je te jure que si tu restes un moment de plus, je me
lève et te fous une baffe.
— Même pas cap’ !
— Dehors !
Je hurle, serre les poings, attrape le gel douche et le lui balance. Mes
yeux se gorgent de larmes que j’essaye de retenir. Il a dû les voir, car, sans
un mot de plus, il sort.
Mon Dieu ! Rien ne me sera épargné. Il voit le pire de ma personne, ma
décadence. Comment lui faire face après cela ? Je sèche mes larmes,
maintenant il faut que j’aille dans la chambre me vêtir. La porte s’ouvre de
nouveau et un bras tatoué et musclé me tend des fringues : un legging et un
sweat. Enfin, je peux sortir de cette pièce infernale.
— On va où ?
Je fais comme si rien n’était arrivé. Il me scrute un moment, soupire et se
dirige derrière moi.
— La plage n’est pas loin, cela te dit de voir la mer ?
— Oui !
Après dix minutes de trajet, nous voici devant le sable avec un gros
problème. Impossible de rouler jusqu’au bord de l’eau, rien n’est prévu
pour cela. En sachant que le centre est proche, la commune aurait pu penser
à adapter un parcours pour les handicapés.
— Bon, je l’ai vue, on peut rentrer.
— Non ! Tu vas tremper tes orteils dans cette eau.
— Loki, laisse tomber !
Quelle tête de mule ! Il me porte jusqu’au bord de l’eau, sous les regards
de toutes ces personnes qui bronzent, en se faisant chier, donc qui regardent avec attention leurs voisins, pour pouvoir se mettre quelque chose sous la
dent et le relater après. Je cache mon visage dans l’épaule de Loki, qui lui,
je le sais, s’en fout des autres.
Il m’assoit tout près de l’eau et me déchausse pour que je puisse y
plonger mes pieds.
— Nath, cela ne te dérange pas si je pique une tête, j’ai besoin d’évacuer.
— Non, vas-y, je ne bouge pas, je n’ai pas envie de faire un jogging, tu
me retrouveras à la même place.
— Petite maligne !
Et le voilà se déshabillant, je bave sur ce corps musclé et tatoué à damner
une sainte. En caleçon, il se retourne vers moi et me fait un clin d’œil. Son
dos tatoué de l’emblème du MC recouvre tout son dos, et ses fesses sont si
fermes que je m’en lèverais pour les tâter, miam ! Et il plonge. Je regarde
autour de moi et découvre que toutes les nanas ont la bouche ouverte. Elles
ont l’air ridicules, merde ! Je dois avoir la même tronche. Je le regarde
s’éloigner.
Un groupe de jeunes se pose près de moi.
— Tu crois que ce beau mec est avec elle ?
Ils ne chuchotent pas, non, ils le font exprès. Je n’en fais pas cas. Il y a
deux mecs et deux filles.
— Une handicapée, non, il doit être un membre de sa famille. Qui
voudrait d’une fille comme elle ? Tu l’as vu, il est magnifique.
— Oui ! Tu as raison, il a pitié d’elle et la sort un peu, on va l’attendre.
On ne sait jamais, il a peut-être envie de se changer les idées après sa B.A.
de la journée.
Et là, ils chuchotent entre eux. Quels débiles, ces jeunes ! Perdue dans
mes pensées, je sursaute au son d’une voix.
— Bonjour !
Je lève les yeux vers les deux filles qui se sont accroupies devant moi,
des bimbos avec un corps splendide. Elles me font coucou de la main.
— Tu comprends ce que l’on te dit. On va attendre avec toi ton frère.
Comme cela, il pensera que l’on s’est occupé de toi.
— Pourquoi elle ne me répond pas ?
— C’est une handicapée, il ne faut pas s’attendre à grand-chose.
Elle fait le geste de tourner son doigt vers sa tempe. Je vois rouge.
— Connasses ! Je suis peut-être infirme au niveau de mes jambes, mais
je ne suis pas conne, dégagez !
— Oh ! Ça ne va pas, ne me parle pas ainsi. Tu te prends pour qui,
l’impotente ?
— Pour une gourde imbue de sa personne, qui met tout le monde dans le
même sac, si on est différent de toi.
— Ah oui ! Mais moi j’ai un corps parfait et le mec qui est avec toi aura
une vraie femme dans son lit ce soir ! Alors, rampe jusqu’à ton fauteuil et
dégage.
Elle me pousse de son pied et je tombe sur le dos. Les deux mecs se
lèvent, ils m’entourent en ricanant. Je saisis une poignée de sable et la leur
balance dans la tronche.
— Dégagez !
— Blake, viens mettre cette conne dans l’eau, on verra si elle sait nager.
Un des mecs s’approche de moi, j’essaye de ramper loin de lui.
— Toi, si tu me touches, je te coupe les couilles, bien qu’en regardant
mieux, je ne vois pas ce qu’il y aurait à castrer.
Les filles rigolent et se marrent encore plus en me voyant me traîner. Je
regarde autour de moi, des regards se détournent, d’autres nous regardent
avec le sourire. Bande de connards, cela les amuse que l’on martyrise une
personne faible.
Il me prend à bras-le-corps et rentre dans l’eau. Il a en a jusqu’aux
épaules et tends ses muscles pour me jeter. Derrière, les filles rigolent.
— À l’eau, l’invalide, montre-nous tes capacités.
J’ai peur, je vais me noyer sous les regards des gens, sans que personne
ne bouge le petit doigt.
Soudain, une gerbe d’eau éclate devant nous, de celle-ci sort Loki, il est
furax, ses yeux sont remplis de colère, mais il parle doucement.
— Si j’étais toi, je n’essayerais pas. Tu vas me passer ma nana gentiment.
Si un de ses cheveux prend l’eau, je te tue.
— Eh, beau mec ! Tu ne veux pas plutôt profiter d’un vrai corps ?
Le mec n’a pas l’air de vouloir obéir à Loki, ses muscles se tendent
encore plus. Ses comparses l’entourent, lui redonnant confiance dans le
geste qu’il veut à tout prix faire pour m’humilier. J’ai ouvert ma gueule en
le rabaissant devant tout le monde, alors, là, il tient sa vengeance et ne
compte pas l’abandonner.
Je me sens partir en l’air, inspire un bon coup pour retenir ma respiration,
le choc va être rude.
OceanofPDF.com