Loki (The Dark Riders) (French Edition)
Chapitre 6
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Nath
Le transport se fait en hélicoptère, premièrement pour éviter toute
secousse sur mon corps meurtri, secondement, pour aller plus vite.
L’établissement est agréable, entouré de bois, d’allées aménagées, j’ai hâte
de m’y promener. La chambre est très simple et fonctionnelle. Le lit est
médicalisé, tous les objets nécessaires sont adaptés à tous les handicaps :
fonctions vocales, douche accessible avec un fauteuil, toilettes fixées en
hauteur avec barre de soutien, des sonnettes à tous les coins de la pièce. On
nous explique que l’on peut décorer à notre convenance, ce que je vais
faire, c’est bon pour le moral. Jason a pensé à emporter mon PC, je ne suis
pas trop réseaux sociaux, mais je vais pouvoir acheter ou créer ma
décoration. Il faudra aussi que je commande des vêtements adaptés à ma
situation.
J’ai le moral encore un peu bas, mais le fait que je vais pouvoir
commencer ma rééducation me fait plaisir.
Jason est parti voir le directeur qui est aussi le spécialiste du centre, pour
tout lui expliquer, quand une jeune femme pénètre dans ma chambre. Elle a
l’air perdue, je la prends pour un membre du personnel, elle s’empresse de
le nier et me promet de revenir, ce que j’apprécierais vraiment, car elle a
une attitude sympathique et doit avoir mon âge. Cela m’aiderait de pouvoir
parler avec une personne jeune comme moi.
Jason rentre à ce moment-là, et n’a pas fait attention à la fille. J’aimerais
tant qu’il se trouve une nana pour le soutenir, lui rendre son sourire et le
détendre. Mon frère gueule souvent pour un rien, il a trop de responsabilités et, moi, je lui en rajoute, une femme lui permettrait d’avoir un soutien
moral.
Ce ne sont pas les brebis qui vont l’aider, écarter les cuisses à la demande
de n’importe quel biker, c’est tout ce qu’elles savent faire. Je n’ai jamais
compris leur façon de voir leurs corps et d’accepter cette condition de vie,
les hommes ne te considèrent que comme un vulgaire objet sexuel. Et
même eux, je n’arrive pas à concevoir comment ils peuvent coucher avec
elles qui prêtent leurs corps à tout le monde. C’est dégueulasse, pas de
sentiments, pas d’amour.
Maintenant que je sais que Vladimir m’a utilisée pour attraper mon frère,
je me sens violée, alors laisser n’importe qui me tripoter, c’est au-dessus de
mes forces. Le problème ne se pose plus, car qui voudrait de moi ?
On a passé la journée à visiter le centre, il y a des salles pour tout. Des
pièces pour les kinés avec du matériel qui a l’air d’engins de tortures.
Certaines servent pour des thérapies de groupes, d’autres pour les massages,
sans parler des piscines, avec vagues, avec des vélos, des saunas, des
jacuzzis. Il y a même un cinéma où quelquefois des conférences et
spectacles peuvent avoir lieu. Il y a la salle à manger, je ne suis pas obligée
d’y manger, mais cela est conseillé pour sortir de sa monotonie, et voir que
certains sont plus atteints que toi et arrivent à avancer. Il y a la salle de jeux
de société, de télévision, même si ta chambre en a une. Le sous-sol sert pour
les radios et les IRM, le centre ne lésine pas sur l’avancée médicale. Cela
me confirme que Jason va dépenser une fortune pour moi.
Une fois qu’il sera parti, je ferai des recherches pour en trouver un moins
cher et voir si j’ai droit à des aides financières.
Des sorties pour des visites ou sportives telles que l’équitation sont
également au programme. Je ne vais pas m’ennuyer, cela est sûr.
Encore une chance que, dans ma chambre, il y ait le plan du centre,
autrement, je vais me perdre. Le soir, une fois que mon frère est parti, j’ai la
visite du professeur.
— Mademoiselle Jackson, vous êtes bien installée ?
— Oui, merci !
— On vous a tout expliqué ? Maintenant, je vais vous parler un peu de
votre accident. Vous allez pouvoir attaquer la rééducation à partir de la
semaine prochaine. Cette semaine est consacrée à votre intégration et aux
consultations avec des psychiatres. Régulièrement, vous les verrez pour
discuter de vos progrès ou de votre stagnation, il n’y a pas de défaites ici.
Tout geste, même minimal, est une victoire. Je ne vous cache pas que
quelquefois vous aurez envie de tout abandonner, vous pleurerez, vous
crierez, ne vous retenez pas, c’est normal. J’ai discuté avec votre frère de
votre handicap. Si vous suivez bien le programme, il y a un espoir que vous
remarchiez, peut-être pas comme vous le pensez, mais vous serez sur vos
deux pieds. Votre choc spinal n’est pas le plus grave et, avec de la volonté,
vous y arriverez.
— Oh, mon Dieu ! C’est super !
— J’aimerais savoir si votre moral va mieux. À ce que j’ai lu dans votre
dossier médical, votre accident vous a fait perdre votre bébé. Il est
important d’avoir un moral en béton, autrement, on reporte la rééducation
de quelques semaines.
— Non ! Je veux avancer, laisser loin derrière moi cette histoire. Je ne
veux pas être à la charge de mon frère. Il a déjà fait beaucoup pour moi,
depuis mon enfance. Je veux être une jeune femme comme les autres. J’en
sortirai plus forte.
— Oui ! Mais surtout, il ne faut pas hésiter à parler de tous vos ennuis,
tracas. Nous sommes tenus au secret professionnel, l’honnêteté est primordiale. Même un souci minime pour vous peut être important pour
nous et retarder votre perfectionnement. Vous avez tout le personnel à votre
disposition, de la femme d’entretien au spécialiste, confiez-vous. Tout sera
consigné, il y a des personnes à qui on se confie plus que d’autres, alors
n’hésitez pas. Je m’entretiendrai avec vous une fois par semaine. Voici
votre planning de soins, consultez-le tranquillement, je vous ai joint mon
numéro de bureau, si vous ne comprenez pas quelque chose ou si vous avez
des questions. Bonne soirée, mademoiselle Jackson.
— Merci, à vous aussi, professeur.
Je souris toute seule, je vais m’en sortir, malgré la noirceur de ces
dernières semaines, je vois une petite lueur d’espérance.
Le planning est bien chargé, je n’ai pas un moment de repos, seulement
pour le repas du midi. Je commence vers les huit heures et finis à dix-sept
heures. Bon, ça va, il y a des séances de massage qui me permettront de
souffler.
Je sais très bien que je vais souffrir, que je vais souvent péter les plombs,
mais il faut que je me mette bien en tête qu’il le faut si je veux remarcher.
Je ferme les yeux, avec de l’espoir.
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