Loki (The Dark Riders) (French Edition)

Marie-Laure Viollet · Chapitre 7 sur 37

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Loki (The Dark Riders) (French Edition)

Chapitre 5

 

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Nath

 

Jason est bien présent quand je me réveille. Il est assis, me tenant la

main. Il a l’air plus détendu et dort ! Ce qui m’arrange. Avant d’affronter

toutes ses questions, car je le connais, il y en aura et de nombreuses, il faut

que je comprenne tout ce qui m’est arrivé. Depuis mon premier réveil, avec

tous ces médicaments, je n’ai pas réussi à tout comprendre et à faire face.

Tout d’abord, Vladimir m’a fréquentée pour atteindre mon frère, une

histoire de territoire. Cela fait mal, je me sens utilisée comme un objet que

l’on jette après usage. Ce n’est pas moi en tant que personne qui l’attirait,

mais ma condition auprès du MC. C’est un coup dur pour ma féminité et ma

petite personne. Je suis une idiote de n’avoir rien vu, il a bien joué son rôle,

car je l’ai vraiment cru amoureux de moi. Ses mots blessants, je n’arriverai

jamais à les oublier.

Puis j’ai perdu mon bébé, quelle affreuse chose ! Une maman est là pour

protéger son enfant même si petit. Avec ma bêtise, je l’ai tué. On n’a pas eu

le temps de faire un bout de chemin ensemble, mais je l’aimais déjà. Un

vide abyssal a pris place dans mon cœur. Son père n’en voulait pas, mais ce

petit bout n’était en rien responsable de l’agissement abject de celui-ci. Je

sentirai dans mon âme toute ma vie son absence.

Et le pompon, en fuyant, une voiture m’a renversée, en tuant mon bébé et

mon corps. J’ai beau essayer de bouger mes jambes, je n’y arrive pas. Je ne

les sens plus. L’infirmière m’a dit que j’avais une poche urinaire et une

couche. Mes fonctions ne réagissent plus non plus. J’ai vingt ans et j’ai un

organisme de personne âgée.

Comment faire face à tout cela ? Comment accepter cette condition

d’infirme, d’être une charge à vie pour mon frère ? Il a déjà tant à faire qu’il

ne peut pas assumer ma connerie en plus de ses responsabilités.

Puis comment accepter qu’il me change, me lave, me déplace ? Je ne lui

imposerai pas toute cette merde. Le médecin a spécifié que j’irai dans un

centre spécialisé, j’y resterai sûrement. Rien ne pourra me faire changer

d’avis, ma stupidité m’a rendu infirme, je dois en subir les conséquences,

faire face avec réalisme à ce drame.

J’ai beau me dire ça, cela fait très mal. Je m’enfonce soudainement dans

une peur incontrôlable, me faisant hurler. Je suis épouvantée de ce que je

suis devenue, de ce que je vais devenir. Je vais rester à tout jamais allongée

dans un lit, dépendante des autres pour faire le moindre truc, demeurer

seule sans avenir, sans mari, sans enfants, sans travail. Un poids pour la

société, pour ma famille.

Je pleure, n’arrivant pas à reprendre ma respiration, malgré les

suppliques de Jason, qui, pour une fois, panique en hurlant contre le

personnel. Je suis une nouvelle fois mise sous tranquillisants. Cela me

permet au moins pendant un petit moment d’oublier ma condition.

Je reprends conscience plus sereine, plus calme. Jason est toujours là.

— Nath, tu vas mieux ? Je comprends ta panique, mais sache que tu n’es

pas seule. Je serai toujours présent. Maintenant, il faut que j’en sache un

peu plus sur ton accident.

C’est bien ce que je pensais, me voilà face à toutes ses questions. Je lui

dis toute la vérité sur ma relation avec Vladimir. Il pète un câble, ça, je m’y

attendais, mon frère est un sanguin. Bref, après une bonne explication et

beaucoup de pleurs, je me sens mieux. Cela fait du bien de se décharger

d’au moins une chose dure à accepter, se faire avoir par un ennemi.

Dans l’après-midi, j’ai la visite d’un psychologue qui essaye de me

remonter le moral.

— Mademoiselle Jackson, vous n’êtes en rien responsable de ce qui vous

arrive. Vous avez beau vous dire que si vous étiez partie plus tôt ou tard,

que si vous aviez fait plus attention, rien ne serait arrivé. Cela ne changera

pas votre condition, l’accident est survenu bêtement comme tout malheur. Il

faut plutôt vous concentrer sur votre rétablissement.

Je perds le fil de son discours barbant. Je sais que tout est ma faute. Si

j’avais pu faire face à mon amour de Loki, lui avouer, ne pas fuir dans les

bras du premier qui me promettait la lune ; si j’avais signalé ma relation à

Jason, si je n’avais pas cédé tout de suite à ce traître ; si je n’avais pas voulu

une vie comme toute jeune fille, alors que je vis dans un MC qui est géré

par la violence, si j’avais agi comme une adulte responsable, je ne serais pas

couchée impotente dans ce lit. Jason voit bien que j’ai décroché, que je

m’en fous.

— Docteur ! Vous croyez que votre charabia à deux balles nous intéresse,

si cela marche pour certains, c’est que ce sont des cons, alors je vous

demande poliment de foutre le camp.

— Euh ! Je ne vous permets pas.

— Si, moi, je me le permets, dégage !

Vu la tête du spécialiste, je ne peux m’empêcher de rire. Je retrouve mon

frère et ses conneries. Sa façon de vivre m’avait manqué. Ils sont tous

comme lui, ses frères, je suis vraiment idiote d’avoir fui cette vie, cette

vraie famille. Ils disent ce qu’ils pensent sans prendre des gants, quitte à

vous blesser, mais donneraient leur vie pour protéger la vôtre.

Avoir voulu goûter l’herbe plus verte plus loin a occasionné ma perte. Je

n’y peux plus rien, mais je n’obligerai pas ma famille à subir les

conséquences.

— Jason, je veux ta parole qu’aucun des frères ne viendra me rendre

visite.

— Pourquoi ? Ils ont hâte de voir comment tu vas.

— Non ! Donne-moi ta parole. Laisse-moi me reconstruire seule, j’en ai

besoin.

— Comme tu veux, il y en a un qui ne sera pas content, Loki insiste

depuis l’accident. Tu sais qu’il te considère comme sa petite sœur. Il est

intenable.

— Je m’en fous, personne !

— Au fait, on a regardé plusieurs centres spécialisés, notre choix s’est

fixé sur celui d’Atlantic City. Il est près de l’eau, un cadre boisé l’entoure, il

est bien au niveau des soins et du personnel.

— Combien ça coûte, un centre pareil ?

— Ce n’est pas le problème, ne te fais pas de soucis.

— Si, c’est un gros problème, tout est de ma faute, tu vas, en plus de

gérer une sœur impotente, avoir une charge d’argent supplémentaire. Cela

doit coûter très cher, ces centres. Choisis-en un qui ne vaut presque rien, et

largue-moi là-bas.

— Tais-toi, ne parle pas de toi ainsi. Ne te dénigre pas. Tu sais ce que je

dis toujours, on apprend de ses conneries, on relève la tête et on fait face.

— Ah, ah ! Relève la tête, je ne sais même pas si un jour, je vais la

relever. Merde ! Je ne suis qu’un boulet, un esprit dans un corps mort.

J’aurais préféré mourir avec mon bébé.

— Bordel ! Nath, ne dis pas de tels mots. Arrête ! Que serais-je devenu

sans toi à mes côtés. Que serait devenu le MC sans sa princesse ? Pense à

leur peine, ils t’aiment, on t’aime tous sans exception.

Les semaines passent ainsi, avec des moments de rage, de cris, de

désespoir, de mutisme. Je suis une bombe prête à éclater. Je n’en peux plus de ne pas savoir si un jour je vais remarcher. J’en ai marre de rester sur le

dos, de voir des personnes exécuter sur mon corps des soins que je fais

normalement sans peine.

Enfin, le jour de départ est là. Je vais au centre que Jason et le club ont

choisi. Je vais finalement pouvoir avancer. Savoir, agir, me reconstruire.

 

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